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ATTENTATS DE PARIS : QUELQUES CONSEQUENCES PREVISIBLES…

Le Regroupement Révolutionnaire Caennais diffuse actuellement ce texte à la suite des attentats de Paris. N’hésitez pas à le faire circuler s’il vous convient. Des diffusions publiques auront lieu sous peu à Caen dans la rue et sur des marchés.

Une version PDF téléchargeable est disponible ici : FINAL texte RRC sur attentats de Paris

Attentats à Paris : des conséquences prévisibles…

 

Les tueries du 13 novembre, à Paris, 10 mois après celles visant « Charlie Hebdo » et le supermarché kasher, viennent tragiquement s’ajouter à la longue liste des horreurs commises par le soi-disant « État Islamique » en Irak et en Syrie: exécutions en masse de prisonnier-e-s de guerre et de civil-e-s, massacres de minorités, mise en esclavage des femmes, attentats aveugles par dizaines …

La colère, le dégoût et la tristesse ne doivent cependant pas empêcher la réflexion. Les attentats à Paris vont donner lieu à des tentatives d’instrumentalisation politique et avoir des conséquences évidentes. Il nous paraît important de les identifier parce qu’elles nous paraissent dangereuses.

 

1° Dans les semaines qui viennent, les agressions racistes, nationalistes vont se multiplier contre des lieux de culte musulmans, des locaux d’associations immigrées, des centres d’hébergement pour demandeurs-euses d’asile, des squats, des femmes voilées. Cela s’était produit après les attentats de janvier. Cela va malheureusement se reproduire. Des militants ou sympathisants d’extrême droite, des imbéciles haineux vont tenter de jeter de l’huile sur le feu.

 

2° D’une manière plus générale nous allons assister à une vague de discours d’extrême droite pratiquant l’habituel double amalgame, « immigré-e-s = musulman-e-s = envahisseurs-euses » suivi de prés par le « musulman-e-s = terroristes ». Ces discours racistes se dissimuleront souvent derrière une prétendue défense de la laïcité, de la liberté et de la sécurité et prendront des formes diverses : petites phrases médiatiques « chocs », déclarations troubles où l’on triture le vocabulaire pour que les étranger-e-s inspirent la peur, appels délirants à la déportation de masse ou au meurtre sur les réseaux sociaux, où vont se répandre aussi fausses rumeurs et photomontages truqués qui sont une spécialité de l’extrême droite depuis des années.

La question de l’afflux et de l’accueil des réfugié-e-s qui fuient actuellement l’Irak et la Syrie va être probablement au centre de cette offensive idéologique d’extrême droite qui va tenter de faire passer les victimes pour les bourreaux… alors que les tueries de Paris devraient nous aider à mieux comprendre la réalité terrible que fuient les centaines de milliers de réfugié-e-s actuel-le-s. Là bas, c’est chaque jour qu’il y a des massacres… Ces discours sont une insulte contre l’intelligence, la dignité morale et la solidarité humaine les plus élémentaires.

 

3° Nous allons assister à des surenchères sécuritaires de la part des partis politiques. Ça va être un concours de gros muscles à l’approche des élections. Ils vont chercher à surfer sur l’émotion légitime et la peur qui peut prendre des dimensions irrationnelles…

Comme toujours, forcément pour notre bien, l’État (et soyons clair-e-s, l’État c’est pas toi, moi, nous, c’est autre chose, c’est pas neutre et, d’en haut, ça gouverne nos vies) va prétendre protéger LA liberté abstraite en réduisant nos libertés concrètes, en affirmant que la sécurité est la première des libertés, en accentuant les politiques de flicage et d’espionnage DE MASSE. Un-e terroriste, finalement, ça peut être n’importe qui, donc ça peut être toi, donc toi aussi tu dois être surveillé-e.

On parle « d’assigner à résidence » (avec éventuellement des bracelets électroniques en plus) des personnes visées par des fiches de sûreté. Cela inclut-il les antifascistes radicaux-ales qui se bagarrent parfois contre les fachos dans la rue, les syndicalistes arracheurs-euses de chemises patronales, les anars amateur-rices de barricades, les ultra-gauche lanceurs-euses de pavés, les antinucléaires déboulonneurs-euses de lignes THT, les zadistes de Notre Dame des Landes ? Tout ces gens là font aussi l’objet de fiches de sûreté…

On parle de créer une « garde nationale » dont on voit mal en quoi elle empêchera le terrorisme mais dont on voit très bien à quoi elle pourrait servir en cas de grève générale qui dégénère.

Le gouvernement déclare l’état d’urgence, parle de mettre en place une législation d’exception, mais ce serait forcément provisoire. Combien d’années peut durer le « provisoire » ? L’État ne donnera pas la réponse… Y aura pas non plus d’assurances concernant le fait que les mesures sécuritaires d’aujourd’hui, ne serviront pas, demain, à criminaliser encore plus des conflits sociaux radicalisés, des révoltes dans les banlieues, des luttes anticapitalistes, écologistes… On voit déjà comment cet état d’urgence a servi ces derniers jours à perquisitionner des « délinquant-e-s » plutôt que des « terroristes », les catégories visées par le pouvoir risquent vite de devenir troubles et changeantes en fonction de ses besoins et au nom de la sacro-sainte efficacité, l’état d’urgence et autres législations d’exception pourraient bien perdurer et régir notre quotidien

 

4° Nous allons tous et toutes être fermement incité-e-s à adhérer au vieux MYTHE de l’unité nationale. Si les massacres à Paris peuvent, évidemment, susciter une douleur commune, celle-ci ne débouche cependant sur aucune unité réelle. Il n’y a pas d’unité entre un-e raciste et un-e antiraciste, entre les prolétaires et les capitalistes, entre les exploité-e-s et les exploiteurs, entre les gouvernant-e-s et les gouverné-e-s. Celles et ceux qui déclenchent les guerres sont rarement celles et ceux qui en meurent. Celles et ceux qui déclenchent les crises financières ne sont pas celles et ceux qui les payent. Celles et ceux qui subissent la pauvreté et les inégalités ne sont pas les mêmes que celles et ceux qui s’enrichissent grâce à elles. Refuser de se mettre au garde à vous derrière un drapeau, un gouvernement, un État peut être mal vu. Nous assumons. Nous ne sommes pas dupes et nous espérons que vous ne l’êtes pas non plus et que, vous aussi, aucune « unité nationale » ne vous fera taire.

 

5° À gauche comme à droite, les discours tentant de faire du dictateur Bachar El Assad un « partenaire de la lutte antiterroriste » vont se multiplier. On va essayer de nous faire croire que ce boucher qui est à l’origine du conflit ferait partie de la solution, lui dont le régime est responsable de la majorité des 300 000 mort-e-s du conflit syrien et de l’exil de la majeure partie des réfugié-e-s syrien-ne-s, lui qui a libéré des milliers de djihadistes pour pourrir la rébellion et essayer ensuite de se faire passer pour un  rempart contre le terrorisme. Les États occidentaux ont déjà sans surprise laissé crever la révolte populaire syrienne, alimentant ainsi le désespoir et en partie la montée du djihadisme et maintenant, en plus, il s’agirait de sauver ce régime tyrannique. Voila un beau projet… surtout pour les djihadistes qui ne manqueront pas d’exploiter l’écœurement compréhensible des populations locales s’il se concrétisait. De toute façon, les États occidentaux, iranien, russe, les monarchies pétrolières n’interviennent pas en Syrie et en Irak pour les populations mais essentiellement pour défendre leurs intérêts stratégiques et économiques impérialistes.

 

Ce panorama politique est loin d’être réjouissant, d’autant plus que les phénomènes évoqués se nourrissent les uns les autres. Le cercle est vicieux. Il se resserre et on est au milieu. Et on commence à étouffer là-dedans. Et si, dans ce cercle vicieux, il n’y avait aucun camp à choisir ? Ni celui de l’extrême droite franchouillarde, ni celui de cette autre extrême droite qu’est le djihadisme, ni celui de l’État ? Et si l’important était de briser collectivement le cercle, de s’en échapper pour tracer une autre route ?

Plus facile à dire qu’à faire, hein ? Mais le chemin se fait en marchant. Et les points de départ peuvent être nombreux. Ils sont souvent en bas de chez nous. Par exemple ?

Participer aux luttes sociales, combattre les inégalités capitalistes, les discriminations sociales, la précarité, les politiques antisociales d’austérité qui alimentent la dégradation de nos conditions de vie, la misère, le désespoir et l’absence de perspectives ET la montée de l’extrême droite ET les tendances à la radicalisation islamiste.

Soutenir les migrant-e-s et les réfugié-e-s, leur manifester concrètement notre solidarité antiraciste, antifasciste et de classe. À Caen, depuis des années, des squats sont ouverts pour les accueillir, pour pas qu’ils soient à la rue, peu importe leur nationalité, leur couleur, leur religion (s’ils ou elles en ont une). Une assemblée ouverte organise la lutte et y a toujours besoin de coups de mains. Y a des infos sur notre site.

– Manifester notre solidarité internationaliste, par-dessus les frontières, avec les résistances sociales et féministes en Syrie et en Irak. Au Kurdistan syrien, depuis 2 ans, des milliers d’hommes et de femmes combattent l’État Islamique, libèrent des populations et essaient de construire une alternative démocratique. Ils et elles n’ont pas grand-chose mais ils et elles en veulent. Ils et elles ont besoin de soutien financier pour aider les réfugié-e-s, reconstruire les villes détruites, développer les productions locales nécessaires, se procurer des armes. Eh oui, on arrête pas l’État Islamique seulement avec des idées et des alternatives sociales, faut aussi des balles. Vous trouverez des coordonnées bancaires où envoyer de l’argent sur notre site. Faites-le, l’État français le fera pas à votre place, il a pas envoyé un seul mortier là bas (ça fâcherait l’État turc avec qui y a du bizness à faire)… Collecter du fric et informer là-dessus, on l’a fait pendant des mois dans les rues de Caen. On continue mais on vous tend aussi le relais.

 

La résignation, l’individualisme, l’indifférence ne mèneront nulle part.

Les temps qui viennent vont être durs.

Ce n’est pas en courbant la tête qu’on changera les choses,

c’est en la relevant, en s’organisant et en luttant.

Tant qu’il le faudra…

 

Regroupement Révolutionnaire Caennais           

http://rrcaen.neowordpress.fr/                          

rrcaen@riseup.net

 

Si ce texte vous parle, n’hésitez pas à le diffuser par vos propres moyens.

Solidarité concrète avec les résistances sociales et féministes en Irak et en Syrie.

Au vu des tueries de Paris, il nous parait nécessaire de rappeler quelques adresses où envoyer un soutien financier aux luttes sociales et féministes en Irak et en Syrie. Nous relayons également ci-dessous la campagne internationale du Secours Rouge en soutien au Bataillon International de Libération, composée de combattants communistes, anarchistes et antifascistes qui combattent en Syrie avec les Kurdes contre l’Etat Islamique.

Ils et elles luttent là bas aussi pour nous. Montrons leur qu’ils et elles ne sont pas seul-e-s…

Les besoins sont énormes :

– Des centaines de milliers de réfugié-e-s chassé-e-s de leurs foyers par les attaques et les massacres des criminels de l’État Islamique et qui manquent de tout : matelas, couvertures et vêtements chauds pour l’hiver, soins médicaux, nourriture, électricité.

 – Des zones assiégées par Daesh et/ou sous blocus du gouvernement turc où manquent les moyens médicaux, les moyens financiers et où la situation alimentaire est parfois précaire.

– De nombreuses zones de combats où les hommes et les femmes des YPG/YPJ affrontent les djihadistes et où les combattant-e-s du Kurdistan syrien ont besoin d’armes et de munitions.

La solidarité politique et morale ne suffira pas ! La solidarité financière est nécessaire !

Voici des moyens concrets pour soutenir la résistance et l’expérience démocratique au Kurdistan syrien :

POUR SOUTENIR LES RÉFUGIÉ-E-S DU KURDISTAN SYRIEN:

Croissant Rouge du Kurdistan : 158 Rue Charles Floquet, 93150 Le Blanc-Mesnil
Coordonnées bancaires pour virement :

SOCIETE GENERALE
Banque: 30003, Guichet: 03947,
Code: 00037263155, Cle: 39
IBAN:FR76 30003 03947 00037263155 39
BIC: SOGEFRPP

POUR SOUTENIR L’EXPÉRIENCE DÉMOCRATIQUE ET LA RÉSISTANCE ARMÉE :

« Les réfugié.e.s ont besoin d’aide ; les miliciennes et les miliciens ont besoin d’armes ; les familles des victimes ont besoin de secours. L’argent que vous enverrez transitera par des circuits sûrs, par l’intermédiaire d’anarchistes de Turquie (DAF), en qui le PYD et les organisations kurdes ont toute confiance. Il finira par alimenter l’action des YPG-YPJ, des maisons du peuple et des communes du Rojava. »

Par virement :  À Société d’Entraide Libertaire
IBAN : FR76 1027 8085 9000 0205 7210 175
BIC : CMCIFR2A

Par chèque : À l’ordre de SEL, mention « Kurdistan » au dos, à envoyer à CESL, BP 121, 25014 Besançon Cedex

POUR SOUTENIR LES RÉFUGIÉ-E-S EN IRAK :

La Fédération Internationale des Réfugiés Irakiens travaille, à Souleymania, au Kurdistan d’Irak, pour soutenir des milliers de réfugié-e-s yézidis, chrétien-ne-s, arabes, kurdes et syrien-ne-s dont les foyers sont attaqués par l’ « État islamique ». De partout, les gens fuient à la recherche d’un refuge.

Par virement bancaire :
Nom du compte : International Federation of Iraqi Refugees (IFIR)
Numéro de compte : 21449591
Banque : HSBC
Sort code : 40-04-07

Ou par paypal :
https://www.paypal.com/cgi-bin/webscr?cmd=_s-xclick&hosted_button_id=GZNN5XXKCHDWQ

Par ailleurs, l’Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak assure une protection dans des foyers pour celles qui fuient les violences machistes et les crimes d’honneur. L’OLFI a permis de sauver 200 femmes menacées de mort. Elle apporte aussi soutien et refuge à de jeunes hommes homosexuels. Elle a également mis en place un refuge à Kerbala pour accueillir des veuves et leurs enfants qui fuient les attaques de Daesh.

On peut soutenir cette organisation féministe irakienne par un don sur un compte paypal accessible directement depuis leur site internet en anglais, ici : http://www.owfi.info/

Campagne de Soutien au Bataillon International de Libération au Rojava

Texte d’appel de la campagne

Au coeur du Moyen-Orient, les populations du Rojava (Kurdistan syrien) se sont soulevées depuis deux ans contre les forces réactionnaires qui oppressent la région depuis des décennies. Après avoir libéré le Rojava de l’Etat Islamique, les habitants du Rojava et les nombreux révolutionnaires étrangers qui sont venus les soutenir inquiètent à présent les impérialistes américains et l’OTAN, ainsi que les régimes réactionnaires et fascistes du Moyen-Orient : la Turquie, l’Arabie Saoudite et
l’Iran. Tous à présent interviennent par bombardements ou ingérence, reproduisant les stratégies qui ont abouti à la création des nombreux groupes islamistes comme l’Etat Islamique, al Qaïda ou le front al-Nosra, des golems qui ont échappé au contrôle des pays capitalistes qui les ont façonnés.
Que ce soit par les attentats meurtriers, par les bombardements de civils, par les arrestations massives de militants révolutionnaires, par les attaques permanentes contre les guérillas populaires ou par les marchandages capitalistes, les ennemis du peuple ont bien du mal à arrêter la lutte de libération qu’ont entreprise les populations du Rojava, du Kurdistan et de tout le Moyen-Orient, et particulièrement les femmes armées du Rojava qui sont le pire cauchemar des islamistes.
La Turquie en a décidé autrement. Après s’être entourée de ses alliés habituels et historiques : USA, OTAN, Union Européenne, ONU, social-démocrates et régimes réactionnaires, elle a entrepris une large campagne de répression à travers les territoires kurdes en Turquie, en Irak et en Syrie, avec pour objectif prioritaire de saboter les ambitions révolutionnaires des peuples opprimés du Rojava.
Aidons le Bataillon International de Libération qui regroupe des combattants communistes, anarchistes et antifascistes venus défendre le Rojava dans l’esprit des Brigades Internationales dans l’Espagne de 1936. Apportons leur un soutien politique et matériel en finançant une centaine de pansements hémostatiques. 60% des blessés par balle meurent d’hémorragie en attendant d’être pris en charge : ces pansements stoppent l’hémorragie rapidement et coûtent 40€ l’unité. Participez
à cette récolte en envoyant vos dons au compte BE09 0016 1210 6957 avec la communication ‘Rojava’.
Solidarité Révolutionnaire avec le Rojava !
Soutien à la lutte revolutionnaire des peuples du Rojava et d’ailleurs, contre les islamistes, les USA, l’OTAN et les états réactionnaires !

Combattant(e)s du Bataillon International de libération au Rojava

Combattant(e)s du Bataillon International de libération au Rojava

Groupes participant à la campagne

Secours Rouge
Alternative Libertaire BXL
Sosyalist Kadınlar Birliği
Iranian Youth Committee Belgium
Belçika Göçmenler Kolektifi

A propos des “pansements hémostatiques”

Note : Nous laissons au service médical du Bataillon le choix de la marque et du conditionnement de pansements hémostatiques. Le Celox étant à peu près équivalent à d’autres produits (avec des effets secondaires différents), comme le QuikClot, nous le présentons ici pour donner une idée de ce que désignent les “pansements hémostatiques”.

Le CELOX est un nouveau produit hémostatique d’urgence. Le CELOX peut stopper même les hémorragies potentiellement létales rapidement. Facile à utiliser, très sûr et extrêmement efficace, le CELOX sauve des vies. Mélangé au sang, le Celox forme un gel résistant comme un caillot en moins de 30 secondes. Il agit indépendamment des processus normaux de coagulation de l’organisme. Lors des essais cliniques menés par la Marine US, le Celox a été le seul produit à apporter 100% de survie.
La sécurité du Celox a été testée selon les standards exigeants de classe III du marquage CE. Le Celox est composé de chitosan, catabolisé par le lysozyme, une enzyme humaine, en glucosamine, sucre normalement retrouvé dans l’organisme.
CELOX est indiqué pour toute hémorragie modérée à sévère, les hémorragies artérielles ou veineuses, les plaies superficielles et profondes, les plaies du crâne, de la face et du cou.
L’introduction du Celox dans la plaie stoppe les pertes sanguines grâce à la formation d’un caillot sous forme de gel, par la liaison de Celox sur la surface des érythrocytes.
Les nouvelles versions CELOX Gauze et CELOX Gauze “Z” FOLD combinent l’action des granulés hémostatiques et de la bande pour contrôler la perte de sang qui met directement la vie du patient en danger.

Pansement hémostatique CELOXPansement hémostatique CELOX

 

 

 

 

Vous avez dit Soral ?

Un bon article de la revue “Ballast” (http://www.revue-ballast.fr/) dont on a trouvé la trace sur le site d’IAATA (Information Anti-autoritaire Toulouse et Alentours (https://iaata.info/). C’est toujours bien quand les choses sont remises à la bonne place…

Vous avez dit Soral ?

Nous tenions, pour écrire le présent article, à lire l’intégralité de ses parutions : autrement dit, douze livres, publiés entre 1984 et 2013 (on se contente trop souvent de vidéos sur Internet, d’une quatrième de couverture, d’un article ou d’un ouvrage, quand l’œuvre complète en compte dix fois plus : paresse dommageable). D’aucuns prétendent qu’il ne faudrait pas parler de lui au prétexte que cela « lui fait de la publicité ». Argument sot. C’est par millions que se chiffrent déjà les vues de ses vidéos – sans rien dire du site qu’il administre, extrêmement visité, de ses livres qui s’arrachent sans la moindre promotion et du parti qu’il s’apprête à lancer aux côtés de Dieudonné : Réconciliation nationale – le prolongement, dans les urnes, de son mouvement Égalité & Réconciliation, qui se réclame d’un « front de la foi » (entre catholiques et musulmans) et de la « gauche du travail /droite des valeurs » (l’alliance, que l’essayiste synthétise dans son ouvrage Comprendre l’Empire, entre la Tradition et le socialisme révolutionnaire, qu’il soit marxisant ou vaguement anarchiste).

