“A Caen, la police en roue libre”, communiqué du CROC

Retour sur les violences policières suite à la manifestation du 22 mars 2018

Communiqué du CROC (Contre la Répression – Organisation Collective), collectif anti-répression de Caen

Le 22 mars, lors de la journée de mobilisation inter-catégorielle, près de 10000 personnes ont décidé de manifester contre les politiques antisociales et xénophobes de l’État français. Un cortège inter-luttes prend place entre les cortèges syndicaux. Très rapidement, c’est une omniprésence de la BAC et de la police politique (Renseignements Territoriaux) que l’on constate autour de ce groupe. Arrivé place du Théâtre, une majeure partie de ce cortège décide de rejoindre l’Assemblée Interpro appelée à l’auditorium du Château de Caen. La Compagnie Départementale d’Intervention, assistée de la BAC et des renseignements territoriaux mettent immédiatement la pression.

La tension se fait sentir alors que la police encercle l’entrée principale du château.

Plusieurs personnes décident de quitter les lieux par l’autre sortie donnant sur le Campus 1 de l’université de Caen. Alors qu’un véhicule fonce dans la foule, plusieurs personnes commencent à courir pour rejoindre le groupe resté en arrière. Le véhicule poursuit sa course jusqu’à l’auditorium tandis que deux molosses coursent les manifestants. Deux personnes sont frappées, mises à terre et violemment maintenues au sol. Alors que le conducteur du véhicule sort un flashball pendant que deux autres bourrins lancent des grenades de désencerclement, tout le monde comprend que les skinheads sans brassards sont de la Brigade Anti-Criminalité.

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Deux motards suivis de fourgons de la Police Nationale arrivent alors sur les lieux pendant que les premier-ère-s blessé-e-s se regroupent. C’est à coup de matraques, de tir tendus et de menaces qu’ils tentent de repousser le groupe présent. La seconde vague de blessé-e-s ne tarde pas à arriver. Les salves de grenades lacrymogènes, lancées sans sommation, se multiplient, scindant le groupe. Les deux interpellés sont embarqués immédiatement direction le commissariat. Pendant que la police continue d’employer la force pour disperser les manifestant-e-s, l’un des interpellés est menacé de mort à de multiples reprises dans le fourgon. Il sera également frappé de nombreuses fois, étouffé lors du trajet, frappé et humilié à son arrivée au poste. Le second interpellé sera gratifié d’un traitement quasi similaire.

Après le comptage des blessé-e-s, l’assemblée générale se déroule malgré tout avec l’organisation, à son issue, d’un rassemblement de soutien aux interpellés. Une centaine de personnes se réunit donc devant le commissariat afin de prendre des informations sur leur situation et réclamer leur libération. Les deux personnes seront libérées dans la soirée, parties faire immédiatement constater leurs blessures et séquelles.

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Si ces pratiques ont pu choquer plusieurs témoins, elles sont pourtant la fonction existentielle des forces de police. Depuis des années, l’arsenal répressif (politique et/ou judiciaire) n’a cessé de se renforcer envers les populations migrantes, les quartiers périphériques, les populations dites « marginales », les luttes sociales… Dans les squats caennais et à Ouistreham, le harcèlement de la police et de ses complices (notamment Twisto appartenant à Keolis, opérateur privé du transport public local) est une réalité quotidienne.

S’insurger contre les violences commises le 22 mars 2018 à Caen ne suffira pas. C’est oublier que pendant des années, cette violence s’est exercée dans l’ombre, s’est renforcée à la lumière des politiques du tout sécuritaire. Réclamer plus de sécurité, c’est demander toujours plus de répression. La sécurité est devenue celle de l’emploi qui exploite, précarise et licencie selon les besoins de l’économie. Elle est sociale quand elle extorque et alimente toujours plus le patronat. Elle est celle qui crée des cordons dans les manifestations pour diviser les bon-ne-s et les mauvais-e-s manifestant-e-s. On tente de nous convaincre que le sécuritaire est une libération lorsqu’elle annonce toujours moins de libertés et toujours plus de répression. La « vidéoprotection » que l’on nous vend est une surveillance généralisée. C’est l’un des instruments de la surveillance généralisée, invisible mais omniprésente.

Sous couvert d’état d’urgence et de protection des populations, leur frénésie sécuritaire sert aussi à casser et contrôler toute forme de contestation sociale. Ici ou ailleurs, l’État et ses relais locaux ont systématiquement mis en place une politique répressive dure envers les potentialités de convergence. Derrière les bavures se cache une stratégie de la tension, de la peur institutionnalisée qui ne cherche qu’à dissuader, à fractionner et à ne nous ramener qu’à une réaction face à la répression.

Nous n’oublions pas que ce qui a été subi à Caen le 22 mars n’est qu’une manifestation de la répression parmi tant d’autres : que l’on songe à Nantes, Montpellier, Toulouse, Dijon, Lille mais aussi à Montpellier où le doyen de la fac de droit s’est fait le relai de la force répressive en soutenant et facilitant des attaques armées sur les étudiant-e-s.

Notre réponse ne doit pas être défensive, nous limiter à compter nos blessé-e-s, nos inculpé-e-s et nos incarcéré-e-s. Elle doit se constituer en un rapport de force contre un arsenal judiciaire, policier, législatif, administratif et politique !

Pour toute demande daide, de conseil, pour témoigner, signaler une interpellation, vous pouvez nous contacter : 06.17.09.49.35 – caenantirep@riseup.net

Pour les informations :antirepcaen.wordpress.com

Clichy : Large victoire des grévistes HEMERA – HOLIDAY INN après 111 jours de lutte

 

Repris du site « Paris Luttes Infos » (https://paris-luttes.info/).

Après 111 jours de grève, un accord a été signé jeudi 8 février 2018 avec la direction de l’hôtel Holiday Inn de la Porte de Clichy. Les grévistes vont reprendre le travail, lundi 12 février, avec la fierté d’avoir tenu pendant près de 4 mois contre le géant mondial de l’hôtellerie pour défendre leur dignité et leurs droits.

Signé par les délégués des grévistes et les organisations syndicales CNT-SO et CGT-HPE, cet accord, outre qu’il permet la réintégration des deux salariées mutées abusivement, prévoit de nombreuses avancées sociales et salariales  :

  • le respect des accords acquis sur ce site ;
  • le paiement des heures travaillées et le respect des contrats de travail ;
  • deux jours consécutifs de repos hebdomadaire ;
  • la disparition des contrats de moins de 130h mensuelles ;
  • l’augmentation des qualifications, la suppression de la clause de mobilité ;
  • le versement d’une prime de panier de 7,14EUR par jour travaillé ;
  • l’intégration du temps d’habillage-déshabillage comme temps de travail.

La société HEMERA a, jusqu’au bout, tenté de faire échec à la négociation, refusant même de venir à la table des négociations.

Concernant la question centrale de la sous-traitance, ce n’est que partie remise. Si les grévistes ont refusé d’être « divisés » dans le cadre d’une internalisation partielle proposée par l’hôtel, une clause prévoit une négociation de l’internalisation sous conditions de fréquentation avant le 31 août 2019.

Cette victoire historique dans la période actuelle de régression sociale (lois Macron, El Khomri, ordonnances Macron) a été possible par la détermination des grévistes et le large soutien syndical, politique et citoyen dont ils ont bénéficié. Nous remercions chaleureusement les camarades et organisation de tous bords ayant appuyé la lutte, notamment à participant à la caisse de grève.

La grève Holiday Inn fait date. Elle constitue un nouveau point d’appui pour les luttes à venir contre la sous-traitance, nouvelle forme d’esclavagisme moderne. Nous appelons l’ensemble des salariés du secteur à rejoindre leur syndicat de combat, seule la lutte paie !

PS :
Syndicat CNT-SO du nettoyage RP

À Paris, le 9 février 2018

Source : http://www.cnt-so.org/

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Urgent – risque d’expulsion de la ZAD de Notre Dame des Landes : manif aujourd’hui 18H devant la préfecture de Caen

Le RRC relaie l’info qui circule actuellement sur dans les réseaux locaux :
Face au risque d’expulsion de la ZAD par d’importantes forces de Gendarmerie Mobile, rassemblement et manif devant la préfecture de Caen à 18H, aujourd’hui, mercredi 17 janvier.
Faites tourner l’information partout.

Nouvelle manif régionale en soutien aux migrants à Ouistreham samedi 20 janvier

L’appel à cette nouvelle manifestation est téléchargeable, au format PDF, pour diffusion large sur les réseaux sociaux, les malists, en cliquant sur le lien qui suit : texte FINAL appel 20 manif janvier

– STOP AU HARCÈLEMENT DES MIGRANTS ET DE LEURS
SOUTIENS, À OUISTREHAM COMME AILLEURS !
– PERSONNE À LA RUE ! IL LEUR FAUT UN ABRI !
– NON À LA CHASSE AUX MIGRANT-E-S ET AUX EXPULSIONS MASSIVES VOULUES PAR LE GOUVERNEMENT !
– LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION !

Dénuement, froid, faim, harcèlement permanent, confiscation des affaires personnelles et des couvertures : le traitement inhumain réservé, depuis des mois, aux réfugiés à Ouistreham, mais aussi dans les autres ports du nord de la France et à la frontière franco-italienne, est intolérable.

Une première manifestation d’un millier de personnes à Ouistreham le 16 décembre a permis de rendre publique la situation dans ce petit port normand, de briser le mur du silence et de la peur, de construire un début de rapport de force en soutien aux exilé-e-s mais leur situation reste dramatique. Aucun lieu d’accueil et d’hébergement ne leur est proposé localement alors que l’hiver est là, que leur santé se dégrade et que le pire est à craindre en cas de gel.

Par ailleurs, le gouvernement a dernièrement édicté plusieurs circulaires répressives et encouragé plusieurs projets de lois inquiétants visant à instaurer une véritable chasse aux migrant-e-s afin de les identifier, de les trier et d’expulser un maximum d’entre eux et elles du territoire français.

D’autre part, les pratiques en préfecture autour des démarches permettant d’obtenir un titre de séjour se durcissent (exigences dissuasives, refus de dossier, non renouvellement de titre) ce qui a pour conséquences de ramener à la situation de « sans papier » ou de les y maintenir des personnes qui peuvent pourtant prétendre à une régularisation de leur situation.

Sont visé-e-s par le gouvernement tous-tes les sans-papiers, les débouté-e-s du droit d’asile, les dubliné-e-s (migrant-e-s dont les empreintes ont été prises dans un autre pays de l’Union Européenne avant leur arrivée en France et qui sont donc censé-e-s, d’après les accords de Dublin, demander l’asile dans le pays européen où ils et elles ont été fiché-e-s pour la première fois). Les assignations à résidence dans les Centres d’Accueil et d’Orientation, les centres du PRAHDA, les mises en détention dans les Centres de Rétention et les expulsions risquent de se multiplier rapidement.

C’est pourquoi nous pensons qu’il faut rester collectivement mobilisé-e-s et continuer à faire pression sur les autorités à travers de nouvelles manifestations. Partout en France, des initiatives de solidarité et de lutte se développent également.

À l’appel conjoint de nombreuses personnes, collectifs, associations, syndicats, partis, nous invitons la population de Normandie, dans toute sa diversité sociale et philosophique, à intensifier son soutien matériel et moral aux réfugié-e-s, à rendre publique sa volonté de voir cesser PARTOUT leur harcèlement par les autorités, à manifester pour qu’ils et elles soient abrité-e-s de l’hiver, à protester contre la politique de fichage, de tri et d’expulsions massives que le gouvernement cherche à mettre en place.

RASSEMBLEMENT ET MANIFESTATION

À OUISTREHAM, SUR LE PORT

SAMEDI 20 JANVIER À 14H30. 

Ne soyons pas complices !
Défendre la liberté et la dignité des migrant-e-s, c’est toujours, en même temps, défendre les nôtres.
DANS LA RUE POUR QUE PERSONNE N’Y VIVE !
Faites tourner l’information autour de vous.

Cet appel est en train de circuler. La liste des collectifs, associations, organisations syndicales et politiques qui le rejoignent sera rendue publique dans les jours qui viennent.

Violente attaque policière contre un squat lyonnais

Dans la nuit du 6 au 7 janvier, le squat lyonnais « La Cabine » a été violemment attaqué par d’importantes forces de police alors que s’y tenait une soirée en solidarité avec « L’Amphi Z », un autre squat ouvert récemment à Villeurbanne pour héberger les personnes à la rue dont de nombreux-euses migrant-e-s. 300 personnes étaient sur place et ont été assiégées, sans raisons apparentes, pendant près de 2 heures par des dizaines de policiers en tenue anti-émeute qui ont tenté de défoncer la porte d’entrée à coup de boucliers et de béliers, cassé des vitres et copieusement gazé à l’intérieur des locaux. Au bout de 2 heures, les policiers, ayant échoué à pénétrer dans les lieux, sont repartis sans explications.

Le récit brut d’un camarade qui était à l’intérieur :

« Samedi dans la nuit, on était environ 300 personnes dans une soirée de soutien à « l’amphi Z » (squat politique et d’hébergement ouvert récemment à Villeurbanne) et aux sans papiers, dans un autre squat dénommé « la cabine », dans le 7ème arrondissement de Lyon.

Vers 2h et quelques, des keufs (CRS et BAC, casqués, boucliers, armés) déboulent en force, très agressifs. Tout le monde rentre et on ferme la porte principale. Dès le début, les keufs tentent de défoncer la porte principale au bouclier (cf, matez les photos sur rebellyon). Je précise que le squat est expulsable a partir du 15 février.

Les keufs commencent alors à balancer du gaz lacrymo sous les portes, qui se propage alors dans tout le rez de chaussée, où tout le monde était. Mouvement de panique. Tout le monde se rue aux étages, se bouscule, une meuf commence une crise d’épilepsie. Certains fuient par les toits.

Une bonne cinquantaine de personnes -peut être plus- restent en bas, à tenir la porte principale le plus fort qu’on pouvait pour empêcher les keufs de rentrer à coup de boucliers. On leur hurle des trucs (« vous êtes malades » « c’est n »importe quoi » » vous rentrez et vous faîtes quoi ???? Vous nous défoncer tous un par un ?? » « biiiiiiiiip » « biiiiiiiip », etc).

On résiste comme ça pendant 2H (au moins) !!! Et ils se cassent, après avoir pété plusieurs vitres au passage en y déversant des lacrymos, heureusement que les volets étaient solides.

La vraie question est alors : « putain mais s’ils étaient rentrés ??? ». Et bah, c’était la guerre, et on se faisait marave la gueule un truc de bien. Et si quelqu’un avait eu besoin d’une ambulance ? Qu’il ou elle crève.

On a été plusieurs à penser à Gênes à ce moment là, c’est vous dire le flippe qu’on a tous et toutes eu.  Et tout l’amour pour les flics qui perdure dans nos petits cœurs. »

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La porte du squat près l’intervention policière…

 

Communiqué des habitant-e-s :

On a fini sans bleus ! Retour sur la violente intervention policière contre le squat « La Cabine »

Une attaque policière nocturne, illégale et violente du squat « La Cabine » a eu lieu le 7 janvier. 200 personnes dont des enfants ont subi l’attaque des forces de police. Un article envoyé par des personnes présentes a été lu plus de 20 000 fois sur Rebellyon. Naturellement, le contre-feu de la préf’ est vite arrivé sur Le Progrès et sur LyonMag. Voici notre version des faits. Mais, une question demeure : que ce serait-il passé si les flics avaient réussi à exploser notre porte et nos gueules ?

Le soir du Samedi 6 janvier, nous nous sommes fait attaquer par la police. Des demandes contradictoires et l’absence de justification légale sont inadmissibles, on pense à une tentative d’intimidation, on ne se laissera pas faire.

Notre habitation, ouverte depuis fin septembre, accueille régulièrement des soirées de soutien à divers collectifs. Ce lieu de vie est un squat expulsable à partir du 15 février par décision du tribunal administratif. Ici vivent des familles avec enfants (6 ans, 3 ans et un bébé de 3 semaines – une femme enceinte) ainsi qu’un collectif varié uni par les mêmes convictions humaines.

Samedi, c’était une soirée de soutien au collectif musical SILO, à des amis en bouclage d’un documentaire et au squat hébergeant environ 150 migrants, l’Amphi Z. Nous faisions la fête comme on peut la faire partout. A 5 minutes de là, “le petit salon”, une boîte de nuit branchée de Lyon, fait péter les watts. On entend bien les basses autour. Les jeunes qui sortent de là, saoul, marchent dans les rues en criant à tue-tête. Ils font la fête eux aussi, mais une autre fête : évènement clubbing étudiant, afterwork…la fête y est consommée du mercredi au samedi. Même genre de nuisance, plus continuelle, mais aucune affirmation politique.

Ce samedi, devant chez nous, à 2h30 du matin, la première caisse de condés pointe le bout de sa matraque expliquant aux copains avoir reçu des appels et demandant de vider l’impasse pour la tranquillité du voisinage. C’est vrai qu’on est beaucoup et que pour des raisons de place on a déjà stoppé les entrées. Du coup, on demande aux gens d’entrer ou de bouger, ça se fait tranquillement. D’autres équipages arrivent, les ordres changent, ils veulent que tout le monde sorte sous dix minutes. Ils sont rapidement une soixantaine, avec matraques, casques et boucliers. Le climat est tendu, ils se comportent de manière menaçante, la circulation sur l’avenue est bloquée, on sent l’entourloupe.

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Une fois déployés, les flics commencent à entrer dans l’impasse. On se précipite à l’intérieur, la porte se ferme de justesse. Et BOOM, sans sommation, on entend le premier coup de bélier d’une longue série. Spontanément, une masse anonyme scande “cassez-vous” et tient la porte. Les coups sont violents, les flics sont acharnés, assez vite, le bas de l’encadrement de la porte se décolle du bâtit. Profitant de l’interstice, ils sortent le gaz au poivre et ne se privent pas d’en balancer à l’intérieur. Les premières lignes suffoquent tandis que le relais s’organise.

Autour du bar, ça commence à piquer, des gens ouvrent la fenêtre pour sortir, les flics profitent de notre inattention pour remettre une couche de gaz par la fenêtre, on ferme le volet. La porte donnant sur cette partie est attaquée brièvement. Dans la salle où se déroule la fête, les gens comprennent la gravité de la situation. Illes savent que si la police entre dans les lieux, on risque un carnage. Derrière la porte, les policiers nous parlent : “on va vous défoncer”, ce qui laisse peu de doute quant au possible déroulé des événements. Les familles qui dorment au dessus de la porte sont réveillées tant par les coups de béliers que les effets du gaz se faisant ressentir à l’étage. Les flics sont pourtant au courant de leur présence. On s’assure que le bébé va bien et on rassure les enfants.

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On est beaucoup, il fait chaud, l’air est de moins en moins respirable. Les gens montent et se réfugient dans les chambres, les fenêtre s’ouvrent et on s’y masse, on a du mal à circuler. Trois personnes vont vraiment mal, on se débrouille pour les aider et le sérum phi coule a flot. Des personnes veulent fuir par les toits ou s’y réfugier, d’autres sortent par les fenêtres du RDC. Certaines personnes sorties restent devant le bâtiment, un attroupement se forme et une certaine agitation dans le quartier se fait sentir.

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Au bout d’une heure et après que pas mal de personnes se soient enfuies, on se sent mieux à l’intérieur, et malgré les coups de bélier répétés, on tient bon. Du coup, on balance le son par les fenêtres. La fête et la danse reprennent au milieu de l’avenue et dans le squat. Finalement, les coups de béliers s’arrêtent mais les palets de lacrymo commencent à être lancés sur les soutiens, certains leurs sont rendus. Des charges, heureusement sans blessé.e ni interpellation, se succèdent. Les soutiens sont repoussés petit à petit, certains vers le nord et d’autres à l’Est. Certain.e.s flics continuent la dispersion, les autres effectifs restés devant le squat abandonnent l’assaut, impuissants, et encaissent leur défaite sous les cris et quelques insultes. La fête a continué avec une saveur particulière, celle de la résistance victorieuse, dont les échos se sont fait entendre tard dans la nuit.

Les flics auront tapé sur la porte pendant ce qui nous a paru une très grosse heure. Leur détermination à entrer ne fait pas de doute. Illes ont utilisé abondamment du gaz au poivre à l’intérieur d’un bâtiment bondé et sans issue, créant une atmosphère anxiogène et des mouvements paniqués.

Lyon est un laboratoire des pratiques sécuritaires habitué aux dispositifs policiers démesurés. C’est le chef lieu du ministre de l’intérieur Gerard Collomb. Ce dernier mène depuis son arrivée une chasse aux migrants saluée par l’extreme droite, a inscrit l’état d’urgence dans le droit commun et a pour projet de détruire le droit d’asile en France. Un mouvement d’occupation en soutien aux migrant.e.s a commencé fin novembre à Lyon et a réuni squatteur.se.s, étudiant.e.s et associations en lutte. Face a l’absence complète d’aide de la part des pouvoirs publiques, le mouvement a décidé de réquisitionner un lieu vide de la métropole.

La soirée du samedi 6 janvier et d’autres événements soutenaient ces luttes. Les agissements irresponsables de la police ont sciemment mis en danger l’intégrité physique et psychologique des personnes présentes. Les seuls échanges ont été des menaces et des insultes. Nous avons l’impression que leur but était de semer la peur chez les personnes solidaires venues s’amuser, et que cette opération a réussi au moins par la surprise de l’agression. Le pire a été évité parce que nous avons tenu, que nous n’avons pas laissé jouer en notre défaveur le rapport de force initié par l’état. On n’en sort pas sans dommages, ça fait bizarre à tout le monde de moins se sentir en sécurité dans nos lieux de vie et on pense aux petites séquelles que laisse ce genre de moment. On gardera quand même le souvenir d’une petite victoire d’un soir, où on a empêché la violence des flics de s’inviter sous notre garde.

On remercie les potes et leur solidarité qui ont permis qu’on tienne. C’était moche, mais on l’a rendu beau. À bientôt. On a fini sans bleus !

L’ACAB In, la bac Out

Solidarité avec les luttes sociales en Grèce : le convoi de tous les dangers

Ce compte-rendu est repris du blog de Yannis Youlountas (http://blogyy.net/), un documentariste libertaire, qui participe à l’organisation de ces convois trimestriels.

Si vous voulez en savoir plus sur ces convois, vous pouvez aussi aller ici :

https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/2017/09/03/convois-solidaires-en-soutien-aux-luttes-sociales-en-grece/

Digne d’un polar !

LE CONVOI DE TOUS LES DANGERS

Jamais convoi solidaire en Grèce n’a été aussi périlleux :
– barrage policier,
– filatures très visibles,
– pressions diverses,
– propagande médiatique,
– accusations délirantes,
– menaces fascistes explicites,
– plusieurs de nos lieux solidaires en grandes difficultés,
– l’un d’entre eux sur le point de mettre la clé sous la porte,
– attaque incendiaire néo-nazie sur un autre,
– inondations dramatiques,
– programme sans cesse chamboulé,
– six membres du convoi blessés par des policiers durant une manif,
– un autre arrêté et poursuivi en Justice puis libéré,
– un autre encore hospitalisé puis rapatrié en France…

On vous avait prévenus de longue date : ce convoi allait être plus politique que les précédents. Période importante. Météo moins clémente. Manif anniversaire. Nous savions également qu’après notre convoi très remarqué du printemps (26 fourgons), sous le feu malveillant des médias grecs, la surveillance du pouvoir et la haine des néo-nazis, nous serions probablement attendus. Sur les réseaux sociaux, début novembre, des fascistes cherchaient à savoir notre date exacte d’arrivée. Le pouvoir était également aux aguets. Qu’importe. Nous savions que ce serait compliqué et nous avions clairement prévenu nos candidats au voyage.

Contrairement au printemps, aucun enfant n’était admis dans le convoi, excepté Achille que nous avions prévu de laisser chez une parente à Athènes dès notre arrivée. Mais celle-ci, bien désolée, se décommanda au dernier moment, ajoutant une épreuve de plus durant le séjour : un petit gars de 8 ans avec nous dans ce qui allait devenir une véritable tempête.

Avec notre collectif Anepos, parallèlement à nos films solidaires, c’était la dixième fois depuis 2012 que nous coordonnions un transport de matériel vers nos lieux autogérés en Grèce, parfois très modestement avec de simples voitures, et c’était la quatrième fois durant l’année 2017 :
– 7 véhicules en janvier, dont 3 pour Athènes ;
– 26 fourgons en mars-avril (record absolu) ;
– 3 en août-septembre ;
– 16 véhicules en novembre-décembre, dont 15 fourgons et une voiture.

Au sens fort du mot convoi, c’était la deuxième fois seulement qu’on dépassait la quinzaine de véhicules et la trentaine de convoyeurs. Pour la plupart, nous venions du sud de la France : Bordeaux, Marseille et, surtout, les environs du Tarn (5 fourgons sur 16). D’autres nous avaient rejoint depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Limoges, la Bourgogne ou encore la Savoie, la Suisse et la Belgique. La moyenne d’âge était un peu plus élevée qu’à l’habitude et 18 convoyeurs sur 33 étaient déjà partis avec nous.

Seul regret : malgré notre appel pressant dans les réseaux antifascistes, plusieurs de nos camarades motivés avaient finalement du reporter leur départ. Nous n’étions donc qu’un quart des convoyeurs vraiment expérimentés dans ce domaine, alors que nous aurions souhaités être une bonne moitié dans ce profil, vu les circonstances délicates.

Cependant, le courage n’a pas manqué, personne dans le groupe n’a jeté l’éponge dans l’épreuve et, au final, dans des circonstances très difficiles, non sans quelques tensions inévitables, nous avons réussi à remplir tous nos objectifs, et plus encore, en participant également à la solidarité avec les sinistrés des inondations mortelles de l’ouest athénien.

Nous avons également battu le record absolu de soutien financier jamais apporté en convoi : 22 897 euros apportés contre 19 280 euros au printemps. Une somme répartie, à la suite de notre assemblée sur le ferry, entre 32 actions solidaires, principalement dans le quartier rebelle d’Exarcheia, mais aussi ailleurs à Athènes, ainsi qu’au Pirée, en Crète, à Lesbos ou encore à Thessalonique.

Une aide répartie, comme à l’habitude, environ à 50/50 entre précaires grecs et réfugiés/migrants, sans oublier le soutien aux camarades réprimés, poursuivis ou incarcérés.

Croulant sous les dettes, L’autre humain, fameux réseau de 17 cuisines sociales gratuites et autogérées, avait prévu de quitter avant la date du 15 décembre son lieu de vie spacieux dont la location n’était plus possible. Mais la solidarité de quelques dizaines d’ouvriers dans une usine voisine a finalement permis de rassembler un quart de la somme nécessaire. Alors, nous avons fait le reste, effaçant la totalité des dettes et assurant plusieurs mois de loyer d’avance.

Côté matériel, nous avons apporté une tonne et demi de lait infantile, plus de 10 000 couches, des soins et de la nourriture pour les bébés, des produits ménagers et d’hygiène, des fournitures médicales, des photocopieurs et des ordinateurs, de l’alimentation générale (nous avons aussi acheté un peu de frais sur place) et, bien sûr, des jouets très attendus, souvent accompagnés de messages, affiches, autocollants, ainsi que des dessins transmis par les écoles de Port-St-Louis dans les Bouches-du-Rhône. Valeur totale du chargement : environ 70 000 euros.

Tout ce qui a été demandé puis collecté a été transmis, sans exception, malgré les embûches, sans intermédiaire ni aucun frais, directement au mouvement social qui résiste en Grèce et organise l’entraide dans l’autogestion. C’était un défi cette fois, comme vous allez le voir en photos. Un défi relevé par mes 32 compagnons de voyage. Grand merci à elles, à eux d’avoir tenu bon dans l’adversité, chacun à sa façon. Même si ce ne fut pas toujours simple pour moi aussi, je leur tire mon chapeau, et Maud également.

Je n’en dis pas plus : les photos qui suivent vont vous résumer ce que nous avons traversé, durant ce dernier convoi solidaire de l’année, de mi-novembre à aujourd’hui, dans un tourbillon d’événements et une succession d’épreuves.

Merci à vous tou-te-s de votre soutien.

La suite au printemps. On en reparle en janvier.

