Le mouvement à un tournant. Un tournant dans les mouvements ?

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Tract RRC 26 mai 2016

Le mouvement à un tournant.

Un tournant dans les mouvements ?

Depuis le 9 mars dernier, la mobilisation construite sur le refus de la « loi travail », continue et affiche toujours sa détermination. Cette loi constitue une énième attaque contre le droit du travail renforçant l’exploitation des travailleurs et travailleuses ainsi que la précarisation de l’ensemble de la population. Le mouvement a répondu par une multitude de manifestations, grèves, blocages et souvent, face aux forces répressives du système, par des affrontements.

Le mouvement a un aspect minoritaire en terme de participation directe, même s’il bénéficie d’une large sympathie populaire. Lancé à partir des lycées et facs, il a été rejoint par les différentes catégories (travailleurs-euses, chômeurs-euses, précaires, intermittent-e-s…).

Ce mouvement est aujourd’hui a un tournant: l’amplification inter-catégorielle et une participation accrue de la population, ou l’échec à court terme.

Le nombre de manifestant-e et d’actions déterminées qui peuvent avoir lieu aujourd’hui va être important pour la suite. De même que le fait que plusieurs nouvelles dates de journées d’action nationale soient posées par les organisations syndicales. Pour l’instant, la seule perspective donnée par celles-ci est une journée d’action le 14 juin. Maintenir cette unique date comme « perspective » serait un torpillage évident du mouvement par les directions syndicales nationales.

La lutte actuelle marque également un tournant dans les mouvements sociaux de cette dernière décennie. Pour la première fois depuis bien longtemps une lutte d’ampleur nationale s’organise face à un gouvernement du Parti Socialiste. Le mouvement social prend enfin acte de la continuité des politiques gouvernementales, de droite comme de gauche, qui accentuent toujours plus l’exploitation capitaliste. La reprise d’une lutte des classes qui se dégage des logiques politiciennes est une bonne nouvelle !

Face à cette détermination du mouvement, l’État, conforté par l’état d’urgence, réprime brutalement et préventivement toutes les actions, les blocages, les occupations ou les manifestations pas assez sages à son goût. Le gouvernement fait cela parce que justement ces formes d’actions permettent de créer des perturbations, des nuisances pour l’économie, d’avoir des lieux et du temps pour s’organiser, bref parce qu’elles cherchent à créer un rapport de force, seul moyen d’imposer nos revendications.

Le ministre de l’intérieur se targue à la mi-mai de plus de 1300 interpellations depuis le début des manifestations contre la loi Travail, dont 819 gardes à vue et 51 personnes lourdement condamnées en comparution immédiate. Des centaines de manifestants ont été blessées, plusieurs ont mutilés et ont perdu un oeil suite aux tirs de flashball. À Caen, environ 70 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement, plus d’une trentaine placées en garde à vue, une quinzaine a été blessées lors des interventions policières. Une dizaine de procès au moins vont avoir lieu dans les semaines ou mois qui viennent. Il faut organiser largement la solidarité avec tous-tes les inculpé-e-s.

Ces chiffres illustrent la criminalisation de toutes tentatives de contestation. La police en tenue anti-émeute met en cage littéralement la plupart des manifestations, coupant les ponts de l’Orne, tentant d’interdire tout accès à des endroits stratégiques, comme la gare ou le périph, évacuant par la force en matraquant et gazant les tentatives d’occupation de bâtiments officiels (comme à la CAF, la Direction Départementale du Travail ou l’Université, en attaquant un rassemblement de Nuit Debout…), en chargeant les lycéen-ne-s qui essayaient de bloquer leurs établissements, en pourchassant les manifestants dans les rues, en cherchant à intimider/harceler/embarquer des militant-e-s impliqué-e-s dans la lutte. La répression ne nous fait cependant pas plier, des actions directes ont pu s’organiser et d’autres s’organiseront.