Très récemment, les célèbres rappeurs Médine et Disiz ont fait part de leurs inquiétudes quant à la percée de Soral dans les quartiers populaires. Le premier, qui récuse la prétendue « réconciliation » proposée par l’essayiste, explique : « Je suis très pessimiste. Ça fait dix ans et les choses empirent. […] J’ai aussi vu mon quartier tomber dans le populisme de la “Dissidence”, le populisme soralien. J’ai également vu une certaine forme d’antisémitisme tenter d’investir nos quartiers¹. » Par « Dissidence », l’artiste fait référence au mouvement du même nom, plus ou moins formel, dans lequel s’inscrivent Soral et ses divers alliés : la lutte contre le Système, l’Empire et l’oligarchie mondialiste. Disiz répond quant à lui, lorsqu’un journaliste l’interroge sur la popularité du penseur : « Je vais t’expliquer à quel point ça me met en colère. À quel point j’ai la rage. […] On ne te donne pas autre chose, on ne te donne pas un autre exemple. Quant tu as un esprit revanchard et en colère – parce que tu vois bien qu’il y a une carotte dans cette société, qu’il y a des inégalités de ouf, et que c’est toujours les mêmes qui graillent –, celui qui va venir crier, qui va venir aboyer, qui va aller dans ton sens, tu vas faire abstraction de tout ce qu’il a fait avant (que le mec soit passé par le FN, par ci, par là) et te dire “Ouais, ce mec a raison² !” » Une influence confirmée par Kamel, du journal Fakir : « Comme il attire vachement de jeunes dans les quartiers, comme mon petit frère était sous son charme, je suis allé l’écouter. Y avait plein de mecs avec des djellabas, des barbes, les filles avec le voile³ ».

Mais il serait faux de croire que Soral ne bénéficie que de ces seuls appuis ; il a coutume de revendiquer un triple public, dont chacun représente le tiers de l’ensemble de ses partisans : les nationalistes catholiques, les déçus de la gauche radicale et les musulmans (des quartiers populaires ou non). La bannière de son mouvement atteste du caractère composite de sa ligne et signe ce désir de rassemblement, par-delà les clivages en vigueur : apparaissent, en guise de figures tutélaires, Guevara, Castro, Lumumba, Sankara, Poutine, Kadhafi,Chávez, Ahmadinejad, Jeanne d’Arc et… Alain Soral en personne (la mégalomanie fait partie intégrante du personnage : « Aujourd’hui, s’il [Le Christ] était présent sur terre […], il serait assis ici, à côté de moi4 ! », déclara-t-il dans l’une de ses vidéos, tout en certifiant, dans son ouvrage Dialogues désaccordés, que sa « vision du monde » est « partagée par les plus grands esprits du monde depuis le Christ5 »). Le fond d’écran donne à voir deux autres personnages : de Gaulle et le philosophe marxiste Michel Clouscard. Soral fait preuve d’un syncrétisme à tout crin : il mélange les références à même de séduire son public (et bientôt son électorat), sans craindre le moins du monde les contradictions et, pis, les détournements de cadavres. Le biographe de Thomas Sankara, Bruno Jaffré, le rappelait déjà dans le premier numéro de la présente revue, à propos d’Égalité & Réconciliation : « Ils jouent. Ils essaient de mordre sur la jeunesse immigrée. Ce n’est pas du tout le même monde politique. […] C’est une entreprise de récupération politique. C’est vrai qu’il faudrait faire un article pour rappeler que Chávez et Sankara n’ont rien à voir avec eux. Sankara était profondément humaniste. Ces gens-là mélangent le nationalisme avec l’antisémitisme : c’est dangereux6. »

 

 

Les ouvrages de Soral fonctionnent pareillement : Comprendre l’Empire fait la part belle, pêle-mêle, à Robespierre,Marx, Bakounine, Proudhon, Orwell et Georges Sorel (quoique ce dernier fût une figure déjà plus ambiguë, un pied dans le syndicalisme révolutionnaire et l’autre, un temps, à l’Action française), comme à Henri Béraud, antisémite auto-proclamé7, anticommuniste et partisan de l’agression mussolinienne de l’Éthiopie ; Jusqu’où va-t-on descendre ? s’ouvre sur une citation du poète communiste Pasolini ; Sociologie du dragueur est dédié à la mémoire du penseur marxiste Lucien Goldmann ; Vers la féminisation ? commence sur deux phrases, signées Clouscard et Georg Lukács, philosophe marxiste qui participa à la République des conseils de Hongrie ; Misères du Désir etCHUTe ! se placent sous l’étoile de Céline, écrivain fétiche de Soral (qu’il célèbre notamment pour ses pamphlets hostiles aux Juifs). Sa maison d’édition, Kontre Kulture, est une illustration plus criante encore de cette confusion idéologique : on peut y acheter, côte à côte, des ouvrages des libertaires Lazare, Kropotkine, Bakounine etThoreau, des contre-révolutionnaires Maurras, Delassus, de Poncins, des communistes Marx et Childe Vere Gordon, du collaborateur vichyste Bonnard, du poète fasciste Ezra Pound ou encore du panafricain Sankara – sans parler des rééditions d’ouvrages ouvertement antisémites : La France juive de Drumont ou Le Juif internationald’Henry Ford. Un fourre-tout mal articulé et invraisemblable, une auberge espagnole qui ne tient que par le charisme fédérateur de son leader, Alain Soral. Un mot sur l’omniprésent Clouscard : en 2007, le penseur avait tenu à se dissocier clairement de cette captation, dans les colonnes de LHumanité :  « Associer donc d’une manière quelconque nos deux noms s’apparente à un détournement de fonds. Il s’avère qu’Alain Soral croit bon de dériver vers l’extrême droite (campagne pour le FN). Il veut y associer ma personne, y compris en utilisant mes photos à ma totale stupéfaction. Je n’ai en aucun cas autorisé Alain Soral à se prévaloir de mon soutien dans ses menées prolepénistes. Le Pen est aux antipodes de ma pensée8» Soral avait répondu dans son ouvrage Chroniques d’avant-guerre : Clouscard n’était finalement qu’un « vieux puceau9 ».

Ses interventions foisonnent, ses vidéos pullulent sur la toile, mais le doute subsiste parfois. Disiz le reconnaît lui-même, il y a quelques jours de cela, en mai 2015 : il a des suspicions quant à son racisme, avéré ou non, mais « c’est trop vague », « c’est trop flou10 ». Soral est pourtant tout sauf obscur ou vaporeux. Il ne se cache de rien, s’avance à découvert et répète à qui veut l’entendre qu’il n’est pas un démocrate, qu’il se revendique explicitement du national-socialisme (français, précise-t-il, puisqu’il a des divergences avec le modèle hitlérien du fait du mépris que ce dernier avait pour la France) et qu’il se montre proche des mouvements néofascistes italiens (comme CasaPound). Les éléments ne manquent pas et les faits, pour qui veut, sont disponibles.

On déplorera que ses adversaires les plus médiatiques et les plus bruyants aient tout entrepris, par leur incompétence, leur ineptie ou leur compromission avec le pouvoir (de Fourest au CRIF, de Bernard-Henri Lévy à Manuel Valls, d’Alain Finkielkraut à certains groupuscules hystériques de l’extrême gauche), pour renforcer son crédit et son aura de dissident et de proscrit. Vérité déplaisante : le triomphe de Soral, comme celui de Dieudonné (farceur de talent devenu rentier du mauvais goût, commerçant de la division et usurier du ressentiment), est, dans une certaine mesure, l’œuvre de la gauche et des « démocrates » aux commandes. Par la criminalisation constante et permanente de la parole, fût-elle infecte, qui transforme les médiocres en martyrs (remercions nombre d’associations, toujours prêtes à se muer en officines policières : « Mais oui, écrivit pourtant le communiste libertaire Alexandre Berkman. Laissons-les parler de tout leur soûl. Les en empêcher ne servirait qu’à créer une nouvelle classe de persécutés et rallier ainsi le peuple à leur cause. La suppression de la liberté de parole et de la liberté de la presse ne serait pas seulement une offense théorique à la liberté ; la supprimer serait porter un coup direct aux fondations mêmes de la révolution. ») ; par la chape de plomb qui étouffe la question palestinienne (l’appareil politique français n’ayant, semble-t-il, qu’une préoccupation à valeur de passion : applaudir à toutes les décisions israéliennes) ; par la mascarade médiatique et politique permanente qui, surtout lorsqu’elle se réclame du socialisme ou de la gauche, jette dans les bras des extrêmes les citoyens déçus, trahis et en colère ; par l’aberrante et contre-productive loi Gayssot, qui suscite des vocations négationnistes en série au nom du respect, pourtant des plus légitimes, de la mémoire (Noam Chomsky a sur le sujet une position on ne peut plus raisonnable : l’État n’a pas à dicter l’Histoire, sauf à vouloir singer Staline) ; par la manie que la gauche critique, du haut de ses chaires jargonneuses, a de se couper des gens du commun – ceux à qui Soral dédie plusieurs de ses livres et dit vouloir représenter, avec une sincérité que l’on ne saurait mesurer : les petits, les sans-grades, les beaufs, les dépossédés et les oubliés des paillettes et des plateaux de télévision. Il est ensuite aisé, pour un rhéteur brillant et cultivé parlant sans chichis (à tel point que personne, ou presque, ne s’aventure à débattre avec lui), de s’emparer du drapeau de la « dissidence » quand le « système » fait tout pour lui offrir cette place, de procès en procès et de condamnations en condamnations. La gauche critique et l’extrême gauche ont régulièrement accès aux médias de masse (Besancenot dans Vivement dimanche !, Mélenchon dans Touche pas à mon poste) : Soral peut à loisir étaler sa crédibilité de subversif : plus personne ne l’invite. Égalité & Réconciliation a su, malheureusement mieux que ses ennemis, construire un contre-espace, un contre-monde, « des formes de diffusions parallèles11 », dirait Rancière : édition de livres, éducation populaire en ligne, stages, partenariats divers (gastronomie, viniculture) – et, par la voix apparemment ludique de Dieudonné, un projet d’assurances et, à terme, de banque à vocation « révolutionnaire ».

Cet article, fort d’une lecture exhaustive de son œuvre, se charge donc de rassembler les éléments disponibles en un même espace afin qu’il ne soit plus possible, comme on le lit ou l’entend trop souvent, de prétendre que Soral, il est vrai, « dépasse parfois les bornes », « dit des conneries », « exagère », mais que, tout de même, l’homme « a raison sur plein de choses » et qu’il est « bon sur le fond, si on oublie la forme ». Qu’il ne soit plus possible d’entendre unÉtienne Chouard, qui se revendique pourtant de la gauche et de la tradition libertaire, déclarer : « Pour moi, Alain Soral est à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges. C’est un résistant12. » Quand il n’ajoute pas : « Les gens qui sont derrière Soral, j’en vois plein, c’est des humains comme vous et moi : ils cherchent le bien commun à leur façon13. »

La pensée soralienne se passe d’exégèse tant elle est limpide – pour ne pas dire simple, ôté le vernis rhétorique et sophistique parfois, sinon souvent, habile et séduisant pour les esprits en quête d’une explication hâtive et fruste du monde et de ses rapports de force. Notre objet n’est pas, ici, de présenter ses thèses principales (sur le féminisme, la Banque, la politique étrangère nord-américaine, le désir comme moteur de consommation, le libéralisme-libertaire, le communautarisme, la laïcité ou encore le sionisme), ni de chercher à les réfuter une à une (un article, par sa forme, ne le permet absolument pas), mais de mettre en évidence les éléments, enracinés dans toute son œuvre (et non pas à la marge, au détour d’une discussion ou d’un jour de colère, comme certains le pensent naïvement), qui attestent que Soral ne peut et ne pourra jamais être un point d’appui, un allié et un compagnon de route de l’émancipation : ni dans la lutte ô combien légitime contre l’occupation de la Palestine, ni dans la lutte ô combien nécessaire contre l’impérialisme et l’hégémonie atlantiste, ni dans la lutte ô combien primordiale contre la bourgeoisie de droite et de gauche et les trahisons successives de leurs gouvernements républicains, toujours soucieux de leur classe et jamais des milieux populaires. Et s’il est évidemment possible, au regard de la somme d’éléments qu’il aborde, de le rejoindre sur tel ou tel point du fait de ses fondamentaux socialistes et marxistes (sa sœur rappelle qu’il était même anarchiste dans sa jeunesse, avant d’entrer au Parti communiste), rien ne justifie, selon la rengaine bien connue, de frayer avec les ennemis de nos ennemis. C’est d’ailleurs là une constance historique : révolutionnaires et contre-révolutionnaires, socialistes et nostalgiques de l’Ancien régime ont souvent pu se retrouver sur certains axes, dans leurs critiques de la bourgeoisie ou de la corruption parlementaire — du boulangisme au Cercle Proudhon.  Soral reprend le flambeau et revendique l’héritage du CNR (où, pour vaincre l’occupation allemande, cagoulards et communistes s’unirent tant bien que mal) et, dans Chroniques d’avant-guerre, déplore qu’il ne soit pas possible de fusionner le Front national et le Front de gauche (il prend également l’exemple libanais de Nasrallah, musulman, s’alliant au général Aoun, chrétien). Les propos qui suivent se chargent de rappeler que personne, dans la lutte contre l’ordre en place, n’a à gagner à s’allier avec « la Dissidence ». « J’ai écrit des grands livres14 », a-t-il asséné un jour : petit florilège, en guise de boîte à outils, pour s’en convaincre…

Les Noirs, les Arabes, les Juifs et les Gitans

Une affaire privée rendue public fut un choc pour certains de ses soutiens. La chanteuse Binti, d’origine camerounaise, reçut les messages suivants : « Les blancs prennent les blacks pour des putes (ce qu’elles sont le plus souvent). », « Finalement il ne te reste de sûr que les juifs et les pédés ! », « Les pédés comme amis pour t’écouter chialer que ton destin c’est d’être une pute à juifs… », « Dans 10 ans ton corps sera tout sec, et avec ton gros pif sémite, tu ressembleras à un vieux chef indien ! Sur le marché du travail tu ne vaudras plus rien15… » Soral ne chercha pas à nier ; il les assuma même.

S’il s’est parfois présenté, notamment dans CHUTe !, comme le « défenseur des beaufs et des Arabes » (p. 20) et qu’il s’est attiré de nombreuses sympathies du fait de sa défense répétée de l’islam (comme religion virile, modeste et égalitaire), il n’en reste pas moins que « l’arabophilie » soralienne s’avère avant tout stratégique (réconcilier les Gaulois et les Arabes pour éviter, par patriotisme, la guerre civile qui gronde en France). Il suffit de gratter un peu pour que s’écaille la peinture fraternelle. Ainsi décrit-il, dans l’un de ses livres, le « petit sourire du raton fouteur de merde » (C, p. 46) et le tempérament « vicieux comme l’Arabo-berbère » d’un personnage (p. 65). Jusqu’où va-t-on descendre ? oscille entre paternalisme (« nos petits Beurs », p. 82) et mépris franc (la France est détruite, car devenue un pays « envahi de Maghrébins hostiles », p. 106), et donne à reconsidérer sérieusement l’anticolonialisme affiché par les figures fondatrices de son mouvement (Guevara, Sankara, Lumumba) : « Plus je vois la merde noire (corruption, intégrisme, généraux…) dans laquelle l’Algérie s’enfonce un peu plus chaque jour, […] plus je me dis que leur seul espoir, c’est qu’on y retourne. » (p. 13) Même ode aux bienfaits de la colonisation, durant une intervention filmée, lorsque Soral s’attaque à la porte-parole des Indigènes de la République (ce qui ne l’empêche pas, quant à elle, de faire l’éloge des couples non-mixtes, dans les pages de Vacarme, c’est-à-dire de limiter autant que faire se peut les unions entre « racisés » et « Blancs ») : « Houria Bouteldja est la preuve de la réussite totale de la colonisation, car sans la colonisation, cette petite Algérienne serait aujourd’hui tatouée en bleu sur le front, dans un bled de moyenne montagne, elle aurait été mariée de force, ce qui est normal dans une société patriarcale traditionnelle, elle aurait six gosses et elle fermerait sa gueule16 ». Soral aime à brasser les catégories larges et les grands ensembles — maître en essentialisation, les Arabes issus de l’Afrique du Nord en font aussi les frais : « Les Maghrébins, vous parlez fort et vous êtes d’une lâcheté, sur le terrain, inouïe17 » ou encore « Il aboyait fort, parce que les Maghrébins ne savent pas demander gentiment18» Aussi, il s’en prend à la culture nord-africaine, juive ou non, pour faire l’éloge du Nord, des Celtes et de la culture chrétienne : « Nous, on se met pas à hurler, à pleurnicher, y’a pas de youyous, etc. C’est deux cultures19. » Réconciliation, vraiment ?

Même son de cloche avec les Ukrainiens (« Putes ukrainiennes, c’est un pléonasme20 »), les Gitans (« braqueur surarmé réputé pour son goût du sang », JO, p. 128) et les Rroms (« On a un afflux massif, je dirais, de la pire racaille que l’humanité ait porté, c’est-à-dire les Rroms de l’Est, albano-roumano-etc.21 »). Les Juifs, on ne l’ignore pas, constituent sans contredit sa mire de prédilection. Dresser la liste de ses assauts aurait tôt fait d’user le lecteur ; contentons-nous de quelques pages. Comprendre l’Empire : « la volonté de domination juive » (p. 69), « son omniprésence et son omnipotence avérées dans tous les secteurs clefs de la finance, de la politique, des médias et des sciences » (p. 110), « une flopée de sociaux-traîtres dont énumérer les noms évoquerait immédiatement la liste de Schindler » (p. 134), Sarkozy aux origines « douteuses » (p. 175) ; Dialogues désaccordés :  « Rosenberg, le vrai nom pas du tout catholique de Madame Sinclair » (pp. 27-28), « gauche juive » (p. 29), « l’écrasante domination juive » (p. 40) ; Misères du Désir : « Beaucoup de Benamou, Benichou » (p. 59), « également ashkénaze (je constate) » (p. 92). Obsession névrotique des origines, à tel point qu’il ne peut mentionner une seule personne sans préciser son appartenance ethnique ou communautaire — quand bien même celle-ci ne s’en revendique jamais.

