La justice de classe au travail : 8 prolos de Good Year Amiens condamnés à 9 mois fermes

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8 travailleurs de l’usine Good Year d’Amiens viennent d’être condamnés à 2 ans de prison dont  9 mois fermes pour “séquestration” de 2 cadres lors du conflit occasionné par la fermeture de l’usine.

Du jamais vu en terme de répression d’une lutte ouvrière ayant pratiqué ce mode d’action directe. C’est le parquet, donc l’Etat, qui a poursuivi directement, en l’absence de plaintes de la part des 2 cadres retenus, ce qui renforce encore le coté politique du verdict de la justice bourgeoise.

Cette décision judiciaire vise clairement à intimider toutes les résistances ouvrières un tant soit peu déterminées qui se manifestent face aux fermetures/délocalisations d’entreprises ou aux plans sociaux. 5 salariés d’Air France vont aussi passer en procès pour une paire de chemises arrachées.

C’est également une preuve supplémentaire du fait que le climat sécuritaire actuel, loin de se limiter à la lutte “antiterroriste”, vise toutes les formes d’opposition à la domination capitaliste sur nos vies.

Le RRC manifeste sa solidarité morale avec les travailleurs condamnés.

Ceux-ci vont faire évidemment appel. Affaire à suivre donc…

Nous publions ci-dessous quelques éléments d’informations sur cette affaire, repris  de différents articles du site “Mediapart” :

“Le tribunal d’Amiens vient d’annoncer la condamnation de huit ex-salariés de l’usine Goodyear, à 24 mois de prison, dont 9 mois fermes, assortie d’une possibilité d’aménagement. Six des huit accusés sont relaxés de l’accusation de violences en réunion mais tous sont déclarés coupables de séquestration. C’est le 24 novembre dernier que s’est tenu le procès des huit salariés de Goodyear, dont cinq militants de la CGT parmi lesquels son responsable Mickaël Wamen, pour la séquestration, sans violences, de deux cadres, pendant 30 heures, dans l’usine occupée d’Amiens.

Dans les jours qui suivirent, l’usine était fermée avec près de 1150 licenciements. Sur ces 1150 salariés, plus de 750 d’entre eux n’ont toujours pas trouvé de travail. 70 personnes sont en CDI, environ 80 ont créé leur entreprise, une trentaine sont en CDD supérieur à 6 mois, une trentaine sont en intérim, il y a eu près de 140 départs en retraite et 9 décès.”

————————————————-“En janvier 2014, l’entreprise GoodYear d’Amiens a fermé ses portes, laissant plus de 1 100 salariés sur le carreau. Les salariés se sont battus pendant 7 ans pour garder l’usine ouverte. Leur dernière action a été de séquestrer deux cadres (le DRH et le directeur de la production) pendant 30 heures, sans violence, afin de protester contre la fermeture imminente de l’usine et le millier de licenciements que cela allait entraîner. À la suite de ce baroud d’honneur de la part des travailleurs, huit d’entre eux, pris au hasard sur les 800 participants à l’action, ont vu l’entreprise et les deux cadres porter plainte à leur encontre.

L’accord de fin de conflit, signé avec les syndicats fin janvier, stipulait que l’entreprise et les deux cadres retireraient leur plainte, ce qui a été fait. Mais c’était sans compter sur le procureur qui s’acharne depuis, alors que « dans la plus grande majorité des cas, les poursuites sont abandonnées » selon Mickaël Wamen, syndicaliste CGT et tête d’affiche de la lutte. «  Le fait que le procureur veuille coûte que coûte continuer la procédure prouve que c’est politique » a-t-il insisté.