Solidairement,

Yannis Youlountas

RECIT DU VOYAGE EN IMAGES :

Sur les 16 véhicules partis de France, Suisse et Belgique, 9 sont passés par le littoral, 6 par les Alpes et 1 par l’Autriche pour converger en Italie avant de faire une halte ensemble puis de rejoindre le ferry…

Comme à l’habitude, la traversée a été l’occasion d’accueillir les 15 nouveaux, mieux se connaître, évoquer les détails du voyage, mais aussi discuter et valider en assemblée la proposition de répartition des aides
Une étape en Grèce nous a permis d’harmoniser une partie des fourgons, en particulier ceux qui venaient de régions où ils étaient seuls à collecter et donc remplis de chargements très hétéroclites. Pas question de trier dans la rue à l’arrivée : le but est d’avoir des fourgons dédiés fin prêts, 4 pour ici, 3 pour là, parfois la moitié seulement pour d’autres lieux, quelques colis individuels avec des destinataires précis à soutenir dans l’adversité (même si la plupart des colis sont pour des collectifs), tenir compte également de la hauteur de chaque fourgon pour les garages ou parkings en ville, ou encore penser à libérer au plus vite les camarades qui ont prévu de dormir dedans. Un vrai casse-tête, mais on y arrive !
Les convoyeurs et convoyeuses, mes compagnons de voyage et camarades de lutte. Des personnalités très diverses, de 22 à 72 ans, anticapitalistes ou anarchistes, plutôt drapeau rouge ou bien drapeau noir, ou encore parfois sans drapeau ou alors seulement celui des ZAD, mais, au-delà de nos différences, une même volonté de ne pas baisser les bras et d’aller soutenir la principale ligne de front en Europe contre le durcissement du capitalisme et l’Europe forteresse.
Dans notre groupe, à notre grande surprise, il y avait même une star du show-biz, du moins le paraissait-il quand il mettait ses grandes lunettes blanches au soleil… On ira tous en utopie ! La la la !

Et puis surtout, il y avait Fifi, notre cher Fifi (au centre), véritable pilier du grand convoi du printemps, inénarrable bout en train, plein d’énergie et de tendresse, initiateur parmi d’autres des cuisines de rues bordelaises, gratuites et autogérées. Juste avant notre dernière étape pour rejoindre Exarcheia, Fifi est tombé dans les pommes en s’agitant frénétiquement… crise d’épilepsie ? Grosse panique, mais grâce à plusieurs camarades compétents, il a pu être sauvé, puis emmené dans un hôpital proche.

Exceptées deux personnes pour veiller sur lui, le reste du groupe devait partir au plus vite. Sur la place centrale d’Exarcheia, nos camarades solidaires grecs et migrants nous attendaient déjà. Et puis, la nuit passée avait été bizarre. Plusieurs personnes étaient passées aux alentours de notre halte, dans l’obscurité, pour compter nos fourgons et, apparemment, savoir combien nous étions. Des fascistes ? Des flics ? Difficile à dire. Les deux ? Peut-être. Dans tous les cas, après avoir assuré des gardes nocturnes en équipes successives pour surveiller les abords et les fourgons, il était temps de rejoindre notre petit coin tranquille au cœur d’Athènes : Exarcheia.

Deux heures tout au plus après la crise de Fifi, nous découvrons que nous sommes pris en filature par trois véhicules, dont un faux taxi ! Deux autres véhicules banalisés trainent aux alentours. Guet-apens fasciste ? Surveillance policière ? Les camarades grecs sont alertés et l’escorte antifasciste avec laquelle nous avions rendez-vous un peu plus loin, aux abords d’Athènes, vient aussitôt à notre rencontre à toute vitesse. Trop tard ! A la sortie d’un péage, une quarantaine de flics arrêtent le convoi et demandent les documents des véhicules et nos pièces d’identité. Ils nous comptent, fourgons et personnes, et prennent des notes. Finalement, les fourgons ne sont pas fouillés. Nous pouvons repartir, mais à la place de l’escorte antifasciste prévue (que nous apercevons au loin, mais qui garde ses distances à cause de l’omniprésence policière autour de nous), c’est finalement une drôle d’escorte policière qui nous suit, sans nous demander notre avis, jusqu’au centre-ville d’Athènes, avant de s’arrêter aux portes d’Exarcheia. Apparemment, les policiers en civil se fichent totalement de la discrétion et pendant une semaine, presque à chaque fois que nous sortirons d’Exarcheia, ils seront aussitôt là, sans se cacher, comme une filature de polar, façon guerre froide, au moins pour plusieurs d’entre nous.

Idem à notre arrivée en Crète, quelques jours plus tard, de façon impressionnante, mais brève.

De quoi s’agit-il exactement ? D’une surveillance intensive ? D’une protection spéciale en raison des menaces fascistes ? Les deux à la fois ? Les avis sont partagés. Certains évoquent le fait que, justement, le rôle des flics est de jouer alternativement sur les deux tableaux : « on te surveille, on prétend te protéger et puis, quand ça nous prend, on te réprime ». De plus, en Grèce comme ailleurs, la police est très liée à l’extrême-droite et, en particulier, au parti néo-nazi Aube dorée. C’est pourquoi quand les keufs trainent autour de nous, ça n’augure rien de bon. Ils étaient, par exemple, autour de l’espace social libre Synergeio avant sa destruction par les néo-nazis, sans s’interposer dès que le saccage a commencé. Ils étaient présents à Keratsini aux côtés de l’assassin de Pavlos Fyssas avant d’assister au meurtre du militant antifasciste sans intervenir :
https://www.youtube.com/watch?v=MlvB-y_QHBA(de la 35ème à la 55ème seconde). Ils sont souvent les oiseaux de mauvaise augure d’une opération en cours quand ils n’agissent pas eux-mêmes pour nous nuire.

Le pouvoir, bienveillant vis-à-vis d’un groupe d’anticapitalistes et d’anarchistes ? Aurions-nous oublié le traitement médiatique odieux de notre grand convoi du printemps, calomnié par les valets du pouvoir sur tous les JT ? Pourquoi les choses auraient-elles changé cette fois ? Doit-on s’attendre à un meilleur traitement ? Nous verrons bien. Cap sur Exarcheia !

L’arrivée dans le quartier est éblouissante à la nuit tombée. Des feux de Bengale et fumigènes s’allument à la rencontre des fourgons, des drapeaux s’agitent au bras de nos camarades grecs et migrants. Du rouge et du noir plein les yeux. Le sentiment d’arriver enfin chez nous, à l’abri, même pour celles et ceux qui ne sont jamais venus ! Les flics ont disparu, nous sommes enfin avec nos frères et sœurs d’utopies.

 

 

Parmi les fourgons du convoi, Christian de la CNT et José de la CGT nous ont réservé une surprise : ils ont décidé de décorer le véhicule qu’ils conduisent ensemble avec les drapeaux des deux syndicats à la fois, symbole de convergence de luttes. Sur le flanc, ils ont également collé un texte en grec : « La solidarité est notre arme ! », slogan repris en cœur par la foule sur la place.

 

 

Sur les fourgons, on peut également lire des hommages à Rémi Fraisse et à Heather Heyer, militante antifasciste assassinée par un néo-nazi aux Etats-Unis. Plusieurs luttes sont évoquées, comme celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, sans oublier quelques jeux de mots…

Les fourgons arrivent devant le squat de réfugiés, Notara 26 pour commencer la première livraison. Les chaines humaines se forment autour des 5 premiers fourgons dédiés aux réfugiés et migrants (les jouets, cachés dans un sixième fourgon, seront livrés ultérieurement). A l’intérieur de l’immeuble occupé, le classement commence, notamment pour prévoir les réacheminements vers d’autres squats en fonction des besoins précis. Les squats de réfugiés d’Exarcheia ne prennent que ce qu’ils leur est nécessaire et s’entraident souvent.

Le déchargement nous aide à évacuer le stress de la journée et à oublier la fatigue du voyage. Nos camarades grecs et migrants ont beaucoup attendu ce moment, eux aussi. On a le sourire aux lèvres, la joie au ventre et parfois les larmes aux yeux. Certains chantent et jouent de la musique pendant que les fourgons dédiés se vident progressivement. Les enfants tournent en riant autour de nous et nous aident à ranger les colis légers.
Et ça continue, même après la fin de la livraison, jusque tard !

Non, ce n’est pas un convoi humanitaire mais solidaire. C’est une action politique, pas philanthropique. Nous n’allons pas aider « les Grecs » ou « les réfugiés », mais les nombreux collectifs et lieux autogérés qui organisent magnifiquement l’entraide et luttent ensemble contre ceux qui prétendent nous gouverner.Ne nous parlez pas d’hypothétiques partenariats avec de grandes ONG réputées, d’improbables subventions de l’État, de possibles largesses de fondations richissimes ou encore de relais médiatiques prestigieux. Tout cela ne nous intéresse pas. Bien au contraire. Nous voulons justement faire sans, et même faire contre.

Nous n’attendons rien des puissants. Nous ne comptons que sur nous-mêmes pour prendre nos vies en mains, avec vous, par-delà les frontières.

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  .

Et c’est précisément pour ça que les mass-médias nous détestent. Exactement comme au printemps, les JT des principales chaînes de télé grecques nous dénigrent aussitôt et nous calomnient diversement, laissant croire que nous venons pour détruire, sous-entendant que nous transportons des armes ou des munitions, et essayant, par tous les moyens, de faire peur aux téléspectateurs à notre sujet, notamment en mélangeant les images de notre arrivée (trouvées sur Internet) à des archives d’émeutes doublées de musiques inquiétantes.

Exactement comme à notre arrivée en mars : (jusqu’à la 35ème seconde)

 

Mais plus qu’au printemps dernier, les valets du pouvoir ne cessent de diffuser la peur et la haine à notre sujet, d’heure en heure, en donnant l’impression d’une dangereuse menace.
Le délire est tel que même le nombre de véhicules redevient incertain (malgré le comptage précis effectué par les flics) : 16 ? 13 ? 10 ?

Le sommet du rire est atteint quand les mass-médias associent dans la confusion le déploiement de 7000 policiers à notre venue (un déploiement en réalité prévu pour encadrer les manifs qui se préparent pour l’anniversaire de l’insurrection de 1973, lancée à Exarcheia, depuis l’Ecole polytechnique, contre la dictature des Colonels).

On apprend aussi par la presse que la direction générale de la police s’excite à notre sujet et que le ministre de l’intérieur en personne aurait donné des consignes. Ben oui, les paquets de couches et le lait infantile, ça fait peur !

Les articles contre nous ne se contentent pas d’images d’archives montrant des émeutes pour occulter nos livraisons solidaires et vitales, ils vont parfois jusqu’à utiliser des faux-portraits évoquant des djihadistes pour mieux sous-entendre que nous sommes peut-être des terroristes en puissance. Allez hop ! Tant qu’on y est ! Une radio précise que la France est truffée d’islamistes dangereux et insinue que certains d’entre eux sont peut-être cachés… dans notre convoi ! Après l’islamo-gauchisme, l’islamo-anarchisme ? Pfff ! Quelqu’un aurait-il un cachet d’aspirine ?

 

Rapidement, la propagande officielle contre nous attise à son tour la haine des fascistes. Les sites d’extrême-droite reprennent en boucle le parallèle avec les talibans : nous sommes venus avec des munitions pour transformer Athènes en Kaboul, à l’initiative d’un obscur complot (reptilo-illuminati ?). Des groupes fascistes sur les réseaux sociaux parlent même de guerre civile.

Dès le lendemain, plusieurs journaux fascistes nous désignent à la une comme les nouveaux ennemis : nous sommes des étrangers venus en Grèce semer le chaos, nous avons fait le voyage pour mettre la patrie à feu et à sang, nous sommes armés et nous voulons la guerre…

Et voilà ! Le tour est joué : le pouvoir a réussi à sonner le rappel de ses épouvantails contre nous et nous allons devoir redoubler de prudence.

D’un côté, le pouvoir menace et suscite la pire des menaces et, de l’autre côté, il protège ou feint de protéger. Autrement dit, il complique volontairement la situation pour mieux se rendre maitre du jeu. Il rend nos déplacements difficiles tout en se prévalant d’une position incontournable et magnanime. Il positionne notre adversaire, en manipulant et instrumentalisant, pour mieux s’attribuer le rôle d’arbitre, au-dessus du lot, raisonné et raisonnable, entre les « extrémismes ».

De tous temps, le pouvoir a divisé pour mieux régner, fabriqué des ennemis imaginaires ou nourrit des ennemis bien réels. De tous temps, il a cherché des prétextes pour se prétendre indispensable. Le pouvoir nous montre les catastrophes sociales et écologiques dont il est la principale cause en affirmant, au contraire, que seul lui peut les résoudre.

Bonne blague, sauf que ce n’est plus drôle. Nous sommes 33 personnes mises en danger par cette odieuse propagande contre nous. 33, dont un petit garçon.

 

Comme la plupart d’entre nous, Achille a bien compris ce qui se trame et ressent la tension croissante, au fil des heures. Malgré notre insistance, il ne veut plus nous quitter pour une solution de repli en matière de baby-sitting. Il se sent plus en sécurité au sein du groupe, près de ses parents et de plusieurs personnes qu’il connaît bien. Tout le groupe veille sur lui avec tendresse. Il a emmené sa mandoline crétoise avec lui et joue quelques chansons grecques, de temps en temps, pour le groupe.

Depuis bientôt deux ans, l’Autre Humain croule sous les dettes. Le fameux réseau de 17 cuisines sociales gratuites et autogérées a récemment annoncé un triste décision : il va quitter le 15 décembre son magnifique lieu de vie dont la location n’est plus possible. Ce grand espace au centre d’Athènes permettait aux sans-abris de se doucher, de laver leurs vêtements et de déjeuner au chaud, aux enfants démunis de trouver une aire de jeux et une aide aux devoirs, à tous d’être accompagnés autrement, sans bureaucratie, avec des boissons chaudes et des biscuits, ainsi que des ordinateurs et une assistance pour essayer de résoudre leurs problèmes. C’était un lieu en location parce qu’il permettait aussi de stocker beaucoup de choses, denrées et gros matériel, qui auraient probablement été perdus en cas d’expulsion.

Mais la solidarité de quelques dizaines d’ouvriers dans une usine voisine a permis de rassembler un quart de la somme nécessaire, parmi d’autres initiatives. Alors, après avoir longuement fait nos calculs, nous avons décidé tous ensemble de prendre en charge tout le reste, effaçant la totalité des dettes et assurant plusieurs mois de loyer d’avance. Plusieurs convoyeurs ont ajouté de l’argent sur leurs propres deniers pour parvenir à la somme nécessaire, en plus de la somme apportée par le convoi lui-même.

Depuis plusieurs jours, Kostas s’était fait à l’idée de partir. Il n’en revenait pas. De même que les autres camarades du collectif, très émus comme nous.

Maintenant, il nous reste à organiser une aide régulière pour que ce réseau absolument vital au mouvement social grec reste durablement dans ce lieu. C’est pourquoi nous lancerons prochainement un appel aux associations, syndicats et collectifs de lutte de France, Suisse et Belgique qui voudront bien prendre avec nous un minuscule petit bout du loyer. Nous espérons ainsi assurer mensuellement 250 des 500 euros de loyer (10 euros par mois x 25 contributeurs, ça doit être possible, non ?). On en reparle dans quelques temps. Pour l’instant, le loyer est payé jusqu’au 15 juin 2018.

Pendant ce temps, des pluies diluviennes tombent sur Athènes et les environs. Les inondations s’étendent et tuent des dizaines de personnes, laissant des dégâts gigantesques derrière elles.

Nous songeons à intervenir, mais comment ?

Sur place, l’Etat est complètement dépassé, les secours totalement insuffisants, le gouvernement honni, encore plus qu’à l’habitude. Simultanément, les néo-nazis d’Aube font le spectacle en organisant quelques actions superficielles pour leur vitrine.

Impossible de laisser faire, de laisser place vide, de ne pas y aller nous aussi.

Ça tombe bien. La bête noire des fascistes, le groupe anarchiste Rouvikonas (que nous soutenons depuis longtemps pour ses actions formidables aux côtés des opprimés) souhaite intervenir aussi et connaît bien le terrain. Mais il lui manque des fourgons, du matériel et des renforts. Nous avons tout ça ! Trois de nos fourgons sont justement remplis de couvertures chaudes, de vêtements secs, d’outils, de trousses de première urgence, de produits ménagers et de biscuits énergétiques. D’autres fourgons sont également disponibles.

Rouvikonas bat le rappel dans Exarcheia et complète le convoi vers la ville sinistrée de Mandra. Le pouvoir voulait absolument nous associer à un groupe sulfureux pour mieux défrayer la chronique ? Il va être servi. Quelques jours plus tard, la presse parle, cette fois, de l’action lancée par Rouvikonas en précisant que les fourgons sont ceux du fameux « convoi français » et que le chargement est composé de choses non utilisées lors des premières livraisons.

Une double revanche pour nous. Car oui, nous ne sommes pas un banal convoi humanitaire, nous sommes clairement engagés dans une action avant tout politique, de mouvement social à mouvement social. Mais non, cela ne nous empêche pas d’aider avant tout, partout où c’est nécessaire, aux côtés de nos camarades et compagnons grecs ou migrants. Y compris avec Rouvikonas, le groupe le plus craint par le pouvoir et les fascistes. Y compris à Mandra, ville mortellement touchée dont toute la Grèce parle, notamment pour les polémiques au sujet de l’incompétence du gouvernement et des services de l’État, complétement dépassés, et à cause de la tentative de récupération d’Aube dorée.

 

Sur place, c’est le choc. La situation est particulièrement difficile et les habitants essaient de parer au plus pressé eux-mêmes, dans la solidarité et l’autogestion. Les véhicules spécialisés des services de l’Etat étant trop peu nombreux, des paysans viennent avec leurs tracteurs pour dégager les rues.

Tous les soirs, nos camarades rentrent à Exarcheia avec de la boue jusqu’au cou et des témoignages émouvants.

L’Autre Humain fait aussi appel à nous pour installer une cuisine sociale gratuite et autogérée à Mandra et organiser des rotations en fourgons. Nous essayons de nous répartir sur plusieurs tableaux d’opérations chaque jour.

La moitié des membres du convoi se rendent à la grande manif du 17 novembre, anniversaire de l’insurrection contre la dictature des Colonels en 1973. Mais, sur l’avenue Alexandras, à l’approche de la fin de la manif, les MAT (CRS) nous chargent sans sommation, par surprise. Ils matraquent et donnent des coups de pieds à terre aux personnes renversées. Six membres du convoi sont blessés par les policiers qui continuent de nous gazer et de nous menacer. Les employés d’un supermarché voisin relèvent rapidement la grille, puis la baissent à nouveau pour nous mettre à l’abri. Dans une ambiance surréelle, une cinquantaine de manifestants se retrouvent cloitrés au milieu de la junk food et des barils de lessive.

Voici la vidéo : (surtout après une minute)

 

Le soir même, à la suite de la manifestation, il y des émeutes tout autour d’Exarcheia. Mais au fil des heures, la nuit s’avançant, il n’y a plus grand monde dans les rues. C’est le moment que choisit la police grecque pour entrer rapidement jusqu’à la place clairsemée et frapper quasiment toutes les personnes qui s’y trouve sans distinction. Plusieurs dizaines de personnes sont arrêtées sans mêmesavoir qui a participé ou pas aux émeutes. Les coups pleuvent et les scènes de tortures se multiplient : des personnes bloquées au sol et frappées à grands coups de pieds dans la tête et dans les côtes, d’autres sont tenues debout par deux CRS et frappées par un troisième.

La scène dure quelques minutes avant que la police ne batte en retraite, sous la riposte d’habitants du quartier en colère : pots de fleurs, bouteilles vides, gravats et objets en tous genres pleuvent des balcons, ainsi que quelques dizaines de cocktails Molotov depuis les toits en terrasse du nord de la place. Malgré leur armure, tous les robocops sont en fuite. Au final, 43 personnes ont été arrêtées, dont Dylan, membre du convoi, alors qu’il rentrait chez lui (à dix mètres exactement de la porte du solidaire grec qui l’hébergeait). Dans un premier temps, son pote Clément, membre du convoi lui aussi, le cherche, inquiet. Il a également été blessé aux côtes, au dos et au visage, comme beaucoup de personnes aux alentours, y compris deux adolescentes qui allaient simplement se chercher des pizzas.

Nous apprenons par la suite que Dylan a passé la nuit en garde-à-vue. Nos camarades avocats militants d’AK (mouvement anti-autoritaire pour la démocratie directe) s’occupent de lui. Il est poursuivi en Justice pour des chefs d’accusation fantaisistes puisque sans la moindre preuve : rébellion, insultes à agents, jets de projectiles… En réalité, c’est Dylan qui a été agressé, insulté, frappé et séquestré.

Pour l’épauler face aux poursuites, un comité de soutien s’est constitué. Militant solidaire et courageux, Dylan a très bien tenu le choc. Mais, à 22 ans, il est sans ressource et membre d’une famille modeste. C’est pourquoi nous faisons appel à soutien pour l’aider à se défendre en Justice afin d’échapper à une peine délirante :
https://www.lepotcommun.fr/pot/3cjea6x2

 

Les nuits blanches ou très courtes se succèdent. Difficile au petit matin d’aller participer à d’autres actions, comme ici avec Eric (quatrième en partant de la droite sur la photo du bas) à des rencontres pour une éducation moins autoritaire avec des enseignants du réseau Ecole buissionnière-Pédagogie Freinet, très actifs en Grèce. Changer la société, c’est aussi l’affaire des enfants et de notre façon de relationner avec eux. Sur la photo du bas, j’ai dans les mains un lance-pierre que le réseau vient de m’offrir et dans lequel j’ai glissé un petit livre prêt à être projeté : la résistance passe par la création et l’éducation.

Nous apprenons avec soulagement la libération de Dylan (mais en attente d’un procès), alors que nous sommes pour la plupart sur la place Agia Pantelemona, l’ancien épicentre des fascistes à Athènes, repris il y a trois ans par les antifascistes. Sur cette place, il y a désormais un local antifasciste : le Distomo, du nom d’un village anéanti par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Distomoavec lequel l’Autre Humain vient de lancer sa 17ème cuisine sociale gratuite et autogérée sur la place. Daouda et Achille participent à la préparation du repas. Sur cette place, les structures autogérées de santé d’Exarcheia et Pedion Areos viennent aussi jusqu’ici pour proposer de la « médecine de rue », une permanence de pharmaciens, infirmiers et médecins bénévoles (dont un Syrien) pour aider les mal soignés. Tout autour de la place, dans les rues perpendiculaires, subsiste encore une guerre de tags entre fascistes et antifascistes. On sent qu’ils ne sont pas loin.

Quelques jours après, le local du Distomo où nous venions de passer, est attaqué à la bombe incendiaire (avec des petites bouteilles de gaz). Un procédé identique à celui utilisé par les néo-nazis pour attaquer le Notara 26 l’année dernière. En pleine nuit, le squat de réfugiés avait commencé à brûler, mais l’évacuation immédiate, avec beaucoup de sang-froid, avait permis de sauver tout le monde, notamment les enfants réfugiés, avant de stopper l’incendie et d’entamer trois semaines de nettoyage et de travaux.

Avec le pouvoir, les fascistes sont les pires ennemis de la solidarité parmi nous. Les uns comme les autres veulent nous empêcher de prendre nos vies en mains et de vivre ensemble en paix avec nos différences. Et, ensuite, ce sont eux qui nous accusent de « détruire » et d’être « belliqueux ».

Autre bonne nouvelle : Fifi va mieux. Il a été déplacé près d’Exarcheia et nous pouvons aisément lui rendre visite dans sa chambre. Achille, qui a assisté à sa crise, est rassuré. Derniers câlins avant le rapatriement en France.

Les camarades grecs d’Exarcheia et de Crète ont également pensé à Fifi : on lui ramènera bientôt de l’huile d’olive et des surprises (à l’occasion de la projection-débat de Sur la route d’Exarcheia le 9 janvier au cinéma Utopia de Bordeaux, sa ville, où je me rendrai avec Eloïse et Maud).

Tiens bon, Fifi, on vient t’embêter bientôt !

Si les filatures se poursuivent encore un peu à l’extérieur d’Exarcheia, le plus dur semble être passé. Mimi me charrie alors que je remercie Vangelis pour son aide précieuse. Allez, à la vôtre ! Gia mas ! (santé !)

Nos livraisons se poursuivent dans d’autres lieux, chaque jour, ainsi que des soutiens financiers. Ici, la structure autogérée de santé d’Exarcheia (en haut) et le squat de réfugiés/migrants Spirou Trikoupi 17 (en bas). Nous soutenons aussi, parmi d’autres lieux : Evangelismos à Héraklion, Favela au Pirée, Nosotros, K*Vox et Zaïmi à Athènes ou encore Mikropolis à Thessalonique : https://www.youtube.com/watch?v=rpqk24qvoR4(38 :30 à 40 :40)

La plupart de ces soutiens ont commencé il y a longtemps et ont été renouvelés régulièrement, en fonction de nos capacités. Il ne s’agit pas de saupoudrage ni d’appuis éphémères. Par exemple, Anepos a soutenu la cuisine sociale l’Autre Humain dès ses débuts en 2011-2012 et la structure de santé autogérée d’Exarcheia dès son lancement en 2013. Concernant l’espace social libre Nosotros, nous avons même commencé à le soutenir une première fois dès 2009, peu après les émeutes de décembre (sans transport de matériel à l’époque, uniquement en soutien financier). En janvier 2009, je faisais mes deux papiers sur le sujet dans Siné Hebdo et Le Monde Libertaire. En 2011, nous soutenions des travaux et deux ans plus tard, nous aidions à rétablir l’eau dans le lieu, par exemple. Par la suite, la sortie de nos films (en creative commons) nous a permis d’amplifier nos actions, notamment face à la crise des réfugiés et à la répression de nos camarades. Dans les périodes où nos films tournent moins, les convois sont des bouffées d’oxygène pour certains de nos lieux.

Première du film Sur la route d’Exarcheia à Athènes ! Le Notara est plein et l’ovation finale avec des youyous témoigne de la chaleur de l’accueil ! La plupart des retours sont excellents ! Bravo Eloise, Maxime, Matthias et Sébastien ! Quelques jours plus tard, la première en Crète fait également un tabac. Pour répondre aux questions, le film sera mis en ligne gratuitement sur Internet en début d’année prochaine (je n’en sais pas plus). En attendant, le contact pour programmer des projections, ce n’est pas nous (qui ne sommes que des personnages du film), mais : sebastien.mediacoop@gmail.com de la coopérative ouvrière Mediacoop.

Au Notara également, on fête les deux ans de l’occupation. Parmi les artistes, Christian chante plusieurs morceaux, parfaitement remis de sa blessure à la manif. On vous recommande vivement notre camarade :
https://vimeo.com/134782409
Contact : gavroche-prod@orange.fr

Les enfants sauvés des eaux sont également ravis par les clowns puis un goûter féérique, avant quelques mots plus solennels sur la solidarité et l’antifascisme par-delà les frontières. Un grand buffet mêlant des saveurs d’orient est offert à tou-te-s par les réfugiés/migrants pour conclure la soirée :
— Goûte ça, c’est un petit plat de chez moi, près de Téhéran ! Un jour, si tout va mieux là-bas, je t’inviterai. Tu verras, c’est très beau

Pendant que les premiers véhicules prennent le chemin du retour, plusieurs fourgons poursuivent leur route jusqu’en Crète pour soutenir plusieurs lieux et réseaux de lutte sur place, notamment les paysans des montagnes en lutte contre les filiales d’EDF. Nous participons également à plusieurs débats pour une éducation moins autoritaire et pour le développement de la philosophie avec les enfants dès le plus âge, notamment avec le groupe Ecole Buissionnière-Pédagogie Freinet et l’université de Rethymnon.

Ce n’est pas autre chose qu’une lutte pour l’émancipation sociale. Une preuve si nécessaire : les organisateurs ont souhaité passer des extraits de Je lutte donc je suis pour conclure la journée d’échanges.

Après être passés au grand squat Evangelismos de Héraklion, cœur des luttes locales, nous allons en convoi (une quarantaine de camarades en tout) à la prison pour apporter un soutien visible et audible à nos prisonniers politiques : concert de klaxons, plusieurs tours de la prison, slogans et chansons sous les fenêtres des détenus, échange avec un porte-voix avec eux, positionnement plus lointainensuite mais bien à la vue des fenêtres pour lever nos poings et les saluer et même quelques graffitis sur le mur extérieur de la prison en dépit des tentatives d’intimidation des képis. Un pope s’est plaint que nous nous sommes servis des cloches de la petite église voisine pour faire un peu de bruit, mais c’était pour la bonne cause.
– Vous êtes incorrigibles conclue gentiment une yaya (grand-mère) de la paroisse, Vous n’en faites qu’à votre tête ! Un jour, vous finirez en prison aussi et ne comptez pas sur moi pour vous sonner les cloches !

Les jours passent. Presque tous les fourgons sont repartis, en petits groupes. Mission accomplie malgré les nombreux obstacles. Il est temps de se reposer un peu durant la traversée vers l’Italie.

A vous tou-te-s, merci, quelle que soit la façon dont vous avez aidé à préparer ce convoi.

Et, pour les plus motivés, on vous emmène la prochaine fois. Pensez à ne pas oublier votre carte européenne de sécu, on sait jamais 

A bientôt !

Tract de l’AG Contre Toutes les Expulsions de Caen pour la manif du 16 décembre à Ouistreham.

Repris du site de l’AG Contre Toutes les Expulsions de Caen (https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/).

 

Ce tract qui, au delà de la situation à Ouistreham, fait le point sur la politique anti-migratoire du gouvernement et rappelle certaines bases politiques de l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen a été diffusé à 700 exemplaires lors de la manif.