Soral possède néanmoins trois pirouettes en la matière : la première, revendiquer les écrivains juifs qu’il affectionne (Marx, Goldmann, etc.) ; la seconde, mettre en avant, selon la logique bien connue, ses « amis » juifs (ils sont deux : Jacob Cohen et le musicien Gilad Atzmon — ce dernier a même été désavoué publiquement, du fait de ses « arguments racistes », par un collectif de penseurs palestiniens22…) ; la troisième, répéter qu’il n’est pas antisémite mais judéophobe ou judéocritique (autrement dit : qu’il cible « l’idéologie juive », comme système de pensée, et non les êtres en tant que personnes de chair et d’os), et, surtout, qu’il ne s’en prend jamais à ceux qu’il nomme les « Juifs sur les bords » ou «Juifs du quotidien ». La défense s’écroule pourtant dès l’instant où il déclare, en juin 2014 : « On a vu le petitElkabbach – là, c’est mon analyse un peu plus racialo-communautaire –, qui est le petit sémite séfarade, se soumettre finalement comme une femme à quelqu’un [Poutine] qui représente encore, je dirais, la virilité aryenne, d’une certaine manière – même si elle est slave. Et ça, c’est la juste hiérarchie traditionnelle, vous voyez. Quand Poutine ouvre sa gueule, un Elkabbach la ferme. Et c’est comme ça que doit se concevoir un monde qui fonctionne bien23. » Jean-Pierre Elkabbach est très clairement attaqué en tant qu’individu membre d’une communauté ethnique déterminée. Autre exemple : un journaliste interroge Soral et lui demande ce qu’il juge obscène, en matière de littérature. Sans étonnement, Soral embraie sitôt, le visage traversé de successives moues écœurées : « J’ai ressenti un vif dégoût en lisant des pages plus ou moins autobiographiques de… ce n’est pas un hasard… Albert Cohen. Le type qui a écrit Belle du Seigneur et Mangeclous. Ça, ça me répugne. Il y a ce côté… je ne vais pas dire le mot pour ne pas m’attirer d’ennuis, mais ce côté complaisant, mis en scène, y’a du Elie Wiesel chez Albert Cohen. C’est pas un hasard. Ça m’insupporte. Moi je suis un goy du Nord, il y a le côté on se tourne pour pleurer, on pleure jamais face à la caméra. Sinon tout le reste c’est la famille, c’est Claude Lelouch, Boujenah, ça sent l’huile quoi… […] J’ai d’ailleurs ressenti cette gêne sans jamais identifier qu’il y avait une origine ethnico-culturelle là-dedans. J’ai toujours détesté les films deWoody Allen, qui sont incroyablement narcissiques et complaisants, et médiocres. Ça m’a toujours insupporté. Même les films des frères Coen. […] Pleurer face à la caméra pour tirer les larmes du goy et lui faire les poches. C’est une évidence, on le voit. Mangeclous et Belle du Seigneur, c’est insupportable. En plus d’énormes pavés, comme ça, c’est gras, c’est gras. C’est une culture, quoi. Quand on aime ça… Aujourd’hui on est submergé par cette merde. […] Mon monde à moi, qui est le monde de la pudeur du Nord, de la pudeur héléno-chrétienne, de la retenue, de l’émotion subtile, etc., a été dévasté par la vulgarité séfarade, il faut le dire, judéo-méditerranéenne. C’est une souffrance terrible pour nous24» Le sionisme n’a, ici, strictement rien à faire. Pas plus que la critique de l’Ancien Testament ou de la métaphysique juive. Seulement le racisme crasse.

Lisons ou relisons le psychiatre anticolonialiste antillais Frantz Fanon : « C’est mon professeur de philosophie, d’origine antillaise, qui me le rappelait un jour : “Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.” Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendant par là que j’étais responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe. » (Peaux noires, masques blancs, paru en 1952)

 

Les femmes

Sans doute l’un des fils rouges de trois décennies de publications. Dans Sociologie du dragueur, quand il ne parle pas de « salope flippée » et de « féministe crypto-lesbienne », il analyse la gent féminine en quatre catégories : les salopes, lesbonniches, les folles et la femme-miracle. Mais toutes, par nature, ne savent pas s’exprimer clairement : « Une femme qui dit “non” est une femme qui dit “peut-être” et qu’une femme qui dit “peut-être” est une femme qui dit “oui25. » Se pose dès lors la question du viol. Délicate, estime-t-il – puisque, de nouveau, la femme n’éprouve pas « de frontière franche entre le “oui” et le “non” » (p. 113). Le viol est, pour le dragueur aguerri, un « défaut de maîtrise » (p. 114), une faute d’amateur en matière de technique. Et lorsqu’il parle de harcèlement sexuel, il ne s’agit bien sûr pas de celui que les femmes ont régulièrement à subir (au travail ou dans la rue), mais de celui que les hommes endurent par l’affichage quotidien de femmes dévêtues dans les espaces publics – harcèlement qui génère la frustration des hommes et pourrait aboutir à ce genre de « conséquences funestes », c’est-à-dire le viol (p. 114). Soral n’est du reste pas avare en recommandations, sur le terrain des rapports sexuels, consentis, cette fois : « Plus vous entrez sèchement, plus votre sentiment de la pénétrer sera fort » (p. 105) ; « son plaisir étant parent de la douleur, croyez qu’elle appréciera » (ibid) ; « jouissez, elle jouira » (p. 106) ; « aussitôt joui, barrez-vous » (p. 107). Dans CHUTe ! Éloge de la disgrâce, il explique « comment baiser une vraie bonne salope » (p. 93). Du fait de ses dispositions biologiques et mentales, écrit-il aussi, la femme s’avère moins apte que l’homme à penser (elle n’a que très rarement une « vision globale cohérente », SD, p. 155). Pour appuyer ses dires, il prend l’exemple de Arendt et Badinter, en jugeant de l’imbécilité de leurs œuvres respectives (Arendt revient à plusieurs reprises, dans ses livres, pour étayer ce même argument). La femme, du fait, notamment, de son « trou » anatomique, ne peut « pénétrer l’objet » (SD, p. 160), c’est-à-dire la pensée dans son abstraction la plus pure – d’où sa propension à l’irrationnel, l’émotion, l’intuition et l’astrologie. « La femme est profondément inapte à cette activité sérieuse et exigeante qu’est la pensée » (ibid). Existent toutefois quelques exceptions, ajoute-t-il, liées à des trajectoires individuelles obliques, comme Rosa Luxemburg et Jeanne d’Arc.

Dégoût physique et psychologisme lapidaire émaillent l’ouvrage : la vulve des femmes est « suppurante et nauséabonde » et « la jeune fille pue dans la plupart des cas » (SD, p. 31) ; « en baisant la fille, le dragueur baise d’abord sa propre mère » (p. 61), « dans un visage de femme, le jeune homme chercher d’abord à retrouver sa mère » (p. 86.) et « l’attachement mystique de l’homme à sa mère et le besoin frustre qu’il a de pénétrer » (p. 225). Dans un autre livre, Misères du Désir, il compare le sexe féminin à du mou de veau et rappelle « combien le sexe est vil » (p. 61) et combien « elle n’est pas bien belle l’origine du monde » (p. 60), après voir évoqué cette « ruse de la Nature qui nous met les femmes au cœur pour mieux nous pousser à y fourrer la bite » (p. 35). L’homme, ajoute-t-il, est fait pour la guerre, la politique et la pensée ; la femme pour l’enfantement et la gestion matérielle de l’existence (« leur nature de pondeuse », p. 41). Il aborde dans le même ouvrage la mort de Marie Trintignant, en 2003, sous les coups de Bertrand Cantat. « Le vrai scandale » de cette affaire, pense-t-il, c’est d’abord « la délocalisation d’une production de la télévision nationale » (p. 149), puisque le tournage se déroulait en Lituanie. « La violence physique du mâle est surtout son aveu d’impuissance. Devant tant d’habileté, de rouerie [féminine], il arrive que ces âmes anguleuses et simples, tout en émotivité, soient comme les résistants du Hamas confrontés aux manipulations sionistes : elles explosent ! » (p. 154) Il poursuit, toujours à propos de Cantat : « Je suis sûr qu’il ne l’a pas frappée pour lui voler son sac. Il a quand même fallu qu’elle lui en dise des mots vexants, humiliants, désespérants… qu’elle le pousse sacrément à bout, le gentil nounours, pour qu’il voie rouge et qu’il déjante. […] Oserais-je avancer qu’il a craqué, non pas parce qu’il était un monstre, une bête, mais parce qu’il était trop humain ? » (pp. 155-156). La violence ? Il l’assume, et reconnaît avoir giflé deux femmes et « dérouillé vraiment » une troisième (p. 157). Il raconte même : « Je l’étranglai, elle tomba au sol. […] Je devins vraiment fou, je la cognai, je la cognai… comme dans un rêve… un cauchemar. » (p. 158)

Soral, qui en appelle à abattre le féminisme du fait des « ravages » qu’il génère, le décrit comme « une soumission non sue à la masculinité » (SD, p. 189). Sans surprise, les féministes sont sous sa plume des « harpies » et des « hystériques ». Il fait état, dans Jusqu’où va-t-on descendre ?, de « leur mentalité d’avorteuse, leur tendance à l’infanticide » (p. 100), et, dansSocrate à Saint-Tropez, affirme que le « féminisme est en fait un mépris des femmes » (p. 332) (doit-on en déduire que le soralisme signifierait leur respect ?). Notons, en passant, que le harcèlement sexuel n’existe pas, nous l’avons lu, sauf lorsqu’il permet de louer la burqa : cette « jolie burqa bleue qui protège la musulmane du harcèlement sexuel » (Jusqu’où va-t-on descendre ?, p. 179). L’essayiste n’est jamais à une contradiction près : il lui arrive de déplorer le retour à l’irrationalité (musulmane — voir Socrate à Saint-Tropez) tout en traitant de « sataniques » la plupart de ses ennemis ; il n’a de cesse de faire l’éloge du travail productif tout en reconnaissant avoir tout fait pour fuir ledit travail (« Quand on a été salarié du tertiaire et qu’on a conduit une bagnole dans Paris pendant des années, on est un untermensch26 », déclare-t-il tranquillement — c’est-à-dire, en allemand, un sous-homme).

Les homosexuels

Une autre cible de choix (dont le révolutionnaire afro-américain, Huey P. Newton, fondateur des Black Panthers, disait qu’ils étaient « peut-être la population la plus opprimée de la société » et qu’il fallait, dès lors, « former des coalitions avec les groupes de libération des femmes et des gays27 »). Les gays, écrit Soral dans Sociologie du dragueur, sont « l’ensemble des efféminés du tertiaire dont la conscience politique se limite au droit de se faire enculer » (p. 196). Ils sont aussi des « pédés branchés » (p. 80) et les hommes qui nouent de sincères relations amicales avec les femmes ont « une mentalité de pédé » (p. 82) (le séducteur, qu’il oppose au dragueur de rue, dont il se réclamait alors, est quant à lui « politiquement émasculé », p. 73). Quand il n’en parle pas comme des « pédés », c’est pour les décrire comme des « sodomites », des « invertis », des « fiottes » et des « tantouzes ». Il dénonce, dans Misères du Désir, la « multiplication des fiottes dans nos sociales démocraties urbaines occidentales » (p. 166) et classe, dans Vers la féminisation ? Démontage d’un complot antidémocratique(paru en 1999, il reprend en grande partie Sociologie du dragueur), les homosexuels en quelques catégories principales : le « pédé littéraire », le « pédé commerçant », le « pédé intello-gauchiste », le « pédé néofasciste » (schéma qu’il utilise également dans Jusqu’où va-t-on descendre ?).

« Si les gays continuent à se multiplier, note-t-il dans l’ouvrage que l’on vient de mentionner, ils risquent de mettre en danger la survie même du monde occidental » (p. 125). Et croit bon de constater : « Il en sort de partout » (ibid). Dans Dialogues désaccordés, ouvrage bâclé commis avec Éric Naulleau et paru en 2013, Soral enfonce un clou vieux de presque vingt ans : « Alors que je les tolère, les supporte, ces créatures s’attaquent à mon monde pour le détruire, par haine, esprit de vengeance de l’anormal pour le normal ! » (p. 37) Et, assurant s’inspirer de Freud, explique que « l’homosexualité est une sexualité déviante, tantôt immature, tantôt perverse, qui doit se pratiquer dans la discrétion, avec un soupçon de honte ! » (p. 40) Les dérapages, prévient-il, ont tôt fait d’arriver : « D’abord un doigt de femme pour finir par une bite d’immigré » (p. 42). Dans Chroniques de l’avant-guerre, lorsqu’il parle d’un réalisateur, il ne peut à l’évidence pas s’empêcher de préciser : « 8 Césars de l’homosexuel Audiard28 ».

Un lieu commun assure que l’homophobie témoignerait en réalité d’une homosexualité refoulée : il n’est pas inintéressant de lire, dans Misères du Désir, qu’il éprouva le besoin, pour savoir s’il était homosexuel ou non, d’avoir une relation sexuelle avec un homme (de façon active et passive, indiqua-t-il) – l’expérience lui permit de conclure qu’il ne l’était pas (un thème récurrent dans son œuvre et son langage : il conclut d’ailleurs CHUTe ! en se mettant ainsi en scène, du moins son double romanesque, dans un back room).

Le pouvoir, après les livres ?

Soral a fait savoir qu’il était déjà rentré dans la petite Histoire et qu’il n’appartenait qu’à la grande de l’accueillir. Il suffirait, pour cela, de troubles révolutionnaires en Europe afin qu’il puisse devenir Robespierre, son modèle et héros depuis l’adolescence. Il y a quelques années, Taddéi lui avait demandé s’il pourrait faire couler le sang afin que s’accomplissent ses idées ; Soral de répondre, plus ou moins fanfaron : « Bien sûr, si on veut sauver la France demain, il faudra tuer quelques personnes. C’est une évidence, oui. […] Les gens ont peur de moi, parce qu’ils se disent que si un mec comme moi prenait le pouvoir, ils seraient peut-être effectivement un peu en danger de mort. Et ils n’ont pas tout à fait tort de le penser. Ils me flattent. […] Je rêverais de pouvoir faire plus que de faire rire les gens et les instruire, je rêverais de punir les méchants. […] Je pense quelque part avoir un devoir moral d’aider les gens29 ». Plus récemment, en juin 2014, il entérinait : « Quand je prendrai le pouvoir, car je finirai par le prendre un jour, je remettrai tout ça bien en place29. » Dans Dialogues désaccordés, il écrit encore : « J’aspire à l’avènement d’un leader autoritaire » (p. 72). Et s’il reproche à Trotsky son goût (juif, précise-t-il) pour la vengeance, notre Gaulois n’est pourtant pas en reste :  il confesse, dans la préface de son roman La Vie d’un vaurien, s’être inscrit au PCF pour se « venger » (p. 9) et déclare, dans CHUTe ! : « L’envie de tuer m’a tenu » (p. 52).

Le châtiment, doublé d’une obsession de la Vertu, sature ses textes. Il rappelle, dans Jusqu’où va-t-on descendre ?, le plaisir qui fut le sien de voir les tours américaines s’écrouler, au nom « de la morale et l’humanité » (p. 240), et explique, dans Dialogues désaccordés, qu’il ne songe qu’à une chose : « Dire le vrai au service du bien » (p. 24). Sous le masque de la Justice, le ressentiment et la violence sont à l’œuvre (un détail qui en dit assez long : la corrida est à ses yeux un « beau geste » où l’animal fait « la découverte ultime de la beauté », ST, p. 290). Et si tout Soral, au fond, tenait dans l’une des phrases de son ouvrage Misères du Désir ? « Je suis devenu polémiste, crachant dans la soupe qu’on n’a pas voulu me servir. » Page 57.

Toujours « flou » et « résistant », Soral ?


BIBLIOGRAPHIE

Éditions des ouvrages utilisés :
– Chroniques de l’avant-guerre, Blanche, édition numérique, février 2014
Dialogues désaccordés, Blanche / Hugo & Cie, octobre 2013
– Comprendre l’Empire, Blanche, janvier 2011
– Vers la féminisation ?, Blanche, janvier 2008
– Jusqu’où-va-ton descendre ? [JO] et Socrate à Saint-Tropez [ST]dans le même recueil Abécédaires de la bêtise ambiante, Blanche, janvier 2008
– Sociologie du dragueur [SD], Blanche, octobre 2007
– CHUTe ! [C], Blanche, mars 2006
– Misères du Désir, Blanche, mai 2004
– La Vie d’un vaurien, Blanche, août 2001
– Les deux premiers livres de Soral, Mouvements de mode expliqués aux parents (1984) et La Création de mode (1987), n’ont pas été cités puisqu’ils n’ont été d’aucune utilité lors de la rédaction du présent article.


NOTES

1. http://bondyblog.liberation.fr/201505280001/medine-jai-la-vocation-dun-demineur/
2. https://www.youtube.com/watch?v=HFIBIU9uCrc
3. http://www.fakirpresse.info/L-air-du-soupcon.html
4. http://www.dailymotion.com/video/x19g1fy_extrait-alain-soral-cite-jesus-christ-entretien-de-janvier-2013_news?start=208
5. Dialogues désaccordés, Blanche, 2013, p. 157.
6. Voir revue Ballast, n° 1, éditée par ADEN.
7. Proudhon et Bakounine n’étaient pas en reste, cela dit, question antisémitisme.
8. Clouscard, « Aux antipodes de ma pensée », http://www.humanite.fr/node/368670
9. Chroniques de l’avant-guerre, Blanche, article « Le CNR n’est pas pour demain ! »
10. https://www.youtube.com/watch?v=HFIBIU9uCrc
11. Rancière, Moments politiques, La Fabrique/LUX, 2009, p. 211.
12. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-discours-trouble-d-etienne-chouard-contre-les-1-qui-se-gavent_1622043.html
13. https://www.youtube.com/watch?v=P835JQmtKOk
14. https://www.youtube.com/watch?v=9k1Bmyax2XA
15. http://www.streetpress.com/sujet/1416422707-soral-accuse-injures-racistes-mannequin
16. http://www.dailymotion.com/video/x876md_soral-houria-bouteldja-fermerait-sa_news
17. https://www.youtube.com/watch?v=7Lt4VjkWfj0
18. Avril 2012, https://www.youtube.com/watch?v=n3x95gn3Dt4
19. http://www.dailymotion.com/video/xfn3av_l-obscene-interview-alain-soral_webcam
20. Novembre 2012, https://www.youtube.com/watch?v=ECClblAPg6k
21. https://quartierslibres.wordpress.com/2014/05/19/linsecurite-la-vraie/
22. En anglais : http://www.maannews.com/Content.aspx?id=467843
23. http://www.acrimed.org/article4576.html
24. http://www.dailymotion.com/video/xfn3av_l-obscene-interview-alain-soral_webcam
25. Sociologie du dragueur, Blanche, 2007, p. 95.
26. https://www.youtube.com/watch?v=9k1Bmyax2XA
27. « Les mouvements de libération des femmes et des gays », discours de Huey Newton, fondateur des Black Panthers, 15 août 1970.
28. Chroniques de l’avant-guerre, op. cit., « Le bouc-émissaires est toujours bien choisi ».
29. https://www.youtube.com/watch?v=vSSphXXSeHU
30. Juin 2014, https://www.youtube.com/watch?v=8Z-r-CUR6h4

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Les soutiens d’extrême-droite au régime du dictateur El Assad

Le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) a reçu dernièrement par un camarade une traduction, effectuée par ses soins, d’un article en anglais sur les soutiens européens d’extrême-droite au régime d’El Assad. On le relaie sur le site du RRC.

Une lecture de la nouvelle vague de l’extrême-droite européenne

et les raisons derrière son soutien au régime syrien.

Publié originellement en arabe sur Al-Manshour par Hisham Al Ashqar.

Traduction anglaise par Laila Attar et Ubidiyah Mobarak pour Tahrir-ICN (ici :https://tahriricn.wordpress.com/2014/04/24/syria-a-reading-into-the-new-wave-of-european-far-right-and-the-reasons-behind-its-support-for-the-syrian-regime/)

Traduction à partir de la version anglaise par Manuel Sanchez.

Des informations concernant la visite de groupes fascistes et d’extrême-droite en Syrie, pour montrer la solidarité avec le régime, ont commencé à émerger, particulièrement depuis le début des processus révolutionnaires dans la région arabe. On dirait que la question syrienne est classée avec importance dans l’agenda de l’extrême-droite européenne. Est-il donc axiomatique de dire que la majorité de l’extrême-droite européenne soutien le régime d’Assad et s’oppose à la révolution en Syrie ?

Il y a environ deux décennies, plusieurs partis et groupes d’extrême-droite commençaient à tisser des relations avec le régime syrien. Par exemple en France, les communications entre une partie de la droite française en France et le régime syrien ont débuté dans les années 90. Ensuite, il y a eu plusieurs visites. La plus notoire fût celle de Frédéric Chatillon, le président du groupe extrémiste étudiant Groupe Union Défense, qui est maintenant très proche de Marine le Pen. Pendant sa visite en 1994, il rencontra le ministre de la défense du moment, Mustafa Tlas.

