Rien n’est permis, tout est possible!

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Rien n’est permis tout est possible!

Depuis le 9 mars dernier, la mobilisation construite sur le refus de la « loi travail », continue et affiche toujours sa détermination. Cette loi constitue une énième attaque contre le droit du travail renforçant l’exploitation des travailleurs et travailleuses ainsi que la précarisation de l’ensemble de la population. Le mouvement a répondu par une multitude de manifestations, grèves, blocages et souvent, face aux forces répressives du système, par des affrontements.
Le mouvement a un aspect minoritaire en terme de participation directe, même s’il bénéficie d’une large sympathie populaire. Lancé à partir des lycées et facs, il a été rejoint par les différentes catégories (travailleurs-euses, chômeurs-euses, précaires, intermittent-e-s…).

Pour la première fois depuis bien longtemps une lutte d’ampleur nationale s’organise face à un gouvernement du Parti Socialiste. Le mouvement social prend enfin acte de la continuité des politiques gouvernementales, de droite comme de gauche, qui accentuent toujours  plus l’exploitation capitaliste. La reprise d’une lutte des classes qui se dégage des logiques politiciennes est une bonne nouvelle !

Le mouvement actuel n’est probablement que le premier d’un nouveau cycle de luttes sociales. Les attaques capitalistes visant à accroître notre exploitation et dégrader nos conditions de vie pour préserver leurs profits vont se multiplier et elles vont inévitablement entraîner des résistances et des conflits.
Ce mouvement s’érige contre un gouvernement dit « de gauche ». A ce titre, et pour la premières fois depuis de nombreuses années, il peut enfin avancer en dehors d’un relais politique. Ce mouvement, s’il a été largement soutenu, n’a été porté dans la rue que par peu de personnes. Les grèves ne sont pas massives et les manifestations non plus. Pourtant, depuis trois mois, nous nous retrouvons. Alors que les journées nationales étaient éloignées les unes des autres, alors que la répression est sauvage, nous avons imposé un mouvement qui n’en finit pas de ne pas finir.
Cette « solitude » politique qui est la notre, elle est notre force. Il nous appartient d’inventer de nouvelles formes de luttes et d’assumer que la politique telle qu’elle prétend nous représenter actuellement ne nous convient radicalement pas. Cette détermination dans le mouvement, elle exige de considérer que, définitivement, la « loi travail » n’est que la goutte de trop dans un vase que nous entendons briser. La « loi travail », c’est l’expression du pouvoir de l’économie, de l’emprise du capitalisme sur nos vies. Ce n’est pas contre cette loi que nous sommes déterminés, c’est contre la logique qui la porte. Nous ne voulons pas qu’une exigence de performance, de rendement dirige nos conditions de vie, nous ne sommes pas des rouages d’une machinerie qu’il faut mesurer, évaluer et jeter quand elle n’est plus efficace. Nous ne voulons même pas défendre un droit du travail comme un bouclier contre l’avidité du capitalisme. Ce n’est pas de défense que nous avons soif mais d’attaque. Nous ne voulons pas être moins exploité-e-s, nul arrangement de notre misère n’est acceptable.

S’organiser par nous-même !

Les appels tardifs et épisodiques à la grève par les organisations syndicales ont conduit à un isolement des secteurs d’activités les plus mobilisés et un véritable torpillage du mouvement. Nous considérons primordial de nous détacher des agendas syndicaux et de leurs appels nationaux. C’est par cette autonomie que nous pouvons échapper à une stratégie que nous ne maîtrisons pas. Quand les grèves ne sont pas amorcées dans le même temps, quand l’écart entre deux journées de mobilisation est d’un mois, ce sont les directions syndicales qui ont la main et qui organisent le mouvement pour la garder. C’est par cette maîtrise qu’elles ont sur le mouvement qu’elles peuvent en décider la fin. Pourtant, nous sommes nombreux-ses, syndiqué-e-s ou non, à ne pas nous satisfaire de ces pseudo-blocages et de ces tours en ville. Nous devons reprendre le contrôle de notre capacité d’action : la grève n’est pas l’occasion de marcher en ville. Elle est l’instrument même de notre force : bloquer l’économie et reprendre possession du temps. Faire grève, c’est cesser d’être exploité-e, cesser d’appartenir à quelqu’un-e d’autre. Faire grève, c’est se donner le temps de nécessaire à se rencontrer, s’organiser et imaginer comment cesser d’être exploité-e.

en cendres

Face à cette détermination du mouvement, l’État, conforté par l’état d’urgence, réprime brutalement et préventivement toutes les actions, les blocages, les occupations ou les manifestations pas assez sages à son goût. Le gouvernement fait cela parce que justement ces formes d’actions permettent de créer des perturbations, des nuisances pour l’économie, d’avoir des lieux et du temps pour s’organiser, bref parce qu’elles cherchent à créer un rapport de force, seul moyen d’imposer nos revendications.

Le ministre de l’intérieur se targue à la  fin mai de plus de 1400 interpellations depuis le début des manifestations contre la loi Travail, dont plus de 900 gardes à vue et une cinquantaine de personnes lourdement condamnées en comparution immédiate. Des centaines de manifestant-e-s ont été blessé-e-s, plusieurs ont été mutilés et ont perdu un oeil suite aux tirs de flashball. À Caen, environ 72 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement, plus d’une trentaine placées en garde à vue, une quinzaine a été blessée lors des interventions policières. Des procès ont déjà eu lieu (avec des peines allant jusqu’à de la prison ferme) et  une dizaine d’autres va suivre dans les semaines ou mois qui viennent. Il faut organiser largement la solidarité avec tous-tes les inculpé-e-s.

Il est absolument crucial que le mouvement actuel aille le plus loin possible car les années qui viennent vont être très dures sur un plan social et politique : crise capitaliste, précarité galopante, multiples régressions sociales organisées par le MEDEF et les gouvernements, répression policière qui se durcit et devient systématique, montée de l’extrême droite…

Il n’y aura pas de retour à la « prospérité » et aux acquis sociaux d’avant, pas de retour à « l’État providence ». Les nécessités de l’accumulation du capital sont en train de balayer les derniers vestiges de ce passé désormais révolu.

Pour nous organiser, il  nous faut développer les efforts d’autonomie qui sont expérimentés dans le mouvement. Ouvrons des lieux qui nous permettent de nous rassembler et construire au quotidien notre force pour les mouvements futurs. Créons des caisses de grève et de solidarité, et collectons dès à présent les moyens financiers qui nous permettront, en toute indépendance,  de tenir une lutte dans la durée. Multiplions les actions directes : blocages économiques, sabotages, occupations des lieux de pouvoir, etc. Étudions les flux pour connaître les points faibles, ciblons-les. La gêne, c’est pas le blocage, c’est l’exploitation !

C’est encore confus et minoritaire mais la question du renversement de l’ordre capitaliste et de la nécessité d’une transformation révolutionnaire de la société resurgit. Et même si elle est minoritaire, cette position politique doit être assumée publiquement au sein du mouvement, et il faut essayer de commencer à mettre collectivement cette perspective en chantier, ici et maintenant.

Caen, le 8 juin 2016.

Regroupement Révolutionnaire Caennais.

Contact : rrcaen@riseup.net – Site : rrcaen.neowordpress.fr

en pdf:   tract RRC