Vous pouvez le télécharger au format PDF pour le diffuser dans vos réseaux en cliquant sur le lien qui suit : tract AG manif 16-12 ouistreham

Face aux injustices, nous ne sommes jamais seul-e-s !

Sur la situation à Ouistreham :

Le harcèlement permanent et intolérable dont les migrants (et dans une moindre mesure leurs soutiens locaux) sont la cible à Ouistreham est désormais bien connu.

La tentative d’ouvrir un squat le 9 décembre pour abriter les migrants et la mobilisation courageuse d’habitant-e-s de la commune le 11, en réaction au courrier nauséabond du maire, ont finalement permis de briser le mur du silence et de la peur autour de ce qui se passe à Ouistreham.

La large mobilisation d’aujourd’hui est destinée à « enfoncer le clou » afin que l’État, sa Préfecture, la municipalité, les forces de gendarmerie présentes partout à Ouistreham sachent bien :

  • qu’elles sont désormais observées par une multitude de personnes mobilisées et par de nombreux collectifs, associations, syndicats, partis.
  • que les faits de harcèlement des migrants (dont de nombreux mineurs) par les forces de gendarmerie (non, les gendarmes ne sont pas « en roue libre », bon gré, mal gré, ils et elles ont reçu des ordres) seront documentés et publiquement dénoncés.
  • que les autorités porteront la responsabilité d’un éventuel drame lié au froid.
  • que la solidarité autour des migrants s’étend et se renforce.

Nous annonçons dès maintenant que les collectifs et organisations qui ont appelé à ce rassemblement vont travailler conjointement pour organiser une nouvelle manifestation au mois de janvier. Nous n’entendons relâcher ni notre vigilance ni la pression collective mise sur les autorités.

Le gouvernement durcit encore sa politique anti-migratoire :

De même que le gouvernement a déversé une partie des dispositions de l’état d’urgence dans la loi commune grâce à la Loi Renforçant la Sécurité Intérieure, qu’il a évacué, par Ordonnances, du code du travail une bonne partie des droits et protections que les salarié-e-s pouvaient encore y trouver, il est en train d’essayer de vider le droit d’asile de tout contenu protecteur.

Les consignes du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sont claires : tenter de disperser par la pression policière toutes les concentrations de migrant-e-s aux abords des ports de la Manche (Calais, Dunkerque, Grande-Synthe … et Ouistreham), de même dans les grandes villes (Porte de la Chapelle à Paris, le camp « Blida » de Metz, entre autres bidonvilles…), empêcher le passage par les montagnes frontalières avec l’Italie (où les migrants risquent leur vie en hiver par des nuits où la température descend à moins 10 ou 15 degrés comme du côté de Briançon, Gap, la vallée de la Roya…).

Le ministère de l’Intérieur met aussi la pression sur les préfets : il faut perfectionner la machine à expulser, intensifier le nombre de reconduites à la frontière, renvoyer un maximum de sans-papiers, de débouté-e-s du droit d’asile, de « dubliné-e-s » (qui sont tenu-e-s par les accords de Dublin de demander l’asile dans le premier pays européen où leurs empreintes ont été relevées, donc de les renvoyer vers l’Italie par exemple, s’ils ou elles ont été contrôlé-e-s là bas pour la première fois).

Des circulaires gouvernementales prévoient la mise en place de structures d’hébergement d’urgence pour les migrant-e-s, oui, MAIS des structures qui, sous couvert d’héberger les migrant-e-s, ont aussi pour but de les identifier, de les trier, de recenser les débouté-e-s du droit d’asile et les dubliné-e-s, de les enfermer rapidement en Centre de Rétention Administrative (CRA) ou de les assigner à résidence dans des Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO), des centres du PRogramme d’Accueil et d’Hébergement des Demandeurs d’Asile (PRAHDA) dans l’attente d’une expulsion prochaine.

Les Conseils Départementaux qui sont censés évaluer l’âge des Mineur-e-s Isolé-e-s Étranger-e-s (MIE) rejettent massivement les dossiers des jeunes. Dans beaucoup d’endroits les taux de refus « de minorité » sont de 80 à 90%, sous des prétextes farfelus du genre « Parle trop bien le français pour être mineur », « Transpire lors de l’entretien, est donc suspecté de mentir »…

Et de toutes façons il y a tellement peu d’hébergement pour les MIE que même quand ils ou elles sont reconnu-e-s mineur-e-s, beaucoup restent à dormir à la rue (comme à Marseille où une cinquantaine de MIE dorment tous les soirs à la gare).

Sans parler des tests osseux qui se pratiquent encore parfois sur les jeunes pour déterminer leur âge « réel »… avec des marges d’erreurs possibles d’environ 18 mois…

Le gouvernement Macron a décidé de mener une politique répressive face à des gens dont le seul « crime » est de ne pas avoir de papiers et s’il prétend vider les rues des gens qui y survivent, c’est parce qu’il a bien l’intention d’en expulser un maximum en dehors des frontières françaises… tout en laissant suffisamment de sans-papiers, hommes ou femmes, pour que le patronat de certains secteurs capitalistes (restauration, bâtiment, nettoyage dans les services et l’industrie entre autres) puissent continuer à bénéficier d’une main d’œuvre fragilisée, sur-exploitée et sous-payée.

LA QUESTION DES MIGRANTS NOUS CONCERNE TOUS-TES

C’est une condition souvent misérable qui est faite à la plupart des migrant-e-s aujourd’hui en France. Mais nous souhaitons insister, au-delà du coté humainement insupportable de cette condition, sur des aspects plus politiques.

À l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions, de Caen, nous rattachons la dégradation des conditions d’accueil des migrant-e-s, les attaques contre leurs droits, leurs libertés et leur dignité à tout un ensemble de dégradations de conditions de vie, d’attaques antisociales qui nous visent aussi, nous qui avons des papiers en règle ou la nationalité française.

Nous considérons que les attaques contre les migrant-e-s et les immigré-e-s reflètent et préfigurent toujours des attaques contre nos propres droits, nos propres libertés, notre propre dignité de travailleurs et travailleuses, de chômeur-euses, de précaires, d’étudiant-es, de retraité-e-s, de sans-grades dans une société profondément inégalitaire.

Contrairement à ce que prétend et promet l’extrême droite (et d’autres courants réactionnaires), la chasse aux migrant-e-s, les attaques contre les droits des immigré-e-s n’annoncent jamais une future amélioration de nos conditions de vie et de travail. Cela annonce toujours le durcissement GÉNÉRAL de l’exploitation capitaliste, de la pauvreté, de la répression étatique et patronale. Au-delà de ses aspects humanistes et humanitaires, la solidarité avec les migrant-e-s est donc pour nous un front parmi d’autres d’une lutte sociale, d’une lutte de classe plus vaste.

À ce titre, la vague de solidarité, de manifestations, d’occupations, d’ouvertures de squats qui a actuellement lieu aux quatre coins du pays pour sortir les migrant-e-s en détresse des rues glaciales est certes d’abord une bonne nouvelle pour les migrant-e-s eux/elles-mêmes. Elle est aussi une bonne nouvelle pour nous.

Cette vague de solidarité et de lutte, qui s’étend, s’organise et gagne en expérience nous rappelle, en cette sombre période politique et sociale, que nous pouvons être une force, que nous ne sommes jamais seul-e-s face aux injustices, que nous pouvons nous donner les moyens de résister, qu’en plus d’être nécessaire, la lutte est possible et qu’elle peut constituer une source concrète d’espoirs et de changements.

Nous espérons et travaillons donc à ce que cette lutte en prépare et en annonce d’autres, que ce soit sur la question des migrants ou sur d’autres terrains politiques et sociaux.

À bientôt dans les luttes…

Contact : ag-contre-expulsions@laposte.net, Site : https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/

Soutien financier : L’argent permet de se procurer rapidement ce qui peut manquer de façon urgente (nourriture, hygiène, gaz etc.). Chèques à l’ordre de Solidarité Migrants Calvados à envoyer à : 16 allée de l’Angle – 14200 Hérouville St  Clair .

 

Ouistreham : un récit de la manif du 16 décembre en solidarité avec les migrants.

Repris de du sit de l’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen : https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/

 

Vous pouvez télécharger ce récit au format PDF pour le faire tourner dans vos réseaux en cliquant sur le lien qui suit : Manif 16 décembre Ouistreham

La manifestation du 16 décembre 2017 à Ouistreham, autour des mots d’ordre « Ici comme ailleurs, STOP au harcèlement des migrants et de leurs soutiens » et « Ouverture immédiate d’un abri pour les migrants »  a été une belle réussite. Le temps était, pour une fois, clément, le nombre et la détermination étaient aussi au rendez-vous.

Cette manifestation était appelée par de nombreux-euses habitant-e-s de Ouistreham et des communes environnantes ainsi que par une quarantaine de collectifs, associations, syndicats et partis.

D’abord éclaté en deux attroupements, les gens se sont finalement rassemblés à plusieurs centaines sur un des grands parkings du port. Leur nombre a alors progressivement gonflé pour atteindre un bon millier de participant-e-s. Un succès complètement inédit dans la région !

Il y avait ce jour là une grande diversité de personnes, d’âges, de conditions sociales, de sensibilités politiques et philosophique et, en même temps, une volonté commune de manifester publiquement une légitime colère face au traitement inhumain et dégradant dont les migrants sont la cible à Ouistreham de la part des autorités étatiques, préfectorales, municipales et des forces de gendarmerie.

Discussions directes, échanges d’informations, prises de contacts, diffusions de tracts, vente solidaire, à prix libre, de couvertures de survie à offrir ensuite aux migrants, slogans multiples ont marqué ce moment de rassemblement.

Mais nous n’étions, dans notre grande majorité, pas décidé-e-s à nous contenter de ce rassemblement. Nous étions aussi là pour manifester et montrer que les rues de Ouistreham n’appartiennent ni au maire, ni à la préfecture, ni à la gendarmerie mais à la population. C’était dans l’air. Ça s’est concrétisé. Après un rassemblement non déclaré, on assista donc au lancement spontané d’une manifestation tout aussi peu déclarée.

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Photo Actu.fr

Une première tentative d’investir la rue qui passe devant le parking, en direction de l’entrée du ferry à quelques centaines de mètres de là, eut donc lieu, rapidement contenue par les gendarmes présent-e-s. Cela montra à chacun-e qu’il était temps de prendre sa décision intérieure et quelques temps après c’est un élan bien plus massif qui déborda spontanément la ligne de gendarmes et permis à la foule d’occuper la rue. Le cortège avança alors vers l’entrée du parking des ferries. La tête du cortège, réunissant habitant-e-s et militant-e-s, jeunes et moins jeunes,  qui parfois faisaient la chaîne par paquets, scandant sans relâche des slogans comme « Liberté de Circulation » et « Liberté de manifestation », débordait sur les trottoirs et s’infiltrait à travers la ligne trop clairsemée des gendarmes. Ceux-ci furent ainsi pacifiquement refoulés sur quelques dizaines de mètre, jusqu’à ce qu’une seconde ligne viennent les renforcer. Quelques bousculades eurent alors parfois lieu et des jeunes reçurent quelques coups de matraques et quelques brèves giclées de gazeuses à main. Ces quelques violences furent uniquement le fait de la gendarmerie qui avait peur d’être débordée. Il n’y a pas eu de violences de la part des manifestant-e-s.

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Photo Actu.fr

Voyant que si l’on continuait à essayer d’avancer dans cette direction, il y aurait répression et voyant que la majorité des gendarmes était occupés à tenir leur ligne devant la manifestation, les gens comprirent rapidement qu’il n’y avait qu’à partir dans l’autre sens pour pouvoir s’engouffrer dans les rues de Ouistreham. La manifestation fit donc un demi-tour sur elle-même et avança dans l’autre sens. Un groupe isolé de gendarmes tenta désespérément d’arrêter le début du cortège, qui avait changé de sens,  à l’entrée d’une avenue. Constatant cela, la foule s’engouffra immédiatement dans une autre rue perpendiculaire et prit tranquillement la direction de la mairie. Il n’y eut plus dès lors de tensions avec les gendarmes, dont certains étaient très jeunes et avaient l’air novices, gendarmes qui furent un peu débordé-e-s, étaient parfois fort pâles lorsqu’ils se retrouvaient complétement isolés au milieu de la foule qui les dépassaient (alors que personne n’avait l’intention de s’en prendre à eux et elles), décontenancé-e-s par la détermination d’une foule très diverse où ils y avait des personnes âgées, des enfants, des militant-e-s (et mêmes quelques toutous en vadrouille) et parfois aussi visiblement mal à l’aise d’avoir pour ordre d’essayer d’empêcher des tas de gens de simplement manifester.

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Photo Actu.fr

Tandis qu’une petit partie des gens restaient rassemblée sur le parking (pas de souci ni de jugement, en situation chacun et chacune choisit librement, comme il ou elle le sent), la manifestation, apparemment guidée de manière improvisée par quelques mamies ouistrehamaises qui connaissaient bien leur terrain,  est rapidement arrivée dans un petit parc qui borde l’arrière de la mairie. En haut de la montée, des gendarmes étaient déployés à proximité immédiate de l’Hôtel de Ville. Le début du cortège s’approcha d’eux tandis que le reste de la manif, là encore probablement guidé par des locaux-ales, contourna l’arrière de l’église qui est à coté de la mairie et se mit à gravir un petit et discret escalier en pierre donnant sur une ruelle qui débouchait directement sur la place de la mairie.

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Photo Actu.fr

C’est la que toute la manif finit par se rassembler. Les gens investirent avec un bel élan les marches de la mairie, y déployèrent leurs banderoles tandis que la foule reprenait bien fort et longuement de nombreux slogans en solidarité avec les migrants. Quelques prises de parole eurent ensuite lieu, dont une au nom d l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions, rappelant le pourquoi de cette large mobilisation, le harcèlement des migrants, la nécessité de leur ouvrir un abri, dénonçant l’attitude inhumaine du maire face à la situation dramatique qu’ils vivent, appelant à la solidarité matérielle avec les migrants et à leur hébergement direct par la population.

Les quelques centaines de personnes encore présentes repartirent en cortège vers le port et c’est là que les derniers groupes se dispersèrent, terminant ainsi une manifestation massive, pleine d’énergie spontanée, pleines de discussions et où tout le monde a pris soin des autres.

Pour l’anecdote, signalons la présence, à quelques reprise, d’un tout petit groupe minable de fachos ( 8 d’après ce qu’on a compté) aux abords de la manif, jamais très loin des gendarmes, qui ont parfois insulté des manifestant-e-s.

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Une partie de la petite brochette de fachos présents aux abords de la manif

Si la manif fut chouette et a permis de mettre les autorités sous pression, si elle a fait du bien au moral des migrants (et au notre aussi), il n’en reste pas moins que la situation des migrants reste très tendue. Une partie d’entre eux sont accueillis chez des habitant-e-s solidaires (mais cela peut-il durer sur le long terme ?). Pour les autres, ils manquent de nourriture, n’ont que des abris précaire cachés ici ou là quand ils ne dorment pas directement dehors, leur santé se dégrade en même temps que les conditions climatiques et tout le monde redoute un drame mortel en cas de gel.

Il nous faut donc intensifier l’aide matérielle et rester mobilisé-e-s y compris si les autorités se décident à ouvrir un lieu d’hébergement d’urgence car si cela se produisait, il faudrait craindre que cela ne serve de prétexte à rafler les migrants, à les maintenir dans un lieu isolé et fermé où les autorités chercheraient à les identifier, à les trier et à en expulser un maximum vers le premier pays de l’Union Européenne où leurs empreintes ont été prises (donc vers l’Italie pour la plupart des soudanais de Ouistreham). Quoi qu’il en soit, un nouvelle manifestation est en train d’être organisée pour le mois de janvier. Nous vous tiendrons au courant.

Quant au maire de Ouistreham, Romain Bail, il prétend de manière infâme faire preuve « d’un humanisme lucide et pragmatique », alors qu’il fait tout pour pourrir la vie des migrants. Si ce monsieur avait ne serait-ce qu’une miette de l’humanisme dont il se réclame, il n’obligerait pas les agents municipaux à rechercher et jeter les couvertures et les petits sacs d’affaires personnelles des migrants cachés à droite à gauche, il aurait laissé en accès libre au moins un point d’eau, mis à la disposition des migrants quelques WC de chantiers, prêté une salle pour qu’ils aient au moins un repas chaud de distribué par jour. Cela n’aurait rien coûté à la mairie, les habitant-e-s solidaires et les collectifs de soutien aux migrants auraient pu prendre en charge les frais, assurer le nettoyage d’un local prêté quelques heures par jour, fournir la nourriture et la préparer. Ces simples gestes d’humanité élémentaire auraient suffit pour qu’il soit laissé tranquille. Qu’il ne vienne donc pas aujourd’hui pleurnicher parce que sa toute petite personne est devenu la cible de la réprobation publique et parce que des manifestations ont lieu devant la mairie. Il ne fait aujourd’hui que récolter ce qu’il a semé de manière si méprisable et bête… Il ne brille décidément pas, ni par sa grandeur d’âme ni par son intelligence politique…

 

Pour tout contact avec l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen :

ag-contre-expulsions@laposte.net

Site de l’AG : https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/

Soutien financier : L’argent permet de se procurer rapidement ce qui peut manquer de façon urgente dans les squats ou pour les migrants à la rue à Ouistreham (nourriture, hygiène, gaz etc.). Chèques à l’ordre de Solidarité Migrants Calvados à envoyer à : 16 allée de l’Angle – 14200 Hérouville St  Clair .

Rassemblement samedi 16 décembre à Ouistreham à 14H30 sur le port en solidarité avec les migrants

 

Un appel à rassemblement à Ouistreham circule largement parmi de nombreux réseaux, collectifs, associations, syndicats, partis du département, autour de deux mots d’ordre simples et clairs :

HALTE AU HARCÈLEMENT DES MIGRANTS ET DES HABITANT-E-S SOLIDAIRES À OUISTREHAM !

Ouverture immédiate d’un lieu de mise à l’abri !

RASSEMBLEMENT

À OUISTREHAM, SUR LE PORT,

 

SAMEDI 16 DÉCEMBRE À 14H30.

 FAITES TOURNER PARTOUT

( La liste des collectifs, organisations syndicales et politiques qui rejoignent cet appel est en train de circuler et donc en cours de constitution)

MISE A JOUR 15 décembre, 10H30 : Liste provisoire des signataires par ordre alphabétique

Des habitant-e-s de Ouistreham, AG Contre Toutes les Expulsions de Caen, Alternative Libertaire du Pays d’Auge, Association Havraise de Solidarité et d’Echanges avec Tous-tes les Immigré-e-s, Association pour les Réfugiés du CALvados, Association de Solidarité avec Tous-tes les Immigré-e-s de Caen ,CCFD-Terre Solidaire, CGT de l’Etablissement Public de Santé Mentale de Caen, CGT de l’Association Calvadosienne pour la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte, CIMADE de Caen, Citoyens d’Abord-Côte de Nacre, CODEKO Co-développement Kribi/Ouistreham, Collectif d’Aide aux Migrants de Ouistreham, Collectif Cambremer Solidarité Migrants, Collectif [O]pendant, Collectif de parents d’élèves « Pas d’enfants sans toit » de Caen, Comité Amérique Latine de Caen, Confédération Paysanne 14, Emmaüs 14, Ecole Nomade de Caen, Europe Ecologie Les Verts 14, Ensemble 14-61, Fédération des Conseils de Parents d’Elèves 14, France Insoumise, Front Social Caen-Calvados, Fédération Syndicale Unitaire 14, Koordination des Intermittent-e-s du Calvados, La Vie Nouvelle- personnaliste et citoyenne, Le Temps d’Un Toit, Lutte Ouvrière, Ligue des Droits de l’Homme de Caen, Médecins du Monde, Mouvement de la Paix 14, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti Communiste du Calvados, Planning Familial 14, Réseau d’Accueil Solidaire des Exilé-e-s de Caen, Solidarité Migrants 14, Solidarité Réfugiés de Caen, syndicat SUD Collectivités Territoriales Basse-Normandie, Union Locale CGT d’Hérouville St Clair, Union Syndicale Solidaires 14…

 

Retour sur la tentative d’ouverture d’un squat pour abriter les migrants à Ouistreham, son évacuation par la gendarmerie et la situation locale des migrants

On relaie ce communiqué explicatif de l’AG Contre Toutes les Expulsions suite à sa tentative d’ouverture d’un squat pour abriter les migrants qui sont à Ouistreham.

La version PDF du texte pour diffusion dans vos réseaux est téléchargeable en cliquant sur le lien qui suit :  Récit action du 9 décembre 2017 à Ouistreham

Retour sur la tentative d’ouverture d’un squat

pour abriter les migrants à Ouistreham,

son évacuation par la gendarmerie

et la situation locale des migrants.

 

L’ACTION :

Le samedi 9 décembre 2017, à l’initiative de l’Assemblée Générale Contre Toutes les Expulsions de Caen, a eu lieu une action collective destinée à officialiser publiquement et pacifiquement l’occupation de locaux vides d’un centre de loisirs désaffecté à Ouistreham.

Ces bâtiments, appartenant à la mairie de Ouistreham, sont en grande partie inutilisés, hormis 2 petits bureaux attribués à deux associations locales et une salle mise occasionnellement à disposition pour des fêtes privées. L’objectif de l’action était d’occuper les parties vides de ce petit centre pour y abriter les migrants en détresse localement.

Environ 60 personnes solidaires, provenant de Caen et de Ouistreham, ont participé à cette action ou l’ont rejointe une fois qu’elle a été rendue publique.

Les bâtiments vides visés avaient été discrètement occupés au préalable par quelques militant-e-s, les traces d’occupation étaient visibles et une facture de livraison alimentaire attestait d’une présence sur place depuis plus de 48H. Dans ces conditions, normalement, une procédure auprès d’un tribunal compétent aurait été nécessaire avant de pouvoir procéder à une expulsion.

L’ÉVACUATION :

La préfecture et la municipalité, s’asseyant sur la légalité qu’elles prétendent incarner, en ont décidé autrement. Très vite, d’importantes forces de gendarmerie ont bouclé le périmètre pour empêcher des personnes solidaires et plusieurs dizaines de migrants de rejoindre les lieux. Vers 20 heures, trois heures après le début de l’action d’officialisation du squat, des dizaines de gendarmes sont intervenus pour évacuer les militant-e-s et personnes solidaires.

Cette évacuation s’est déroulée sans violence, la préfecture, visiblement gênée par l’action et sa médiatisation, ayant donné à ses troupes des consignes de modération.

Les militant-e-s et personnes solidaires, regroupé-e-s en bloc et faisant la chaîne, ont collectivement refusé d’être sorti-e-s un par un du périmètre car il était clair que la gendarmerie espérait filmer, contrôler et fouiller individuellement les participant-e-s à l’action. Elle espérait peut être aussi interpeller quelques têtes connues engagées dans la solidarité avec les migrants et sur d’autres fronts de la lutte sociale.

Devant ce refus ferme et collectif d’être contrôlés, les responsables du dispositif de gendarmerie ont rapidement renoncé à leurs exigences inquisitoriales et c’est groupé-e-s, au son du slogan « Solidarité avec les migrants », entouré-e-s de près par des dizaines de gendarmes que nous avons lentement été repoussé-e-s hors du périmètre de bouclage de la gendarmerie. Il a ensuite été possible de récupérer nos véhicules et de repartir en convoi vers nos foyers.

LA SITUATION DRAMATIQUE DES MIGRANTS À OUISTREHAM :

Un peu d’histoire et quelques chiffres pour commencer :

Depuis l’évacuation de la pseudo-« jungle » de Calais par les autorités, fin 2015, Caen et Ouistreham connaissent une arrivée limitée de migrants qui cherchent à passer en Angleterre pour y demander l’asile, y retrouver de la famille, y construire une vie qu’ils espèrent meilleure.

En 2016, ce sont surtout des iraniens et des afghans qui sont venus. Leur nombre est progressivement monté à environ 150. Ils trouvèrent refuge sur Caen, à une quinzaine de kilomètres de Ouistreham, dans un vaste entrepôt désaffecté de la presqu’île de Caen, l’ancienne zone portuaire industrielle de la ville. Ils montaient pour quelques jours sur Ouistreham pour essayer d’embarquer clandestinement sur les ferries avant de venir se reposer et s’alimenter à Caen ou bien ils faisaient quotidiennement l’aller-retour à pied ou a vélo. Cette première vaguelette de migrants s’est progressivement dispersée au cours de l’année 2016. Ou ils ont réussi à passer ou ils ont fini par partir tenter le passage ailleurs.

Fin 2016, les premières dizaines de soudanais ont commencé à arriver à Caen. Ils vivaient d’abord sous des bâches près d’une usine à l’entrée de la presqu’île. Vu leur situation de dénuement total et l’augmentation, lente mais régulière, de leur nombre, l’AG de Lutte Contre Toutes Les Expulsions de Caen leur a ouvert un squat dans des bâtiments abandonnés de la presqu’île.

Comme les iraniens et les afghans avant eux, ils montaient pour quelques jours sur Ouistreham avant de retourner se reposer à Caen ou bien ils faisaient quotidiennement la navette entre Caen et la côte. Leur nombre est progressivement monté à environ 120 personnes.

À la rentrée 2017, le principal squat des soudanais à Caen a brûlé. Certains d’entre eux en ont ouvert de nouveaux dans des entrepôts délabrés de la presqu’île et l’AG a ouvert un squat pour eux dans un petit immeuble à Mondeville et d’autres sont partis de manière permanente sur Ouistreham où quelques groupes épars de soudanais, provenant d’autres endroits, sont également arrivés peu après.

Il y a aujourd’hui environ un peu plus de 70 soudanais dans les squats caennais dont quelques dizaines effectuent des rotations régulières entre Caen et Ouistreham. À Ouistreham même, ils sont environ 70 à y rester de manière permanente. Le nombre total de soudanais entre Caen et Ouistreham est donc au maximum d’environ 150 personnes et, en fonction des allers et venues depuis les squats caennais, leur nombre fluctue, en général, à Ouistreham même, entre 60 et 90 personnes.

Si nous expliquons tout ça, c’est pour démonter le mythe, véhiculé par la préfecture et la mairie, d’« un afflux massif de migrants », d’un fantasmatique « appel d’air ». La seule nouveauté, c’est qu’au lieu d’être principalement hébergés sur des squats caennais, une grosse soixantaine d’entre eux restent en permanence sur Ouistreham, nuit et jour.

Un point important : des dizaines de ces soudanais ont des visages d’adolescents et pour cause, ce sont des mineurs isolés

Concernant la situation concrète vécue par les migrants soudanais à Ouistreham, elle est clairement dramatique.

État, Préfecture et Mairie leur sont hostiles.

Ils dorment dehors, connaissent la faim, le froid, la maladie. Leur dénuement est terrible.

Ils sont en permanence, sur ordre des autorités préfectorales, harcelés par d’importantes forces de gendarmerie qui sont omniprésentes à Ouistreham : la brigade locale et ses renforts, le Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie (PSIG) de Caen, des renforts de gendarmes mobiles…

Les migrants sont chassés des bancs publics, des abris de bus où ils tentent de se protéger du vent et de la pluie, les forces de l’ordre confisquent systématiquement les couvertures, les duvets, les tentes, les bâches, les cartons sur lesquels ils dorment. Toutes les forces de gendarmerie semblent participer à ces actes de harcèlement.

Nous avons, par les migrants, aussi échos de faits plus inquiétants : insultes racistes, menaces, contrôles musclés, gazages d’affaires personnelles, gazages directs de migrants par certains gendarmes.

Nous ne souhaitons pas caricaturer. La grande majorité des gendarmes semble rechigner à ces actes et la brigade locale n’est pas visée par ces témoignages de migrants. Ce sont surtout « les hommes en noir » du PSIG qui sont la plupart du temps désignés par ces témoignages d’exactions musclées, hommes en noir car ces gendarmes « de choc » portent un uniforme noir pour se différencier des autres gendarmes « de base ».

La mairie, dirigée par Romain Bail, fait également tout pour rendre leur situation encore plus infernale : un petit bois où ils dormaient est interdit de fréquentation par arrêté municipal et les agents techniques de la mairie sont envoyés le défricher, les autorités locales font circuler des rumeurs selon lesquelles donner de la nourriture, des vêtements, des couvertures est illégal, les agents de la voirie sont obligés de se déplacer sur tous les endroits où des petits groupes de migrants dorment pour ramasser, sous protection de la gendarmerie, les cartons qui servent de matelas, les couvertures, les petits baluchons d’affaires personnelles et tout mettre à la benne.