Durant la première décennie du siècle actuel, en particulier depuis 2006, les visites ont augmenté. La plupart d’entre-elles eurent lieu au Liban, l’endroit habituel pour tenir des rencontres entre les visiteurs et le Parti Social Nationaliste Syrien, qui est un allié du régime syrien. Frédéric Chatillon, avec Alain Soral, étaient parmi les visiteurs les plus importants. Cette relation n’était pas limitée aux visites officielles et discussions politiques, elle s’étendait jusqu’au business. Par exemple, la compagnie Riwal qui appartient à Frédéric Chatillon, a fondé la compagnie Riwal Syria en 2009 pour développer les relations économiques entre les entreprises françaises et syriennes.

Depuis le commencement de l’insurrection syrienne en mars 2011, l’extrême-droite s’est mise à soutenir le régime de différentes manières. Frédéric Chatillon fût le premier à soutenir Assad. Depuis les premiers jours de la révolution, Chatillon accuse ceux qui prennent part aux manifestations de l’opposition d’appartenir au lobby sioniste qui cherche à déstabiliser la Syrie. En octobre de la même année, Chatillon alla même jusqu’à organiser une manifestation à Paris pour soutenir Assad. Riwal, la compagnie de Chatillon, persévère dans son support au site d’information Infosyrie, qui fait campagne pour le régime d’Assad.

Avec le temps, des manifestations d’extrême-droite pour soutenir le régime furent organisées dans beaucoup de villes européennes, de Rome à Varsovie et à Gêne. En même temps, différentes visites de soutien furent organisées, comme la ” fact finding mission ” (ndt : mission pour trouver les faits) en juin 2013. Plusieurs personnalités de l’extrême-droite européenne prirent part à cette visite, comme Nick Griffin, député à la Chambre des communes, ou Philip Dewinter, député du parlement flamand en Belgique. Cette amplification du soutien va dans certains cas jusqu’à se rendre en Syrie pour combattre au côté des forces d’Assad, comme l’a déclaré l’organisation néo-nazie grecque, Black Lilly (Mavros Krinos). Il y a aussi eut de nombreux meetings tenus par l’extrême-droite avec comme objectifs de parler de la situation syrienne et de voir comment soutenir le régime d’Assad. Le plus notoire fût le Boreal Festival qui se tint à Kanto en Italie, le 12 septembre 2013, en présence d’un grand nombre de fascistes européens. Paradoxalement, le maire de Kanto, qui accueillait l’évènement, débuta son discours avec des mots de Rosa Luxemburg !

Pourquoi l’extrême-droite européenne soutient-elle le régime d’Assad ?

Dans son article approfondi, « Qui sont les supporters fascistes d’Assad ? », Leila Shrooms attribue ces soutiens à :

« Un sentiment anti-impérialiste/anti-globalisation avec une forte attention sur les états nationaux (ils croient que le régime d’Assad protège l’État Syrien contre l’impérialisme US), l’islamophobie (ils croient que le régime Assad combat les islamistes extrêmistes), l’anti-sémitisme (ils croient que le régime d’Assad agit comme résistant à Israël). »

Quant à Serge Ayoub, leader de l’organisation d’extrême-droite Troisième Voie, dissoute depuis l’été 2013, il organisa le 2 février 2013 une marche en soutien du régime syrien d’Assad. La raison de son soutien devient clair dans sa réponse à la question suivante : « Pourquoi y a-t-il des supporters Syrien du régime d’Assad qui participent à cette manifestation ? » Ayoub répondit, « Pourquoi les Syriens sont-ils avec nous ? Bien sûr, il est de notre devoir de soutenir leur cause ! La Syrie est une nation, une patrie, une région socialiste à suprématie nationale. Ils combattent pour la laïcité, ils sont l’objet d’une attaque par l’Amérique impérialiste, la globalisation, ses serviteurs salafistes et des mercenaires Qataris et Saoudiens. Le but est de détruire l’État ». (ndt française : n’ayant pas retrouvé le texte original en français, ceci est une retraduction à partir de l’anglais).

Nous trouvons dans le discours d’Ayoub toutes les raisons invoquées par Leila Shrooms, sauf la résistance à Israël. L’extrême-droite ne cache pas son aversion pour Israël, comme nous l’avons vu avec Chatillon. Paradoxalement, les supporters d’Ayoub, qui se décrivent eux-même comme des révolutionnaires nationalistes français, et qui ont gagné le soutien de beaucoup d’organisations fascistes françaises et européennes, brandissaient dans la manifestation les portraits de cinq personnalités : celui de Bashar El Assad, à côté celui du Président Russe Poutine, le Président Biélorusse Loukachenko, l’ex-Président Vénézuélien Chavez et le Serbe National Draga Mihailovič. Beaucoup de drapeaux furent aussi levés, parmi ceux-là, les drapeaux syrien, français, russe, vénézuélien et cubain.

Les raisons de ce soutien, présentées par toutes les organisations d’extrême-droite d’un côté et les organisations qui les critiquent d’un autre côté, remuent beaucoup de questions comme, « Pourquoi cette droite ne s’est-elle pas alliée avec la Syrie contre Israël avant la décennie des années quatre-vingt-dix ? Pourquoi cette droite s’oppose-t-elle à la Révolution Syrienne depuis son début, avant le soulèvement du mouvement armé extrémiste islamique ? Et quelle est la vérité à propos de cette position anti-impérialiste et anti-globalisation à droite ? »

Pour démontrer le contexte et la logique de la position de droite au regard de ce qu’il se passe en Syrie, nous devons remonter dans le temps sur 25 ans, à partir d’une phase historique nouvelle qui a démarré avec la chute du mur de Berlin.

Redéfinir l’ennemi : de la menace communiste à la menace du modèle américain.

Dans son livre, « L’anatomie du fascisme », Paxton dit que les mouvements fascistes ont toujours besoin d’un ennemi qui symbolise l’écrasante crise qui prend la société par tempêtes, et qui pousse les masses à s’unir sous le drapeau d’un leader salvateur. Vers la fin de la guerre froide, la plupart des mouvements d’extrême-droite d’Europe du Nord considéraient l’Union Soviétique comme cet ennemi-symbole, à l’image de Jean Marie le Pen, le leader du Front National, le parti d’extrême-droite français, qui prétendait porter l’héritage de Winston Churchill, Douglas Mc Arthur et Ronald Reagan1, non pas seulement dans l’arène politique, mais aussi dans le champ économique2. Dans ce contexte, la chute du communisme n’a pas seulement causé une crise à gauche, mais cela est allé jusqu’à atteindre l’extrême-droite, qui perdit en l’espace d’une nuit son principal ennemi et l’une des bases de sa politique. La reconsidération faite par les membres de la droite les conduisit à adopter les idées de groupes idéologique comme GRECE, qui avait commencé dès les années soixante à développer la théorie de la différence culturelle, qui s’oppose aux mélanges raciaux car ils représentent un danger pour l’identité des nations. D’où le fait que les États-Unis sont devenu l’ennemi – le nouveau symbole – et pour plusieurs raisons :

– La domination américaine, culturelle et politique, représente une menace pour l’identité des nations.

– Le modèle américain reflète la présence et le mélange de plusieurs races, malgré le racisme et les inégalités enracinées dans ce modèle.

La redéfinition de l’ennemi a obligé ces forces de l’aile droite à reconsidérer la plupart de leurs positions politiques et économiques afin qu’elles correspondent à leur nouvelle position idéologique. Cela vaut la peine de rappeler que l’extrême-droite et les principaux partis fascistes sont des partis pragmatiques qui n’hésitent pas à redéfinir leurs principales positions (spécialement en ce qui concerne l’économie, car ils ne comptent pas sur une ligne fixe ou position dans ce champ, ils fluctuent plutôt suivant les variables politiques)3. Afin de réaliser leur objectif : succès et pouvoir4. D’où le fait que cette droite a élevé la limite de son animosité contre les USA et le nouvel ordre politique, comme le néo-libéralisme économique et la globalisation, et qu’elle établit des relations avec ceux qu’elle considère comme des ennemis de cet ordre politique. Par exemple, Jean Marie le Pen est l’allié de la phalange d’extrême-droite libanaise depuis le milieu des années soixante-dix, et dans sa visite à Beyrouth en 2002, il a essayé en vain de rencontrer l’ayatollah Faldallah, qui a des relations proches avec le Hezbollah. Cette redéfinition de l’ennemi est ce qui explique le rapprochement entre le Hezbollah et le régime syrien, qui a commencé de façon timide dans le années quatre-vingt-dix et est devenue plus solide et bien établie pendant les dix dernières années.

La nouvelle extrême-droite : aile gauche dans son travail, aile droite dans ses valeurs !?…

La transformation subie par la droite à cause de la redéfinition de l’ennemi d’un côté et la repriorisation d’un autre, l’a conduit à adopter et doubler quelques unes des idées gauchistes de façon à autoriser cette nouvelle orientation intellectuelle. Par exemple, nous avons que vu la campagne de Marine le Pen pour l’élection présidentielle de 2012 était basée sur des questions sociales et économiques, allant jusqu’à pratiquement ne pas mentionner certains des topiques favoris de l’extrême-droite, comme le bannissement des migrants. L’adoption par l’extrême-droite d’une certaine rhétorique gauchiste et marxiste n’est pas nouvelle. Ceci est clair depuis la naissance du fascisme avec Mussolini qui s’adressait au prolétariat et aux fascistes de la même façon, avec ses discours radicaux, nationalistes et anti-capitalistes. Bien sûr, c’était une manœuvre largement manipulatrice, car l’ennemi était le capitalisme étranger et non pas celui qui est national, certaines intentions étaient de concilier les forces du travail et les patrons du business national5.

Dans ce contexte, la dépendance de la nouvelle droite aux idées gauchistes n’est rien d’autre que ce national communisme populiste, en d’autre mots, un retour au discours fasciste classique comme dans les années vingts, et pendant le moment de l’une des plus importante crise du capitalisme européen. Ce retour est apparent avec l’adoption du slogan « Ni droite ni gauche » par le Front National, dans une réitération claire des dires du fondateur du parti fasciste de la phalange espagnole (Falange Española de la JONS), José Antonio Primo de Rivera, que son mouvement n’était ni de droite, ni de gauche.

Néanmoins, la rhétorique et orientation actuelles de cette droite diffèrent de son prédécesseur de 80 ans dans beaucoup de détails. Cette droite ne s’arrête pas à l’adoption d’en-têtes et de slogans gauchistes, elle en reprend partiellement l’idéologie pour l’ajouter à son héritage. Nous avons vu Marine le Pen dans son livre « Pour que vive la France »6 comptant sur des déclarations de beaucoup de penseurs, politiciens, écrivains ou autres de gauche, de Georges Sorel à Bertolt Brecht et même Karl Marx lui-même, faisant des éloges sur les débuts de cette gauche dont elle considère qu’elle a plus tard trahi ses principes, insistant sur le fait que c’est maintenant le Front National qui porte ces principes. Certains penseurs d’extrême-droite sont même allé un pas plus loin, plutôt que de répudier la gauche et la droite, ils essaient de les rassembler. Soral, l’ex-membre du Parti Communiste français puis du Front National, recherche l’union de la droite éthique avec la gauche économique et sociale contre la gauche non-éthique qui flatte la droite économique. Concrètement, sur le site de son groupe politique Égalité et Réconciliation, Soral met ensemble les photos de Che Guevara, Khadafi, Mahmoud Ahmadinejad, Vladimir Poutine et l’icône de l’extrême-droite, Jeanne d’Arc. Soral attaque le système politique global représenté par les USA et Israël, il parle de justice sociale et de l’exploitation des classes sociales. Il dénonce l’impérialisme et demande une gauche réelle.

Dans ce contexte, il ne suggère rien de nouveau à part la réconciliation entre les travailleurs et les propriétaires de business, il met pleinement l’accent sur les valeurs et principes conservateurs qui conduisent au sauvetage de la nation française.

Soral devrait être vu comme un fantaisiste qui mélange l’économie, la théologie et la théorie du complot, mais sa page attire beaucoup de visiteurs et followers, en particulier des jeunes. Les idées people que Soral promeut sont traduites dans la rue, comme ces membres de Troisième Voie qui brandissent des portraits de personnalités et des drapeaux ainsi que cela a été mentionné plus haut. Cela peut parfois être compris comme une communication et une coalition entre la droite et certains mouvements nationalistes de gauche extrême, comme l’organisation fasciste polonaise (Phalange) qui est en train d’établir des connections avec les maoïstes et les bolchéviques nationalistes.

Ce changement idéologique, même s’il est uniquement orienté vers l’intérêt intérieur et national de ces partis, porte en son sein le soutien de cette droite pour le régime syrien. Des théoriciens comme Soral considèrent Bashar el Assad comme l’un des caractères faisant face au système global. De plus, le régime syrien est l’exemple, même s’il n’est pas idéal, de leur slogan « aile gauche en terme de travail, aile droite en terme de valeurs ». Il faut souligner que ce système n’est pas applicable en Europe, mais plutôt approprié pour « les idiosyncrasies politiques du Moyen Orient, où il est important d’avoir un leader fort pour contrôler la cohésion ethnique et sectaire d’une main ferme, et elle est généralement applicable à tous les clans … comme ce fût le cas dans le passé [en Europe] ».

Les limites de la haine de l’extrême-droite pour les « étrangers ».

En addition de l’excuse du « danger étranger pressant », les partis d’extrême-droite ont aussi besoin d’un ennemi intérieur, qui peut être un facteur de mort pour les masses et qui empêche la réalisation d’une société complète et forte7. Parmi les ennemis intérieurs de cette droite, il y a « l’étranger », et en Europe, les deux principaux « étrangers » au yeux de l’extrême-droite sont les Juifs et depuis récemment les Musulmans. Cependant, l’antisémitisme de cette droite ne se traduit pas toujours en animosité contre Israël. Pendant la période de la guerre froide, la majeure partie de l’extrême-droite considérait Israël comme la forteresse de l’Ouest face à l’Union Soviétique. Ce rapprochement était pourtant toujours gêné par la position de l’extrême-droite au regard de l’Holocauste. Avec la fin de la guerre froide et la redéfinition de l’ennemi, Israël est passé du statut de forteresse imperméable face au danger communiste à celui du plus fort allié du nouvel ennemi américain. Ce développement fût accompagné d’un changement de perception d’une partie de cette droite et de son rapprochement avec certains groupes européens, dans une étape attribuée par certains chercheurs à l’apparition d’un nouveau danger pour cette droite en Europe, nommément les Musulmans.

Cette conception selon laquelle l’islamophobie peut représenter une incitation pour ce rapprochement reste quelque peu simpliste, cependant elle n’explique pas le changement radical dans la perception de l’extrême-droite envers les étrangers. Nous avons trouvé qu’il y a quelques dizaines d’années, quelques unes des figures importantes de l’extrême-droite était Juives ou d’origine juive. L’un des exemples les plus éminents est le vice-président du Front National et compagnon de Marine le Pen, Louis Aliot, qui a des racines juives algériennes. De plus, dans les élections parlementaires françaises en 2012, le Front National nomma un Juif, Michel Toris, pour l’un de ses sièges à Paris. Et aussi, des organisations d’extrême-droite juives, comme la Ligue de Défense Juive, ont toujours été proches de l’extrême-droite, d’abord du Bloc Identitaire, ensuite du Front National. Si nous retournons en arrière jusqu’au début des années vingt, nous constatons que le parti fasciste de Mussolini incluait beaucoup de juifs8. Nous voyons donc que l’extrême-droite stigmatise l’ « étranger » qui s’accroche à ses idiosyncrasies et caractéristiques alors qu’elle accepte l’ « étranger » qui adopte les valeurs et principes de cette droite – ou en d’autres mots, celui qui fusionne nationalement, d’après les expressions fascistes – alors cet étranger devient une partie de cette droite, dans ce cas il peut assumer des postes de direction, comme Serge Ayoub, qui est d’origine libanaise. Par conséquent, ce ne sera pas une surprise de trouver des Musulmans dans les listes électorales de certains partis d’extrême-droite en Europe, et ce sera dans un futur proche9.

Ceci en ce qui concerne l’étranger intérieur, alors qu’en est-il de celui qui est extérieur ? Depuis la relation instable entre l’extrême-droite, les Juifs et Israël, et malgré les récents antagonismes avec Israël, une partie de cette droite, comme le Front National, tente de restaurer ce dont elle s’était coupée pour des raisons électorales intérieures. Dans ce contexte, Marine le Pen a déclaré au journal israélien Haaretz en 2011 « Le Front National a été un supporter constant du mouvement sioniste et un défenseur constant du droit pour Israël d’exister.»

Pourtant, nous serions dans l’erreur de penser ce discours comme uniquement pour la campagne électorale, il a été soigneusement et sérieusement considéré . Le droit pour Israël d’exister ne veut pas nécessairement dire celui de le soutenir. Le soutien est pour le mouvement sioniste, c-a-d pour une autre idéologie nationaliste d’extrême-droite, qui a décidé de créer une entité en dehors des groupements nationalistes européens. Si les partis d’extrême-droite dénient le droit aux étrangers d’être à l’intérieur de leurs frontières géographiques, ils ne leur dénient pas le droit d’exister à l’intérieur de celles qui leurs sont propres, tant que ça ne vient pas clasher dans leurs sphères à eux. Ceci explique la coopération et la communication internationales entre les partis d’extrême-droite.

Voici clarifié le semblant du paradoxe d’origine. Il n’y a pas de contradiction dans le soutien de l’extrême-droite pour le régime syrien, et leurs animosités contre les réfugiés Syriens dans leur pays, ceci même s’ils avaient été pro-régime. De plus, l’animosité envers l’Islam devient une raison secondaire pour être derrière Assad. Nous ne devons pas oublier ces soutiens de droite, même s’ils se vantent de se battre côte à côte avec un parti islamique, le Hezbollah, comme l’a déclaré l’organisation « Black Lily ». On peut clairement voir le rôle pivot joué par les partis d’extrême-droite qui sont les alliés du régime d’Assad, en formant et en renforçant cette relation et ses conséquences. Ceci explique les visites régulières à Beyrouth pour rencontrer des partis comme le Parti Social Nationaliste Syrien. Le rôle de ce parti en particulier et ses réseaux dans l’extrême-droite européenne mérite une considération particulière, pour obtenir une compréhension complète du sujet.

Conclusion

Cet article a tenté d’observer l’extrême-droite en général, alors qu’en réalité cette droite à des idéologies variées. Cette différence prend beaucoup de formes suivant le type et volume de ces groupes, du plus gros et pragmatique parti aux cercles intellectuels et groupes paramilitaires les plus radicaux. Néanmoins, les principes généraux sont les mêmes. Même si les différences semblent radicales dans les formes, elles restent particulières mais pas essentielles. Comme nous l’avons vu dans cet article, n’importe quelle lecture ou analyse de la position de droite doit prendre en considération que l’idéologie incarnée par cette droite bouge et change constamment. L’un des outils important pour l’analyse et les recoupements est la base déduite par Paxton comme ressentir la charge écrasante d’une crise qui ne peut pas être résolue d’une manière traditionnelle, la priorité du groupe sur l’individu, considérer la masse comme une victime et craindre pour sa mort. Il y a besoin d’une société plus pure et au tramage serré, etc …

Ainsi pourquoi l’extrême-droite soutient-elle le régime syrien ? La raison principale est qu’il s’est produit à ce moment historique un croisement idéologique entre la droite et ce qu’elle décrit, avec ce que représente le régime syrien. Pour cette droite, voici figuré l’un des aspect de sa campagne de propagande sur l’ennemi – le nouveau symbole. Ce soutien constitue aussi sa différence par rapport aux autres mouvement et partis politiques Européens, qu’elle accuse d’être un jouet dans les mains de cet ennemi. Bien que cette droite sache qu’il n’est pas possible d’exploiter ce support à l’intérieur, à cause de la mauvaise réputation et de la violence du régime syrien, le développement des événement en Syrie permet une exploitation de l’opinion publique européenne au travers de la sympathie pour les chrétiens de l’est par exemple, ou au travers du topique des djihadistes européens en Syrie. Ce sujet demande à pousser les recherches plus loin pour révéler les extensions et les ramifications de ces relations.