Il est absolument crucial que le mouvement actuel aille le plus loin possible car les années qui viennent vont être très dures sur un plan social et politique : crise capitaliste, précarité galopante, multiples régressions sociales organisées par le MEDEF et les gouvernements, répression policière qui se durcit et devient systématique, montée de l’extrême droite…

Le mouvement actuel n’est probablement que le premier d’un nouveau cycle de luttes sociales. Les attaques capitalistes visant à accroître notre exploitation et dégrader nos conditions de vie pour préserver leurs profits vont se multiplier et elles vont inévitablement entraîner des résistances et des conflits.

Il n’y aura pas de retour à la « prospérité » et aux acquis sociaux d’avant, pas de retour à « l’État providence ». Les nécessités de l’accumulation du capital sont en train de balayer les derniers vestiges de ce passé désormais révolu.

Le mouvement actuel doit donc être aussi une occasion de se préparer aux conflits futurs. Nous devons analyser les nouvelles conditions dans lesquelles les luttes vont devoir se dérouler.

Les classes possédantes et dirigeantes sont arrogantes et voraces. L’État, les institutions, la loi, les forces de répression, les médias sont à leur service. Elles sont puissantes, organisées et méthodiques mais loin d’être invulnérables.

L’impréparation, l’improvisation, la désorganisation, la dispersion, les pertes de temps et d’énergie à répétition, le manque d’efficacité et de communication en direction de la masse des gens qui ne participent pas au mouvement caractérisent encore trop souvent nos luttes et tout ça, on le paiera de plus en plus cher. Plus on sera nombreux-ses, organisé-e-s et expérimenté-e-s, moins on subira.

Le mouvement actuel est donc une occasion précieuse pour se rencontrer, s’assembler, réfléchir, aller à la rencontre de la population, se politiser, s’organiser et mener des actions, apprendre et répandre des tas de techniques et moyens de résistance, créer des réseaux de solidarité concrète et des convergences réelles entre les luttes, découvrir nos points forts et faibles et ceux de l’ennemi de classe, élargir notre expérience, s’aguerrir et forger ensemble une culture de lutte collective adaptée à la situation actuelle. Tout cela doit être fortement encouragé et s’inscrire dans la durée car cela reservira bientôt et on va en avoir sacrément besoin… Demain se construit aujourd’hui.

Nous pensons qu’il faut également assumer le fait que la lutte actuelle dépasse largement le cadre de la Loi Travail et qu’une partie non négligeable du mouvement est ou entre en rupture avec la société actuelle, avec la domination du capital et de l’État sur nos vies, nos conditions d’existence et nos aspirations. Pour beaucoup de personnes, et nous sommes évidemment de celles là, il ne s’agit pas ou plus seulement de critiquer une loi antisociale de plus mais l’ensemble du monde capitaliste qui va avec.

La question n’est donc pas uniquement de forger un mouvement de lutte dur et organisé mais sans perspectives autres que défensives. Il s’agit aussi de tenter de constituer et consolider, par l’action et la réflexion, une force sociale et politique susceptible de mettre en œuvre un jour une alternative au système actuel, qui va devenir de toutes façons de plus en plus invivable.

C’est encore confus et minoritaire mais la question du renversement de l’ordre capitaliste et de la nécessité d’une transformation révolutionnaire de la société resurgit. Et même si elle est minoritaire, cette position politique doit être assumée publiquement au sein du mouvement, et il faut essayer de commencer à mettre collectivement cette perspective en chantier, ici et maintenant.

Contre la Loi Travail et son monde capitaliste,

nous sommes en luttes pour vivre sans être dominé-es et exploité-e-s.

Retrouvons-nous ! Organisons nous ! Ne lâchons rien ni personne !

Caen, le 25 mai 2016.

Regroupement Révolutionnaire Caennais.

Contact : rrcaen@riseup.net – Site : rrcaen.neowordpress.fr

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