D’autant plus que l’entreprise Titan, candidat américain provisoire à la reprise de l’usine dont le patron s’était illustré par la diffusion d’une lettre anti-syndicale et diffamatoire à l’égard des ouvriers en France, vient de trouver un accord avec GoodYear qui lui permet de distribuer en Afrique et en Europe des pneus fabriqués dans son usine russe de Volvograd, alors que le marché européen était censé s’être effondré. Mickaël Wamen rétorque que « c’est la preuve qu’ils se sont foutus de notre gueule depuis le début. »

Ce procès s’inscrit dans un contexte où le gouvernement se montre de plus en plus ferme à l’égard des secteurs combatifs du monde du travail et de la jeunesse. En poursuivant les anciens travailleurs de GoodYear, l’État veut en faire un exemple. La criminalisation de la colère ouvrière risque par ailleurs de se durcir après les attentats du 13 novembre et l’instauration de l’état d’urgence. Des salariés d’Air France, cas emblématique de la contestation ouvrière ces derniers mois, ont récemment été perquisitionnés sur leur lieu de travail. Un signe alarmant du contexte à venir.”

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“L’ex-syndicaliste CGT des Conti, Xavier Mathieu, le charismatique leader qui a enflammé la France entière lors du combat des Conti, ne mâche pas ses mots : « C’est écœurant, on a voulu faire un exemple. Mais en matière d’exemplarité, c’est toujours les petits qui trinquent, jamais les patrons qui ferment les entreprises illégalement, comme cela a été fait pour Continental en 2009. Au final, les Goodyear payent pour ce qui s’est passé à Air France. Le but, c’est d’intimider. Ceux qui sont responsables d’accidents mortels de salariés par manque de sécurité, pas plus que les hommes politiques qui piquent dans la caisse, eux ne font jamais de prison. C’est révoltant. Qu’ont fait les mecs de Goodyear ? Ils se sont juste révoltés contre une injustice. Ils ont juste gardé des cadres parce qu’ils n’obtenaient pas de réponses à leur question. La violence, elle n’est pas de leur côté. Ce sont les fermetures d’usine qui sont violentes. Celles qui mettent les gens dans la merde, qui les poussent vers le suicide, l’alcoolisme, la drogue, la dépression, le RSA.

«Ils sont traités comme des criminels, on ne prend pas en compte leur détresse. Quand il y a une fermeture d’usine, les salariés savent très bien vers quelle galère ils s’orientent. Ils savent qu’ils vont sûrement devoir vendre leur baraque, que leur couple va exploser… Ils ont envie de tout démonter, de tout péter. C’est un instinct de survie. Quand les patrons annoncent un plan de licenciements de 4.000 personnes, alors que quelques mois plus tôt, ils demandaient aux salariés de baisser les salaires pour sauver l’emploi, de repasser à 40 heures payées 35, comment voulez-vous qu’ils n’aient pas envie de les attraper et de leur dire leur colère. On est revenu au temps des gueux et de la grande royauté qui marche sur tout le monde. Il n’y a pas de justice. »

Le but c’est d’intimider. Tout est fait pour cela. C’est l’illustration d’une répression croissante contre les syndicalistes qui luttent contre la fermeture de leur usine. C’est fait pour que les gens ne se battent plus. Dans le cas des Goodyear, on est quand même face à un État qui poursuit, s’acharne contre des salariés, alors même que les plaintes ont été retirées !

Ce gouvernement de droite hypocrite se cachant sous un faux-nez « de gauche » à décidé de faire peur aux syndicalistes pour qu’ils cessent de se battre tandis qu’il prépare la suppression de la moitié du Code du travail. Ainsi – souhait de Gattaz – le plafonnement des indemnités de licenciement obtenues aux prud’hommes que le gouvernement veut remettre sur la table. Pourquoi les salariés iraient-ils devant les tribunaux pour obtenir trois fois rien ? Et on parle d’un gouvernement de gauche… D’autant qu’en parallèle, les gens semblent tétanisés, ils ne se révoltent pas…

Et les patrons, en connivence avec les politiques – reniant sans cesse leurs promesses et trahissant avec une belle constance leurs électeurs – s’en donnent à cœur joie : ainsi de l’enterrement par la direction, à l’automne 2015, du projet de Scop (Société coopérative et participative) porté par les salariés pour reprendre une partie de la production. Quelques semaines plus tard, Goodyear et Titan signaient pourtant un accord pour produire des pneus… en Russie !

Mais attention, les violences, lorsqu’elles commenceront, seront probablement d’un autre registre que deux cadres retenus quelques heures ou qu’une chemise arrachée…”

 

manif good year amiens