Le plus important, l’une des principales motivations derrière ces raisons est l’opportunisme inhérent de l’idéologie d’extrême-droite qui n’hésitera pas à prendre n’importe quelle position ou à faire n’importe quoi qui lui permette d’être un peu plus proche du pouvoir.

1 Ariane Chebel d’Appollonia, L’Extrême-droite en France. De Maurras à Le Pen , Bruxelles: Éditions Complexe et PUF, 1987

2 Sylvain Crépon, La nouvelle extrême-droite: Enquête sur les jeunes du Militants Front National , Paris: L’Harmattan, 2006

3 exemple local, les propositions proches du marxisme par le Parti National Socialiste Syrien au liban dans les années soixante, après sa tentative manquée de coup d’État en 1962.

4 Robert Paxton, The Anatomy of Fascism , New York: Knopf, 2004

5 Paxton, 2004

6 Marine Le Pen, Pour que vive la France , Paris: Grancher, 2012

7 Paxton, 2004

8 Paxton, 2004

Un panorama de l’extrême-droite en France

Salut,

Nous relayons un document d’information bien fait sur les courants (a)variés de l’extrême-droite française. Ce document est repris de l’incontournable site antifasciste “La Horde” : http://lahorde.samizdat.net/

Vous pouvez le télécharger en cliquant sur le lien suivant : http://lahorde.samizdat.net/2015/09/28/cartographie-de-lextreme-droite-francaise-mise-a-jour-2015/

Cartographie de l’extrême droite française (mise à jour 2015)

À quoi ressemble l’extrême droite aujourd’hui ? Pas facile de répondre. C’est pourquoi, pour la quatrième année, nous proposons sous forme de schéma une cartographie actualisée des principaux groupes ou partis nationalistes, racistes et réactionnaires, regroupés par « famille ». En attendant une version interactive sur le site d’ici quelques semaines, vous pouvez déjà la commander en version papier, ainsi que d’autres nouveaux argumentaires, dont l’un sur les idées reçues sur l’antifascisme.

Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver, d’autant que les positions idéologiques des uns et des autres ne peuvent plus suffire pour comprendre leurs liens, tant ces groupes sont capables d’alliance improbables ; leur importance numérique ou leur popularité sur internet peuvent, dans un sens comme dans l’autre, nous tromper sur leur importance réelle. Enfin, et c’est la tendance du moment, l’attitude ou la stratégie confusionniste de nombreuses formations rend encore plus difficile la lisibilité de ce milieu. Ainsi, pour mieux anticiper et combattre leurs actions et leurs idées, notre schéma propose des repères sur les différentes nébuleuses qui composent le mouvement nationaliste français, que nous avons grossièrement regroupés de la façon suivante :

schema2015site
Les institutionnels

Respectueux des règles de la démocratie représentative, invités par tous les médias, ils représentent la partie la plus «présentable» de l’extrême droite à laquelle ils se défendent par ailleurs d’appartenir.

La Droite Populaire a été créée par des parlementaires de droite (ayant souvent milité à l’UNI, au MIL ou au GUD), chargés de défendre une ligne « dure » au sein du parti de Nicolas Sarkozy. Elle a été supplantée par la Droite forte, un courant fondé par un ancien du FN et du MPF, avec pour slogan « Nous sommes fiers d’être Français, nous sommes fiers d’être de droite », majoritaire au sein de l’UMP, devenu les Républicains.

Le Front national est la principale formation d’extrême droite : fondée en 1972 par les néofascistes d’Ordre nouveau et d’autres groupuscules nationalistes, le FN est vite devenu « la chose » de son président Jean-Marie Le Pen. Au début des années 1980, il rassemble les différents courants de l’extrême droite, des plus traditionnels (catholiques intégristes, anciens collabos, partisans de l’Algérie française) aux plus radicaux (solidaristes, nationalistes-révolutionnaires, néonazis…). La scission de 1998 a affaibli le parti durant plusieurs années, jusqu’au congrès de Tours de 2010, où Marine Le Pen a succédé à son père avec la volonté affichée de s’affranchir des courants historiques du nationalisme français. Le FN dispose également d’une structure pour la jeunesse, le Front National Jeunesse, qui n’a plus la même dynamique que par le passé.

Crée en 2012, le Rassemblement Bleu Marine regroupe autour du FN de Marine Le Pen des groupuscules souverainistes comme le SIEL dans l’espoir à la fois d’élargir son audience électorale et de fondre le FN dans une structure plus large et passe-partout.

Sans réel succès sur le plan électoral, les mouvements souverainistes ont des stratégies variables à l’égard du FN : le SIEL a choisi l’alliance électorale, Debout la France (ex-Debout la République) de Nicolas Dupont-Aignan la refuse tout en se rapprochant de la Ligue du Sud, tandis que d’autres, comme l’UPR, joue la carte du confusionnisme.

Liste électorale créée en 2005 avec les Identitaires et des anciens du FN par l’actuel maire d’Orange, Jacques Bompard, membre fondateur du Front national, élu maire en 1995 sous l’étiquette FN (il a quitté le parti de Jean-Marie Le Pen la même année), la Ligue du Sud se caractérise par son implantation locale et sa fidélité à des positions nationalistes radicales.

Les modernes

Prétendant souvent rompre avec l’extrême droite traditionnelle, ils aiment brouiller les cartes et, amateurs de coups médiatiques, sont à l’aise avec les nouvelles technologies.

Version française du mouvement Kach du rabbin Khahane, la LDJ se distingue par sa violence et son soutien à l’extrême droite israélienne. Ses cibles favorites sont plus l’extrême gauche pro-palestinienne que l’extrême droite antisémite (exception faite de Dieudonné).

Issus d’Unité radicale, le Bloc identitaire tente depuis sa création de se démarquer de l’extrême droite traditionnelle tout en recrutant parmi les jeunes nationalistes. Sans référence idéologique, il mise sur la communication et Internet. Génération identitaire, sa structure jeune, est ainsi mise en avant lorsqu’il veut créer le buzz. Mais les Identitaires ne sont pas arrivés à se créer un espace politique distinct : le rapprochement de leur leader Philippe Vardon et du FN, si il se confirmait, pourrait entraîner la dislocation des Identitaires.

Créé en 2007, Riposte laïque exprime son islamophobie sous couvert de défense de la laïcité. Il est aujourd’hui très isolé et donc prêt à toutes les alliances.

Le Mouvement d’Action sociale s’est développé dans l’ombre des mouvements nationalistes en mettant en place des structures comme la webradio Méridien Zéro, qui est aujourd’hui leur principale activité. Inspiré par les néo-fascistes italiens de Casapound, le MAS tente parfois de «s’inviter» dans les mobilisations d’extrême gauche ou, au prétexte de l’anticapitalisme, de jouer sur une certaine confusion, en particulier à travers sa revue Rébellion.

Fondé par Alain Soral en 2007, Égalité & Réconciliation avait à l’origine comme ambition de regrouper nationalistes de droite et patriotes de gauche. Mais après l’échec de la liste antisioniste en 2009, ceux qui voulaient transformer E&R sont partis, et l’incohérence politique de Soral a fait le reste. E&R se caractérise essentiellement par son antiféminisme et son antisémitisme virulent, et n’est plus que le fan-club de Soral, et l’un des principaux relais de Dieudonné. Les deux guignols ont récemment lancé une structure pour retenter l’aventure électorale (et toucher de l’argent public), Réconciliation nationale.

Si le noyau dur de ce petit milieu n’évolue guère, le négationnisme peut remercier Dieudonné qui aura contribué à faire connaitre ses thèses délirantes et certains de ses auteurs comme Robert Faurisson devenu une « vedette » chez les troupes du pseudo-comique, ou encore à Vincent Reynouard qui a pu étendre son auditoire. Le noyau dur reste regroupé autour de listes de diffusion telle que « Bocage », et de rares publications ou catalogues de VPC.

Les thèses conspirationnistes ne sont pas l’apanage de l’extrême droite, et certaines viennent même de la gauche. Mais elles fournissent souvent des arguments aux fachos de toutes sortes, car derrière chaque conspiration ou presque se cacheraient les « sionistes » (i.e. les Juifs) et/ou les impérialistes (le « grand Satan » américain), ce qui a permis ponctuellement des rapprochements contre-nature. Bien que d’aspect confus, le milieu conspi est organisé en un réseau très dense d’individus et de groupes. On peut citer le Réseau Voltaire, Re-Open911, Nouvelle Solidarité de J. Cheminade, Alterinfo…

Prétextant une information « plurielle » et la volonté de se démarquer des médias « officiels », des webTV se sont spécialisées dans les tribunes offertes à l’extrême droite. Loin d’offrir une information honnête, elles ne font que relayer ses contre-vérités racistes, et, plus grave encore, elles les légitiment en les mettant côté à côte avec quelques autres invités plus « progressistes ».

Les bourrins

Ces groupes obéissent à des logiques de bandes, souvent derrière un chef totémique : leur faiblesse numérique est compensée par un folklore provocateur et une violence assumée.

L’Œuvre Française (OF) poursuit sous ce nom ses (rares) activités depuis sa dissolution à l’été 2013. Des cadres de l’OF « infiltrés » dans le FN ont été victimes de la politique de normalisation de Marine Le Pen. Des militants de l’OF animent le CLAN (Comité de Liaison et d’Aide Nationaliste, qui soutien «leurs» prisonniers) et d’une structure féminine, Les Caryatides. Proche des nostalgiques de Vichy ou de l’Algérie Française, des antisémites et des catholiques intégristes, l’OF représente la branche «dure» de l’extrême droite française.

Pâle copie du mouvement étudiant né en 1969, le GUD est mené à Paris par Logan Djian, et à Lyon par Steven Bissuel. En dehors de l’agitation dans leurs quartiers (comme dans le XVe à Paris avec son local Le Crabe-Tambour), l’activité du GUD se résume à des conférences et de rares manifs (comme le 13 mai à Paris) ou sorties pour aller voir leurs amis italiens de Casapound. A l’inverse, certains de leurs ainés tels que Frédéric Chatillon ou Axel Loustau sont devenus incontournables au FN depuis qu’ils sont en « affaires » avec le parti de Marine Le Pen.

La mouvance skin d’extrême droite connaît un regain d’activité par rapport aux années 2000. S’il n’existe pas à proprement parler d’organisation skinhead fédérant tous les groupes au niveau national, on retrouve plusieurs groupes qui se font remarquer par leur activisme politique. Depuis la dissolution des JNR et de Troisième Voie de Serge Ayoub (qui s’est recyclé dans un club de bikers, les Praetorians), les skins d’extrême droite se sont de nouveau éparpillés dans la nature. C’est sans doute cette situation qui a provoqué un regain d’activité pour des mouvements comme Blood & Honour Hexagone ou les Hammerskins dont les activités sont plus mercantiles que militantes.

Né d’une scission du Bloc identitaire, le Réseau Identités se structure autour de la Ligue du Midi de la famille Roudier, dont l’activité est exclusivement locale.

Les anti-FN

Ces partis regroupent en grande majorité des déçus du FN, qu’ils espèrent reconstruire tel qu’il était dans les années 1980-1990.

Fondé en 2009 par Carl Lang, Le Parti de la France est le principal représentant des mouvements qui tentent d’incarner ce qu’était le FN des années 1980, c’est-à-dire une structure institutionnelle regroupant toutes les tendances de la mouvance nationaliste, en regroupant les opposants de Jean-Marie Le Pen (puis de Marine Le Pen). Allié à la NDP et au MNR, ses résultats électoraux restent insignifiants, et sa composition militante a tout de l’auberge espagnole.

Ironie de l’Histoire, Jean-Marie Le Pen, le fondateur et président du FN pendant 40 ans s’est retrouvé en septembre 2015 mis au ban du parti par sa propre fille. À 87 ans, difficile de lui donner un avenir politique, mais peut-être sa personnalité lui survivra-t-elle pour donner lieu à l’émergence d’un courant concurrent du FN new look version Philippot.

Créé en 1994 et dirigé par Pierre Vial, (ex-FN) Terre & Peuple, mouvement racialiste et païen, permet aux nationalistes de se retrouver autour du feu.

Les nostalgiques

Ils rêvent au retour de la France éternelle, celle de la monarchie absolue, du droit divin et des traditions oubliées.

Les réseaux catholiques intégristes sont denses et complexes, et mériteraient un schéma à eux tout seuls. Civitas, proche des intégristes de la Fraternité Saint-Pie X, en est la principale organisation d’agitation politique. De même la plupart des organisations anti-IVG, trop nombreuses pour toutes apparaître ici, sont en contact avec des groupes nationalistes. Leurs principales activités sont les « Marches pour la vie » et les prières devant les centres IVG organisées par SOS Tout Petits.

Collectif au service d’une idéologie réactionnaire soutenue par la droite catholique, la Manif pour Tous a organisé en 2012-2013 des manifestations massives contre le projet de loi sur le mariage homosexuel. Mobilisé sur le thème de la défense de la famille traditionnelle et de l’homophobie, ses militants sont invités à privilégier l’entrisme, en particulier au sein de la droite traditionnelle. Une scission en 2013 de ses éléments les plus radicaux a donné naissance au Printemps français aujourd’hui moribond.

Lancée il y a peu, SOS Chrétiens d’Orient réussi grâce à une thématique très actuelle à diffuser ses idées et son travail auprès, tant chez les Identitaires que les cathos tradis, et jusque dans les rangs de l’assemblée nationale où la cause des chrétiens d’Orient est portée par quelques élus.

Créée en 2005 et dirigé par Thibault de Chassey, le Renouveau français a rompu avec le FN et s’est rapproché de l’Œuvre française. Le RF s’est doté sur Paris d’un point d’ancrage et de diffusion avec l’ouverture de la Librairie française à Paris.

Né à la fin du XIXe siècle, l’Action française est le plus vieux mouvement nationaliste en activité. Mouvement royaliste autrefois école de formation d’extrême droite, l’AF, présidé par S. Blanchonnet, organise aujourd’hui quelques rassemblements ou des débats. Il arrive que ses militants fassent les gros bras pour protéger des personnalités d’extrême droite, comme Alain Soral ou le maire FN de marseille Stéphane Ravier.

6) Surtout présents dans le Sud-Est, les nostalgiques de l’Algérie Française ( Adimad, qui regroupe des anciens de l’OAS, ainsi que le Comité Véritas, le Cercle Algérianiste, Jeune Pied-Noir …) peuvent localement représenter un lobby nationaliste non négligeable.

Alain Soral ? un poseur, un imposteur

Repris du site antifasciste “La Horde” : http://lahorde.samizdat.net/

Alain Soral ? un poseur, un imposteur

Alain Soral s’est illustré, dans une vidéo postée le 6 juillet 2013, en commentant l’assassinat de Clément Méric, qu’il qualifie de « dérisoire », de « grotesque », de « fait divers d’ados » (sic), et en insultant Clément sans retenue, se moquant par exemple de son physique… Pire, au nom de la défense de la « minorité opprimée » que seraient les naziskins, il prétend avoir envoyé de l’argent à Esteban Morillo, le meurtrier de notre camarade. Une provocation de plus de la part de l’un des éléments les plus médiatisés de l’extrême droite française, et l’occasion pour nous de revenir sur ce clown triste : un rappel de quelques vérités semblent nécessaires, en particulier ses fréquentations passées et présentes dans à peu près tout ce que l’extrême droite compte de tordus en tout genre.

En quelques années, Alain Soral est parvenu à être dans un premier temps sympathisant du FN, dans un second temps militant voire intellectuel autoproclamé du FN (il faut dire que la concurrence n’était pas vraiment féroce), puis dissident frontiste et finalement leader d’un petit groupuscule oscillant entre la nationalisme républicain et une sorte de nationalisme révolutionnaire new-age (les références politiques en moins), candidat sur une liste antisémite composé de paranoïaques et de marginaux politiques, fondateur/éminence grise d’un pseudo-journal politico-satirique, Flash, et enfin auteur à succès d’opuscules conspirationnistes et antisémites. Girouette mégalomane,  affabulateur conspirationniste, bateleur imbécile, Alain Soral a un parcours tout à son image.

Une jeunesse bourgeoise

Soral Jeune

Il y a encore quelques années, de son vrai nom Alain Bonnet de Soral, parlait avec nostalgie des cités ouvrières et du Paris ouvrier dans lesquelles il avait passé son enfance et scandait à qui voulait l’entendre qu’il était fier de s’être hissé socialement grâce à l’école de la République … La réalité est tout autre : Alain Soral est un fils de notaire, scolarisé au collège Stanislas1 à Paris. S’il vécut un temps à Meudon, il habita de nombreuses années rue de Vaugirard à Paris, l’une des rues les plus chères de la capitale…

Après avoir vécu un temps en province, il revient à Paris en 1976, année à laquelle débute sa période « bourgeois-bohème ». Il évolue alors, avec un certain succès, dans un milieu qu’il dénigre aujourd’hui. Il fréquente à la fois le monde de la nuit et celui des intellectuels parisiens, devient étudiant aux Beaux-arts et dans les années 1980, embrasse alors la carrière de journaliste et d’écrivain en pigeant dans divers magazines.

En 1990, il découvre les écrits de Michel Clouscard, auteur marxiste critique, inventeur du concept de « libéralisme-libertaire », connu pour son travail sur Mai 68 et ses conséquences sur la société française. Alain Soral s’empare des théories de cet universitaire, sans doute plus par non-conformisme que par réelle adhésion théorique, en ne retenant de la critique de Mai 68 qu’une haine viscérale pour tous les mouvements d’extrême gauche issus de cette période. Il prétend encore aujourd’hui être le vulgarisateur et continuateur des thèses de Clouscard, bien que ce dernier ait publiquement dénoncé la récupération de ses idées par Soral dans le journal l’Humanité du 30 mars 20072, expliquant sommairement que Soral n’avait rien compris à ses écrits. A cette époque, il persiste à fréquenter le milieu parisien de « gauche » du monde des médias, dans lequel il grenouille depuis le début des années 1980, espérant s’y tailler une place d’intellectuel de référence. Pourtant, il révélait à Vénissieux le 2 mars 2007, lors d’une réunion publique avec le FN : « dès cette époque [les années 1980] je préfère encore un facho à un gauchiste … ce que je reproche au facho, que je croise en allant draguer l’étudiante en droit du côté de la fac d’Assas, ce n’est pas sa radicalité révolutionnaire, mais le fait que son origine bourgeoise le poussera inéluctablement à rallier l’UDF ou l’UMP une fois son diplôme en poche, comme les Madelin et autres Devedjan. »

Alain au pays des soviets

En 1990, en pleine période de l’écroulement de l’URSS, Soral adhère au PCF. Il explique aujourd’hui les raisons de son engagement en déclarant que, selon lui, il est primordial que deux pôles antagonistes coexistent pour que la France puisse continuer d’avoir sa place dans le concert des nations, et la meilleure façon d’aider la nation, c’est de soutenir l’URSS via le PCF. Curieusement, cette position est ni plus ni moins que celle tenue par Alain de Benoist à l’époque, gourou de la Nouvelle Droite et du GRECE. Un individu que Soral croisera à plusieurs reprises dans son parcours, en particulier à l’Idiot International. Étrangement, personne aujourd’hui au PCF ne se souvient du passage d’Alain Soral. Ce dernier donne bien le nom de la cellule à laquelle il appartenait, « cellule Paul Langevin », mais cette appellation est tellement courante qu’il est impossible à ce jour de retrouver des militants affirmant avoir rencontré Soral. Il y a toutes les chances que Soral ait effectivement pris un jour sa carte au PCF, sans pour autant s’être investi dans un travail local ou avoir vendu l’Huma Dimanche, bien qu’il prétende avoir participé à la campagne contre le traité de Maastricht en 1992.