Le maire refuse d’installer des points d’eau, des sanitaires provisoires, de prêter la moindre salle pour accueillir des distributions de repas chauds, fait pression (via les subventions et les prêts de locaux municipaux) sur des associations locales tentées de venir en aide aux migrants, pond des textes hallucinés où il prétend, en dehors de toute réalité, qu’il y a risque de constitution d’un nouveau « Calais » (comme si 8 ou 9 000 migrant-e-s allaient débarquer dans un petit port d’où partent 3 pauvres ferries par jour…) et que s’il fait des choses contre les migrants, c’est finalement pour leur bien…

Ajoutez à cela les vigiles privés qui les chassent systématiquement des parkings des grandes surfaces ou n’autorisent qu’un soudanais à la fois à rentrer faire de maigres achats de nourriture, les consignes données aux conducteurs-rices de bus de Twisto (la compagnie de transports en commun de la communauté urbaine) de les refouler s’ils montent sans payer ou de les signaler par radio au PC sécurité de la compagnie pour envoyer des contrôleurs ou la police et vous aurez un aperçu assez complet de ce qu’on leur fait endurer.

Et tout cela on leur fait endurer en vain. Ces gars ont traversé une bonne partie de l’Afrique, des déserts où l’on peut crever, ont connu pour certains la détention, la torture, le travail forcé en Libye, traversé la Méditerranée et vu des gens se noyer sous leurs yeux. Ce sont des survivants, endurcis. Il serait temps que les autorités comprennent que leur politique de harcèlement n’a aucun effet sur la plupart d’entre eux… Ils ne renonceront pas à essayer de passer en Angleterre, depuis Ouistreham, ou à partir d’ailleurs.

Cependant, les pics de froid hivernal arrivent à grand pas. Les températures locales baissent et se rapprochent dangereusement du zéro. Les autorités préfectorale et locale attendent-elles un mort de froid pour réagir et ouvrir un lieu d’hébergement ?
Nous savons, quant à nous, ce que nous avons à faire au vu de l’attitude actuelle des autorités.

Nous avons souvent dit que les migrants étaient traités comme du bétail à Ouistreham. Ce n’est pas tout à fait exact.

Nous corrigeons donc : les migrants sont traités à Ouistreham PIRE que du bétail. En effet, le bétail a de la valeur tandis que la vie de ces migrants n’en a visiblement aucune pour les autorités !

Ouistreham est une petite bourgade tranquille de la côte normande. Tout le monde y connaît directement ou indirectement tout le monde. Les notables locaux y ont du poids, comme la peur du « Qu’en dira-t-on ? ».

Mais, au vu de la situation dramatique, à Ouistreham, comme dans les villages alentours, comme à Caen, l’indignation, la colère montent, contre la situation intolérable qui est faite aux migrants.

Les langues se délient, la solidarité matérielle s’organise et s’étend, le soutien aux migrants s’affiche de plus en plus, les réseaux sociaux, associatifs, syndicaux, politiques s’activent et s’interconnectent.

La colère enfle et elle va inévitablement éclater. Ce n’est plus qu’une question de temps.

Pour nous, la répression, l’exploitation, le mépris dont les migrants sont la cible reflètent ce que nous réservent les autorités à grands coups d’état d’urgence qui passe dans le droit commun, d’ordonnances antisociales qui accroissent la précarité et l’exploitation, de discours tonitruants sur les chômeurs-euses censé-e-s partir aux Bahamas avec leurs allocations de misère, sur les « fainéant-e-s » qui triment dur pour surnager avec un mauvais SMIC.

C’est pourquoi nous affirmons que défendre la liberté et la dignité des migrant-e-s, c’est toujours aussi, en même temps, défendre les nôtres.

Nous saluons à l’occasion de ce texte toutes celles et ceux qui aux quatre coins du pays, à Nantes, Toulouse, Calais, Dunkerque, Paris, Lyon, dans le briançonnais, les Hautes-Alpes et la vallée de la Roya et tant d’autres endroits, aident, accueillent, nourrissent, transportent, hébergent, soignent, cachent, agitent, informent, manifestent, occupent, ouvrent des squats.

Rencontrons nous. Coordonnons nous. Intensifions la résistance.

A bientôt.

Merci de faire circuler ce texte largement dans vos réseaux.

Adopté par l’AG réunie le dimanche 10 décembre.

Contact de l’AG Contre Toutes les Expulsions de Caen : ag-contre-expulsions@laposte.net

Infos et analyses : https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/

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L’action du samedi 9 décembre à Ouistreham. Photo Ouest-France.

5 nouvelles traductions subversives du CATS de Caen (et d’ailleurs).

Salut à tous et à toutes,

 

Le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation de Caen (et d’ailleurs) vous annonce la mise en ligne de 5 nouvelles traductions.

L’ancien site du CATS avait définitivement « planté » il y a déjà longtemps, rendant ses traductions et scans (plus de 190) inaccessibles. Finalement, les camarades du Regroupement Révolutionnaire Caennais ont accepté solidairement d’héberger les travaux du CATS sur une des pages de leur site local.

Toutes les archives, ainsi que ces 5 nouvelles traductions (qui étaient du coup parfois en attente de publication depuis bien longtemps) sont donc désormais visibles et téléchargeables sous forme de fichiers PDF ici : http://rrcaen.neowordpress.fr/cats/

Sur la page du CATS, les archives ont été mises en ligne par ordre chronologique d publication, vous trouverez donc les dernières en date tout en bas de la page !

La diffusion de ces traductions et scans est évidemment libre et vivement encouragée.

La publication de ces 5 nouvelles traductions ne constitue pas une relance des activités du CATS. Faute de temps et d’énergie (il n’y a pas que la traduction dans la vie personnelle comme militante), les activités du CATS vont rester « suspendues » pour encore un bon bout de temps. Il est néanmoins probable qu’elles redémarreront un de ces 4, il reste du bon pain sur la planche…

Merci de faire tourner l’info dans vos réseaux si ça vous parle.

Bonne lecture et bonne lutte.

 Dernières traductions mises en ligne :

L’anarchisme au Brésil : Texte d’Angel Cappelletti sur l’anarchisme dans ce pays des origines jusqu’à la fin des années 1930.

L’anarchisme en Amérique Latine : Texte de luis Vitale, un historien marxiste argentin qui a gardé une vieille sympathie de jeunesse pour l’anarchisme.

Les comités de défense de la CNT : Traduction d’un entretien avec Agustin Guillamon sur les Comités de Défense de la CNT, comment et pourquoi ils furent créés, leur rôle dans l’écrasement du soulèvement fasciste à Barcelone en 1936, leurs transformation en Comités Révolutionnaires de quartier dans la foulée, leur étouffement aussi bien par la contre-révolution que par les instances cénétistes officielles jusqu’à l’agonie de mai 1937.

L’échec historique de l’anarchisme : Texte nord américain du milieu des années 1990, écrit par un anar en rupture de ban, qui développe une critique, teintée d’apports marxistes, des graves vides et insuffisances théoriques et pratiques de l’anarchisme en situation révolutionnaire. Une critique dure mais malheureusement souvent pertinente… d’où sa traduction.

Les femmes dans les grèves communautaires : Texte de Temma Kaplan, historienne US féministe et radicale, sur la participation massive (mais, comme souvent, occultée ou négligée) des femmes prolétaires aux évènements révolutionnaires des années 1917-1922 que ce soit en Russie, en Italie, en Espagne, au Mexique.

L’échec historique de l’anarchisme -une traduction du CATS de Caen

Le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation de Caen (et d’ailleurs), dont les archives sont hébergées sur une des pages du site du RRC (ici :http://rrcaen.neowordpress.fr/cats/) , vient de mettre en ligne 5 nouvelles traductions subversives. Parmi celles-ci un texte nord américain du milieu des années 1990, écrit par un anar en rupture de ban, qui développe une critique, teintée d’apports marxistes, des graves vides et insuffisances théoriques et pratiques de l’anarchisme en situation révolutionnaire. Une critique dure mais malheureusement souvent pertinente… d’où sa traduction.

Vous pouvez télécharger cette traduction en cliquant sur le lien ci-contre : L’échec historique de l’anarchisme

Ou bien le lire ci-dessous :

Texte en anglais trouvé sur le site libertaire anglais « Libcom », ici : https://libcom.org/history/historical-failure-anarchism

La traduction a été réalisée à l’été 2017 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation (CATS) de Caen (et d’ailleurs).

Le texte a été féminisé.

D’autres traductions subversives sont en téléchargement libre sur le site des camarades du Regroupement Révolutionnaire Caennais, qui ont solidairement accepté d’héberger les traductions du CATS après que le serveur du collectif ait définitivement planté : http://rrcaen.neowordpress.fr/cats/

L’échec historique de l’anarchisme :

implications pour le futur du projet révolutionnaire

 

Par Christopher Day (1996, Love and Rage Archive[1])

Dans le numéro de printemps de « Workers Solidarity » (journal du Workers Solidarity Movement d’Irlande), il y a un compte-rendu, par Conor McLoughlin, de l’excellent film de Ken Loach sur la révolution Espagnole, Land and Freedom. Le compte-rendu conclut que :

« Les facteurs impliqués dans la défaite de la révolution prendraient en eux-mêmes un article pour les expliquer, allant depuis le pouvoir militaire des fascistes (et de leur aide extérieure) jusqu’aux trahisons par les communistes et les sociaux-démocrates, et cela n’est pas mon objectif ici. Ce qui est important c’est que la révolution sociale ne s’est pas effondrée à cause de quelconques problèmes internes ou de défauts dans la nature humaine. Elle fut défaite sans cela. L’anarchisme n’avait pas échoué. Les anarchistes avaient prouvé que les idées qui semblaient bonnes dans les pages des livres de théorie avaient l’air encore meilleures dans le tableau de la vie ».

Cette citation résume nettement les leçons que la plupart des anarchistes semblent avoir tire de l’histoire du mouvement anarchiste. Elle résume également nettement ce qui ne va pas avec le mouvement anarchiste.

Ce n’est rien d’autre que l’abdication complète d’une des responsabilités les plus basiques des révolutionnaires : soumettre les défaites et échec du mouvement à l’examen critique le plus approfondi.

Au lieu de cela, elle prend une expérience historique qui s’est terminée par une défaite écrasante, fabrique des excuses pour cette défaite et offre les loyales platitudes rassurantes qui, malgré toutes les preuves du contraire, affirment que l’expérience donne raison au vrai et seul chemin de l’anarchisme.

 

Lorsque les anarchistes rencontrent cette sorte de chose dans d’autres idéologies, ils et elles n’échouent jamais à les éreinter. Le Communisme porte-il la responsabilité des monceaux de corps produits par les régimes communistes ? La chrétienté doit-elle être blâmée pour les croisades, l’inquisition et les chasses aux sorcières ? Bien sûr. Nous jugeons les idéologies par leurs résultats pratiques dans la vie des gens et non par leurs promesses en l’air. L’anarchisme en Espagne souleva les espoirs de millions de personnes en une société sans classes et sans État qui pouvait être atteinte dans l’ici et maintenant, les mena aux barricades pour la rendre réelle et échoua de manière abyssale. Le peuple espagnol fut condamné à 40 ans de joug fasciste à cause de cet échec. Et tandis que le mouvement anarchiste du dernier demi-siècle a produit une vaste littérature vantant les succès momentanés dans la création de collectifs de paysan-ne-s et d’ouvrier-e-s, il n’y a eu presque aucun effort sérieux pour analyser comment le mouvement anarchiste contribua à sa propre défaite. Reprocher aux ennemis politiques (fascistes, communistes et sociaux-démocrates) de s’être conduits exactement comme on pouvait l’attendre d’eux ne fait que rendre encore plus confus le sujet. La trahison, après tout, est seulement possible de la part de quelqu’un en qui on croit.

Les responsabilités des révolutionnaires

Cet article n’est pas premièrement à propos de la Révolution Espagnole. Il est plutôt une tentative de poser quelques questions sérieuses et difficiles que l’anarchisme a, d’après moi, évité de manière irresponsable. Il est adressé à celles et ceux qui, au sein du mouvement anarchiste, sont sérieux-ses dans le fait de créer une révolution anti-autoritaire. Il n’est pas adressé à celles et ceux qui ne croient pas qu’une telle révolution est possible. Il n’est pas adressé à celles et ceux dont l’horizon politique ne va pas plus loin qu’établir une « zone autonome temporaire » ou une enclave bohémienne semi-permanente. Il n’est pas non plus adressé à celles et ceux pour qui être un-e révolutionnaire signifie prendre une pose plus militante. Le mouvement anarchiste est rempli de gens qui sont moins intéressés par le renversement de l’ordre social oppresseur existant que par le fait de s’en laver les mains. Ce souci d’assurer le passage de quelques âmes au paradis anarchiste peut aller depuis les efforts pour purifier les habitudes personnelles de certain-e-s jusqu’au refus sectaire de rejoindre tout groupe ou organisation qui montre le moindre signe d’être un produit de cette société.

 

Je crois qu’une énorme quantité de souffrance humaine est la conséquence directe du fait que la majorité de l’humanité n’a pas de contrôle sur les décisions qui affectent sa vie. Je crois que les gens sont capables au final d’exercer ce contrôle sur leurs propres vies. Par conséquent, le renversement révolutionnaire des institutions et relations sociales autoritaires qui se trouvent sur le chemin de la réalisation de ce contrôle est une entreprise nécessaire. Les gens qui sont engagés dans ce projet sont révolutionnaires et, en tant que révolutionnaires, je crois que nous avons certaines responsabilités. Il est nécessaire de parler de trois de ces responsabilités avant d’entrer dans certaines des questions les plus épineuses que cet article tente de poser.

 

Gagner la liberté

La force de l’anarchisme est son insistance morale sur la primauté de la liberté humaine sur l’opportunisme politique. Mais la liberté humaine existe dans un contexte politique. Il n’est pas suffisant, toutefois, de simplement prendre la position la plus intransigeante dans la défense de liberté. Il est nécessaire de gagner réellement en liberté. L’anti-capitalisme ne fait aucun bien aux victimes du capitalisme si vous ne détruisez pas réellement le capitalisme. L’anti-étatisme ne fait aucun bien aux victimes de l’État si vous n’écrasez pas réellement l’État. L’anarchisme a été très bon pour mettre en avant des visions d’une société libre et c’est pour le mieux. Mais c’est pour le pire si nous ne développons pas une stratégie réelle pour concrétiser ces visions. Il ne suffit pas d’avoir raison, il faut gagner.

 

Apprendre du passé

Les gens ont toujours lutté pour la liberté. Le simple et le plus précieux atout du mouvement révolutionnaire est cette expérience. Nous ne sommes pas les premières personnes à être aux prises avec le problème de savoir comment faire la révolution et créer une société libre. Nous avons une obligation de soumettre chaque chapitre de ce combat pour la liberté à l’analyse la plus brûlante dont nous soyons capables. C’est la seule manière dont nous pouvons espérer éviter de répéter les erreurs du passé. L’approche anarchiste de l’histoire, malheureusement, consiste largement à chercher les leçons que nous voulons trouver. Le point de vue sur la Révolution Espagnole critiqué ci-dessus en est un exemple assez typique. Cette approche béate de notre propre histoire (ou d’un quelconque Eden anarchiste préhistorique et imaginaire) est généralement couplée avec un désintérêt complet pour l’histoire des luttes qui ne peuvent être nettement contenues dans nos propres frontières idéologiques (si une quelconque personne peut toutefois les définir). Le résultat est une sorte d’hagiographie : une procession sans fin de martyr-e-s libertaires destiné-e-s à être invoqué-e-s dans les débats politiques. Combien d’anarchistes, une fois qu’ils et elles ont lu un récit anti-autoritaire d’un quelconque épisode historique, vont réellement chercher à lire des récits depuis d’autres perspectives ? Si notre histoire était un train ininterrompu de succès, cette certitude qu’il n’y a rien à apprendre des autres serait un peu plus défendable.

 

Avoir un plan

Finalement les révolutionnaires ont la responsabilité d’avoir un plan plausible pour faire la révolution. Évidemment il n’y a pas assez de révolutionnaires pour faire une révolution en ce moment. Nous pouvons raisonnablement anticiper que le futur amènera des soulèvements d’opposition populaire au système existant. Sans être plus spécifique sur où ces soulèvements pourraient se produire, il semble clair que c’est depuis les rangs de tels soulèvements que le nombre de gens dans le mouvement révolutionnaire pourra être augmenté, menant un jour à une situation révolutionnaire (qui se distingue des crises normales de l’ordre en cours seulement par l’existence d’un mouvement révolutionnaire prêt à pousser les choses plus loin). Les gens qui en ont marre du système existant et qui ont la volonté de s’engager eux-elles mêmes dans son renversement regarderont autour d’eux-elles pour trouver des gens à l’état d’esprit similaires qui ont une idée sur quoi faire.

 

Si nous n’avons pas un plan plausible pour faire la révolution, nous pouvons être sûr-e-s qu’il y aura quelqu’un d’autre pour cela. Il n’y a pas de garanties que les gens à l’esprit révolutionnaire seront spontanément tiré-e-s vers une politique anti-autoritaire.

 

Le plan n’a pas à être un projet exact. Il ne devrait pas être traité comme quelque chose de sacré. Il devrait être soumis à une révision constante à la lumière de l’expérience et du débat. Mais, en dernière instance, il a besoin d’être capable de répondre aux questions qui ont été posées concrètement dans le passé. Nous savons que nous ne serons jamais confronté-e-s à exactement les mêmes circonstances que les révolutions précédentes. Mais nous devrions aussi savoir que certains problèmes sont persistants et que si nous ne pouvons pas dire ce que nous aurions fait dans le passé nous ne devrions pas attendre des gens qu’ils et elles pensent grand-chose de notre aptitude à faire face au futur.

 

Il y a une tendance largement répandue dans le mouvement anarchiste (et dans la gauche en général) à dire que la question de savoir comment nous allons finalement faire la révolution est trop distante et que, par conséquent, elle est trop abstraite pour qu’on s’en occupe maintenant. Du coup, il est affirmé que nous devrions nous focaliser sur des projets pratiques ou des luttes immédiates. Mais les projets pratiques ou les luttes immédiates sur lesquels nous décidons de nous centrer sont précisément ce qui déterminera si nous nous rapprochons un peu plus un jour de faire la révolution. Si nous abdiquons notre responsabilité d’essayer d’ébaucher ce qu’il faudra pour faire finalement la révolution et de diriger notre travail actuel en accord avec cela, nous serons piégé-e-s par une succession sans fin de « projets pratiques et de luttes immédiates », et lorsque nous serons confronté-e-s à une potentielle situation révolutionnaire, nous serons poussé-e-s vers le bas côté par des forces politiques plus préparées (que nous accuserons sans doute de « trahir » la révolution, si elles ne nous exécutent pas tous et toutes). Nous serons emporté-e-s par la marée de l’histoire au lieu d’essayer de mener notre propre trajectoire. Et en laissant cela arriver une nouvelle fois, nous serons celles et ceux qui auront véritablement trahi la révolution.

 

Le net résultat du refus de s’occuper de ce qu’il faudra finalement faire pour réaliser la révolution est que l’anarchisme est devenu une sorte de réformisme sans direction mais militant. Nous construisons plutôt des « contre-institutions » qui ne ressemblent à rien d’autre qu’à des versions « grunge » des services sociaux administrés par différentes églises, ou bien nous nous lançons dans une lutte sociale largement réactive dans laquelle nos actions sont souvent audacieuses mais de laquelle nous ne construisons jamais un quelconque mouvement social suivi (encore moins une organisation révolutionnaire).

 

La pauvreté théorique de l’anarchisme

Rien que sur la base de ces trois responsabilités, l’anarchisme a été un échec. L’anarchisme n’a pas seulement échoué à gagner une liberté durable pour qui que ce soit sur terre, de nombreux-ses anarchistes d’aujourd’hui semblent seulement nominalement engagé-e-s dans ce projet basique. Plus nombreux-euses encore sont celles et ceux qui semblent en priorité intéressé-e-s par concevoir pour eux-elles mêmes, leurs ami-e-s et leurs groupes de musique favoris une zone de liberté personnelle, « autonome » d’une responsabilité morale envers la condition plus large de l’humanité (mais, incidemment, pas du réseau électrique ni de la production de composants électroniques). L’anarchisme a tout simplement refusé d’apprendre de ses échecs historiques, préférant les réécrire en succès. Finalement le mouvement anarchiste offre des gens qui veulent très peu faire la révolution sous la forme d’un plan d’action cohérent. Projets, schémas et raisons de faire des émeutes abondent – mais leur place dans une stratégie cohérente plus large pour enfin renverser l’ordre existant n’est l’hypothèse de personne.

 

L’anarchisme est appauvri sur le plan théorique. Depuis près de 80 ans, à l’exception de l’Ukraine et de l’Espagne, l’anarchisme a joué un rôle marginal dans l’activité révolutionnaire de l’humanité opprimée. L’anarchisme n’a presque rien à voir avec les luttes anticoloniales qui ont défini la politique révolutionnaire au cours de ce siècle. Cette marginalisation est devenue autoreproductrice. Réduit, par des défaites dévastatrices, à critiquer l’autoritarisme des marxistes, des nationalistes et d’autres, l’anarchisme est devenu défini par son rôle d’enquiquineur. Par conséquence, la pensée anarchiste n’a pas eu à s’adapter en réponse aux résultats de sérieux efforts pour mettre nos idées en pratique. Au cours du processus la théorie anarchiste est devenue ossifiée, stérile et anémique. Au lieu d’un débat politique substantiel le mouvement anarchiste a élevé la querelle personnelle à une forme d’art. Lors des rares occasions où des questions substantielles sont abordées, la réponse est invariablement plus concernée par le processus par lequel elles furent abordées ou par une spéculation sur la caractère et la structure de quiconque questionne la sagesse anarchiste reçue que par le contenu politique de ce qui a été dit. C’est un reflet du retrait effectif de l’anarchisme de la lutte révolutionnaire.

 

Les brillantes prédictions de Bakounine sur les conséquences de l’étatisme de Marx ne sont pas devenues la fondation pour un développement d’une pratique anti-étatique mais plutôt un chœur creux de « on vous l’avait bien dit ». Une des conséquences des « succès » marxistes a été qu’il y a eu une plus grande opportunité de voir ses limites. Une des conséquences des maigres et éphémères victoires de l’anarchisme a été que beaucoup de nos idées n’ont pas été soumises au test de la pratique. Une fois que nous sommes capables d’accepter que les bonnes intentions anti-autoritaires ne nous enlèvent pas l’hameçon des conséquences autoritaires de l’incompétence anarchiste, il devient possible d’approcher l’ensemble de l’expérience historique du mouvement révolutionnaire avec un état d’esprit considérablement moins satisfait de soi.

 

Une fois que nous reconnaissons l’échec historique de l’anarchisme (ce qui ne signifie pas répudier notre critique anti-autoritaire d’autres courants ostensiblement révolutionnaires), nous pouvons commencer le travail de reconstruction d’un mouvement libertaire révolutionnaire.

 

L’anarchisme et le mouvement révolutionnaire

Je crois que si nous voulons comprendre le moment dans lequel nous sommes, nous avons besoin de nous comprendre nous-mêmes comme une part d’un projet révolutionnaire de libération humaine bien plus large qui, partout dans le monde, a été défait ou est en retraite. Le mouvement révolutionnaire n’est pas défini par l’adoption d’une idéologie particulière mais plutôt par le mouvement objectif des gens opprimés qui résistent à leur oppression et luttent pour un monde libéré de l’oppression. Au cours du temps ce mouvement a connu bien des péripéties et a, au moins idéologiquement, bifurqué dans nombre de directions. Il a trouvé une expression à travers une variété de formes idéologiques (anarchisme, marxisme, féminisme, nationalisme révolutionnaire, théologie de la libération). À chaque moment de son histoire, le mouvement révolutionnaire a contenu les contradictions de la société autoritaire de laquelle il est constamment en train de renaître. Ainsi, toutes ses expressions théoriques et organisationnelles ont toujours contenu des éléments révolutionnaires et contre-révolutionnaires, des aspects et potentialités à la fois libérateurs et oppressifs, libertaires et autoritaires.

 

En tant qu’anarchistes nous avons eu tendance à diviser la gauche en camps libertaire et autoritaire. Je crois que les termes de cette division identifient correctement l’essence des contradictions qui réapparaissent constamment dans le mouvement révolutionnaire. Mais je pense également qu’il y a eu une tendance générale à établir cette division d’une manière mécanique. Il y a une tendance, par exemple, à voir la scission dans la Première Internationale entre Marx et Bakounine comme posant les termes dans lesquels nous analysons l’ensemble de l’expérience historique intermédaire. En tant qu’héritier-e-s de l’anarchisme de Bakounine, nous soutenons les bonnes œuvres de tous les anarchistes depuis lui et nous dénonçons rituellement les actions de tous les marxistes dans la même période. La conséquence de cela est de nous aveugler nous-mêmes sur les éléments contre-révolutionnaires dans la théorie et la pratique anarchiste et sur les accomplissements légitimes de nombreux-ses marxistes (ou autres courants « autoritaires »). En opposition à cette approche mécanique ou scholastique, je crois que nous devrions regarder l’ensemble de l’expérience du mouvement révolutionnaire dialectiquement. Nous avons besoin d’identifier les aspects de l’anarchisme qui l’handicapent comme alternative révolutionnaire crédible au marxisme. Nous devons nous pencher sur les diverses questions qui distinguent les divers courants au sein du mouvement révolutionnaire. Nous devons regarder ces questions pas simplement dans l’abstrait mais dans les conditions historiques réelles dans lesquelles elles ont surgi et se sont développées. Nous avons besoin de regarder pas seulement les quelques fois où les anarchistes ont joué un rôle significatif dans une situation révolutionnaire mais toutes les révolutions du siècle passé.

 

De nombreux-ses anarchistes, bien sûr, ont eu la volonté de comprendre des épisodes particuliers (les conseils ouvriers dans l’Europe de l’après Première Guerre Mondiale, la Hongrie de 1956, la commune de Shanghai, la France de mai-juin 1968, le Portugal de 1974) dans lesquels les forces explicitement anarchistes n’étaient pas des actrices majeures, comme une part de la tradition libertaire révolutionnaire. Évidemment cela élargit les points de référence historique et c’est tant mieux. Mais la nature éphémère de chacune de ces expériences signifie qu’en blâmant les stalinien-ne-s ou les sociaux-démocrates approprié-e-s pour leurs trahisons, il est possible d’éviter de répondre aux questions les plus dures posées sèchement par ces épisodes auxquels des forces libertaires clairement définies n’ont pas participé.

 

Conditions objectives

C’est pratiquement un dogme anarchiste que chaque situation révolutionnaire ait le potentiel pour devenir une authentique révolution libertaire. Sur la base de cette position, l’échec d’une quelconque situation à se développer dans une telle direction est la conséquence de l’autoritarisme des divers partis et organisations ostensiblement révolutionnaires. La suggestion que les « conditions objectives » auxquelles divers mouvements révolutionnaires ont fait face expliquent les virages qu’ils ont pris est habituellement ridiculisée par les anarchistes comme des excuses pour les crimes de ces forces autoritaires. Et certainement il ne manque pas de cas dans lesquels la suppression du mouvement ouvrier, les exécutions politiques, l’emprisonnement de révolutionnaires dévoué-e-s etc ont été minimisés avec une référence désinvolte aux « conditions objectives ». Mais cela ne signifie pas que les conditions objectives n’ont pas imposé des obstacles insurmontables pour le mouvement révolutionnaire.

 

Les situations révolutionnaires ne se présentent pas à nous seulement après que nous ayons réalisé de parfaites préparations en vue de celles-ci. Elles surviennent soudainement lorsque le vieil ordre est incapable de maintenir sa domination. Il serait irresponsable en de telles situations de ne pas essayer de mener à bien une profonde révolution sociale libertaire. Mais il n’est pas toujours nécessairement ni réellement possible de gagner tout ce qu’on veut. Dans ce cas la révolution sera confrontée au fait de choisir entre différentes sortes de compromis ou demi-mesures afin de « survivre ».

 

La question à laquelle se confrontent les révolutionnaires n’est jamais de savoir si les ouvrier-e-s (ou les paysan-ne-s) sont capables de prendre le contrôle des moyens de production et de réorganiser celle-ci sur des bases démocratiques et libertaires (comme les collectivités ouvrières ou paysannes en Espagne). Ni même s’ils et elles sont capables d’établir dans les villes et les villages des organes d’autogouvernement (comme dans bien des cas de conseils ouvriers). Depuis la Commune de Paris jusqu’à la rébellion zapatiste nous savons que ces choses peuvent être faites.

 

La question est presque toujours plutôt de savoir s’ils et elles peuvent faire ces choses sur une période prolongée et dans des conditions de guerre et de rupture sociale généralisée. Ce sont les conditions les plus probables dans lesquelles les opportunités révolutionnaires se produiront. C’est précisément sous le poids de ces conditions que les limites du mouvement révolutionnaire dans son ensemble se sont révélées.