A la même époque, il participe, aux cotés de Jean-Paul Cruse3, à la création du « Collectif des travailleurs communistes dans les médias », alias la « Section Ramon Mercader » (du nom de l’assassin de Trotski), dont le logo était deux piolets croisés. Ils publient un bulletin : La lettre écarlate. Malgré les propos de Soral, qui donne beaucoup d’importance à cette aventure4, tout cela restera ultra confidentiel, c’est à dire connu seulement de Soral, Cruse et de leur petit cercle d’amis. Ce genre d’histoires ne peut que convaincre des individus ne connaissant pas l’univers du PCF et de la CGT. En effet, le PCF n’aurait jamais toléré qu’une cellule ou association portant un nom aussi provocateur puisse exister. Quant à la CGT, elle n’aurait pas permis qu’une telle structure puisse exister en dehors du tout puissant Syndicat du Livre. L’importance donnée aujourd’hui à cet épisode est due en grande partie à la publicité qu’en a fait Alain Soral, mais également Didier Daeninckx lorsque ce dernier présenta le dossier à charges des « rouges-bruns » à Georges Marchais, à l’époque premier secrétaire du PCF.

L’affaire des rouges-bruns

idiotA la même époque, Soral appartient à la rédaction del’Idiot International, le journal de Jean-Edern Hallier, haut lieu de convergence de militants et d’intellectuels de tout bords, en ruptures ou marginalisés d’avec leur milieu d’origine, la plupart du temps ne représentant qu’eux mêmes. Autour de Marc Cohen, rédacteur en chef du journal et membre du PCF, ancien responsable de l’UNEF-renouveau, on trouve pêle-mêle l’équipe de Jalon5 (journal satirique dont certains membres se trouvent avait flirté avec l’extrême droite comme son directeur Basile de Koch, de son vrai nom Bruno Tellenne, frère de Karl Zéro, tous deux proches du GUD durant leurs études), Alain De Besnoit du GRECE et de la revue Eléments, le journaliste Frédéric Tadéï6, Jean-Paul Cruse. Cette volonté de journal « trans-courant », voulu par Edern-Hallier, passe par une destruction des clivages gauche-droite. Cette alchimie malsaine aboutira à un texte de Jean-Paul Cruse en 1992 « Vers un Front National » dans l’Idiot International, qui propose une alliance entre les communistes, le Front national et les partisans de Chèvenement et Pasqua pour « conduire une politique autoritaire de redressement du pays ». Après avoir longtemps refusé la paternité du texte, Jean-Paul Cruse aujourd’hui la revendique intégralement, après que Soral a laissé pensé qu’il en serait l’un des auteurs. Ce texte provoque une vive émotion à gauche, surtout au sein du PCF, dont certains membres sont impliqués dans l’Idiot International. La réaction du bureau national du SNJ-CGT ne se fait pas attendre en condamnant le texte, rappelant que « ces idées ne sont pas celles de la CGT », qu’elle les combat « même de toutes [ses] forces »7.

Le PS fait pression sur Edern-Hallier pour virer l’équipe de l’II, et Marchais fait le ménage dans son parti. Soral quitte le PCF en 1993 (ou en est exclu selon les versions qu’il donne de cet épisode). Cette confusion des genres, née principalement pendant la mobilisation contre la Guerre du Golfe, aura quelques répercussions sur le terrain, essentiellement autour de la personne d’Alain de Benoist. Le 10 janvier 1992, il est invité à s’exprimer sur les ondes d’une station radio du PCF et, quelques jours plus tard, il apparaît dans le carré de tête d’une manifestation anti-guerre, le 12 janvier 1991. Il interviendra le 12 mai 1992 dans un débat organisé par l’Institut de recherches marxistes (dirigé par Francette Lazard) à la Mutualité sur le thème « le réveil de la pensée critique »8. Quant à Marc Cohen, il participera à un débat organisé au Musée social à Paris par la revue du GRECE, Eléments, le 19 mai 1992, sur « la recomposition du paysage intellectuel français ».

Coming-out nationaliste

Après cette petite escapade, Soral décide de retourner à son métier d’écrivain, pour lequel il connaît un certain succès, dès 1996, avec « Sociologie d’un dragueur », peaufinant au fil du temps son numéro bien rôdé de macho républicain sur les plateaux de « C’est mon choix » ou de Thierry Ardisson. Bien qu’on lui prête sur cette période (fin 1990 début 2000) une sympathie et un rapprochement avec la mouvance souverainiste de JP Chevènement9, il semble, une fois de plus, que son engagement tienne plus du mythe, se limitant à une dédicace pour l’ancien ministre de la Défense dans l’un de ses ouvrages. Malgré ce succès médiatique et éditorial, Alain Soral est de nouveau tenté par le démon de la politique. Et cette fois-ci, il met la barre à droite toute ! Pour son retour dans l’arène politique, Soral commence en effet par répondre aux questions d’Eléments10en 2004, revue de la Nouvelle Droite où l’on retrouve Alain De Benoist, personnage déjà croisé à l’époque de l’Idiot International. L’année suivante Soral donne une interview au fanzine national-bolchevik Rébellion.

Il franchit un cap supplémentaire le 24 juin 2006 en dédicaçant son livre dans la librairie Facta d’Emmanuel Ratier, à Paris. La même année, il est signataire aux côtés de Fabrice Robert, Philippe Vardon et Gilles Soulas d’une pétition demandant la libération du néonazi Michel Lajoye, condamné pour des attentats à l’explosif contre des bars et résidences de travailleurs maghrébins. Il préface l’ouvrage d’Anne Kling11, La France LICRAtisée, dont les fantasmes sur le lobby juif et la LICRA rejoignent complètement ceux de Soral. Enfin, en août 2006, aux côtés de Marc Robert (FN), Thierry Meyssan (Président du Réseau Voltaire passé aux délires paranoïaques et complotistes), Dieudonné, Ahmed Moualek (La Banlieue s’exprime, pseudo association de banlieue à la gloire du FN) et Frédéric Châtillon (ancien chef du GUD et proche de Marine Le Pen), Alain Soral participe à un voyage au Liban.

FN : je t’aime, moi non plus

Soral-LePenEn parallèle, il rejoint les rangs du FN, de façon officieuse, dès 2005 après un dîner pris en commun avec Jean-Marie Le Pen. Il rédige alors au moins l’un des discours du président frontiste, « le discours de Valmy », prononcé le 20 septembre 2006. Ce n’est qu’une fois son engagement au FN rendu publique en novembre 2006, qu’il intègre officiellement le bureau politique du FN. Dans le même temps, il fonde son club de pensée Egalité et Réconciliation, qui aura l’honneur de recevoir lors de sa deuxième université d’été, la visite de Jean-Marie Le Pen. Soral se sent alors pousser des ailes, accompagne Marine Le Pen dans tous ses déplacements, joue les « fiers à bras » face aux journalistes, protégé quand même par le DPS, s’intronise caution de gauche du FN12. Jamais avare de phrases chocs, Soral déclare alors à qui veut l’entendre que si « Marx était encore vivant, il voterait Le Pen » ou bien encore, que les vrais communistes et les vrais défenseurs du prolétariat, les vrais révolutionnaires étaient au FN13.

Si l’intégration de Soral au FN est une réussite médiatique, en interne le monsieur commence sérieusement à agacer14. Des cadres du FN, présents depuis des années dans l’appareil, supportent mal l’attitude de Soral, surtout quand ce dernier se permet de revendiquer la tête de liste FN en Ile-de-France pour les européennes dès le mois de juin 2008. Le sociologue va rapidement déchanter à la fin de l’année 2008 quand il apprend que le clan Le Pen lui refuse la tête de liste pour les régionales. Vexé, il refuse alors la seconde place ou une place éligible, et fidèle à son habitude quand il n’obtient pas ce qu’il veut, Soral rejette la faute sur ses anciens camarades et les insulte allègrement. Jean-Marie Le Pen, quelques temps plus tard, se fera un plaisir de souligner certains traits de caractère du personnage : « Alain, ce n’est pas un politique, c’est un romancier. Et puis, il a un fichu caractère. Moi, il ne m’a jamais manqué de respect, mais dès que quelqu’un n’était pas d’accord avec lui, il l’insultait : « juif ! pédé !». Ce n’était plus possible. »15. Un malheur n’arrivant jamais seul, quelques jours avant l’annonce officielle de son départ du FN, Alain et ses maigres troupes d’E&R se prennent une volée à Paris lors de la manifestation en soutien au peuple palestinien à Paris. Son départ du FN en interne est vécu comme un soulagement, et chacun, même en dehors du FN, en profite pour régler ses compte avec Soral qui annonce, dès lors, son repli sur son club Egalité et Réconciliation.

Egalité et Réconciliation

Fondé officiellement en 2007 avec Marc Georges, Frédéric Chatillon et Gildas Mahé O’China (ancien du GUD également), Egalité et Réconciliation avait alors pour vocation de devenir la boîte à idées pour le Front national, toute entière vouée au culte d’Alain Soral. Cette petite structure tente alors de se créer un espace politique pour ceux qui, en rupture avec leur milieu idéologique, seraient attirés par une « union antisystème » au-delà des clivages gauche-droite. Ce n’est ni plus ni moins qu’une énième version d’un vieux projet des tercéristes, autres nationalistes-révolutionnaires français, depuis des décennies en France. Il n’est pas alors étonnant de voir des gens comme Christian Bouchet ou la rédaction de Rébellionse rapprocher d’E&R. Au vu de le forte composante NR ou Nationaliste-Bolchevique lors des premiers mois de vie de E&R, il n’est pas surprenant que dans un premier temps Soral ait présenté son association comme l’héritière du Cercle Proudhon16, inconnu du grand public, mais au combien mythique chez les NR.

La vraie réussite d’E&R, c’est d’avoir, contrairement aux autres tentatives NR d’« union antisystème », réussit à attirer à eux des individus et des structures étrangères à la galaxie nationaliste, servant de caution de « gauche » au projet E&R (quelques militants de l’ancien Parti des Travailleurs et de la secte politique de Cheminade, Solidarité et Progrès). En y regardant de plus près, on remarque très rapidement que ces alliés sont très marqués par l’antisémitisme et une paranoïa excessive frisant le pathologique. Ce flou artistique autour des idées d’E&R et son marxisme de bazar peut arriver à tromper des militants sincères, peu au fait de l’évolution récente d’une partie de l’extrême droite française, d’autant que dans le même temps, Soral et E&R ont tenté de rentrer en contact avec certains représentants les plus conservateurs de la communauté musulmane, cherchant à peu de frais une caution antiraciste. Serge « Batskin » Ayoub, associé un temps au projet, s’éloigne définitivement de Soral après l’ouverture du « Local » bar associatif, projet à l’origine lié à E&R, mais totalement géré aujourd’hui par l’ancien JNR17.

Soral reprend alors son bâton de pèlerin et part donner des conférences pour différentes structures nationalistes, dont le groupe Unité Populaire, version suisse d’Egalité et Réconciliation, en 2008, où il expose sa vision du marxisme, pour le moins curieuse, puisqu’il appelle à l’union des employés et des patrons, victimes au même niveau, selon lui, du système capitaliste et appelle de ses vœux à l’union des classes populaires et de la bourgeoisie nationale ! Plus fort il désire dépasser le concept de lutte des classes pour restaurer les « solidarités nationales ».

Veste ou quenelle18 ?

Soral - DieudonnéPrivé de tête de liste pour les Européennes, Soral se tourne alors vers son « ami  Dieudonné19 » qu’il avait largement brocardé quelques années auparavant et délaissé depuis l’officialisation de son appartenance au FN. Ils se retrouvent alors autour du Parti Anti Sioniste de Yahia Gouasmi pour monter la Liste Anti Sioniste en Ile-de-France, sur laquelle Soral, bien que porte-parole de la liste, se retrouve à la 5ème place, en position inéligible. Cette liste, totalement financée et encadrée par le PAS, ne dépassera les 0,5%. Le résultat est, semble t-il, rude pour la petite bande, certains pensant alors atteindre allègrement les 10%. Même si Soral et Marc George déclarèrent plus tard dans la lettre interne des militants/sympathisants de E&R que du haut de leur grand expérience, ils savaient qu’ils ne dépasseraient pas les 1%, lors de la soirée de fin de campagne de la Liste (où l’on peut apercevoir Thomas Werlet avec son petit béret à la recherche d’amis pour étoffer son gang de boneheads), ça plane sévère niveau estimation.

Une fois retombée l’euphorie des résultats pourtant médiocres, les langues ont commencé à se délier concernant l’ambiance au sein de cette liste. Ainsi, Ginette Skandrani de conclure, concernant Soral : l’écrivain n’était «  malheureusement pas un militant de terrain … ». Mais c’est sans doute du côté de Thomas Demada, membre d’Egalité et Réconciliation, militant NR, aujourd’hui responsable de la branche européenne du MDI de Kémi Séba, que la sentence est la plus terrible : selon lui, Soral possède « …une intelligence vraie et débridée, mais trop débridée, au point de tourner à la filouterie et l’opportunisme idéologique ! »20. Demada passe une deuxième couche concernant le « boxeur21 Soral (qui) se montre également un excellent gymnaste, spécialiste du grand écart », manière délicate mais réaliste de la part de Demada, de décrire l’inconstance des convictions de Soral, le sieur étant capable de dire et défendre tout et son contraire !22 Il est frappant de constater qu’une fois le charme du talent oratoire de Soral dissipé, rapidement les gens s’éloignent de lui, ne supportant plus son narcissisme et son inconstance dans ses idées et ses théories.

On aurait pu penser que Soral aurait cherché à transformer son fan club « Egalité et Réconciliation » en parti, comme il l’avait annoncé durant l’été 2009 : mais, avec l’exclusion au printemps 2010 du secrétaire général de l’association, Marc George, qui défendait cette ligne, E&R devient ce qu’il est encore aujourd’hui : un simple fan-club d’Alain Soral. Lors du bilan de l’Assemblée générale d’E&R des 27 et 28 mars 2010, il est précisé : « suite à ue grave crise interne, il a en effet été décidé de revoir les documents précédents en rendant à Alain Soral un contrôle total sur son association. »23 

Aussi, E&R n’est donc plus aujourd’hui qu’une coquille politique vide, destinée à servir de promotion de la « pensée » soralienne et, parfois, aux productions de ses amis. Une activité particulièrement lucrative pour Soral, son ouvrage pompeusement appelé Comprendre l’Empire ayant connu un véritable succès, en particulier dans la vente en ligne (il serait dans les 100 meilleures ventes du site Amazon…). Bien que n’ayant plus qu’une existence politique virtuelle, Soral, de par l’audience de son site, conserve ainsi un potentiel de nuisance non négligeable, que tout antifasciste se doit de prendre en compte, en rappelant à celles et ceux qui se plaisent à l’oublier d’où il vient, quelles idées il défend réellement et quels sont ses amis d’hier et d’aujourd’hui.

Note : l’essentiel de l’article a précédemment été publié dans le bimestriel No Pasaran n°77, hiver 2009-2010.

1 Etablissement privé catholique sous contrat du 6ème arrondissement de Paris, lieu de scolarisation privilégié pour les enfants de la haute bourgeoisie parisienne.

2 Soral n’est plus le seul à l’extrême droite à faire référence à Clouscard. Les nationaux-bolchevik de L’Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne font référence à cet auteur dans le numéro 35 deRébellion.

3 Journaliste, ancien militant de la Gauche Prolétarienne, délégué CGT à Libération, Cruze a été traumatisé par ses expériences militantes des années 70, développant dès lors une paranoïa excessive. Il est très hostile aujourd’hui à Soral qu’il accuse d’être manipulé.

4 Le seul autre membre connu de ce collectif est Simon Liberati, journalise pendant 20 ans à FHM et 20 ans. Il est l’auteur d’un livre Anthologie des apparitions, tellement mauvais qu’il fut réécrit en parti par Alain Soral avant publication en 2004.

5 Soral pour le lancement de FLASH fera explicitement référence à ce journal.

6 Aujourd’hui présentateur d’une émission culturel à succès sur France 3 le soir où Soral et De Besnoît sont régulièrement invités. Frédéric Tadéï a également été interviewé en 2008 par le journal d’extrême droite « Le Choc du mois ».

7 « À propos d’un article publié par l’Idiot international », communiqué du SNJ-CGT du 25 juin 1993.

8 Le 12 mai 1993, Alain de Benoist, membre entre autres du GRECE, plaide pour l’abandon du clivage droite / gauche pour lui préférer la notion d’un « centre » et de « périphérie », le premier étant constitué par « l’idéologie dominante », la seconde regroupant « tous ceux qui n’acceptent pas cette idéologie ». Cette intervention aurait été des plus banales si elle n’avait eu lieu à la Mutualité dans le cadre d’une conférence dirigée par Francette Lazare, membre du bureau politique du PCF.

9 Interviewé sur ses différents engagements au PCF, chez les chevènementistes et au Front dans le magazine Technikart en 2008, Soral ne se démonte pas et parle de cohérence concernant ces trois engagements successifs.

10 Alain Soral, l’intellectuel de gauche qui dérange la gauche, Eléments 113, été 2004.

11 Ancienne du groupuscule Alsace D’abord, elle est aujourd’hui membre de la Nouvelle Droite Populaire.

12 Il se présente alors comme un conseiller technique « en charge des affaires sociales et des banlieues ».

13. Il est plus que conseillé à Soral de relire, voire tout simplement de lire Marx, et il verra de lui-même que la doctrine communiste, en matière économique et sociale, est peu compatible avec le programme du FN :

– libérer au maximum l’entreprise des contraintes de toute nature qu’elle subit

– libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme

– renégocier la durée hebdomadaire du temps de travail par branches d’activité

– simplifier le Code du travail

– assurer un service minimum dans les services publics

14 Excédé par les leçons de militantisme distribuées continuellement aux membres du FN par Alain Soral, Steeve Briois, responsable FN sur Hénin-Beaumont, publiera un communiqué de presse assassin en mai 2008 contre le sociologue, après que ce dernier ce soit fendu d’une analyse négative sur la campagne frontiste dans cette ville du Nord. Qualifiant Soral de comique troupier, Briois rappellera l’engagement de Soral pendant la campagne des législatives de Hénin, à savoir la présence une après-midi, entre les deux tours de l’élection, suite à la présence de caméras de télévision.

15 http://blogs.lexpress.fr/barbier/2009/02/le-pen-des-potr.php

16 Ephémère rassemblement au début du XXème siècle de militants de l’Action Français et de syndicalistes révolutionnaires désirant faire la jonction entre le nationalisme et le syndicaliste. Son influence fut très faible à l’époque, bien que certains historien y aient vu une sorte d’idéologie préfasciste, le cercle ne survécut pas à la première guerre mondiale.

17 La cohabitation entre le public traditionnel du bar de Batskin et les sympathisants d’ER semble avoir été difficile, les fans de Soral s’étaient fait à plusieurs reprises fait « secouer » par des boneheads à l’intérieur du bar.

18 Lors d’une conférence de presse de la liste antisioniste, Dieudonné et Soral promettaient de glisser « une quenelle dans le cul du système et du sionisme ».

19 Comme l’ont si bien rappelé les auteurs de la synthèse des déclarations contradictoires de Soral « Quand Soral traitait d’inculte son colistier Dieudonnè » (http://nantes.indymedia.org/article/17465), Soral n’a pas toujours eu en très haute estime le comique.

20 http://www.voxnr.com/cc/tribune_libre/EkVpyyukpkXqGyzKLd.shtml

21 Oui Alain Soral serait boxeur, et même d’un assez bon niveau. Sans tomber dans un virilisme de bas étage, toutes les fois où des gens ont voulu lui porter la contradiction, Soral n’a pas brillé par son courage, s’éclipsant très vite au moindre haussement de ton de ses adversaires, pour ensuite mieux réapparaître, sous l’objectif de ses caméras, en fanfaronnant. La seule victime physique connu à ce jour d’Alain Soral est Frédéric Beigbeder, qui est loin d’être un guerrier rompu aux sports de combat.