 

Les anarchistes aiment souvent poser la « révolution sociale » en contraste à la simple « révolution politique ». Dans le but de séparer de réels soulèvements sociaux de simples coups d’État, cette distinction peut être utile. Mais presque toutes les « révolutions politiques » si critiquées intègrent en fait des éléments significatifs de révolution sociale. Plus important, il est impossible d’imaginer une « révolution sociale » dénuée de tous les traits d’une « révolution politique ». Une révolution est une lutte pour le pouvoir et elle est inévitablement une affaire embrouillée. Si nous ne sommes pas préparé-e-s au fait que les futures situations révolutionnaires vont se présenter à nous avec des choix déplaisants alors nous ne sommes pas vraiment intéressé-e-s par le fait de faire la révolution.

 

Le moment d’ajuster les attitudes

Je veux mettre en avant ici plusieurs propositions connectées sur la nature du projet révolutionnaire qui, je crois, défient quelques préjugés anarchistes de base. La première proposition est que, dans un monde caractérisé par de grandes disparités dans le niveau de développement économique comme conséquences de l’impérialisme, il n’a pas été possible de renverser le capitalisme dans la plupart (si ce n’est dans tous) des pays impérialisés. Les révolutions dans ces pays ont été, par nécessité, des révolutions capitalistes (et habituellement capitaliste d’État) qui ont balayé certains traits pré-capitalistes (horriblement oppressifs) de ces sociétés et renégocié les termes de l’exploitation capitaliste.

La seconde proposition est que la réalisation d’une société sans classes et sans État à l’intérieur des limites territoriales d’un seul pais (ou tout autre territoire défini) dans un monde d’États-nations est impossible. Les révolutions ainsi confinées à un territoire national deviennent des révolutions nationales ou sont écrasées. Les révolutions nationales peuvent accomplir certaines choses mais pas d’autres. Le remplacement du vieil appareil d’État par un nouvel État ostensiblement révolutionnaire est nécessaire pour sécuriser nombre de ces réalisations mais nous ne devons avoir aucune illusion sur le fait qu’un tel État « dépérisse » de sa propre volonté. Lui aussi devra être écrasé. Une des principales choses que les révolutions nationales donnent aux gens, c’est de l’expérience dans le processus révolutionnaire et une compréhension plus profonde des dynamiques complexes des révolutions.

La troisième proposition (étroitement reliée à la seconde) est qu’une armée régulière ne peut être vaincue que par une autre armée. Les milices ou autres formes d’organisation militaire irrégulières, bien que capables d’une résistance héroïque, s’effondreront finalement avant une armée régulière. L’effondrement d’une armée nationale (presque toujours précipité par une défaite militaire) peut créer une ouverture pour un mouvement révolutionnaire. Mais si ce mouvement ne crée pas sa propre armée, l’ordre ancien reconstituera son armée ou un pouvoir étranger le fera pour lui.

La quatrième proposition est qu’une seule classe a le potentiel pour renverser le capitalisme – la classe ouvrière internationale. Elle doit agir en conjonction avec d’autres classes et mouvements sociaux pour gagner et la participation de ces forces est cruciale pour mener à bien le changement social le plus profond, mais la classe ouvrière organisée en tant que classe révolutionnaire et la seule et unique force sans laquelle le renversement du capitalisme est absolument impossible. Le combat contre le patriarcat et l’oppression raciale/nationale au sein de la classe ouvrière est nécessaire pour atteindre l’unité au sein de la classe.

Le reste de l’article traitera de ces quatre propositions à la lumière de l’histoire des révolutions au 20ème siècle.

Développement inégal

Le capitalisme est un système mondial. Si certains éléments du capitalisme apparurent initialement dans l’isolement relatif de cadres nationaux particuliers, ils se sont seulement rejoints pour former ce que nous reconnaissons comme capitalisme en tant que l’intégration globale sans précédent du commerce qui commença au 15ème siècle avec la conquête européenne des Amériques, la domination des routes commerciales de l’Océan Indien et l’établissement du commerce trans-atlantique d’esclaves et du complexe des plantations. Depuis sa création, le capitalisme a enrichi certains pays et les a rendu capables de révolutionner la production en pillant et soumettant d’autres pays aux besoins économiques des classes dirigeantes des pays à l’origine de l’impérialisme. Initialement, la relation prit la forme d’extraire des richesses de sociétés largement autosuffisantes. Au fil du temps, elle se développa en une relation de dépendance dans laquelle les pays impérialisés n’étaient plus seulement une source de matériaux bruts mais également des marchés cruciaux pour les produits finis. Cette dépendance signifiait la destruction délibérée de l’autosuffisance des pays impérialisés. Plus récemment, certains pays impérialisés sont devenus des centres manufacturiers au sein d’un marché global. La dépendance vis-à-vis des centres impérialistes a cependant été maintenue à travers le contrôle du capital de développement (le FMI et la Banque Mondiale) et la spécialisation de différents types de manufacture dans différents pays.

Les conséquences de ce développement inégal pour le projet d’une révolution anticapitaliste sont énormes. Jusqu’à récemment, l’exploitation de l’essentiel du Tiers-Monde était menée à travers des formes économiques pré-capitalistes (habituellement et peu précisément appelées semi-féodales) connectées et subordonnées au marché mondial capitaliste. Cela signifiait que l’antagonisme entre le capitalisme et les producteurs dans la majorité du monde prenait la forme immédiate d’une distribution inégale de la terre et de relations de surexploitation entre propriétaires terrien-ne-s et métayer-e-s.

La Chine est un bon exemple de cela. Dans d’autres zones, le travail forcé fut utilisé (comme dans beaucoup d’endroits d’Afrique sous le colonialisme) ou bien l’agriculture de plantation existait aux côtés de l’économie paysanne (comme à Cuba). Les formes capitalistes de production constituaient une petite partie de l’économie et impliquaient une encore plus petite fraction de la population. De plus, beaucoup des capitalistes impliqués dans ce petit secteur comprenaient que la structure semi-féodale de la société et la domination de leur pays par les impérialistes étaient une entrave à leurs propres intérêts. Ils étaient des alliés potentiels de tout mouvement paysan cherchant à s’emparer de la terre et à renverser les propriétaires terrien-ne-s.

La révolution chinoise doit être comprise dans ce contexte. C’était très largement une révolution paysanne qui détruisit une système très vieux et très pourri, redistribua la terre et établit l’indépendance économique relative de la Chine vis-à-vis de la domination impérialiste. Ce n’est qu’une fois que ces tâches fondamentales ont été menées à bien qu’il devint alors possible pour le Parti Communiste Chinois de parler de ce qu’il fallait faire du minuscule secteur capitaliste chinois. Les villes avaient été contrôlées par le Kuomintang et la seule région significativement industrialise, la Mandchourie, avait été sous contrôle japonais. Le prolétariat industriel, tel qu’il était, n’avait ni l’expérience ni l’organisation pour prendre les choses en mains. Toute tentative pour le faire aurait nécessité le soutien actif de la paysannerie, puis du Parti Communiste.

Le développement de l’industrie était crucial pour résoudre nombre des problèmes les plus pressants de la Chine. Le manque de transports et de communications signifiait que les régions touchées par la famine étaient difficiles à atteindre avec des secours. Les techniques de production de masse étaient nécessaires pour satisfaire l’énorme demande en instruments agricoles les plus rudimentaires (charrues, charettes) et pour augmenter la productivité agricole de manière suffisante pour briser le cycle constant de la famine. Superficiellement, cela peut ressembler à un argument selon lequel un problème avec des causes socio-structurelles (la famine) avait seulement besoin d’une réponse technologique. Mais les causes socio-structurelles (la structure féodale de la terre et la dépendance vis-à-vis des manufactures étrangères) s’exprimaient significativement dans le bas niveau technologique de la Chine agraire. La terre ne pouvait tout simplement pas alimenter sa population courante d’alors sans une révolution aussi bien sociale que technologique.

Dans ce contexte, la section des capitalistes qui avait épaulé la révolution agraire était cruciale. Ils concentraient une expertise technique et managériale sans laquelle le développement d’une nouvelle industrie aurait été impossible. Les exproprier simplement aurait signifié les mener dans les bras du Kuomintang. Les ouvrier-e-s qui avaient travaillé sous leur direction pouvaient-ils et elles s’emparer du créneau et diriger les entreprises existantes ? Dans une certaine mesure. Mais il faut garder à l’esprit que, dans le sillage d’une guerre civile, de nombreuses entreprises fonctionnaient sporadiquement et que les ouvrier-e-s avec l’expertise technique pour les faire tourner n’étaient pas nécessairement faciles à trouver. Plus important, le prolétariat chinois était difficilement une classe mature ayant une longue expérience de lutte commune informant son auto-activité.

Mais la question n’était pas seulement celle de faire tourner les entreprises existantes, c’était celle d’accroître immédiatement et dramatiquement la base industrielle pour prévenir la famine et, pour cela, l’expérience de la minuscule classe capitaliste était indispensable.

Le temps était essentiel. L’expansion de l’industrie était également nécessaire pour empêcher les masses de paysan-ne-s sans terres qui avaient rempli les villes, du fait de la famine et de la guerre, de retourner vers une campagne qui n’était pas préparée à les absorber. De plus, il y avait une menace significative d’invasion étrangère ou d’une invasion, soutenue par les USA, par le Kuomintang depuis Taiwan. Durant la guerre de Corée, MacArthur menace ouvertement d’envahir la Chine.

En outre, nous devons confronter les capacités politiques limitées de la paysannerie.La paysannerie chinoise pouvait-elle abolir les relations capitalistes (le travail salarié en particulier) et mettre en place un processus non capitaliste de développement pour résoudre ses considérables problèmes ? La paysannerie avait accompli de nombreuses choses. Au niveau du village, elle avait pris le contrôle de l’administration des affaires communales des mains des élites terriennes corrompues et avait mené la dramatique redistribution des terres. En laissant de côté pour le moment le rôle crucial du Parti Communiste dans ces réalisations, nous pouvons noter que ce contrôle paysan de l’administration s’étendit à des degrés plus ou moins élevés jusqu’au niveau cantonal ou même provincial. Mais plus on monte dans la hiérarchie plus on rencontre de dépendance vis-à-vis des cadres du Parti Communiste et de dépendance envers des cadres éduqué-e-s d’origine non paysanne.

Nous pouvons interpréter ce fait de deux manières. D’un côté, c’est une expression de la domination au final du Parti Communiste et de son régime par une relativement faible poignée d’intellectuels issu-e-s de la classe moyenne ou des propriétaires terrien-ne-s. D’un autre côté, c’est le simple reflet du fait que l’écrasante majorité des paysan-ne-s chinois-es étaient illettré-e-s et que les soutiens lettré-e-s de la révolution (qu’ils ou elles soient d’origine non paysanne ou qu’ils ou elles aient appris à lire par le Parti ou l’Armée Populaire de Libération) étaient au Parti. Ces différentes manières de voir le même fait ne sont pas contradictoires. Ensembles elles révèlent le caractère de classe que la révolution chinoise avait et également pourquoi elle ne pouvait probablement pas en avoir une autre.

Le communiste de conseil Anton Pannekoek, dans son article de 1940 « Pourquoi les mouvements révolutionnaires du passé ont échoué », reliait la nature capitaliste inhérentes aux révolutions dans la périphérie aux problèmes de la révolution prolétarienne dans les centres impérialistes. Il argumentait que le sous-développement de la Russie signifiait que la révolution capitaliste là-bas ne pouvait pas être menée à bien par la bourgeoisie mais plutôt par une nouvelle classe capitaliste principalement issue de l’intelligentsia. Cette nouvelle classe capitaliste exploitait le prestige de la révolution prolétarienne contrecarrée en Russie pour dominer le mouvement ouvrier révolutionnaire à l’Ouest et ainsi détourner l’auto-organisation du prolétariat dans les pays capitalistes les plus avancés. C’est un fait par lequel on voit que le développement inégal du capitalisme a eu pour résultat le développement inégal du mouvement révolutionnaire. Pannekoek ne s’intéressait pas au rôle des super-profits impérialistes pour amadouer efficacement au moins un fraction du mouvement ouvrier, mais ce fait doit également informer notre compréhension de pourquoi le 20ème siècle a été caractérisé non par une révolution prolétarienne internationale mais par des révolutions capitalistes nationales basées sur la paysannerie.

C’est seulement dans l’abstraction que la liberté peut être absolue. Dans le monde réel, la liberté est toujours conditionnée par le contexte social dans laquelle elle existe. La liberté ne peut pas être simplement définie en terme d’absence de contraintes mais elle doit aussi se référer au pouvoir de prendre des décisions qui touchent à nos vies. Il est impossible de diriger une société si vous ne comprenez pas comment elle fonctionne. Donc, dans une société de chasseurs-cueilleurs, cette sorte de pouvoir dépend de choses différentes que dans une société industrialisée. Un trait crucial des sociétés de classes est qu’elles dénient aux classes exploitées l’accès aux choses qu’elles auraient besoin de diriger. Mais, parce que les sociétés de classes combinent inévitablement de vieilles et nouvelles méthodes d’exploitation, certaines classes opprimées sont mieux positionnées pour faire le saut révolutionnaire et pour prendre le contrôle de la société.

Au 13ème siècle, le niveau technologique de la société était tel qu’on pouvait peut être imaginer la paysannerie prendre le contrôle de la société dans son ensemble et établir une sorte de communisme agraire. Au 20ème siècle, c’est une impossibilité (quoique Pol Pot lui ait donné le coup de grâce). Le/la paysan-ne est empêtré-e dans un système global de capitalisme, dont les plus profonds rouages sont obscurcis par l’étroitesse du poste d’observation de la vie situé dans un petit village. Par contraste, le/la travailleur-euse urbain-e est exposé-e de milliers de manières aux opérations complexes du système mondial. Le problème, bien sûr, est que, comme conséquence du développement inégal du capitalisme dans le monde, ce sont les conditions de vie des paysan-ne-s et pas celles du prolétariat qui ont alimentées les révolutions majeures de ce siècle. Mais c’est précisément parce que la paysannerie en tant que classe est si pauvrement préparée à administrer une société capitaliste (même une sous-développée) que ces révolutions ont au final amené au pouvoir de nouvelles classes minoritaires.

L’anarchisme dans un seul pays ?

La révolution espagnole et sa suppression ont démontré dans les termes les plus sévères un des problèmes les plus centraux de l’anarchisme. La révolution espagnole ne fut pas seulement le produit de la lutte des classes globale mais aussi celui de ses traits particuliers en Espagne. Une chaîne particulière d’évènements, reflétant le caractère et l’histoire particuliers de l’Espagne, mena au moment où les paysan-ne-s et ouvrier-e-s furent capable de prendre le contrôle des champs, des usines et des ateliers. Toute révolution résulte de l’échec d’un État particulier à un moment particulier. En Espagne, le gouvernement républicain s’effondra dans le sillage de la révolte militaire de Franco. Le pouvoir gisait dans la rue et le mouvement anarchiste, la force la plus puissante parmi les ouvrier-e-s et les paysan-ne-s le prit.

Je souligne le caractère particulièrement espagnol de la révolution espagnole pour rendre clair le simple fait que tandis que la révolution était capable de compter sur une certaine quantité de solidarité internationale, les conditions qui avaient produit la révolution là-bas ne se trouvaient pas ailleurs et, par conséquent, les perspectives d’extension de la révolution étaient limitées. Le fascisme italien et allemand envoyèrent des troupes, des armes et des avions pour soutenir les armées de Franco. L’Union Soviétique conditionna son soutien à la République à la création et au contrôle d’une armée régulière contre-révolutionnaire. Si le gouvernement républicain ne pouvait pas soumettre la révolution et si les fascistes ne pouvaient la noyer dans le sang, il n’y avait pas de raisons d’espérer que d’autres pouvoirs étrangers n’interviendraient pas. Leurs intérêts à court terme, concernant la récupération du contrôle sur les entreprises expropriées, et leurs intérêts de long terme, concernant la prévention du fait que la révolution devienne un exemple international, signifiaient qu’ils n’auraient pas eu d’autres choix que d’intervenir militairement.

Il y a basiquement deux raisons pour lesquelles il est impossible de créer une société sans classes et sans État à l’intérieur des limites d’un seul pays. La première est économique et la seconde est militaire.

Les raisons économiques sont importantes. Comme exposé plus haut, le capitalisme est un système mondial. Cela signifie qu’aucun pays n’est autosuffisant. Évidemment quelques pays ont plus ou moins de potentiel pour l’autosuffisance mais certains problèmes sont effectivement internationaux. Certains pays, du fait de leur population, ne peuvent simplement pas espérer satisfaire leurs propres besoins alimentaires. C’est le cas de beaucoup des petits pays industrialisés les plus densément peuplés. Certains pays, comme conséquence de leur sous-développement sous le colonialisme, n’ont pas les moyens de produire des biens manufacturés (vêtements, tracteurs etc…) dont ils dépendent. Et pratiquement tous les pays sont en situation de dépendance en ce qui concerne au moins quelques minerais stratégiques qui n’existent tout simplement pas au sein de leurs frontières. Le chrome, par exemple, est nécessaire pour toutes sortes de pièces de machines. Il est largement concentré dans le sud de l’Afrique. De même, la plupart du monde est dépendant du pétrole étranger.

La question ici n’est pas qu’on ne puisse pas imaginer la création d’une économie autosuffisante au sein d’un pays particulier, mais plutôt le fait que les économies dont les révolutionnaires héritent ne sont pas autosuffisantes et que la coupure du commerce international (que ce soit par les forces révolutionnaires ou par des pouvoirs étrangers) aura des conséquences très perturbantes. Celles-ci ont deux faces. Premièrement, les industries qui dépendent de matières étrangères cesseront de fonctionner et les gens n’auront plus accès à des biens qui sont seulement disponibles depuis l’étranger. Deuxièmement, les secteurs économiques qui produisent pour le marché international cesseront également de produire ou produiront des biens pour lesquels il n’y a pas de demandes domestiques.

Ici, la situation de Cuba est intéressante. Beaucoup des problèmes économiques auxquels la révolution cubaine a été confrontée auraient été tout aussi présents si la révolution avait eu un caractère libertaire. L’économie de Cuba était classiquement dépendante. Le sucre et le tourisme amenaient les liquidités avec lesquelles acheter les biens étrangers, incluant la nourriture, les médicaments, les vêtements, le pétrole et les automobiles. Au cours des 37 dernières années, c’est une conséquence scandaleuse des relations développées avec l’Union Soviétique que Cuba n’ait pas transformé son secteur agricole pour devenir autosuffisant alimentairement. Le résultat est que Cuba fait maintenant face au même problème qu’auparavant : comment mener la conversion sans accès au capital étranger ? La technologie impliquée dans la culture, la récolte et la transformation du sucre n’est pas la même que celle impliquée dans la production de riz. Ce n’est pas une question de simplement coucher toute la canne à sucre et de commencer à cultiver des céréales et des légumes. Cela prend du temps pour mettre en place toute une nouvelle forme d’agriculture. Comment les gens vont-ils/elles manger entre-temps ?

Inévitablement la réponse pratique est que cette dépendance vis-à-vis du marché mondial peut seulement être réduite par étapes. Mais aussi longtemps que les gens produisent pour le marché mondial, on ne peut pas dire qu’ils et elles ont écrasé la société de classe – ils et elles continuent à être exploité-e-s par une classe capitaliste internationale. Pour compliquer encore le sujet, le refus de commercer de la part de fractions du marché mondial (comme dans le cas de l’embargo US contre Cuba) fait baisser le prix que les biens inspireront sur le marché mondial. La seule manière de recouvrer ce profit perdu (car il n’y a pas de raison de s’engager dans un commerce international s’il ne génère pas de profits qui peuvent être investis dans le fait de rendre le pays autosuffisant) est d’augmenter le niveau d’exploitation des producteurs-rices. Pire encore, l’appareil administratif du régime révolutionnaire, qu’il soit appelé « État ouvrier » ou « fédération de collectivités libres » est l’entité qui doit mener l’exploitation. Les bonnes intentions sont une faible protection contre la logique du marché mondial. Comment répond l’appareil lorsque les producteurs-rices, entièrement dans l’esprit de la révolution, déclarent qu’ils et elles ne seront pas exploité-e-s et se mettent en grève ?

C’est précisément le dilemme auquel a été confrontée chaque révolution qui a survécu plus d’un an. Pour des étatistes déclaré-e-s comme les marxistes, ce n’est pas vraiment un dilemme. Mais, pour des anarchistes, il est profond. Le second obstacle à la création d’une société sans classes et sans État dans un seul pays est militaire. Des révolutions sociales profondes, mêmes si elles sont contenues dans un seul pays, sont des menaces sérieuses pour l’ordre capitaliste international. Chacune de ces révolutions qui n’a pas été écrasée de manière interne a eu à faire face à un certain degré d’intervention militaire étrangère. Les motivations des pays individuels n’ont même pas à être aussi clairvoyante que le maintien du capitalisme mondial. Il suffit souvent que les révolutions menacent les investissements étrangers pour que des puissances extérieures décident qu’ils doivent être défendus. Même lorsque ce n’est pas le cas, le bouleversement d’une révolution peut sembler être une opportunité en or pour un pouvoir étranger d’établir ou d’élargir son emprise dans un pays.

Il n’y a pas de raisons de supposer que si la révolution russe avait pris un cours différent (si les anarchistes avaient mis leur merdes en commun ou si les soviets avaient été capables de résister à la subordination à la structure du Parti Bolchevique), il n’y aurait pas eu d’invasions par 14 puissances étrangères en soutien aux Blancs durant la guerre civile[2].

Il est impossible de repousser une invasion étrangère sans une force militaire de son propre cru. Faire la guerre, même une guerre de résistance, implique une logique autoritaire certaine. La guerre consiste à tuer des gens et à en envoyer se faire tuer pour que d’autres puissent vivre. Il ne s’agit pas, malheureusement, de tuer principalement des ennemis de classe mais plutôt de tuer d’autres personnes opprimées, souvent des conscrits, qui constituent les armées ennemies. Même si la stratégie repose aussi sur des mutineries et des défections en masse au sein des armées ennemies, il sera encore nécessaire de tuer des gens. La raison en est simple. Les soldats se mutinent ou font défection en nombres significatifs seulement lorsque la menace d’être tué au combat est plausiblement plus grande que la menace d’être exécuté pour insubordination. C’est alors la chose la plus intelligente à faire. Par conséquent, les armées maintiennent en partie leur discipline interne en convainquant leurs troupes qu’être exécuté pour insubordination est une certitude. Pour qu’une armée s’écroule, elle doit faire face à une certaine forme de défaite militaire.

Les anarchistes prétendent parfois que les structures décentralisées, non autoritaires sont, de manière inhérentes, bien plus efficaces que celles qui sont centralisées et autoritaires et que ces principes devraient être appliqués aux opérations militaires. C’est la voie express vers le martyr anarchiste. Si les principes anarchistes peuvent adapter des groupes tournant d’humain-e-s au fait de devenir des machines à tuer, il y a un problème. Mais s’ils ne le peuvent pas, il y a un autre problème. C’est à la seconde situation que nous sommes confronté-e-s : faire la guerre signifie compromettre les principes anti-autoritaires. Dans la mesure où des forces militaires ont comme but la défaite d’autres forces militaires au sein d’un territoire donné, elles agissent pour créer un monopole de la violence organisée – un trait définissant l’État. Est-il possible de créer une authentique structure militaire anti-autoritaire qui corresponde avec la décentralisation relative d’une société libertaire et qui soit capable de défendre cette société contre des menaces militaires externes (ou internes) ? Je vais essayer de répondre à cette question dans la partie suivante.

L’armée révolutionnaire

Le mouvement anarchiste a, de manière basique, deux expériences majeures dans le fait d’essayer d’organiser son pouvoir militaire pour la défense de ses gains révolutionnaires ; en Ukraine et en Espagne.

 

La littérature anarchiste sur l’expérience ukrainienne est considérablement moins étendue que celle sur l’expérience espagnole, mais une paire de points ont de la valeur à ce propos. Alors que l’Armée Révolutionnaire Insurgée d’Ukraine (les makhnovistes) conduisait des collectivisations massives de terres dans les zones sous son contrôle, la paysannerie ukrainienne n’était pas lourdement imprégnée de la pensée anarchiste. Le mouvement makhnoviste se développa comme le résultat de l’accord de Brest-Litovsk par lequel les bolcheviques cédaient l’Ukraine à l’impérialisme autrichien et allemand. Mais, comme le reste du vieil empire russe, l’Ukraine était au beau milieu d’une révolution sociale où la paysannerie s’emparait de la terre. La Confédération Ukrainienne des Organisations Anarchistes (Nabat) voyait dans cette situation une opportunité pour construire, sous direction anarchiste, une force militaire qui puisse pousser en avant la révolution et expulser les impérialistes étrangers. Et c’est précisément ce qu’ils et elles firent avant d’être écrasé-e-s par l’Armée Rouge bolchevique.

 

La paysannerie ukrainienne embrassa l’anarchisme dans la mesure où l’armée anarchiste pouvait protéger ce qu’elle avait gagné dans la révolution. L’Armée Insurgée était une armée de guérilla. Elle opérait dans une région d’environ 250 km de diamètre, peuplée par 7 millions de personnes. En terme d’organisation, elle se tenait à mi-chemin entre les sortes de formations indigènes de « bandits » qui émergeaient systématiquement des paysan-ne-s dans les régions lointaines ou instables et ce que je définirai plus tard comme une armée révolutionnaire mature. Elle n’avait pas la même structure anti-autoritaire élaborée avec laquelle les milices anarchistes commencèrent en Espagne.

 

Une fois que les makhnovistes eurent défait les forces blanches des généraux Denikine et Wrangel, ils furent à leur tour défait par l’Armée Rouge. Le territoire contrôlé par les makhnovistes était hautement instable. Il était sujet à des occupations périodiques par les forces blanches et étrangères. La ténacité de la résistance makhnoviste mena à la désintégration des forces blanches et au retrait des forces étrangères. L’Armée Rouge détruisait et absorbait des forces irrégulières paysannes dans tout l’ancien empire russe. Celles de Makhno s’avérèrent les plus difficiles à vaincre mais, finalement, elles succombèrent également.

 

Les raisons militaires en sont simples. Les forces irrégulières, comme celles de Makhno, peuvent se soutenir elles-mêmes peut être indéfiniment dans des arrière-pays isolés. Mais l’Ukraine n’était pas ce genre de région. L’accord de Brest-Litovsk et l’effondrement social général en Russie créèrent une ouverture momentanée dans laquelle les forces de Makhno s’engouffrèrent. Mais la consolidation du contrôle bolchevique dans le reste de la Russie et la décision des impérialistes d’abandonner l’Ukraine signifia la fermeture de cette fenêtre. Il est important de noter que, malgré tous les slogans anarchistes, le programme des makhnovistes, en pratique, n’était pas si différent de ceux des révolutions paysannes ultérieures (comme la révolution chinoise), c’est-à-dire ; redistribution de la terre, collectivisation plus ou moins volontaire et expulsion des impérialistes (indépendance nationale).

 

S’il y a le moindre doute sur le fait que la révolution ukrainienne était limitée à ce qu’elle pouvait espérer obtenir dans ses propres frontières, les mots du Nabat dans l’appel à la création d’une Armée Insurrectionnelle devraient régler la question :

« 4. Concernant l’attaque extérieure contre la révolution sociale de la part des puissances impérialistes occidentales ou autres, les anarchistes ont toujours compté et continueront à compter non sur l’Armée Rouge régulière, ni même sur une guerre insurrectionnelle mais sur l’effondrement inévitable de l’impérialisme et de ses forces armées à travers le déroulement de la révolution mondiale ».

Il ne devrait pas être nécessaire de noter qu’il n’y avait rien d’inévitable dans l’effondrement de l’impérialisme sur lequel les anarchistes ukrainiens comptaient.

 

La révolution espagnole a eu un caractère quelque peu différent. Presque 70 ans d’éducation et d’agitation anarchistes avaient préparés des fractions significatives de la classe ouvrière et de la paysannerie espagnoles à une révolution libertaire. Lorsque le moment vint en juillet 1936, des millions d’espagnol-e-s avaient à l’esprit ce que la réorganisation anarchiste de leur société allait entraîner. Et ils et elles appliquèrent les mêmes principes libertaires aux formations militaires qui furent créées : les milices.

 

Les milices furent issues de diverses usines, quartiers ou villages et chacune avait une identité distincte en accord avec ses origines. Les milices furent organisées en colonnes qui, à leur tour, élisaient des délégués pour mener à bien quelques unes des fonctions des officiers, mais sans l’autorité automatique dont les officiers disposaient. Les anarchistes n’étaient pas les seul-e-s à organiser des milices. Les travailleurs socialistes de l’UGT, et les divers partis comme le POUM organisaient également des milices. Les milices, au moins initialement, étaient l’image de la décentralisation et de l’absence d’autoritarisme. Et les conséquences militaires furent désastreuses. Les récits anarchistes des opérations des milices surestiment lourdement leurs occasionnelles victoires héroïques et minimisent leurs fréquentes défaites ou les mettent simplement sur le compte du refus par d’autres forces de leurs fournir les armes dont elles avaient besoin. Mais, alors que les milices combattirent certainement courageusement, leur décentralisation et leur manque de discipline furent autant les raisons de leur chute que la « trahison » d’organisations qui n’auraient jamais dû être crues dès le départ.

 

Les anarchistes qui étudient l’Espagne devraient faire attention à ne pas prendre trop au sérieux leur propre propagande. Le manque de discipline interne déboucha sur des actes d’une énorme stupidité d’un point de vue militaire. Les membres des milices abandonnaient régulièrement leurs positions quand ils s’y ennuyaient trop. L’absence de toute sorte de structure de commandement unifié signifiait que toute proposition d’action militaire coordonnée qui impliquait différentes milices, mises à part celles d’autres tendances politiques, devait être discutée, modifiée et approuvée avant de pouvoir être menée à bien. Au cours de ce processus, un temps crucial était souvent gaspillé et des opportunités militaires perdues. Quand des actions coordonnées étaient menées à bien, les plans modifiés furent souvent grandement réduits d’échelle, au point de les rendre souvent sans portée. Les milices refusaient jalousement de partager le matériel entre elles. Des observateurs de toutes opinions notèrent comment les milices de chaque organisation prenaient un certain plaisir aux défaites endurées par les milices des autres organisations.

 

Le fait simple dans ce sujet, c’est qu’une guerre ne peut être gagnée de cette manière. Les milices peuvent jouer un rôle important dans la défense des gains d’une révolution, dans l’organisation d’une guerre irrégulière au sein d’une région circonscrite et dans la suppression de l’activité contre-révolutionnaire au sein de la zone de la révolution. Mais sans une armée régulière qui lui soit propre, la révolution ne peut retenir les avances d’une armée d’invasion.

 

Les raisons en sont simples et sont démontrée par l’histoire entière des conflits militaires. Une armée avec un commandement unifié qui va affronter une force « décentralisée » cherchera à identifier ses unités les plus faibles et concentrera ses premières attaques en fonction de cela. Les forces décentralisées manquant d’un commandement unifié seront incapables de redéployer rapidement des troupes dans la zone faible comme une armée régulière peut le faire. De manière similaire, lorsqu’une offensive coordonnée a besoin d’être menée, certaines troupes seront mises face à un danger considérablement plus grand que d’autres. Dans une structure décentralisée, de telles décisions sont sujettes à des refus par les unités qui vont le plus probablement (ou même assurément) avoir les pertes les plus lourdes. Cela signifie que la structure militaire décentralisée peut seulement déployer ses unités les plus courageuses ou désintéressées dans de telles situations. Il n’est pas difficile de voir comment une telle pratique aboutira à l’affaiblissement rapide de la structure décentralisée tandis qu’elle sacrifie ses meilleures forces ou réserves arrières dans des batailles qui ne peuvent être gagnées. Inversement, les unités les plus hardies d’une force décentralisée vont le plus probablement s’épuiser dans des actes d’auto-sacrifice héroïques mais finalement sans aucun sens.

 

Il y a une raison pour laquelle le monde est dominé par des armées régulières avec des structures de commandement unifié. Ce n’est pas simplement parce que les États du monde trouvent simplement leur forme autoritaire plus agréable malgré leur inefficacité militaire comparée. S’il en était ainsi, les États seraient constamment en train de s’efforcer d’obtenir les bénéfices de la décentralisation dans les questions militaires (comme ils le font parfois dans d’autres domaines où la décentralisation est en fait plus efficace). Mais l’armée demeure l’institution la plus centralisée dans toute société et son autoritarisme le modèle, à l’étalon duquel les institutions moins autoritaires sont jugées.

 

Quelqu’un peut, bien sûr, concevoir une structure militaire fonctionnant parfaitement, dans laquelle la connaissance de la science militaire est si équitablement répandue qu’elle ne commet pas d’erreurs et va à la victoire. Mais, dans le monde réel, de tels plans entrent en friction avec les gens de chair et de sang qui sont supposés les mener à bien. Les guerres ne sont pas gagnées par celles et ceux qui concoctent des plans parfaits mais, plutôt, par celles et ceux dont les plans sont les plus capables d’absorber les conséquences de leur propre imperfection. Dans les questions militaires, une structure de commandement fiable rend possible une réponse la plus rapide aux revers.

 

Si nous sommes prêt-e-s à concéder (comme les anarchistes espagnols le firent au final) que faire la guerre implique de compromettre les principes anti-autoritaires, nous devons regarder précisément quelles mesures ont besoin d’être prises pour prévenir le fait que ces compromis ne délitent l’ensemble du projet révolutionnaire. Il semble qu’il y ait ici un certain nombre de choses basiques : l’élection des officiers, l’élimination des distinctions sociales inutiles entre les officiers et leurs troupes, un engagement à développer les capacités d’encadrement des combattant-e-s du rang au lieu de s’appuyer sur des officiers de l’ancien régime et ainsi de suite. Mais ces choses ne peuvent cacher la nature fondamentalement autoritaire d’une armée : subordination absolue à la structure de commandement, entraînements qui préparent psychologiquement les soldats à prendre des ordres, suspension des droits démocratiques de base au cours de l’engagement militaire et ainsi de suite etc.

 

Reconnaître la nécessité d’une armée ne signifie pas accepter une quelconque vieille armée. Une des questions centrales dans la révolution espagnole fut la tentative d’incorporer les milices au sein d’une nouvelle armée républicaine régulière. L’essentiel de l’élan vers cette militarisation vint du Parti Communiste, qui du fait de ses connections avec l’Union Soviétique, était préparé à dominer le commandement d’une telle armée. Les milices anarchistes et celles du POUM résistèrent à des degrés divers à ce processus. Finalement, la plupart des milices anarchistes furent ou bien incorporées à la nouvelle armée ou bien brisées par celle-ci. Un des groupes qui résista à la militarisation furent les milices du front de Gelsa. Au lieu de rejoindre l’armée, ils retournèrent à Barcelone et constituèrent « Les Amis de Durruti ». Les Amis de Durruti jouèrent un rôle pivot au cours des évènements de mai 1937 à Barcelone, appelant les forces anarchistes à maintenir leurs barricades lorsque la direction de la CNT prêchait la conciliation avec les communistes. Après ces évènements, les Amis de Durruti publièrent un pamphlet, intitulé « Vers une nouvelle révolution », qui analysait la défaite de la révolution espagnole et mettait en avant des propositions pour sa régénération. À la différence des anarchistes d’aujourd’hui qui voient les milices espagnoles comme le modèle de l’organisation militaire anarchiste, les Amis de Durruti les ont vu en action et proposaient, en opposition à la fois à l’armée républicaine et à la dépendance exclusive envers les milices, la création d’une armée révolutionnaire. :

« En ce qui concerne le problème de la guerre, nous soutenons l’idée d’une armée placée sous le contrôle absolu de la classe ouvrière. Les officiers ayant leurs origines dans le système capitaliste ne méritent pas la moindre confiance de notre part. Les désertions ont été nombreuses et la plupart des désastres que nous avons subis peuvent être attribués à d’évidentes trahisons par des officiers. Concernant l’armée, nous en voulons une qui soit révolutionnaire, dirigée exclusivement par des travailleurs ; et si un quelconque officier doit être retenu, ce doit être sous la plus stricte supervision ».

 

Dans cette citation, il y a les habituelles ambiguïtés anarchistes. Les défaites des milices sont le résultat de trahisons, mais la solution est une armée révolutionnaire. Nous voulons les ouvrier-e-s au contrôle mais nous savons que nous aurons besoin de l’expertise d’officiers professionnels. C’est néanmoins une amélioration considérable par rapport à la célébration naïve des milices qui passent pour être la pensée militaire anarchiste aujourd’hui.

 

La question du caractère d’une authentique armée révolutionnaire est importante. Les Amis de Durruti identifient correctement le caractère de classe de l’armée et de son commandement comme étant crucial dans la détermination de son rôle dans la révolution. Jusqu’à maintenant nous avons parlé de l’armée entièrement dans son rôle de défenseuse des gains déjà réalisés par la révolution. L’évidente question suivante est quel rôle une armée révolutionnaire peut elle jouer dans l’élargissement de la zone révolutionnaire, en amenant effectivement la révolution vers de nouvelles régions. Cela aurait certainement été une question si une armée révolutionnaire en Espagne avait été capable de vaincre les forces de Franco et de prendre des territoires qui n’avaient jusqu’alors pas été touchés par la révolution.

 

Historiquement, de nombreuses armées ont démarré avec des objectifs révolutionnaires. Le livre de John Ellis, Armies in revolution, est un précieux traitement de beaucoup de cette expérience du point de vue d’un historien militaire. Ellis affirme que toutes les armées révolutionnaires, depuis la New Model Army d’Oliver Cromwell en passant par l’Armée Rouge Soviétique, étaient des armées au service d’une classe minoritaire. Il soutient les réussites de l’Armée insurrectionnelle de Makhno face aux critiques des bolcheviques. Il ne traite pas la révolution espagnole (peut être parce qu’elle n’offre pas d’exemple d’une authentique armée révolutionnaire). Finalement il désigne l’Armée Populaire de libération en Chine comme le seul exemple d’une armée qui a mené à bien le programme révolutionnaire de classe de la majorité opprimée, c’est-à-dire la redistribution complète de la terre à la paysannerie pauvre. J’ai argumenté plus tôt que la révolution chinoise était au final une révolution capitaliste, et je veux affirmer que l’APL a mené à bien, au moins jusqu’en 1949, un programme qui était cohérent avec l’intérêt commun de la paysannerie et de l’aspirante nouvelle classe capitaliste représentée par les leaders du Parti Communiste. En dépit de ces qualifications, je voudrais affirmer que l’expérience chinoise est encore importante du point de vue d’essayer de développer une stratégie militaire révolutionnaire libertaire.

 

La classe révolutionnaire

Les problèmes posés par l’expérience chinoise sont fondamentalement le produit du sous-développement de la Chine et le fait que la seule classe qui pouvait espérer renverser le capitalisme, le prolétariat, était presque absente du paysage politique chinois. Je me suis référé plus tôt aux problèmes posés par une classe qui s’est développée historiquement sous des conditions pré-capitalistes dominant une économie nationale qui est déjà intégrée au capitalisme mondial. Il y a dans l’anarchisme une certaine tendance à soutenir les révoltes paysannes pour éviter leurs limites inhérentes. Quelle qu’ait été alors la situation, il devrait désormais être clair, tandis que la globalisation du capitalisme s’accélère en dehors du contrôle de tout capital simplement national, que la seule classe qui a un espoir de se mesurer à ce système est la classe ouvrière internationale. La composition du mouvement anarchiste aux USA, très largement issu de la classe moyenne, et l’invocation dogmatique de la classe ouvrière par les sectes marxistes, rendent de nombreux-euses anarchistes réticent-e-s vis-à-vis du fait de prendre une position en faveur d’une orientation vers la classe ouvrière. Au lieu de cela, la classe ouvrière est vue comme un point de référence ou une « identité » parmi beaucoup d’autres, qui prises ensemble vont mener à bien le processus révolutionnaire. Le pluralisme de cette position est une vertu singulière. Mais en traitant les classes économiques de la même manière que nous traitons les identités sexuelles ou ethniques, nous perdons de vue le fait que c’est le capitalisme qui couple les oppressions avec une exploitation générant du profit qui alimente son expansion dynamique et constante vers de nouveaux territoires et de nouvelles aires de nos vies (incluant l’identité sexuelle et ethnique).

L’immigration et les mouvements transnationaux de capital sont de plus en plus en train de faire de la notion abstraite d’un prolétariat international une réalité vécue par des centaines de millions de personnes. L’urbanisation rapide du Tiers Monde signifie de manière accrue que c’est le prolétariat, et non la paysannerie, qui est le mieux positionné dans ces pays pour défier le néo-colonialisme. Le prolétariat ne doit pas être vu comme une entité monolithique représentée par un seul parti (comme le font les divers courants du marxisme) mais plutôt comme un corps contesté dont l’unité est contingente de la liberté de ses différentes parties de se battre pour leurs intérêts au sein de cette même unité. Le combat pour la libération des femmes ou pour la reconnaissance des droits de divers groupes ethniques ne sont plus alors des batailles qui doivent être remises à plus tard, jusqu’à ce que le prolétariat s’empare globalement du pouvoir, mais sont des points précurseurs nécessaires de cette prise du pouvoir et qui clarifient l’orientation révolutionnaire du prolétariat.

 

Conclusion

J’ai cherché dans cet article à faire ressortir quelques uns des échecs du mouvement anarchiste. Je ne suis pas en train d’argumenter ici pour l’abandon d’une orientation générale anti-autoritaire, ni pour une modification des buts finaux de l’anarchisme. J’affirme cependant que la viabilité de ces buts est contingente d’un certain nombre de facteurs et que les anarchistes ont résisté au fait de faire face à ces réalités politiques, avec pour résultat que l’anarchisme a dépéri en tant qu’alternative révolutionnaire crédible face aux idéologies du marxisme et des divers nationalismes qui ont échoué.

Il n’est pas clair pour moi que l’anarchisme, défini par sa pratique historique au cours du siècle passé, offre un cadre adéquat pour reconstruire le projet révolutionnaire sur des fondations libertaires. Il est clair pour moi qu’alors que l’expérience historique du marxisme est inestimable, et qu’alors que le marxisme offre d’importants outils analytiques pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, ce même marxisme en tant que cadre philosophique global a démontré être irrémédiablement autoritaire.

Il y a un besoin criant de développer un nouveau corpus de théorie révolutionnaire qui rompt de manière décisive avec le dogmatisme et la superficialité de l’anarchisme aussi bien qu’avec l’essence autoritaire du marxisme.

Toute nouvelle approche théorique du projet révolutionnaire doit se confronter non seulement aux importantes expériences historiques évoquées dans cet article mais également aux nouvelles conditions auxquelles nous faisons face, en particulier aux nouvelles possibilités de construire des organisations révolutionnaires authentiquement internationales, enracinées dans une classe ouvrière internationale de plus en plus mobile.

 

[1] La fédération Love and Rage/Amor y Rabia était une organisation anarchiste ayant quelques groupes aux USA et au Mexique dans les années 1990. Elle regroupait des gens venus d’horizons politiques divers, y compris des militants en rupture de trotskisme et des anarchistes influencé-e-s par le marxisme hétérodoxe. Plus d’infos ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Love_and_Rage

[2] Référence à la présence en territoire russe, lors de la guerre civile, de troupes françaises, japonaises, américaines, anglaises, australiennes, canadiennes, italiennes, grecques, serbes, roumaines, tchécoslovaques polonaises, estoniennes et chinoises, représentant un total d’environ 250 000 hommes. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_alli%C3%A9e_pendant_la_guerre_civile_russe (NDT)

Auto-entreprenariat : comment lutter contre le retour du travail à la tâche ?

Repris du site “Le Poing” de Montpellier (http://www.lepoing.net/).

 

Auto-entreprenariat : comment lutter contre le retour du travail à la tâche ?

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Montpellier Poing Info, le 8 novembre 2017 – Dans un contexte global de baisse générale des salaires et de précarisation constante des exploités, le statut d’auto-entrepreneur promet de s’étendre à de plus en plus de secteurs. Vendu comme un statut de travailleur « libre » et comme une alternative pour les millions de chômeurs et autres exploités « sans qualification », ce statut s’apparente plutôt au retour du travail à la tâche. Dans les pays anglo-saxons, certains secteurs ne fonctionnent d’ores et déjà que sur ce réservoir de salariés à bas coût. Sans arrêt-maladie ni congé payé, l’auto-entreprenariat va au-delà de ce qu’imposent les dernières lois travail. Pour comprendre ce phénomène et réfléchir aux luttes à mener contre cette arnaque, une trentaine de personnes se sont réunies jeudi dernier au Barricade, à Montpellier, à l’initiative du collectif Working Class Hérault. Le Poing vous relate le contenu de ce débat introduit par deux camarades marseillais auto-entrepreneurs*. Extraits.

L’auto-entreprenariat est réservé aux secteurs peu rentables

Le trait marquant de l’auto-entreprenariat, c’est qu’il concerne des secteurs qui ne sont pas producteurs d’une grande plus-value. Les capitalistes « d’envergure » refusent d’investir dans ces secteurs peu rentables, et les délèguent bien volontiers à des sous-traitants. Au fond, l’auto-entreprenariat suit la même logique que les délocalisations : le capitaliste garde sous sa mainmise les secteurs rentables – il ne licencie pas les salariés d’une entreprise performante et ne la délocalise pas – mais il externalise la production des secteurs moins rentables, dans le but d’en extraire tout de même quelques miettes. Le capitaliste passe un « contrat » avec un auto-entrepreneur dans les secteurs où il estime que ça ne vaudrait pas le coup d’embaucher un salarié. La condition de ce « contrat », c’est que l’auto-entrepreneur « accepte » de ne pas être payé pour une partie du travail qu’il fait, et c’est ce qui permet au capitaliste de tirer de la plus-value. Le livreur de Deliveroo, par exemple, ne reçoit pas d’argent pour entretenir son vélo ni pour rester devant son application à attendre une course, alors que ce sont pourtant des tâches nécessaires à la réalisation d’une plus-value. En théorie, l’auto-entrepreneur est encore davantage exploité que le salarié car on ne le rémunère qu’à partir du moment où il est rentable, et on lui vole donc une part très importante de sa production.

Un régime peu concerné par la protection sociale

En terme marxiste, on distingue d’une part la production, ce qui produit de la valeur, et d’une autre part la reproduction, c’est-à-dire tous les aspects qui sont nécessaires pour rendre l’exploitation possible, et qui ne sont pas directement rentables : nourrir le travailleur, élever ses enfants et les former, fournir les moyens d’aller au travail, garantir des conditions de santé minimales, etc. Actuellement, le capitalisme délègue à l’État le financement de la reproduction de la force de travail du salarié sous forme de salaire indirect : ce sont les cotisations salariales et patronales, les allocations familiales, la sécurité sociale, etc. Mais l’auto-entrepreneur a beaucoup moins de droits que le salarié, son salaire indirect est extrêmement faible. La logique actuelle du capitalisme, c’est de faire assumer au travailleur la reproduction de sa force de travail, tout en continuant à lui extorquer sa production. C’est toujours la même histoire : avant, on parlait de la socialisation des charges et de la privatisation des profits et désormais, il s’agit carrément d’individualiser les charges.

Déjà un million d’auto-entrepreneurs en France

Au Royaume-Uni, 15% des travailleurs sont des auto-entrepreneurs, ce qui représente plus de 4 millions de personnes(1). En France, on a atteint le million d’auto-entrepreneurs(2). Donc ceux qui prétendent que ce statut est une mode qui passera se trompent lourdement. Il faut aussi prendre en compte les entreprises individuelles : aux États-Unis, 15 millions de personnes n’emploient qu’eux-même(3), le plus souvent à domicile, et en France, la moitié des entreprises sont composées d’une seule personne(4). L’auto-entrepreneuriat à la Deliveroo ou le petit patron qui n’embauche que lui même ne sont pas des capitalistes dans la mesure où ils ne font pas de bénéfice mais dégage juste un salaire, souvent de subsistance. Dans l’auto-entreprenariat de service, par exemple, il n’est pas possible de dépasser 32 600€ de chiffre d’affaires(5), sinon on rentre dans le cadre d’une entreprise classique et vous devez payer les charges normales. Si vous enlevez les 24% de charge qui sont tirées du fait de se salarier soi-même(6), il vous reste seulement 26 000€ déclarables sur l’année, ce qui veut dire que vous ne pouvez pas toucher plus de 2000€ par mois. Ce calcul ne prend pas en compte le travail au noir, et le fait que tous les auto-entrepreneurs ne sont pas les mêmes – 1/3 cumulent une activité salariale à côté(7) –, mais il permet tout de même de mieux cerner la réalité sociale de l’auto-entrepreneur, qui ne peut légalement pas accumuler du capital.

Un moyen pour exacerber la concurrence entre travailleurs

La raréfaction du travail accroît la mise en concurrence entre les travailleurs, et c’est sur ce terreau que les plateformes de type Deliveroo et Uber prolifèrent. La logique, c’est d’exacerber la concurrence entre les travailleurs plutôt que de répartir le travail. En Espagne, Deliveroo utilise les ambassadeurs Deliveroo, qui sont chargés de donner du travail à d’autres livreurs et en échange, ils sont les premiers à recevoir les horaires des plages horaires disponibles sur leurs smartphones, et ils peuvent donc se réserver les plus avantageuses. Le résultat, c’est la création d’un marché noir des heures d’inscriptions aux livraisons Deliveroo : concrètement, des livreurs payent d’autres livreurs pour avoir telle ou telle horaire. Si on va au bout de la démarche, ça donne les mises aux enchères d’emploi, comme cela a déjà lieu en Allemagne(8).

Le retour du travail à la tâche : plus tu es productif, moins tu gagnes

Selon la théorie marxiste, cette mise en concurrence est d’autant plus problématique dans le cadre du travail à la tâche, c’est-à-dire d’un travail qui n’est pas rémunéré par heure, mais par la moyenne du temps de travail nécessaire à la production de telle marchandise ou à la réalisation de tel service. Ce n’est généralement pas le cas pour les auto-entrepreneurs qui travaillent en dehors plateforme de type Uber ou Deliveroo. Admettons, par exemple, que les livreurs de Deliveroo mettent en moyenne une heure pour faire 5 livraisons. L’application va alors calculer la rémunération des livreurs sur cette base là : disons 10€ toutes les 5 livraisons. Le livreur est alors incité à faire davantage de livraisons en un minimum de temps pour gagner plus, et c’est effectivement ce qui va se produire dans un premier temps : le livreur qui aura réussi à faire 10 livraisons en une heure va, dans un premier temps, gagner le double, c’est-à-dire 20€ au lieu de 10€. Le problème, c’est que tous les livreurs vont faire le même calcul, ils vont tous essayer d’être le plus rapide possible, et ils vont donc faire baisser la moyenne du temps de travail nécessaire à une livraison. La moyenne de rémunération par livraison va donc être revue à la baisse par l’application : en l’occurrence, la nouvelle norme ne sera plus de 10€ toutes les 5 livraisons, mais toutes les 10 livraisons. Pour résumer, avec le travail à la tâche, plus tu es productif, moins tu gagnes. Dans la pratique, c’est moins évident, on ne sait pas vraiment selon quels critères les plateformes de type Deliveroo ou Uber décident de baisser une rémunération, ni comment le rapport de force influe dans la définition de cette rémunération. Et les plateformes de type Deliveroo appliquent la théorie du yield management, qui consiste à faire varier les prix des courses en temps réel pour maximiser les profits de la platerforme. L’opacité est donc totale.

Quelles perspectives de luttes ?

Le statut d’auto-entrepreneur oblige à se poser la question des formes des lutte à adopter. À Paris, les livreurs de Deliveroo en lutte disaient : « notre usine, c’est la rue ». Le constat posé par ce slogan, c’est qu’à la différence du salarié, l’auto-entrepreneur, et notamment le livreur Deliveroo, n’a pas de patron auquel se confronter. On retrouve aussi ce problème chez les intérimaires : 1% d’entre eux seulement sont syndicalisés(9). On est forcément moins tenté de se mobiliser pour un travail qu’on ne gardera que quelques semaines, ou quelques jours. Et à quel niveau lutter : au niveau de l’entreprise dans laquelle on travaille, ou au niveau de la boite d’intérim ? Ces problématiques se posent aussi pour les auto-entrepreneurs : doit-on se retourner contre son client, ou contre la plateforme dans le cas d’Uber ou de Deliveroo ? Et comment lutter contre une application sur son smartphone ? Le syndicalisme classique se mobilise très peu pour améliorer les conditions de vie de ces travailleurs précaires, et la multiplication de statuts différents permet justement d’entretenir ce manque de solidarité. Et même quand il y a de la solidarité, la seule action envisagée par les syndicalistes « traditionnelles », c’est la lutte par délégation. L’idée générale, c’est de partir du principe que « font grève ceux qui peuvent faire grève », c’est-à-dire les salariés, et que ce serait donc à eux de se mobiliser pour défendre les plus précaires. Mais ça ne fonctionne pas, on ne peut pas se contenter de dire aux auto-entrepreneurs et aux intérimaires : « vous allez devoir comptez sur les autres ». Surtout que la revendication classique, c’est de réclamer la requalification des travailleurs précaires sous un statut de salarié, mais cette revendication a de moins en moins de sens dans un monde où le salariat décline.

Pour être en phase avec les enjeux actuels, il faut trouver des modes d’organisation et des pratiques qui peuvent être appropriés par les auto-entrepreneurs et d’une manière générale, par les travailleurs qui ne sont pas couverts par le statut syndical. Le sabotage peut être l’une des ces pratiques. On ne parle pas forcément de tout faire sauter, mais de planifier une action collective pour ralentir les cadences, arriver en retard, détériorer les marchandises produites ou les services rendus, etc. À la différence de beaucoup d’autres auto-entrepreneurs, les livreurs de Deliveroo se croisent, se connaissent et ont l’occasion de discuter entre eux. À Londres, Berlin, Paris, Lyon, Turin, Bordeaux, Marseille, Barcelone et dans d’autres villes d’Europe, des livreurs se sont battus pour arracher quelques améliorations : principalement un salaire fixe et une vraie prise en charge par les plateformes des frais matériel (vélo, smartphone, réparations, etc.). À Montpellier aussi, roulons sur ceux qui prétendent nous faire faire rouler pour kedal.

Notes et sources :

*Le Poing n’a pas relaté mot pour mot le contenu des différents intervenants mais s’est permis d’ajouter des informations, et d’en supprimer certaines, dans le but de faciliter la lecture.
(1) « Self-Employment in the UK », Evolution Money, lien.
(2) « 1,1 million d’auto-entrepreneurs en France ! », Les Echos Entrepreneurs, le 28 février 2017, lien.
(3) « Self-employment In The United States », U.S. Bureau of Labor Statistics, mars 2016, lien.
(4) « Définition express du statut de l’Entreprise Individuelle », Legal Start, lien.
(5) « Chiffre d’affaires en auto-entrepreneur : attention au piège ! », Auto Entrepreneurs, lien.
(6) « L’auto-entrepreneur », Régime social des indépendants, page 9, janvier 2013, lien.
(7) « Auto-Entrepreneur et salarié ? », Auto Entrepreneur, lien.
(8) « Des offres d’emploi mises aux enchères », Le Figaro, 17 janvier 2017, lien.
(9) « Quelle syndicalisation des travailleurs de l’intérim ? », Savoir-agir, 2010, lien.

“Convergences” N°3 et son supplément, feuille d’info de l’Initiative pour la Convergence des Luttes de Caen

Vous pouvez télécharger au format PDF le N°3 de “Convergences”, la feuille d’info de l’Initiative pour la Convergence des Luttes de Caen, en cliquant sur le lien suivant : CONVERGENCES N°3

Son supplément “4 pages” traite des pratiques de bizutage sexiste en cours à la fac de médecine de Caen, pratiques dénoncées grâce à l’action conjointe de militant-e-s syndicaux-ales et de féministes de l’université. Il est téléchargeable au format PDF en cliquant sur le lien suivant : supplément CONVERGENCES 3

Ils et elles ont un site internet à visiter : http://convergencedesluttescaen.neowordpress.fr/

Guide d’autodéfense à l’usage des locataires

Repris du site “Le Poing” de Montpellier (http://www.lepoing.net/).

 

Guide d’autodéfense juridique à l’usage des locataires

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Le Poing, n°27 – Rétention des dépôts de garantie, états des lieux bidon, augmentations des charges, ruptures illégales de contrats… les propriétaires se permettent souvent quelques petites arnaques. La loi les protège largement, mais en tant que locataire, tu as quand même des droits.

skwat

Etats des lieux et réparations locatives : la paranoïa est ton ami

Le proprio doit te remettre un logement décent et les équipements mentionnés au contrat de location doivent être en bon état de fonctionnement(1). Si ce n’est pas le cas, l’état des lieux d’entrée doit alors clairement le mentionner par écrit et il ne faut surtout pas se contenter d’un accord verbal. Les proprios ont tendance à bâcler l’état des lieux d’entrée pour au contraire être méticuleux sur celui de sortie, alors prends ton temps. N’hésites à venir avec des potes pour t’aider à vérifier le logement dans tous les recoins. Fais noter la moindre petite dégradation car si tu en découvre après-coup, le proprio n’est pas obligé de les prendre en compte. Souvent, les proprios utilisent des formules vagues du type « bon état, état correct, etc » mais sois au contraire le plus précis possible sur l’état des lieux. Si vous vous mettez d’accord sur l’état défectueux de telle pièce ou de tel équipement, tu peux convenir avec ton proprio, par écrit, des réparations que vous vous engagez à entreprendre mutuellement. S’il ne respecte pas son engagement, saisis la commision départementale de conciliation, voire le tribunal d’instance (par le biais d’une déclaration au greffe). Si aucun accord n’est envisageable avec le proprio, envoie lui rapidement une lettre recommandée avec la liste de tout ce qui nécessite des réparations dans l’appartement.