22 Le meilleur exemple concerne la thématique de la lutte des classes ou Soral est capable de déclarer toujours croire « … à la culture de classe, à la logique de classe et à l’intérêt de classe… » dans leTechnikart d’octobre 2008 et la même année en Suisse, lors d’une réunion publique d’Unité Populaire, antenne suisse de E&R d’appeler de ses vœux à « l’union des employés et des patrons, victimes au même niveau selon lui du système capitaliste et appel de ses vœux à l’union des classes populaires et de la bourgeoisie nationale ! »

23 Cité par Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier dans La Galaxie Dieudonné, Syllepse, 2011.

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LES SOTS RÂLENT ET LA BOURGEOISIE SE PRELASSE

Un bon texte sur la pensée putride du triste sire Soral, à l’heure où quelques adeptes locaux du gourou collent deci-delà à Caen quelques affiches… On la trouvé sur le site http://mondialisme.org/ qui l’avais repiqué ici : http://sinistrespectacle.free.fr/ 

Ce texte est extrait du site http://sinistrespectacle.free.fr/

LES SOTS RÂLENT ET LA BOURGEOISIE SE PRELASSE

Exécution sommaire des aboyeuses sous-fascistes.

Depuis quelques années, une coalition d’énergumènes identitaires tente laborieusement d’engrainer les plus crédules issus des classes opprimées (sous-prolétariat, prolétariat, petite bourgeoisie) pour escorter les exactions ad nauseam de l’ultra réaction institutionnalisée. La posture offensive de ces guignols, caractérisée par une hargne sans limite doublée d’une stupidité crasse, renvoie à des marottes idéologiques par trop éculées d’avoir pourries dans la gueule du fascisme. Ceci dit, leur mode d’action peut impressionner au premier abord. Tranchant avec la docilité d’une gauche et d’une extrême gauche putréfiées, le ton colérique d’un Alain Bonnet de Soral, les assertions tonitruantes de Thierry Meyssan ou le verbiage comminatoire d’un Stellio Gilles Robert Capochichi (dit « Kemi Seba »), sont autant d’apparats séducteurs pour qui se trouve légitimement submergé par les motifs de révolte sociale. Mais, alors que cet assemblage bricolé de pourfendeurs du sionisme mondialiste s’épanche dans un tapage très médiatisé, on pourrait croire qu’une énième résurgence du fascisme est en marche. Pourtant, loin de constituer des forces anciennes sous des apparences nouvelles, ce secteur d’agitateurs est, en vérité, un agglomérat mal agencé de groupuscules politico-religieux guidés par d’arrivistes transfuges venus ramasser la matraque d’une extrême-droite dissoute dans la dictature en construction. Le vieux fascisme est vaincu et ne reviendra plus, mais il n’en constitue pas moins une base idéologique et organique du présent capitalisme suicidaire.

En 60 ans, jamais l’appareil d’Etat n’a été aussi répressif, omnipotent et doté d’institutions anti-démocratiques. Jamais les organisations patronales n’ont été autant articulées sur des principes et méthodes réactionnaires. Jamais l’ensemble des représentations ouvrières n’a été aussi intégré à la gestion de la déroute du prolétariat. La dictature à l’œuvre, fille de tous les fascismes, n’a plus besoin de formules politiques jadis nécessaires à d’aventuristes dévalorisations du coût du travail qui ne pouvaient reposer que sur l’embrigadement massif. Pour autant, les gesticulations de ce nationalisme bigarré sont bel et bien dangereuses, sa fonction objective étant de semer des frontières ethniques, religieuses et communautaires à l’intérieur du camp des exploités afin de participer à leur pacification, exigence permanente de la gouvernance globale. Les dégâts potentiels de tels saboteurs sont d’autant plus graves que la culture et la mémoire prolétariennes ont subi ces 5 dernières décennies les assauts les plus violents d’une société spectaculaire marchande à la force de pénétration inédite. La régression de la conscience de classe au profit de l’individualisme consumériste est le creuset d’une réceptivité populaire aussi désemparée que naïve face aux charlatans du conservatisme contestataire. Incomparables avec les vieilles formations d’extrême droite, tant dans leurs moyens (une capacité d’enrégimentement relativement faible au regard des ligues fascistes), leur forme d’expression (un charabia pauvre comparé à l’intellectualisme des vieilles élites fascistes) et d’organisation (des réseaux souples, peu exigeants avec leur membres, attirés par le coup d’éclat et non par l’action séditieuse) que dans leur but réel (accompagner le pouvoir et non le prendre), ces formations d’appui aux frappes bourgeoises peuvent donc revêtir, par soucis de clarification, le qualificatif de sous-fascistes.

Le combat révolutionnaire ne saurait ainsi se priver de conceptualiser des réalités nouvelles contre lesquelles le pouvoir de classe espère le voir inadapté et donc désarmé. Par conséquent, il convient de procéder méticuleusement à une exécution sommaire de ces bouffons criards qui, affublés d’attributs propres à notre classe, croient pouvoir substituer leur chauvinisme capitulard à la révolution prolétarienne salvatrice.

Rapaces

Dissection d’une pensée sous-fasciste : le cas Alain Soral

Analyser la pensée d’Alain Bonnet de Soral, plus connu sous le nom d’Alain Soral, est important dans ce contexte de crise économique propice à la propagation de discours fascistes. Ce genre de discours a d’autant plus de risques de gagner en influence que ladite crise a révélé la lâcheté, la veulerie, la trahison des partis de gauche et d’extrême-gauche. En outre, Soral est suffisamment habile pour saupoudrer ses diatribes de réflexions apparemment progressistes et de critiques relativement pertinentes de divers groupements politiques (le NPA, Bertrand Delanoë et son équipe municipale…) ou phénomènes de société (le communautarisme, le « féminisme » de la bourgeoisie…). Ce faisant, il espère endormir la vigilance de son auditoire et, ainsi, faire passer « en fraude » sa camelote d’extrême-droite.

Nous avons divisé notre analyse visant à démont(r)er l’imposture soralienne en 7 thèmes :

1°) Doubles discours et contradictions ;

2°) Récupération au profit de l’extrême-droite d’auteurs, de pratiques et de combats qui ne sont pas les siens ;

3°) Fascisme et poujadisme ;

4°) Antisémitisme ;

5°) Stalinisme ;

6°) Apologie de régimes répressifs ;

7°) Arrivisme et haine de classe.

Cette division est en partie arbitraire puisque certaines déclarations d’Alain Soral peuvent avoir leur place dans plusieurs des thèmes ci-dessous développés.

1°) Doubles discours et contradictions

Soral a compris que, s’il veut « ratisser large », il doit avoir un discours flou et changeant, et savoir « s’adapter à son public ». Cette faculté d’adaptation lui permet, certes, d’espérer rencontrer du succès au-delà des seuls nostalgiques du IIIè Reich… mais c’est au prix de ridicules pirouettes théoriques et pratiques.

Soral, qui n’hésite pas à se dire « marxiste », considère pourtant qu’il existe un « intérêt général des citoyens du monde »… Une négation en paroles de l’existence de la lutte des classes… Mais aussi et surtout un propos bien dans l’air du temps qui, n’en doutons pas, plaira aussi bien aux citoyennistes d’ATTAC qu’aux fachos partisans de l’association Capital/Travail !

C’est sans doute en qualité de « marxiste » que Soral qualifie le FN de « mouvement qui évolue vers la vraie gauche, la gauche sérieuse, la gauche économique ». Dans la foulée de cette affirmation hasardeuse, Soral conseille de lire « le programme économique » du Front National. Merci du conseil, Alain ! Une petite visite sur le site du FN peut toujours servir, effectivement ! Même si – crise économique oblige – le FN passe désormais sous silence ses propositions les plus ouvertement pro-patronales (sur la Sécurité sociale, notamment), il reste encore largement assez de « matière » sur leur site pour voir que ce parti est à 100% au service de la bourgeoisie. En vrac : « libérer au maximum l’entreprise des contraintes de toute nature qu’elle subit », « libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme », « renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail par branches d’activité. Permettre en particulier de ‘gagner plus à ceux qui travaillent plus’ », « simplification du Code du travail », « créer un cadre favorable à l’entreprise, notamment aux PME », « baisser la pression fiscale » et notamment l’impôt sur la fortune et l’impôt sur les sociétés, développer les « régimes de retraite complémentaire par capitalisation », « assurer un service minimum dans les services publics », « obtenir des économies budgétaires en réorganisant la Fonction publique, par l’introduction du principe de mobilité et le non-remplacement d’une partie des départs en retraite ». Ah ! c’est donc ça la « vraie gauche » ! ‘fallait y penser… Avec une telle conception de la « gauche économique », il n’est pas étonnant que Soral puisse dénoncer la « société d’assistanat » tout en continuant à se prétendre « marxiste »…

Soral affirme, à propos de la police et de l’armée : « il y a très longtemps que ces gens-là n’ont plus aucun pouvoir en France, on peut leur cracher à la gueule tant qu’on veut » et qualifie les flics de « pauvres fonctionnaires qu’ont le plus haut taux de suicide de France ». Mais il affirme par ailleurs « nous sommes dans un régime totalement policier et totalitaire […] on est dans une société intégralement policière et dégueulasse ». La France, « régime totalement policier et totalitaire »… où les flics « n’ont plus aucun pouvoir » depuis « très longtemps » ? La contradiction est évidente, mais Soral espère probablement séduire les jeunes de banlieue et une partie de l’extrême-gauche avec sa rhétorique pseudo-libertaire et anti-keuf, tout en rassurant ses soutiens (et souteneurs) d’extrême-droite avec un discours plus traditionnel sur le thème de l’autorité qui n’est plus respectée. (Au passage, nous ne saurions trop conseiller aux partisans d’Alain Soral de tester la validité des assertions de leur Grand Chef en « crachant à la gueule » de tous les flics qu’ils croisent. Avec un peu de chance, à force de coups de tonfa et de GAV, ils deviendront d’authentiques révolutionnaires.)

Il y a quelques années, Soral évoquait « l’inculte – et désormais pas drôle – Dieudonné » (Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Jusqu’où va-t-on descendre ?, Pocket, Paris, 2003, p. 112). Il lui reprochait notamment de ne pas oser montrer du doigt cette « ‘communauté invisible’ certes surreprésentée dans le show-biz en termes de quotas, mais à laquelle il doit aussi son doux statut de rigolo » (Ibid., p. 114). « Communauté invisible », comprendre : les Juifs. Soral fait désormais liste commune avec « l’inculte » Dieudonné aux élections européennes de 2009… L’humoriste ( ?) est pourtant au moins aussi con aujourd’hui qu’en 2002, lorsque Soral écrivait ces lignes… en revanche, il est vrai qu’en matière d’antisémitisme, Dieudonné a accompli d’immenses « progrès » ces derniers temps !

Même type de revirement concernant les Arabes et/ou musulmans. Soral affirmait l’année dernière : « Aujourd’hui, on voit très bien que le Système diabolise les maghrébins. […] Vous Français arabo-musulmans et nous Français du Front National sommes diabolisés par le même système […] Toutes les saloperies qu’on raconte aujourd’hui sur les maghrébins de banlieue, sur les ‘kärchérisables’, c’est les mêmes qu’on a racontées sur Le Pen et les gens du Front National… et elles sont aussi fausses ! » … Soral souffre sans doute d’amnésie, il nous faut donc lui rappeler ses positions antérieures sur le sujet : « Leur seul espoir [aux Algériens], c’est qu’on y retourne [en Algérie]. » (Ibid., p. 15) ou « celui qui se comporte en colon, de plus en plus c’est le Beur » (Ibid., p. 99) ou : la France devient « un pays d’Anglo-Saxons névrosés envahis de Maghrébins hostiles » (Ibid., p. 124) ou encore, à propos de la situation en banlieue populaire dans les années 60 : « Les seuls qui posaient problème, déjà, c’étaient les Algériens qui se tenaient à l’écart dans la solitude, la peur, l’islam et la Sonacotra, et dont les jeunes, peu nombreux encore, foutaient déjà la merde » (Ibid., p. 40). Soral est démasqué par ses propres écrits : il fait partie de ce Système qui « diabolise les maghrébins », qui « raconte des saloperies sur eux » ! …Il est vrai qu’il a, depuis, changé radicalement de stratégie à leur égard : il espère même les incorporer à l’ « avant-garde » des bataillons d’extrême-droite : « Les premiers qui devraient se battre pour la préférence nationale, ça devrait être les Français d’origine immigrée, parce que c’est eux que [l’immigration] met le plus en danger. » Soral se plaît à répéter que le Système « divise pour mieux régner » : c’est indéniable… Tout aussi indéniable que le fait que lui-même divise pour mieux régner ! Après avoir fait des maghrébins des boucs-émissaires, il leur conseille de se retourner contre les nouveaux arrivants en France et, au passage, il se dédouane de ses propres responsabilités en accusant un « Système » (impersonnel) d’être à l’origine de leur stigmatisation.

Dans cette même optique, lors d’une conférence à Fréjus en 2008, Soral a affirmé à propos des exactions commises aux Invalides lors d’une manifestation le 23 mars 2006 : « Moi j’étais très content de voir, effectivement, le ‘bolossage’ des petits cons du CPE… Tout ça est quelque part bon signe. » Le plus amusant est que les fafs présents dans la salle ont applaudi ces propos d’Alain Soral ! Les mêmes qui, en d’autres circonstances, mettent en avant l’existence d’un racisme anti-blanc pour convaincre les électeurs d’accorder leurs suffrages à l’extrême-droite… Bonjour l’hypocrisie…

Ultime contradiction, à propos de ses opposants, Soral affirme : « ces gens-là ne vous sortent que des références des années 30 »… Or, lui-même ne se gêne pas pour « sortir des références des années 30 », en se réclamant notamment des pacifistes de cette période qui, se plaint-il, ont eu de gros problèmes après la guerre. De deux choses l’une. Ou bien les connaissances historiques de Soral sont très limitées (ce qui, après tout, n’est pas à exclure)… Ou bien il n’ose pas se réclamer trop explicitement de Jacques Doriot, Marcel Déat, Fernand de Brinon et autres « pacifistes des années 30 » qui ont été inquiétés à la Libération, non pas pour pacifisme mais… pour collaboration avec les nazis ! Soral fait parfois preuve d’un peu plus de discrétion et brouille les cartes en se faisant passer pour un « homme de progrès »…

2°) Récupération au profit de l’extrême-droite d’auteurs, de pratiques et de combats qui ne sont pas les siens

Les diatribes de Soral sont truffées de références, parfois explicites, à des auteurs qui ne sont pas d’extrême-droite. C’est bien connu : la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. Soral tient donc à nous faire savoir qu’il a lu Guy Debord (tout en affirmant par ailleurs qu’il est « la partie de l’œuvre de Marx accessible aux publicitaires », Ibid., p. 96 ), Jean-Claude Michéa, Michel Clouscard (référence à « l’idéologie du désir » ou dénonciation de la récupération de Nietzsche par des intellectuels de gauche), Pier Paolo Pasolini (« codes intégralement fascistes de la mode »), Pierre Clastres…

De là où ils sont, Debord, Pasolini et Clastres ne risquent pas de protester… Concernant Michéa : les thèses qu’il développe dans ses essais sont contestables, mais il n’en reste pas moins évident que c’est de manière abusive que Soral se sert d’elles comme caution à sa prose d’extrême-droite. Nous ne pouvons que vous inviter à vous faire votre propre opinion en lisant L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Impasse Adam Smith, L’empire du moindre mal, etcetera.

Quant à Michel Clouscard (dont les thèses sont, là aussi, contestables – mais, présentement, là n’est pas la question), dans une tribune libre dans L’Humanité (30 mars 2007), il a tenu à préciser qu’ « associer […] d’une manière quelconque nos deux noms [le sien et celui de Soral] s’apparente à un détournement de fonds. Il s’avère qu’Alain Soral croit bon de dériver vers l’extrême droite (campagne pour le FN). Il veut y associer ma personne, y compris en utilisant mes photos à ma totale stupéfaction. Je n’ai en aucun cas autorisé Alain Soral à se prévaloir de mon soutien dans ses menées prolepénistes. Le Pen est aux antipodes de ma pensée. » Clouscard étant décédé le 21 février 2009, gageons que le fossoyeur Soral va pouvoir reprendre tranquillement son « détournement de fonds »…

Soral se plaît également à affirmer que « Marx voterait aujourd’hui Le Pen. » Sans doute conscient que cet « argument » est trop visiblement spécieux, il prétend aussi que votent pour le FN « des branchés, des marginaux, […] des anciens d’Action Directe »… A défaut de correspondre à une quelconque réalité, cette façon de présenter l’électorat FN est bien plus sympatoche que celle qui dépeindrait les partisans de Le Pen sous les traits de bourges de la région PACA, de vieilles rentières, de boneheads alcooliques (ah ouais mais nan… eux, ‘faudrait déjà qu’ils trouvent le bureau de veaute) ou encore de petits patrons/commerçants/artisans (qui ont eu l’occasion de montrer, tout au long du XXe siècle, qu’ils constituaient le terreau de toutes les réactions).

Dans la même veine, Soral reprend à son compte le concept de décroissance, se dit « assez proche de certains écologistes ». Il évoque aussi « un processus de domination par l’intégration du flic ». Ce qui est juste, seulement voilà : ça sonne très « Mai 68 » (cf. les slogans du style « Tue le flic qui est dans ta tête. ») dont Soral est, comme chacun sait, un contempteur ! Plus fort encore, il s’imagine même rejoindre un jour « les anti-système radicaux qui vivent uniquement de récup’ dans les poubelles, et dans des endroits squattés » et il n’hésite pas à prendre la défense de Julien Coupat. Et puis quoi, ensuite ? Une apologie des black-block ? A un tel stade d’opportunisme et de démagogie, tout est possible…

Démagogie toujours, lorsque Soral justifie son soutien aux PME en disant que des « économistes marxistes » prônaient un tel soutien dès les années 90. « Économistes marxistes » que, bien sûr, il ne cite pas… Et pour cause puisque soit ils n’existent pas, soit ils ne sont pas marxistes !

Alain Soral se réclame abusivement de la « dialectique. » En fait, il ne s’agit que d’un artifice rhétorique bien commode dont il use à chaque fois que son arrivisme ou sa médiocrité intellectuelle menacent d’éclater au grand jour. Ainsi, à ceux qui s’étonnent de sa trajectoire politique, Soral répond qu’elle est « dialectique ». Et sa fâcheuse tendance à faire de Karl Marx un apôtre de l’extrême-droite est – devinez quoi ? – « dialectique » !

Notons que cette tendance à la récupération de tout et n’importe quoi va au-delà du seul Alain Soral : c’est une véritable mode à l’extrême-droite depuis quelques temps. Presque tous se disent maintenant « révolutionnaires » (en période de crise économique, ça passe mieux que « contre-révolutionnaires » ou « royalistes »… mais il s’agit de « révolutionnaires » bien particuliers : des « révolutionnaires » qui sont anticommunistes primaires, qui soutiennent les contre-réformes du gouvernement et qui agressent les grévistes). Et pendant que certains fachos se réclament de Che Guevara, d’autres découvrent les situationnistes… Des identitaires se prétendent même « enfants de la Commune et du 6 février 1934 ». Comme s’il était possible d’établir une filiation entre le premier gouvernement prolétarien de l’Histoire et une tentative de coup d’Etat fasciste ! Cela étant dit, le 6 février 34, on leur le laisse et on confirme : ils en sont bien les héritiers !

3°) Fascisme et poujadisme

Dans sa préface à Jusqu’où va-t-on descendre ?, Soral supposait que le « libéral libertaire bourgeois bohème » trouverait ses écrits « poujadistes » ou encore « fascistes » (Ibid., p.12). Eh bien, si tel a vraiment été le cas en 2002 lorsque cet essai est sorti, force est de constater que le « li-li bo-bo » – que pourtant nous n’apprécions pas – aura cette fois-là eu raison. Puisque, quelques années plus tard, Soral se vantera d’avoir écrit certains discours de Jean-Marie Le Pen. Rien d’étonnant quand on voit à quel point les thématiques fascistes et poujadistes sont au cœur de la « pensée » soralienne.