Concernant les réparations pendant la location, le décret 1987-712 du 26 août 1987 fixe la liste des réparations locatives, c’est-à-dire celles qui sont à ta charge. Quand le proprio t’ordonne d’entreprendre une réparation, vérifie qu’elle est mentionnée sur cette liste et si ce n’est pas le cas, dis-le au proprio. En vérité, cette liste n’est pas limitative et une réparation qui n’apparaitrait pas dans ce décret pourrait quand même être à ta charge, mais ça ne coûte rien d’essayer de t’en décharger. Pour l’état des lieux de sortie, le but, c’est évidemment que le proprio te rende ton dépôt de garantie. Pour les plus déterminés, ne pas pas payer le dernier mois de loyer est une manière efficace (mais illégale) pour être sûr de ne pas se faire voler un centime. L’état des lieux de sortie doit être confrontée à celui d’entrée, mais les dégradations dues à l’usure normale du temps et d’une location ne doivent pas être prises en compte. Les trous dans les murs dues aux vis et punaises, la décoloration des peintures, les traces au sol devant les portes, les tuyaux corrodés, l’usure des plaques électriques, etc., ne doivent donc pas être mentionnés sur l’état des lieux de sortie. A défaut d’accord avec le proprio, un huissier de justice peut être mandaté, soit par toi, soit par lui, mais les frais d’huissier sont alors partagés en deux.

Dépôt de garantie : le propriétaire a deux mois pour rendre l’argent après la remise des clés

Le montant du dépôt de garantie (souvent nommé caution par erreur) équivaut maximum à un mois de loyer hors charge pour les logements non meublés, et deux mois de loyers pour les logements meublés(2). Si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, le proprio doit te redonner l’argent dans un délai maximal de deux mois après la remise des clés en main propre. Passé ce délai, l’argent qu’il te doit est majoré de 10% par mois ! Cette majoration ne s’applique pas si tu n’as pas donné au proprio ta nouvelle adresse. S’il refuse de te rendre le dépôt de garantie ou t’en impute une partie, il doit justifier ses raisons par écrit, sinon c’est du vol.

> Pour obtenir des lettres types de demande de remboursement ou de restitution partielle du dépôt de garantie, allez sur lacnl.com/dépôt-de-garantie

« Congé » : jusqu’à 30 000€ d’amende pour un propriétaire qui cherche à expulser son locataire sans raison

Quand le proprio t’adresse un « congé », ça veut dire qu’il t’ordonne de quitter ton appartement(3). Le proprio peut envoyer ce congé dans trois cas seulement : s’il a la volonté de reprendre l’immeuble pour l’habiter, la volonté de vendre l’immeuble ou s’il
avance un motif « légitime et sérieux ». Dans tous les cas, il doit respecter un préavis de six mois.

1) La congé pour reprise : le propriétaire doit signaler une volonté de vivre dans l’appartement ou de le faire occuper par un parent proche (conjoint, concubin, ascendants, descendants, ascendants ou descendants de son conjoint). Le motif, le nom et l’adresse du bénéficiaire de la reprise doivent figurer dans le congé ainsi que la nature du lien existant avec le bailleur.

2) Le congé pour vente du bien loué : le congé pour vente doit indiquer le prix et les conditions de la vente.

3) Le congé pour motif légitime et sérieux : dans les faits, les proprios peuvent invoquer n’importe quel motif. Il faut les menacer de saisir les tribunaux pour vérifier si c’est du bidon, ça refroidit leurs ambitions. Souvent, ils essayent de faire déguerpir leurs locataires avant l’été pour faire payer le logement plus cher aux vacanciers. Le fait pour un propriétaire de délivrer un congé frauduleux est puni d’une amende de 6 000 € maximum pour une personne physique et de 30 000 € pour une personne morale. Les juges exigent souvent du proprio qu’il produise des documents attestant de la réalité de ses intentions. S’il prétend une rénovation par exemple, le juge refuse de valider le congé tant que le proprio ne lui a pas transmis un permis de construire.

Si tu décides de quitter l’appartement avant le préavis du propriétaire, tu ne payes évidemment que le loyer et les charges correspondant au temps pendant lequel tu as effectivement occupé le logement. Si uneprocédure est en cours pour vérifier l’insalubrité d’un logement, le proprio ne peut pas donner congé à un locataire.

> Pour obtenir des lettres types de demande de réduction du délais de préavis ou de contestation du congé, allez sur lacnl.com/congé

Préavis de départ : le locataire n’a pas à se justifier

Tu peux prévenir ton proprio (par lettre recommandée avec accusé de réception) que tu souhaites quitter ton logement à tout moment, en respectant un préavis d’un mois pour une location meublée, et de trois mois pour un logement vide. Mais même pour un logement vide, ce délai peut être diminué à un mois dans les cas suivants : obtention d’un premier emploi, mutation, perte d’emploi, nouvelle embauche, mauvaise santé, si tu touches le RSA ou l’AAH et si tu vis dans une zone d’urbanisation continue de plus de 50 000 habitants, dite « zone tendue », comme c’est le cas à Montpellier(4).

Caution solidaire : le bail n’est pas rompu si un colocataire part

Si l’un de tes colocataires, inscrit sur le bail, décide de quitter le logement, le contrat de location n’est pas pour autant rompu et le proprio ne peut pas en profiter pour essayer de virer les autres. Mais il donne son accord pour le remplaçant et un avenant au contrat de location doit être effectué. En colocation, les locataires signent en général un seul et même bail et par le jeu de la clause de solidarité, chaque colocataire est responsable indivisiblement du paiement de la totalité des sommes dues au propriétaire(5). Si tu quittes ta colocation, tu ne peux légalement pas demander au proprio de récupérer la partie de la caution que tu as avancée. Il faut donc t’arranger avec lui et tes anciens colocataires. Pire encore, tu restes solidaire du paiement des loyers et des charges jusqu’à ce qu’un remplaçant soit trouvé (cette obligation prend fin au plus tard six mois après la dette d’effet de ton congé). Mieux vaut donc s’assurer de trouver un remplaçant avant de quitter une colocation.

Aides au logement : l’ASL existe pour ceux qui n’ont pas l’APL

L’aide personnalisée au logement (APL) est destinée à toute personne locataire d’un logement qui fait l’objet d’une convention entre le propriétaire et l’État. L’allocation de logement à caractère familial (ALF) concerne les personnes qui n’entrent pas dans le champ d’application de l’APL et qui ont des enfants ou d’autres personnes à charge ou qui forment un ménage marié depuis moins de 5 ans. L’allocation de logement à caractère social (ALS) s’adresse à ceux qui ne peuvent bénéficier ni de l’APL ni de d’ALF. Si t’es hébergé chez un particulier au titre de sous-locataire déclarée, tu as le droit à cette allocation (voir plus bas).

> Pour estimer vos droits aux allocations logement, faites-une simulation sur le site de la caf

La sous-location peut donner le droit à une allocation

La sous-location est officiellement interdite. Elle consiste pour un locataire, seul titulaire du bail, à consentir lui-même une location à un ou plusieurs occupants d’une partie du logement loué. Rien ne t’interdit d’héberger des personnes et d’écrire leurs noms sur la boite aux lettres, et même de les faire participer aux frais communs, à condition que cela ne prenne pas la forme d’un paiement de loyer. Pour que le sous-locataire puisse bénéficier des aides au logement, il faut que la sous-location soit « déclarée ». Le proprio doit alors l’autoriser par écrit et il faut se mettre d’accord avec lui pour fixer le montant du loyer, qui ne peut pas dépasser le loyer principal. Les propriétaires sont en général méfiants vis-à-vis des sous-locations.

Charges : aucune règle n’existe

Il n’existe quasiment aucune règle à la faveur des locataires concernant les charges, le proprio fait un peu ce qu’il veut. Il n’existe aucune règle de répartition des charges entre les différents locataires, il faut donc s’arranger avec ses colocs. Un propriétaire n’a par contre pas le droit de demander au locataire de payer un loyer charges comprises, les charges doivent toujours être comptées à part. Il ne peut pas non plus réclamer des charges remontant à plus de trois ans.

Documents à fournir pour une location : la liste est exhaustive

Les pièces justificatives que vous devez présenter pour la location sont fixés par le décret n°2015-1437, et le proprio n’a pas le droit d’exiger un document qui ne figure pas dans cette liste. Il peut vous demander : 1) une pièce justificative d’identité en cours de validité avec une photo et la signature du titulaire ; 2) une pièce de justificatif de domicile (ça peut être un ami à vous qui écrit « j’atteste sur l’honneur héberger untel ») ; 3) un ou plusieurs documents attestant d’activités professionnelles (comme une carte d’étudiant) ; 4) un ou plusieurs documents attestant de vos ressources (comme un avis de non-imposition sur l’impôt). Si on vous demande des documents supplémentaires, répondez que c’est illégal.

Le contrat de bail établi au nom du garant : une arnaque

Pour sécuriser son bail, le proprio peut proposer d’établir le contrat au nom du garant. A première vue rien de gênant… sauf que le locataire ne pourra alors pas prétendre aux aides au logement. Cette pratique n’a en soi rien d’illégal, mais ça reste une arnaque.

 

(1) Pour les états des lieux, se référer à l’article 3-2 de la loi n° 89- 462 du 6 juillet 1989 portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986.

(2) Pour le dépôt de garantie, se référer à l’article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 et portant de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986.

(3) Pour les congés, se référer à l’article 15 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 portant modifi- cation de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986.

(4) Pour savoir quelle ville est en « zone tendue », faites une simulation sur pap. fr/argent/calculettes/zone-tendue

(5) Concernant le cautionnement, se référer à l’article 8-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 et l’article 22-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986.

Les migrant-e-s : un business prospère

Repris du site d’informations militantes « Le poing » de Montpellier (http://www.lepoing.net/).

Les migrants, un business prospère

  

Combien coûte un réfugié par jour ? C’est la question qui revient en permanence dans la bouche de ceux qui sont incapables de parler des migrants autrement qu’avec des calculs de rentabilité. Cette obsession comptable est partagée à la fois par les représentants de l’État, qui délèguent aux entreprises la construction des centres d’hébergement d’urgence, par les gros patrons, qui se font des bénéfices en gérant ces centres, et par les cadres des organisations non-gouvernementales (ONG), qui font le lien entre le secteur public et le secteur privé. Le Poing vous propose une petite revue de presse sur ce monde merveilleux où le migrant est un « produit rentable », et l’aide humanitaire « un marché porteur ».

L’ONU commande des tentes à Ikea

« La Fondation Ikea est notre principal partenaire du secteur privé. Elle nous aide à fournir abris, soins, éducation et énergie aux réfugiés et aux communautés d’accueil en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient ». Cette promotion de la célèbre marque d’ameublement suédoise, on peut la trouver sur le site du Haut Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR). Depuis mars 2015, la Fondation Ikea a en effet signé avec le HCR un contrat de près de 35 millions d’euros pour la livraison de 30 000 tentes(1). Le président de la fondation, Per Heggenes, s’est confié à un journaliste du Monde diplomatique lors du premier sommet humanitaire mondiale, organisé en mai 2016 dans la très chaleureuse Turquie de Reycip Erdogan : « Pour moi, ce n’est pas “faire du profit” ou “faire de l’humanitaire”, mais plutôt : faire du profit d’un côté, et en même temps du développement […]. [La cabane Ikea] n’est pas transparente comme les autres tentes, et préserve donc mieux la dignité des réfugiés. On peut fermer les portes, il y a des fenêtres, de l’isolation. Cela offre une qualité de vie très différente à des personnes qui sont déplacées pour longtemps.[…] Le modèle est plus solide ; sur le long terme, cela revient donc moins cher pour le HCR d’investir dans nos tentes. »(2) Ces abris de fortune, déjà déployés par centaines dans des camps de réfugiés au Tchad, en Éthiopie et en Irak, offrent en réalité une « qualité de vie » bien plus précaire que ne le prétend le directeur d’Ikea. Les « fenêtres » dont ils parlent sont en réalité de simples bouches d’aération et avec une superficie de 17,5 m² pour 5 personnes, soit 3,5 m² par migrant(3) , il est plus approprié de parler de cellule que d’abri. La cabane Ikea est tellement « moins cher » qu’elle n’est même pas prévu pour résister au feu. Les autorités de la ville de Zurich et du canton d’Argovie, en Suisse, ont même annulé leur commande au géant suédois, en décembre 2015, après avoir réalisé des tests montrant que leurs cabanes étaient « facilement inflammables »(4) . L’ONU, peu rancunière, n’a pas rompu son contrat avec Ikea. Il faut croire que les ONG et les multinationales sont prêtes à faire feu de tout bois pour faire tourner le business de l’humanitaire.

Les supermarchés de l’ONU scannent les yeux des migrants

L’agence onusienne du HCR a ouvert en juillet 2012 le camp de Zaatari, à moins de 20 kilomètres de la frontière avec la Syrie. Il abrite aujourd’hui plus de 80 000 réfugiés fuyant la guerre civile(5). En janvier 2014, le programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) décide d’introduire dans le camp l’économie de marché. Fini les colis alimentaires, place à deux supermarchés concurrents : Safeway, un géant américain de l’alimentation, et Tazweed, une filiale d’un groupe koweïtien. « Le fait d’avoir deux supermarchés aux logiques commerciales affichées, dans lesquels vous pouvez, avec 1 dollar par jour, dépenser ce que vous avez et ce que vous voulez, a transformé les gens en consommateurs heureux » affirme Kilian Kleinschmidt, directeur de camp pour le compte du HCR entre 2013 et 2016, à un journaliste du Monde diplomatique(6). Même son de cloche chez Laith Al-Jazi, responsable du développement du groupe Tazweed : « Je pense que la concurrence est quelque chose de sain. Cela garantit les meilleurs services, les meilleurs prix pour les réfugiés, ou plutôt — laissez-moi utiliser ce terme — pour les bénéficiaires. » Une « concurrence » pas tout à fait loyale puisque ces deux supermarchés peuvent compter sur le soutien sans faille de l’ONU pour s’assurer le monopole du business sur le camp. Pour empêcher la circulation de cash sur le site et affaiblir l’économie informelle des vendeurs ambulants, le HCR a en effet autorisé la mise en place dans ces supermarchés d’un système de paiement par le scan de l’iris des migrants. Le principe est aussi simple qu’effrayant : à la caisse, le dispositif vérifie, grâce au balayage de l’iris, l’identité du réfugié, puis la solvabilité de son compte virtuel, crédité de 50 dollars par mois et domicilié dans une banque locale, la Jordan Ahli Bank(7). Pour vanter les mérites de ce nouveau service, le site du programme alimentaire mondial n’hésite pas, comme dans les publicités pour les banques et les assurances, à faire parler des « consommateurs heureux », comme une certaine Hana Herraki : « Maintenant, je ne m’inquiète plus quand j’oublie ma carte à la maison ou si je l’ai égarée. Chaque fois que je suis près de la boutique, je peux juste me présenter et prendre les aliments qui manquent à la maison »(8). Un engouement évidemment partagé par Imad Malhas, le directeur d’Iris Guard, l’entreprise qui fournit le dispositif et qui est par ailleurs domicilié aux îles Caïmans, l’un des paradis fiscaux les plus opaques de la planète : « Je suis fasciné par cette technologie. Vous savez, aucun être humain n’a le même iris, et, de plus, c’est la seule partie du corps qui reste la même tout au long de la vie. C’est beaucoup plus fiable que les empreintes digitales ». Et c’est aussi très rentable : Iris Guard perçoit 1% de chaque paiement effectué par les réfugiés(9). Pas sûr que les marchands de misère méritent autant de clins d’œil…

Le migrant ? Un produit spécifique.

Antoine Houdebine, directeur associé de la société Logistic Solutions, spécialisée dans la vente de conteneurs aménagés, est l’un des pionniers français du business de migrants. En octobre 2015, quelques mois avant les expulsions de la « jungle » de Calais, il remporte un appel d’offre de l’État pour installer un centre d’accueil provisoire(10). Interrogé en janvier 2016 par un journaliste du Monde diplomatique sur sa vision du marché du relogement d’urgence, qui ne concerne qu’une partie infime des expulsés de Calais, il vante « une expérience, une histoire française, du 100% français, à part les migrants, qui va complètement dans le bon sens »(11). Un an plus tard, face aux caméras d’Envoyé spécial, Antoine ne s’en remet toujours pas : « Calais, ça a été un one shot exceptionnel, une commande de deux millions pour une PME, c’est qu’une fois ! »(12). En un temps record, Antoine a livré 125 containeurs/dortoirs de 14 m² pour une capacité de 12 personnes, soit 1,16 m² par migrant(13). Pour accéder au camp, les réfugiés doivent s’identifier par un code d’accès et par la paume de leur main. Mais pas de panique, la préfecture du Pas-de-Calais assure qu’ « aucune empreinte ne sera stockée. Il s’agissait juste du système le plus pratique »(14). En bon propriétaire, Antoine, toujours devant les caméras d’Envoyé spécial, n’hésite pas à se rendre chez ses locataires pour une petite inspection des lieux : « Ça va à douze dans l’espace ? En tout cas, je vous félicite parce que le conteneur est très bien tenu ! » Une exception selon lui : « Le réflexe du migrant, quand il voit un trou dans la paroi, il bouche le trou ! Il croit que des souris vont rentrer alors qu’il y a une grille à l’intérieur ! Et les radiateurs, ils les mettent à fond vu que c’est pas eux qui payent ! Alors forcément, comme c’est très isolé et qu’il y a douze personnes dans le conteneur, il fait trop chaud ! » Il en viendrait presque à regretter ses anciens clients de l’armée : « Le militaire, lui, il a des règles, il est plus respectueux du matériel, il sait s’en servir. C’est un autre produit le militaire ! » Mais Antoine s’adapte, c’est un visionnaire : « Il y a 10 000 migrants et 100 départements, donc avec 100 camps de 100 migrants, on met 10 000 migrants organisés, rangés, propre. C’est 10€ la nuit. Donc ça fait 100 000€ par jour. » Et quand la journaliste d’Envoyé spécial lui demande si c’est bien moral de gagner autant d’argent sur la misère du monde, il balaie la question par une autre : « Est-ce que celui qui vend de l’aspirine doit gagner de l’argent parce qu’il exploite la misère des gens qui ont mal à la tête ? (…) Moi, je pense que les gens sont assez lucides pour comprendre que dès qu’on produit, on doit avoir une rentabilité. » Par peur de se rendre coupable d’incitation à des actes de barbarie en réunion et avec préméditation, le Poing ne vous propose pas de chute pour cette brève.

Un ancien député d’extrême-droite reconverti dans le marché de l’humanitaire

« L’office des migrations coûte trop d’argent et paye beaucoup trop pour des gens qui ne devraient pas être là »(15). Quand il était encore député de l’ancien parti d’extrême-droite suédois Nouvelle démocratie, au début des années 1990, Bert Karlsson n’y allait pas par quatre chemins : « Il y a des groupes parmi les réfugiés qui viennent pour une seule raison : tirer profit de la société et voler le plus possible ». Son parti prônait l’obligation pour les nouveaux arrivants de se soumettre à un dépistage du sida, le remplacement des allocations versées par des emprunts, l’expulsion de ceux qui se « comportent mal », la suppression du permis de résidence permanent, etc.(16) Parallèlement à ses activités en politique, Berl Karlsson est aussi un homme d’affaires redoutable : parc d’attraction, boite de nuit, télé-réalité, producteur de musique… aucun secteur ne lui échappe. C’est notamment à lui qu’on doit la fulgurante ascension du groupe de rock viking ultranationaliste Ultima Thule, adepte de la culture skin néonazi et de la suprématie blanche(17). Bert Karlsson n’est pas pour autant un homme buté, et quand il perd son siège de député en 1994 et que son parti se dissout en 2001, il revoit ses considérations sur les migrants. Désormais il pense que les Irakiens et les Syriens sont « des gens costauds, qui en veulent, qui cherchent à changer leur vie. Ce sont eux qui maintiendront le pays debout, en faisant les boulots dont les Suédois ne veulent plus »(18). En 2012, il rachète un ancien sanatorium à l’abandon au nom de la société Jokarjo et le rénove pour abriter des réfugiés, « je veux créer l’Ikea de l’accueil des réfugiés » promet-il. L’office national des migrations lui verse 32 euros par migrants et par jour et avec maintenant 60 centres ouverts, l’entreprise revendique un chiffre d’affaires d’environ 100 millions d’euros et un bénéfice de presque 10 millions.(19) Comme quoi il n’y a vraiment que les cons qui ne changent pas d’avis !

Une compagnie aérienne inciterait ses agents à frapper les migrants

Dans la soirée du 12 octobre 2010, l’angolais Jimmy Mubenga meurt dans un avion sur la piste atterrissage de Londres après s’être fait plaquer par trois agents de la compagnie de sécurité privé G4S chargés de veiller à son expulsion vers Luanda. Les trois agents font d’abord l’objet d’une enquête « en lien » avec le décès mais sont finalement acquittés et la mort restera officiellement « inexpliquée »(20). Le Home office (l’équivalent du ministère de l’Intérieur) rappelle tout de même, dans une circulaire distribuée à tous les employés de la compagnie, que la position dite du « carpet karaoke » (qui consiste à menotter quelqu’un assis et à appuyer sur sa tête pour qu’elle arrive au niveau de ses genoux) peut provoquer des difficultés respiratoires allant jusqu’à l’asphyxie(21). De nombreux témoignages de migrants dénoncent les pratiques violentes des compagnies aériennes, en particulier de celle de G4S. Pour Claire Rodier, juriste au groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), cité dans un rapport de Migreurop publié en juillet 2016, « la compagnie [G4S] inciterait les agents par la menace de pénalités financières, à faire usage de la violence lors des opérations d’expulsion. Ils expliquent que les migrants […] savent que les pilotes répugnent à voyager avec des passagers récalcitrants et que certains se manifestent bruyamment en espérant que le pilote refuse de décoller. Or un vol annulé coûte très cher, avec de lourdes répercussions pour la société de sécurité jugée responsable du contretemps. D’où la tentation, [pour les agents], de recourir à la force pour éviter les retenues sur salaire qui seraient infligées aux gardes n’ayant pas su ‘‘calmer’’ le trublion »(22). Alors, c’est quoi le pire, tuer un migrant parce qu’on est raciste, ou parce qu’on a peur de moins gagner à la fin du mois ?

« Tu sais combien je gagne avec les migrants ? La drogue est moins rentable ! »

L’Italie compte aujourd’hui plus de 175 000 migrants dont la plupart sont arrivés par la Sicile, qui héberge le plus grand centre d’accueil pour demandeurs d’asile d’Europe, le Cara de Mineo(23). Le camp est géré par la société Cascina, qui reçoit de l’État italien 29€ par jour et par migrant(24). Avec plus de 3 000 réfugiés sur le site(25), cela fait 31 millions d’euros d’argent public qui sont versés chaque année à cette société. Mais il est en réalité difficile de savoir précisément combien de migrants vivent dans ce camp puisque la justice soupçonne l’entreprise de faire artificiellement gonfler le nombre d’habitants du Cara de Mineo pour recevoir davantage de subventions(26). C’est ce qu’on appelle l’arnaque au badge : chaque migrant reçoit un badge à l’arrivée qui est censé être désactivé à sa sortie mais de nombreux départs ne seraient en fait pas déclarés. La justice pointe aussi du doigt la manière frauduleuse dont la société Cascina a remporté cet appel d’offre. Luca Odevaine, haut fonctionnaire italien chargé de la répartition des migrants sur le territoire, a en effet reconnu avoir touché des pots-de-vin de la part de Cascina, jusqu’à 20 000€ par mois, pour rédiger un appel d’offre taillé sur mesure(27). En épluchant les comptes de ce haut fonctionnaire, la justice italienne constate qu’il proposait aussi ses services à Sebastiano Buzzi, dirigeant de la société Eriches 29, qui gère plus d’une quinzaine de centres dans la région de Rome. C’est un ex-membre du groupe néofasciste Nuclei Armati Rivoluzionari et le bras-droit de Massimo Carminati, le parrain de Mafia Capital(28). Dans le cadre de l’enquête judiciaire, la police a dévoilé une vidéo en caméra-cachée de Sebastiano Buzzi où on peut l’entendre dire à son interlocuteur au téléphone : « Tu sais combien je gagne, moi, avec les migrants ? T’as une idée ? Le trafic de drogue est moins rentable… »(29). Devant les caméras d’Envoyé spécial, son avocat, Alessandro Diddi, ne peut plus grand-chose pour son client : « Les centres de réfugiés, c’est rentable, ne soyons pas hypocrites. Si Buzzi ou les sociétés françaises en Italie gèrent des centres, c’est exclusivement et uniquement pour gagner de l’argent, ce n’est pas par charité chrétienne. […] Si quelqu’un pense qu’on donne à manger aux migrants uniquement pour des questions de charité, alors je pense qu’on s’égare complètement »(30). Au moins, ça a le mérite d’être clair !

Jules Panetier, dessins de Titi

Sources :

(1) « Ikea lance la production de 30.000 abris en kit pour les camps de réfugiés », Le Figaro Immobilier, 30 mars 2015, lien.
(2) « Les réfugiés, une bonne affaire », Le Monde diplomatique, mai 2017, lien.
(3) « Ikéa défend ses cabanes face aux critiques suisses », Tribune de Genève, 19 décembre 2015, lien.
(4) « Les cabanes Ikea pour les migrants sont-elles inflammables ? », Le Point, 19 décembre 2015, lien.
(5) « 80 000 réfugiés entassés – Zaatari, le camp devenu ville », Paris Match, 7 mars 2015, lien.
(6) « Les réfugiés, une bonne affaire », Le Monde diplomatique, mai 2017, lien.
(7) « Payer en un clin d’oeil », Le Monde diplomatique, mai 2017, lien.
(8) « Le PAM lance le scan de l’iris dans le camp de Zaatari au profit des réfugiés syriens », fr.wfp.org, 6 octobre 2016, lien.
(9) « Payer en un clin d’oeil », Le Monde diplomatique, mai 2017, lien.
(10) « 125 conteneurs bretons pour les migrants de Calais », Ouest-France, 23 octobre 2015, lien.
(11) « Camp de réfugié à vendre : ‘‘très beau, pas cher’’ », Le Monde diplomatique, article paru en mai 2017, propos recueillis le 15 février 2016, lien.
(12) « Qui veut gagner des migrants ? », Envoyé spécial, reportage diffusé en janvier 2017.
(13) « Calais : un camp en dur inauguré au sein de la ‘‘Jungle’’ », Le Point, 11 janvier 2016.
(14) « À Calais, les migrants pas vraiment emballés par le camp de conteners », Libération, 12 janvier 2016.
(15) « Qui veut gagner des migrants ? », Envoyé spécial, reportage diffusé en janvier 2017, lien youtube.
(16) « En Suède, l’accueil des réfugiés est un business très rentable », Les Échos, 9 septembre 2016, lien.
(17) Kirsten Dyck, Reichsrock: The International Web of White-Power and Neo-Nazi Hate Music, p. 51, 3 octobre 2016, lien google books.
(18) « En Suède, l’accueil des réfugiés est un business très rentable », Les Échos, 9 septembre 2016, lien.
(19) « En Suède, l’accueil des réfugiés est un business très rentable », Les Échos, 9 septembre 2016, lien.
(20) Claire Rodier, Xénophobie business, La Découverte, 15 novembre 2012, pp. 21-25, sous-chapitre « G4S, les mercenaires de la sécurité migratoire », lien cairn.
(21) « G4S security firm was warned of lethal risk to refused asylum seekers », The Guardian , 8 février 2011, lien.
(22) Lydie Arbogast, La détention des migrants dans l’union européenne : un business florissant, Migreurop, Rosa-Luxemburg- Stiftung, Bureau de Bruxelles, p. 49, juillet 2016, lien PDF.
(23) « Italie. Dans un centre d’accueil pour migrants, la colère après la mort d’une jeune femme », Courrier international, 5 janvier 2017, lien.
(24) Lettre de l’ « Autorità Nazionale Anticorruzione Presidente » au « Prefetto di Catania » envoyée depuis Rome le 19 juin 2015, lien PDF.
(25) « A Mineo, en Sicile, le ‘‘paradis’’ menacé des migrants », Le Monde, 15 septembre 2015, lien.
(26) Lydie Arbogast, La détention des migrants dans l’union européenne : un business florissant, Migreurop, Rosa-Luxemburg- Stiftung, Bureau de Bruxelles, p. 60, juillet 2016, lien PDF.
(27) « Luca Odevaine, Mafia Capitale. Gip : ‘‘Intascava 20mila euro al mese per favorire cooperativa La Cascina’’ », Huffpost, 4 juin 2015, lien.
(28) « En Sicile, le ‘‘business des migrants’’ est plus rentable que la drogue », L’Humanité, 4 mai 2015, lien.
(29) « EXCLUSIF – Italie : ‘‘Mafia Capitale’’, le procès d’un vaste réseau mafieux à Rome », France 24, vidéo publiée le 1er avril 2016, lien youtube.
(30) « Qui veut gagner des migrants ? », Envoyé spécial, reportage diffusé en janvier 2017, lien YouTube.