Dans une conférence de mars 2009, entre une référence à la propagandiste du IIIe Reich Leni Riefenstahl et une dénonciation de l’ « idéologie maçonnique », Soral trouve quand même le temps de se montrer choqué par le tribunal de Nuremberg (« On tue tous les nazis, parce que c’était le Mal donc on les raye de la planète terre. ») et par l’épuration à la Libération… Cette conférence se déroulait pourtant à l’initiative du Parti Populiste (extrême-droite), dont le programme mentionne le rétablissement de la peine de mort pour les auteurs de « crimes de guerre, […] assassinats, actes de barbarie, tortures d’innocents », donc on ne voit pas trop pourquoi Soral s’indigne des exécutions de nazis et de collabos (à moins qu’il ne considère pas les Juifs, les Tsiganes et autres communistes qui ont été massacrés comme de « vrais » innocents ?). Soral estime aussi que « de toute façon, le métissage c’est la violence » … Assertion guère compatible avec celle-ci, également de son « cru » : « On [le peuple français ?] est un métissage réussi puisque cohérent, lent, accepté, etcetera. » Alors, le métissage c’est la violence, oui ou non ? Comme nous l’avons vu précédemment, Soral se fiche pas mal de s’empêtrer dans ses contradictions puisqu’elles sont « dialectiques ».

Soral nous offre encore un magnifique exemple de « dialectique » quand il déclare : « quand on est marxiste, on doit fonctionner sur des concepts marxistes, quand on abandonne tout ces concepts pour se fonder sur des concepts petits-bourgeois, on se casse la gueule » avant d’affirmer que « pour faire quoi que ce soit de subversif en politique », il a plus confiance dans les « patrons de bistrot, les chauffeurs de taxi et ce qu’on appelle la petite-bourgeoisie » que dans les profs et les étudiants. Karl Marx voyait-il dans ces catégories de population une force révolutionnaire ? A-t-il prôné la dictature des patrons de bistrot ? Ou bien écrit « petits-bourgeois de tous les pays, unissez-vous » ? Soit Alain Soral a accès à des textes cachés de Marx, soit – c’est plus probable – il se sert, pour appuyer ses théories bancales, de ces mêmes « concepts petits-bourgeois » qu’il reproche à d’autres d’utiliser.

Typiquement poujadiste est la défense soralienne du « petit patron », prétendue victime de la « persécution fiscale » et de la « méchanceté des prudhommes ». Soral se livre à cet exercice en se réclamant notamment de « Michéa »… On le comprend : pour réussir la prouesse de défendre ouvertement une fraction du patronat tout en restant « marxiste-compatible », il fallait au moins la caution d’un intellectuel qui se réclame du Socialisme (et pas de la « gauche » : dans l’esprit de Michéa, ce n’est pas la même chose… c’est même antinomique)… Au passage, Soral se livre à des reproches (malheureusement !!) infondés concernant Arlette Laguiller : selon lui, dans ses discours, elle ne ferait pas de différence entre petit patronat et grand patronat… En réalité, dans ses interventions, cette réformiste patentée de Laguiller flétrit presque uniquement le « grand patronat »… comme si les autres patrons étaient plus respectables !

Soral ressort également une ruse habituelle du fascisme pour servir de « paratonnerre » à la bourgeoisie en temps de crise économique : il dénonce régulièrement et avec insistance le « capitalisme financier spéculatif » et la « finance mondiale spéculative », espérant que les exploités ne s’apercevront pas que le problème est plus global et que c’est toute la société de classe (Alain Soral compris) dont ils doivent se débarrasser. Dans « Qu’est-ce que le national-socialisme ? », texte daté de juin 1933, Trotsky remarquait déjà que « tout en se prosternant devant le capitalisme dans son entier, le petit bourgeois déclare la guerre à l’esprit mauvais de lucre. »

Cette autre sentence soralienne participe de la même logique du « paratonnerre » : « Ce monde [du marché] est porté par les élites blanches occidentales judéo-protestantes » Il s’agit ici, en réduisant le capitalisme à ses seuls partisans juifs ou protestants, d’épargner le catholicisme (dont Soral se réclame – entre mille autres « étiquettes », il est vrai !) ainsi que les Arabes et/ou musulmans dont Soral veut se faire de nouveaux alliés, convaincu qu’il est que « dans l’imaginaire politique africain ou maghrébin, c’est un type de gauche Le Pen, hein… et même d’extrême-gauche parce que c’est pas des régimes très cools là-bas. »

Au cas où vous en auriez douté, Soral manie fort bien la théorie du complot et a des talents certains en matière de réécriture de l’Histoire : « [Les Noirs] étaient issus de l’empire colonial qu’ils ne détestaient pas particulièrement d’ailleurs, en dehors de certaines élites financées souvent on sait pas trop par qui… » Comme dirait un chanteur sarkozyste : « Ah ! Le temps béni des colonies… » Eh oui, Soral, c’est bien connu : les colonisés ne détestaient pas particulièrement la puissance coloniale, cette dernière a décidé d’elle-même, spontanément et sans pression d’aucune sorte, de quitter le continent africain et, d’ailleurs, depuis la décolonisation, la France a totalement cessé de s’immiscer dans les affaires intérieures du Gabon, de la Côte d’Ivoire, du Tchad ou du Togo…

Enfin, dans la rubrique « comment, par la calomnie, l’extrême-droite assassine Jaurès une seconde fois », cette citation : « La position de Le Pen est très respectable et très cohérente, même sur le plan de l’immigration, du racisme, etcetera, elle est très saine, c’est une position de patriote français de gauche du début du siècle, c’est la position… il serait même à la gauche de Jaurès aujourd’hui ! » … Sûrement, oui !! Le Pen est à peu près autant à la gauche de Jaurès que l’était l’homme qui l’a abattu, Raoul Villain, qui fut membre du mouvement catholique du Sillon et du groupe d’étudiants « nationalistes » de la « Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine »…

4°) Antisémitisme

L’antisémitisme, ce socialisme des imbéciles, est très apprécié d’Alain Soral. Il s’agit, là encore, de détourner la colère populaire vers des boucs-émissaires. Mais ce brave Soral, décidemment très prévoyant, n’a pas attendu la crise économique pour distiller son poison. En 2004, déjà, il déclarait : « Quand avec un Français, Juif sioniste, tu commences à dire ‘y a peut être des problèmes qui viennent de chez vous. Vous avez peut-être fait quelques erreurs. Ce n’est pas systématiquement la faute de l’autre, totalement, si personne ne peut vous blairer partout où vous mettez les pieds.’ Parce qu’en gros c’est à peu près ça leur histoire, tu vois. Ça fait quand même 2500 ans, où chaque fois où ils mettent les pieds quelque part, au bout de cinquante ans ils se font dérouiller. Il faut se dire, c’est bizarre ! C’est que tout le monde a toujours tort, sauf eux. Le mec, il se met à aboyer, à hurler, à devenir dingue, tu vois. Tu ne peux pas dialoguer. C’est à dire, je pense, c’est qu’il y a une psychopathologie, tu vois, du judaïsme sionisme (sic !) qui confine à la maladie mentale. » …Puis, cette année : « Il y a quand même un milliard de chrétiens qui s’excusent face à 15 millions de Juifs… C’est quand même bizarre, il a dû se passer quelque chose pour qu’on soit obligés de s’humilier à ce point là, que notre pape soit obligé de demander pardon parce qu’il y a un évêque ultra-marginal qui a dit trois conneries » Les « conneries » de Richard Williamson étant « juste », pour rappel, ses déclarations selon lesquelles « 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz. »

Intéressante également, cette déclaration de Soral qui reprend le stéréotype, popularisé par le Protocole des Sages de Sion, du Juif fauteur de guerre : « M. Finkielkraut était pro-croate, M. Bernard Kouchner… euh… M. Cohn-Bendit… euh nan pas Cohn-Bendit… C’était Bernard-Henri Lévy, il était pro-bosniaque, ils ont chacun choisi leur camp afin d’attiser la haine et la violence. On ne sait pas trop pourquoi, ils ont dû tirer ça à pile ou face… » Au risque de décevoir Soral et ses groupies, il est important de souligner que l’anéantissement de la République fédérale socialiste de Yougoslavie a des causes multiples et complexes, n’ayant rien à voir ni avec Finkielkraut ni avec BHL. Pire encore : Finkielkraut et BHL n’auraient jamais existé que cela n’aurait strictement rien changé au sort des peuples des Balkans.

Courageux mais pas téméraire, Soral, peut-être lassé des agressions physiques et des décisions de justice défavorables, se replie la plupart du temps sur des propos plus allusifs visant « l’autre d’une telle communauté que je ne nommerai pas », stigmatisant Daniel Cohn-Bendit en tant que « parasite de la société française… qu’il insulte ! » ou affirmant : « La France [que les mecs de banlieue] n’aiment pas, je ne l’aime pas non plus… C’est la France de Bernard-Henri Lévy, je ne l’aime pas non plus. » Que l’on soit bien clairs : les personnalités auxquelles Soral s’en prend sont souvent méprisables. Seulement, bien d’autres le sont tout autant et dont Soral ne pipe pourtant pas un mot. Et il n’est pas compliqué de comprendre quel est sans doute le but – et quel sera assurément le résultat – des envolées soraliennes visant Bernard Kouchner, Alexandre Adler, BHL, Jacques Attali, Laurent Fabius, Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy, etcetera. Ces diatribes permettent à Soral de passer pour un type qui ose s’en prendre aux « puissants » alors qu’elles ont pour fonction objective, en ne visant que des personnalités à l’origine ethnico-religieuse (supposée !) commune, d’épargner la bourgeoisie dans son ensemble en détournant le prolétariat des approches strictement classistes.

5°) Stalinisme

Soral a gardé de graves séquelles de son passage par le Parti dit « Communiste ». Il n’hésite pas à qualifier la CGT de « réseau de résistance ou d’opposition traditionnelle » alors que cela fait au moins sept bonnes décennies que la Confédération Générale de la Trahison est un obstacle aux tentatives d’émancipation des prolétaires. Pour Soral, « tout ce qui est de l’ordre de la violence […] et de la guerre civile, c’est forcément un truc qui affaiblit la France. » Ce Soral qui s’oppose à la violence et à la guerre civile au nom du salut de la France n’a, contrairement à ses prétentions, rien d’un marxiste… mais c’est un parfait stalinien ! C’est avec ce même type d’arguments, avec cette même dévotion envers l’unité nationale que le P « C » F a, à trois reprises, saboté des situations révolutionnaires : en 1936 (Maurice Thorez, secrétaire général du P « C » F : « il faut savoir terminer une grève »), à la Libération (Thorez, toujours : « produire, produire, encore produire, faire du charbon c’est aujourd’hui la forme la plus élevée de votre devoir de classe, de votre devoir de Français » et « La grève, c’est l’arme des trusts. »), en Mai 68 (Georges Séguy, secrétaire général de la CGT : « …ce mouvement lancé à grand renfort de publicité qui, à nos yeux, n’a pas d’autre objectif que d’entraîner la classe ouvrière dans des aventures en s’appuyant sur le mouvement des étudiants. »).

Il arrive aussi à Soral de s’attaquer au « Capital apatride » et au « Capital nomade ». C’est cette même idée qu’il développe lorsqu’il affirme dans une interview que « tous les internationalistes aujourd’hui sont des gens de droite, par essence, tu vois… » Notons en passant que, trois minutes plus tôt, dans cette même interview, il affirmait : « Je ne crois pas à l’essentialisme, les gauchistes essentialistes m’emmerdent, ce sont des crétins et des petits cons ». Pour en venir à ce que révèle, sur le fond, cette citation, Soral – ce « crétin » et ce « petit con » d’essentialiste (ce sont ses termes) – reprend à son compte la vieille antienne stalinienne qui affirme que, par opposition au Capital qui n’a pas de frontières, qui est « cosmopolite », les travailleurs se doivent d’être nationalistes. C’est ballot : Soral le stal’ a oublié que le Manifeste du parti communiste se termine par un appel à l’union des prolétaires de tous les pays…

6°) Apologie de régimes répressifs

Il n’y a pas besoin de creuser bien longtemps pour s’apercevoir que Soral est contre-révolutionnaire : il suffit de regarder quels régimes et quels chefs d’Etat il admire ! Saddam Hussein (entre autres) est rangé par ses soins dans la catégorie des « chefs d’Etat locaux de puissances alternatives ». Alternatives à quoi ? Sûrement pas au capitalisme, en tout cas ! Le premier fait d’armes de Saddam Hussein est la participation à une tentative d’assassinat, en 1959, du général et Premier ministre marxisant Abdul Karim Qasim qui, l’année précédente, avec d’autres militaires, avait renversé la monarchie iraquienne. Une fois arrivé au pouvoir (avec le soutien des Etats-Unis), à la tête du parti Baas, Saddam Hussein a réprimé férocement ses opposants, notamment les membres du Parti Communiste Irakien (ce qui n’a pas empêché Moscou de continuer à soutenir le régime baasiste… ça en dit long sur la teneur en socialisme de la bureaucratie stalinienne).

Soral fait également l’apologie de Poutine, ex-membre du KGB et bourreau du peuple tchétchène qui, en fait d’« alternative », a surtout parachevé le rétablissement du capitalisme privé en Russie (ouverture à la concurrence du fret ferroviaire, baisse du taux d’imposition sur les sociétés…) et restreint les déjà peu nombreuses libertés démocratiques dont bénéficiaient les Russes ( journalistes assassinés, opposants emprisonnés, désignation par le Président et non plus élection des gouverneurs des sujets de la Fédération de Russie, grande impunité accordée aux membres des groupes fascistes/néonazis qui commettent de nombreuses exactions).

Autre objet d’admiration de Soral : la République islamique d’Iran, régime théocratique où les militants des organisations de gauche ont été exécutés par milliers suite à la contre-révolution islamique et où les minorités (kurdes, arabes) sont soumises à de multiples brimades. Ce régime qui tente de fédérer sa population autour de discours hostiles à l’Occident, aux Etats-Unis, à Israël, sait pourtant miser sur plusieurs lièvres à la fois : dans les années 80, il n’a pas hésité à acheter des armes aux Etats-Unis (qui se sont servis de l’argent récolté grâce à ces ventes pour financer une guérilla d’extrême-droite au Nicaragua : c’est la fameuse affaire Iran-Contra) et à Israël. Les dirigeants iraniens sont également ravis de la décision des Etats-Unis et de la dictature européiste de classer comme organisation terroriste l’Organisation des Moudjahiddines du Peuple Iranien (OMPI), et ils ont sûrement vu d’un bon œil les perquisitions visant l’OMPI opérées en France en 2003. La « lutte contre le terrorisme » (c’est-à-dire, en réalité : le terrorisme d’État) est décidemment sans frontières…

7°) Arrivisme et haine de classe

Soral qui reproche à BHL, Finkielkraut, Cohn-Bendit, etcetera (voir 4°)) leur capacité à retourner leur veste n’a peut-être pas tort sur le fond… Mais il est très mal placé pour parler, sa propre trajectoire politique étant marquée par de nombreux retournements de veste. Après avoir adhéré au mouvement punk, il rejoint le P « C » F. Il finit par quitter ce parti dans les années 90, une fois que l’Union Soviétique s’est cassé la gueule et qu’il s’est rendu compte – soixante ans après tout le monde, mais mieux vaut tard que jamais – que le P « C » F n’est pas révolutionnaire. Il qualifie son Abécédaire de la bêtise ambiante, paru en 2002, de « national-républicain » et paraît alors proche de Jean-Pierre Chevènement. Passade de courte durée puisqu’il se rapproche ensuite à grandes enjambées de l’extrême-droite, jusqu’à rejoindre l’équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen en vue des présidentielles de 2007. Mais il est vrai que, dans l’interview où il annonçait son rapprochement avec le FN, Soral affirmait que, faisant cela, il rejoignait un parti « qui pèsera demain 25% minimum » (forcément, puisque « Le Pen, c’est le plus grand résistant au Système de France » !!). Quelle déception au soir du premier tour des présidentielles quand Le Pen, doublé sur sa droite (extrême) par un Sarkozy vraiment très décomplexé, n’obtient « que » 10,44% des voix. Pas grave, Soral a l’explication : « Le Pen mérite la France, mais je ne suis pas sûr que la France et les Français tels qu’ils sont aujourd’hui méritent Le Pen. » Dit plus clairement : les Français sont des cons. Venant de quelqu’un qui passe son temps à glorifier démagogiquement le « Peuple » et la « Nation », c’est plutôt cocasse… A l’échec du FN aux présidentielles vient s’ajouter l’échec, plus net encore, des municipales en 2008, ce qui fait que Soral doit commencer à se demander s’il a misé sur le bon cheval (blanc).

Soral annonce finalement son départ du FN le 1er février 2009, le parti n’ayant daigné lui proposer, en vue des élections européennes, qu’une place d’honneur sur la liste en Ile-de-France. Une simple place d’honneur à lui, Alain Soral, lui qui est « rebelle depuis l’âge de seize ans », vous vous rendez compte ?!? Comme l’aurait dit une de ses défuntes icônes staliniennes : c’est un scandÂÂÂÂle ! Mais puisqu’il ne veut surtout pas sombrer dans l’oubli et qu’il tient à faire parler de lui à tout prix, Soral se contente finalement d’une place de numéro 5 sur la liste antisém… pardon… « antisioniste » de Dieudonné. On ne sait jamais, dès fois que… Après tout, « les gens sont tellement cons, ils en redemandent… » et puis « un salarié, c’est comme un enfant ». Alors, qui sait ? Ces ânes-là iront peut-être voter…

Le grandissime Soral qui, lui, n’est ni un con ni un salarié, chie sur la Star Academy, les émissions d’Arthur, celles de Stéphane Bern… Le hic c’est que Soral n’a jamais hésité à aller faire la promo de ses bouquins de merde chez Thierry Ardisson ou Evelyne Thomas ! Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais… Soral semble paniqué à l’idée de retomber dans l’anonymat : « Si vous ne faites pas ce qui faut, vous êtes progressivement marginalisés, c’est-à-dire vous ne passez plus dans les grands médias, vous êtes un peu mal vus […] On voit bien ceux qui peuvent se maintenir et ceux qui sont marginalisés, et pourquoi […] Et cette marginalisation elle est bon… au niveau des médias évidemment, c’est-à-dire on est disqualifiés, on n’est plus invités, etcetera… Moi on voit très bien que j’passais beaucoup dans les émissions mais à un moment donné on n’m’a plus vu […] d’ailleurs les gens ne se posent même pas la question ‘tiens, on ne vous voit plus !’ » C’est qu’il doit également se demander comment il va faire pour écouler ses daubes fascistoïdes si, par malheur, il se voit privé de l’accès aux principaux médias et de la notoriété qui va de pair… Aiguillé par son ambition sans scrupules, Soral saura, s’il le faut, changer une énième fois son fusil d’épaule, trouver de nouveaux compagnons de route et de nouvelles tribunes d’où il pourra dégueuler sa prose pseudo contestataire qui, en fait, nuit exclusivement au prolétariat. A moins que ce dernier ne lui en laisse pas l’occasion…

sources :

- Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Jusqu’où va-t-on descendre ?, Pocket, Paris, 2003

- interview d’Alain Soral après qu’il ait annoncé qu’il rejoignait l’équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen, fin 2006 (http://www.dailymotion.com/search/alain%2Bsoral/video/xtjwl_alain-soral-interview-fn )

- interview d’Alain Soral suite au premier tour des dernières présidentielles, 22 avril 2007 (http://www.dailymotion.com/related/xtjwl/video/x1td0v_soral-echec-de-le-pen_news?hmz=74616272656c61746564 )

- Alain Soral, conférence à Fréjus, 23 mai 2008 (http://www.dailymotion.com/relevance/search/soral+fr%C3%A9jus/video/x5snqq_alain-soral-frejus-partie-1_news ethttp://www.dailymotion.com/relevance/search/soral+fr%C3%A9jus/video/x5snuj_alain-soral-frejus-partie-2_news )

- Alain Soral, conférence « Vers la gouvernance globale » à l’invitation du Parti Populiste, 9 mars 2009 (http://www.dailymotion.com/relevance/search/conf%C3%A9rence+gouvernance/video/x8vz58_alain-soral-conference-090309-parti_news )Poubelles-003