Pour une autonomie féministe : appel à transformer la mixité

Texte trouvé sur “Paris Lutte Infos” (https://paris-luttes.info/). Ce texte, rédigé apparemment par des camarades autonomes parisiennes, au delà de certaines considérations qui sont propres à cette tendance, pose la nécessaire question du sexisme dans le déroulement des assemblées et des manifs. Les problèmes évoqués dépassent largement le milieu autonome et concernent finalement l’ensemble du mouvement social, radical ou pas. Saluons donc leur pavé dans la mare et leur volonté de s’organiser collectivement entre elles pour que leurs voix, idées et ressentis puissent apparaître égalitairement.

 

Pour une autonomie féministe :

appel à transformer la mixité

Ce texte est une forme de compte rendu de nos discussions et a pour objectif d’abord de vous décrire, à vous hommes cis, comment vos comportements, consciemment ou pas, peuvent perpétuer des dynamiques d’oppression et de domination sexiste dans nos milieux militants.

Ce texte a été résumé devant l’AG « Automne Autonome » qui a eu lieu mardi 14 novembre, et nous souhaitions le publier en intégralité ici.

Mardi 8 novembre, nous étions environ 25 à nous réunir en non mixité. Via des expériences différentes et sous des formes diverses, nous avions toutes quelque chose en commun : toutes, nous avons souffert et continuons à souffrir du sexisme et du virilisme présents dans nos milieux militants, celui-ci compris. A cause de cela, certaines d’entre nous ont décidé de plus militer qu’en non mixité et c’est un choix qu’il faut respecter : toutefois, nous souhaitions tenter collectivement de transformer la mixité pour en éradiquer toute forme d’oppression. Notre démarche est donc la suivante : ce texte est une forme de compte rendu de nos discussions et a pour objectif d’abord de vous décrire, à vous hommes cis, comment vos comportements, consciemment ou pas, peuvent perpétuer des dynamiques d’oppression et de domination sexiste. Nous espérons que cela provoquera une prise de conscience chez vous et une remise en question honnête et effective, ainsi qu’un effort de formation personnelle de votre part sur toutes les questions que nous allons évoquer. Dans un second temps, nous voulions aussi exposer les mesures concrètes qu’il nous faut collectivement mettre en place dès maintenant pour effectivement transformer la mixité.

Du sexisme ordinaire en AG

Nous ne voulons plus que les AG soient des espaces dans lesquels le décalage entre le temps de parole des hommes et celui des femmes est si important. Trop souvent, vous nous coupez la parole, chose que vous ne vous permettriez certainement pas face à un autre homme, dont la parole est automatiquement plus légitime. Vous camouflez votre refus de remettre en question votre privilège masculin derrière de pseudo excuses idéologiques : en refusant de mettre en place un tour de parole en AG sous prétexte que ce serait déjà du stalinisme, vous refusez d’investir la prise de parole comme espace de reproduction des oppressions. Car quand il n’y a pas de tour de parole, les personnes qui parlent sont celles qui parlent le plus fort : en l’occurrence, les mecs. Combien de femmes ont levé la main pendant 20mn lors de l’occupation de l’institut de géo sans jamais pouvoir prendre la parole ?

Nous ne voulons plus nous autocensurer en AG. Même en contexte d’AG dans lesquelles la prise de parole est plus apaisée, le problème persiste : à la dernière AG, au bout d’1h30 de débat, on comptabilisait 2mn30 de temps de parole par les femmes. Ce chiffre doit entraîner une remise en question de votre part : presque toutes, nous avons à un moment donné vécu cette situation où nous avions quelque chose à dire, à proposer, ou à demander, et nous n’avons pas osé. Nous voulons pointer du doigt le virilisme omniprésent, qui entraîne une absence totale de bienveillance, un principe pourtant fondamental dans nos espaces : en AG, il s’agit d’être fort, sûr de soi, d’être toujours pertinent ; plus on est viriliste et agressif dans notre prise de parole, plus on est respecté. Plus on fait ou propose des choses dangereuses et risquées, plus on est écouté.e, et une sorte de nécessité absolue de faire ses preuves semble s’être installée, qui rend d’ailleurs l’intégration de nouvelles personnes (homme ou femme) extrêmement difficile et toute massification impossible. Chacun.e doit pouvoir se sentir libre de poser une question, même stupide, de demander un éclaircissement, de parler d’une idée dont iel n’est pas très sûr.e. Nous devons réserver la méfiance, l’animosité et l’agressivité à nos adversaires, aux flics ou aux fachos, et construire des espaces profondément bienveillants entre nous : la camaraderie et la bienveillance sont des formes de résistance politique.

Paternalisme et virilisme : deux têtes d’un même système dans le cortège de tête

Nous ne voulons plus nous autoexclure du cortège de tête à cause de votre virilisme, sexisme ou paternalisme. Plusieurs types d’expériences sont ressorties de nos discussions : certains d’entre vous remettent en cause constamment, consciemment ou non, la légitimité de notre présence dans le cortège de tête. Vous nous faites comprendre par des regards, des gestes, des attitudes, que la place d’une femme n’est pas ici, que l’affrontement et la violence sont des choses réservées aux vrais mecs ; ou bien vous cherchez à nous protéger, car nous sommes visiblement le genre faible. Nous devons bien sûr toutes et tous nous protéger collectivement et être solidaires dans les moments d’affrontement ; mais il y a différentes manières de le faire et nous ne voulons pas de vos gestes paternalistes qui semblent nous dire « là, c’est trop violent pour toi, retournes à la cuisine ». Notre rôle dans le cortège de tête n’est pas celui d’infirmière, c’est un choix pour certaines d’entre nous d’être médics mais il ne nous est pas dû ; nous ne sommes pas là pour vous rassurer ou s’occuper de vos potes blessés ; notre rôle n’est pas de vous protéger car assignées femmes, si nous le faisons c’est par choix et convictions politiques que nous avons choisi d’agir collectivement.
Dans le même temps, cette déconstruction du paternalisme doit aller main dans la main avec la déconstruction du virilisme que vous reproduisez parfois et qui met tout le monde en danger : on en arrive à un climat permanent où le meilleur militant sera celui qui aura cassé le plus de flics et où courage est devenu synonyme de prise de risques – souvent inutiles. Si nous reconnaissons tou.te.s que parfois, la violence est une nécessité politique, nous refusons que certains d’entre vous la glorifient : la violence doit rester une arme politique et ne pas devenir une fin en soi. En effet, en faisant de la peur une honte, en transformant le fait de dire « non, je ne participe pas à cette action car j’ai peur » en une faiblesse, une lâcheté, un manque de courage, non seulement nous reproduisons le virilisme, mais en plus nous nous mettons en danger puisque dire non n’est plus possible ; chacun.e doit être conscient.e des conséquences juridiques, physiques ou morales que peuvent entraîner ses actes, et choisir d’agir en fonction de cela, et pas en fonction du regard des autres. En tant que femmes, nous ressentons d’autant plus fortement cette injonction à faire nos preuves dans le cortège de tête que notre présence dans cet espace est constamment remise en question, comme expliqué auparavant. De plus, nous ne voulons plus reproduire entre nous ces dynamiques de concurrence qui sont propres au capitalisme : l’anticapitalisme passe aussi par le refus de cette mise en concurrence permanente et intégrée.
Enfin, vous devez comprendre que virilisme et paternalisme par rapport à cette question de la violence sont deux têtes du même système, et que nous refusons à la fois vos injonctions à l’usage de violence obligatoire ET votre confiscation de la violence comme un moyen d’action qui serait plus naturellement masculin. Vous devez comprendre qu’en tant que femmes, la violence n’a pas fait irruption dans nos vies avec le cortège de tête, mais que nous la portons dans nos chairs depuis que nous sommes nées, et que nous nous sommes construites avec des rapports à la violence, au corps, à l’espace et à la peur qui sont différents des vôtres, notamment en raison de la menace latente et omniprésente du viol. Nous revendiquons donc à la fois un droit à la peur et au refus libre de tout jugement de valeur, ET un droit à l’usage de violence libre de vos tendances protectrices paternalistes. Nous sommes légitimes dans notre violence, vous y êtes confrontés tous les jours à cette violence du système, étatique. Mais nous, personnes assignées femmes, sans choix, nous subissons la violence patriarcale, sexiste, viriliste ; nous déligitimer des rapports de violence revient à nous déposséder de notre combat.

Culture du viol : agresseurs et violeurs, hors de nos espaces

Nous ne voulons plus être considérées constamment comme de potentielles conquêtes : plusieurs d’entre nous constatent que lorsqu’elles tentent de construire une relation de camaraderie militante avec un mec, certains d’entre vous se placent d’emblée et constamment dans un rapport de séduction, qui n’est pas forcément désiré de notre côté. Il ne s’agit pas de dire que le désir soit à bannir, mais bien que voulons être respectées et prises au sérieux dans notre statut de militantes, considérées comme des camarades avec qui vous allez accomplir quelque chose avant d’être considérées comme une personne avec qui vous voudriez potentiellement avoir des relations sexuelles/amoureuses. Nous ne sommes pas la copine de, l’amante de, nous sommes des militantes féministes qui faisons des choix dans nos vies. De plus, nous avons le droit à choisir d’avoir ou non une vie amoureuse, sexuelle qu’elle soit polyamoureuse, monogame ; aromantique, romantique ; sexuelle comme asexuelle ; Ce sont nos choix, nous n’avons pas besoin de vos jugements ou vos approbations.

Enfin, nous ne voulons plus subir vos agressions sexuelles, votre harcèlement, vos viols. Comment pouvez-vous vous dire antifasciste, antisexistes, parfois même proféministes et nous mettre des mains au cul en manif ? Comment est-ce possible que certains d’entre vous agressent et violent ? Tout le monde le sait et personne n’en parle : il y a bien des cas d’agressions et de viols au sein de nos milieux. Les agresseurs et les violeurs en question continuent à venir en manif, en AG, dans nos espaces militants ; c’est la victime qui s’exclut. C’est le moment où vous êtes en train de penser « c’est scandaleux, mais c’est pas moi, moi je suis pas comme ça » : c’est le moment de vous remettre en question. Vous n’êtes peut être pas un agresseur, mais combien d’agresseurs couvrez-vous ? Vous n’avez peut être jamais violé une femme comme on l’imagine dans les films, au fond d’une ruelle sombre, mais êtes vous sûrs que vous n’avez jamais imposé quelque chose à une femme sans avoir son consentement explicite ? Combien de fois avez-vous minimisé les actes de vos potes ? « Roh, ça va, il était un peu relou ok, mais elle le voulait toute façon ». Nous constatons que la prise de parole de la victime est impossible et que si elle y parvient, cela n’a aucune conséquence : l’agresseur peut continuer à fréquenter nos espaces en toute tranquillité, ses potes minimisent ses actes et le protègent, et une espèce de solidarité masculine se met même parfois en place, car nous savons que certains d’entre vous font circuler entre potes des noms de meufs trop féministes, qui cassent les couilles, « surtout elle faut pas aller la draguer après elle crie à l’agression direct ». Nous dénonçons donc vos viols, vos agressions (et ça commence par la main au cul en manif ou la drague super lourde en soirée de soutien antirep), et nous dénonçons aussi votre silence complice, votre shaming permanent des meufs féministes et votre incapacité à vous former et à vous remettre en question sur ces thématiques.

Toutes ces choses là, depuis le temps de parole en AG jusqu’aux agressions, font partie du même système d’oppression sexiste et ont toutes une conséquence commune : notre autoexclusion de ces espaces militants mixtes. Certaines d’entre nous ne vont plus dans le cortège de tête car masqué.e.s, elles ne peuvent plus reconnaître ceux qu’elles savent être des agresseurs, ou parce qu’elles décident de s’éviter le coût mental et émotionnel que représente le virilisme et le paternalisme cités auparavant. Certaines d’entre nous ne vont plus en AG mixte car elles savent que tel groupe de mecs qui parlent fort et font les gros bras seront présents. Certaines d’entre nous ne fréquentent plus les bars militants ou les soirées en squat car elles savent qu’elles devront faire face à des relous. Preuve ultime de cette dynamique d’autoexclusion : nous étions 25 en AG non mixte, nous sommes 6/25 à être présentes aujourd’hui en AG mixte. Il faut que tout ça change, non seulement parce que vous vous dites antisexistes, mais aussi parce que si ça continue, vous allez finir par vous retrouver tous seuls. Nous avons donc plusieurs propositions concrètes.

Nos propositions

1. Formez vous ! : de nombreuses ressources en ligne, des textes, des vidéos. L’excuse « je savais pas », c’est plus possible actuellement dans les milieux militants. Et formez vos potes ! Ne laissez plus passer les comportements relous, même quand c’est « pour rire ». Conférence gesticulée sur le consentement, réalisée par la compagnie Les culottés du bocal. Représentation le 11 décembre à 19h à la grande salle de la bourse du travail de St Denis, contribution libre. De plus, nous souhaitons vous rappeler que si nous avons décidé de vous expliciter nos opinions aujourd’hui et de vous conseiller des ressources de formation, nous ne sommes en aucun cas tenues de le faire, et nous n’avons aucune obligation d’assumer la charge organisationnelle, émotionnelle et mentale de votre formation. Lisez de la théorie, écoutez les femmes de votre entourage, posez des questions à vos amies concernées si vous avez un doute ! On vous distribue une liste de ressources et on les publiera avec ce texte sur paris lutte info. Ne vous taisez plus en cas d’agressions,

2. Tour de parole et tribune : nous souhaitions prendre en charge le tour de parole de cette AG, en nous donnant le droit de faire remonter des femmes avant des hommes si l’on constate une trop grande inégalité dans la distribution de la parole, et d’interrompre une prise de parole qui serait agressive/viriliste/sexiste, etc. Nous souhaitons qu’un tour de parole soit systématiquement mis en place en AG et nous voulons aussi rappeler l’importance de la bienveillance entre nous en AG, l’idée qu’il n’y a pas de question bête. Nous décidons aussi qu’à chaque AG, nous allons chronométrer le temps de parole pris par les mecs/les meufs et annoncer à tou.te.s le résultat en fin d’AG, en espérant que ce résultat s’améliore peu à peu. Nous voulons aussi préciser à l’intention des participant.e.s non mecs cis de l’AG que notre intervention n’est en aucun cas une injonction à prendre la parole qui leur serait adressée, mais bien une tentative de construction d’une ambiance bienveillante dans laquelle ces personnes pourraient, si et quand elles le veulent, prendre la parole sereinement.
Nous rappelons également à chacun qu’il est important de faire attention au temps de son intervention et aux répétitions inutiles, souvent le fait de mec cis (il a été démontré que même si dans une AG le nombre d’intervention mecs/meufs commence à s’équilibrer en chiffres absolu, le déséquilibre en terme de temps est plus difficile à résorber, les mecs parlant en moyenne plus longtemps que les meufs).

3. Nous proposons de réfléchir collectivement aux choses suivantes :

  • En cas de propos sexiste, inventer un signe silencieux pour inviter la personne à reformuler sa phrase ;
  • rappel régulier des temps de paroles ;
  • plusieurs personnes qui prennent les notes ;

4. Enfin, nous voulons rappeler que désormais, nous ne laisserons plus rien passer et construisons une vraie sororité entre nous, notamment contre les agresseurs. Nous avons constitué une liste mail non mixte (inscrivez vous sur la feuille si vous souhaitez la rejoindre) qui nous servira à nous organiser ponctuellement (par ex autre AG non mixte ou éventuellement actions antisexistes) mais aussi à faire circuler entre nous les identités des agresseurs pour nous défendre collectivement. Que chaque personne puisse venir nous voir en personne ou via la liste mail, en son nom ou anonymement, si elle a subi une agression.
Sachez que la parole de la victime/survivante est écoutée, elle primera toujours sur le reste.

Pour conclure, nous espérons que vous saurez comprendre notre démarche pour ce qu’elle est : avant tout la réponse à une urgente nécessité de nous protéger entre nous et de changer les espaces qui ne sont pas safes pour nous, mais aussi la volonté d’aller plus loin collectivement et de devenir meilleurs tou.te.s ensemble, car nous savons tou.te.s que la révolution sera féministe ou ne sera pas !

Liste de ressources pour se former :

Travail : l’enjeu des 7 erreurs

Article repris du site “DDT21” (https://ddt21.noblogs.org/).

 

Travail : l’enjeu des 7 erreurs

La confusion autour de la notion de « travail » est aujourd’hui croissante, et il nous a semblé important d’y revenir sur quelques points.
Une précision : sans nous priver de faire appel à des statistiques, nous ne pensons pas que le problème soit affaire de chiffres. Question et réponse dépendent d’une compréhension théorique. 1 Nous espérons que la réfutation des erreurs relevées ici aidera à comprendre progressivement par la négative ce qu’est le travail, avant que le dernier paragraphe en reprenne positivement la définition.

Erreur n°1 : « Le travail n’est plus central aujourd’hui »

Si un milliard d’êtres humains étaient pris dans une économie mondiale globale après 1945, quatre milliards le sont aujourd’hui et, quelque emploi qu’ils aient ou pas, ils sont entraînés dans l’orbite du travail. Le tiers-monde d’autrefois n’était « tiers » que par rapport aux deux autres, l’un dit capitaliste, l’autre dit socialiste. On parle aujourd’hui de « pays en voie de développement » et, dans une version plus optimiste, de « pays en développement », où les usines se multiplient sans pouvoir salarier tout le monde. 2

C’est le capitalisme comme système total qui crée la notion d’économie informelle, estimée en Inde à 90 % du marché du travail. Le salariat avec un « vrai » contrat concernant une petite minorité de la population mondiale, c’est lui qui fait classer à part l’immense catégorie de ceux et celles des prolétaires forcés de gagner leur vie par un travail informel. Sur un chantier, à Paris comme à Dubaï, au sein de la même entreprise respectable se côtoient des salariés en CDI, des « à statut » et des « sans statut », des précaires et des sans-papiers. Les multinationales qui fabriquent, extraient, transportent et bâtissent ont toutes recours à une main d’œuvre illégale ou hors régulation, y compris au cœur des pays dits développés. 3

La mondialisation est autant celle du travail que celle du capital.

De la fin du XIXe siècle au milieu du XXe, la « révolution électrique » avait rendu le travail plus productif, transférant les emplois de l’agriculture vers l’industrie et bouleversant les métiers. Vers 1960, aux États-Unis, 60 % des emplois n’existaient pas cinquante ans plus tôt, et 70 % des emplois exercés en 1914-18 avaient alors disparu.

La « révolution numérique », elle, tend à faire effectuer par des machines toutes les tâches répétitives, substituant systématiquement du capital au travail. Entre 1980 et 2007 en France, selon le ministère des Finances, 29 % des suppressions d’emplois industriels sont dues à des gains de productivité, seulement 13 % à des délocalisations, avec transfert d’emplois à revenus moyens dans l’industrie vers des emplois moins payés dans les services, et un double effet : précarisation et paupérisation. Ce qui pour le capital est économie de travail signifie toujours une force destructive pour la vie du prolétaire. L’industrialisation de la première moitié du XIXe siècle s’était traduite à la fois par des ouvertures d’usines ainsi que par une baisse des salaires, une migration forcée vers les villes et un chômage de masse récurrent. Un mécanisme analogue de création-destruction, aux effets dévastateurs, a été lancé à la fin du XXe siècle.

Après la paupérisation des premières décennies du XIXe siècle, il avait fallu des décennies de luttes violentes pour que l’Angleterre, puis les autres pays industrialisés, France, Allemagne, États-Unis, acceptent un compromis social : renoncement au travail le moins cher (limitation du travail des femmes, interdiction de celui des enfants), réglementation de l’embauche, réduction des horaires, droits syndicaux, assurances sociales, retraite, etc. Or, ce compromis avait une limite : si les protections acquises par les prolétaires secouraient le travailleur mis dans l’incapacité de travailler par la maternité, la maladie ou la vieillesse, elles ne lui garantissaient en cas de chômage massif et de longue durée qu’un revenu faible, voire dérisoire. Comme le déclarait en 1944 William Beveridge, pionnier du Welfare State en Angleterre : « Si le plein emploi n’est pas conquis ou conservé, aucune liberté ne sera sauve, car pour beaucoup elle n’aura pas de sens. »

La paupérisation contemporaine des travailleurs signifie-telle que le travail cesserait d’être central ?

La moitié de la population mondiale est devenue urbaine et, contrairement à l’exode rural d’antan qui transformait les paysans en ouvriers, très peu des ruraux déracinés désormais entassés dans les banlieues de Mumbai trouveront un emploi régulier. Cela n’empêche pas l’emprise du travail sur leur vie. L’obligation de se salarier pour vivre pèse sur celui qui n’a pas d’emploi comme sur celui qui a eu « la chance » d’être embauché. Les quartiers populaires de Dakar vivent chaque jour sous la contrainte de la dépense quotidienne : trouver le petit boulot qui apportera l’argent pour acheter à manger d’ici le soir. Une minorité de la population mondiale reçoit un salaire, et une minorité encore plus réduite bénéficie d’un contrat en bonne forme, avec salaire fixé – et dûment versé – et droits du travail relativement respectés : le salariat n’en domine pas moins.  Pour reprendre une formule situationniste, le travail est devenu plus visiblement ce qu’il était déjà essentiellement.

Étrangement, plus les spécialistes comptent de « révolutions industrielles » (ils en sont à la troisième, et certains en annoncent une quatrième), moins ils voient d’industrie, donc moins de travail. 4

Une étude étasunienne portant sur 702 métiers conclut que près de la moitié seront affectés par les effets du traitement automatique de l’information : la fabrication, le transport, bien sûr les tâches d’administration et de gestion, mais aussi l’enseignement, la médecine et le droit. Deux jours ont suffi à une machine pour analyser et trier 570 000 documents juridiques. E-learning et massive open online course permettent à un seul professeur d’enseigner à 100 000 personnes à la fois sur cinq continents. Tout ce qui est « routinisable » sera susceptible d’automatisation, jusqu’à un tiers des services, répète-t-on. 5 Plus prudents, d’autres experts évaluent à 10 % le nombre d’emplois menacés en France, tout en reconnaissant que la moitié des métiers en sortiront peu ou beaucoup transformés, celui de vendeur autant que ceux de mécanicien ou d’infirmier, et que le travail qualifié augmentera aux dépens du peu qualifié. 6

Cela ne signifie pas robotisation intégrale, mais forte baisse des emplois, sans qu’on puisse la chiffrer. Personne ne sait comment se fera en 2050 le transport maritime, ferroviaire ou routier du lieu de production jusqu’au supermarché.

On se gardera quand même du rêve (ou du cauchemar) d’un avenir où la machine rendrait l’être humain obsolète. Trier des dossiers est une chose, plaider dans un prétoire en est une autre. Les drones d’Amazon n’iront pas livrer partout. L’automatisation se heurte à des limites écologiques et financières. 7 Loin d’être léger et économe en énergie, le numérique absorbe 10 % de l’électricité mondiale. Tout considéré, un iPhone consomme autant de ressources qu’un frigo. Le robot n’est ni le diable ni un remède miracle, et un minimum de mémoire historique nous rappelle que la nouveauté surgit rarement là où on l’attend. Dans les années 1970, Philip K. Dick nous imaginait pilotant bientôt des voitures volantes individuelles, mais forcés d’atterrir pour trouver au sol une cabine téléphonique.

Il n’y a pas de déterminisme technique. Le calcul coût/bénéfice sera toujours social : le capitaliste n’automatise que si c’est rentable. Ce n’est pas la technologie qui détermine le niveau d’embauche, c’est l’impératif de productivité, et l’un des critères de rentabilité restera la capacité de maîtriser le travail et de briser ses résistances, voire ses révoltes. Le monde n’est pas régi par des machines, mais par des êtres humains divisés en classes, et un patron ne mécanise que s’il y gagne. Début XXe siècle, au Congo, mines et chemins de fer avaient recours à une « embauche massive de main d’œuvre africaine [pour] une raison simple : la sueur coûtait moins cher que l’essence ». 8  Mais une machine qui coûte plus cher aujourd’hui que la main d’œuvre équivalente, mais qui ne fait pas grève, se révèlera peut-être pour cette raison moins chère demain.

En réalité, ceux qui théorisent une fin du travail ne parlent pas de travail, mais d’emploi et de la mutation de ses formes. Dès ses origines, la société capitaliste, forcée par la concurrence à sans cesse renouveler ses conditions de production, a dû et su s’adapter à sa propre évolution, donc à faire évoluer son traitement du travail. Mais chaque étape a dépendu autant de la réaction du prolétaire à la technologie que de la technique elle-même. 9

Erreur n° 2 : « Le travail ouvrier est en voie de disparition »

On nous décrit un irréversible raz-de-marée dés-industrialisateur. Les usines, il n’y en aurait plus qu’en Asie, en Amérique latine, et maintenant en Afrique, par exemple en Ethiopie, « nouveau Pakistan », grâce à la délocalisation du textile chinois, l’ouvrier étant payé 50 $ mensuels à Addis-Abeba au lieu de 450 à Shanghai. Par contre, Amérique du Nord, Japon et Europe verraient le règne des friches industrielles. « Il suffit de regarder les chiffres ! ! » L’usine Peugeot de Sochaux, un temps la première de France par le nombre de salariés (40 000 en 1979), avec la plus forte concentration d’Ouvriers Professionnels, n’employait que 12 200 personnes en 2011. Aux Etats-Unis, 87 000 sidérurgistes produisaient en 2015 3 % d’acier de plus que près de 400 00 en 1980. 10 En France, selon l’INSEE, pour une population active passée de 21,5 à 26,3 millions entre 1970 et 2011, les salariés de « l’industrie » ont chuté de 5,6 à 3,9 millions, et ceux du « tertiaire » augmenté de 11,3 à 20,5 millions. Voilà en effet pour les chiffres, sachant la méfiance qui s’impose devant ces classifications. Par exemple, le manutentionnaire de Carrefour effectue des tâches manuelles qui sont celles d’un ouvrier mais se voit recensé dans le secteur tertiaire puisqu’employé dans le commerce. Sont généralement comptées dans « les services » des activités comme les transports, les télécommunications, l’énergie, le traitement de l’eau et des déchets, qui sont en fait proches de l’industrie. Si l’on ajoute ces secteurs à l’industrie manufacturière, entre 1975 et 2011, la part de la valeur ajoutée de cet ensemble dans le PIB français n’a guère varié, environ 30 % du total. 11

Au-delà des statistiques, le fait marquant, c’est la défaite de la classe ouvrière occidentale et japonaise, celle des pays industriels longtemps dominants. Europe, États-Unis et Japon ont quasiment démantelé les contre-pouvoirs que le travail  avait réussi à se donner dans l’automobile, les mines et la sidérurgie. La «  forteresse ouvrière » Renault-Billancourt a fermé en 1992. Un mouvement ouvrier n’est plus, avec sa relative autonomie par rapport au monde bourgeois, ses institutions spécifiques, une culture propre, une vie de quartier populaire, allant parfois jusqu’à constituer une contre-société. A deux pas de la Maison des Métallos, ouverte en 1937 dans le XIe arrondissement de Paris, c’était une conquête ouvrière que la fondation en 1947 par la CGT de l’« Hôpital des Métallurgistes » (son nom officiel jusqu’en 2006), et sa maternité pionnière de l’accouchement sans douleur. La Maison des Métallos est aujourd’hui un espace culturel, « le lien vers vos futurs événements », défilé, lancement de produit ou showcase, « à la croisée du quartier branché d’Oberkampf et de Belleville multiculturel », promet le site Internet du lieu. Le relatif succès du mouvement ouvrier a fait son déclin : protéger, défendre la classe du travail, c’était l’intégrer de plus en plus directement dans la société et lui faire perdre sa spécificité « ouvrière ».

Quoi qu’il en soit, les ouvriers auraient donc disparu, et si l’on en parle ce n’est plus que négativement : pour les plaindre quand une usine ferme, pour les accabler un soir d’élection en leur reprochant de voter FN.12 Or, pour revenir aux statistiques, dans les anciennes métropoles capitalistes, la désindustrialisation est largement un effet d’optique, dû aux cas de la France et de la Grande Bretagne, les deux pays européens à être allés le plus loin sur cette voie. Ce qui n’empêche pas l’Angleterre, septième puissance économique mondiale, de devoir encore plus d’un cinquième de son Produit National Brut à ses industries, dont l’automobile, qui emploie 150 000 personnes. 13 Elle fabrique aussi des éléments de haute technologie, par exemple l’aile de l’Airbus 360, et tient le deuxième rang mondial pour l’industrie aéronautique. Et l’énergie aussi est une industrie, pétrolière notamment, qui emploie 100 000 personnes en Ecosse.

Il n’y a pas deux capitalismes, l’ancien, « industriel », remplacé aujourd’hui par un second, financier, numérique ou virtuel.

On n’est pas passé d’une économie basée sur l’industrie lourde à une nouvelle fondée sur les services et la fabrication effectuée dans de petites unités « à taille humaine ».

Selon l’Organisation Internationale du Travail, en 2006, la population active mondiale comprenait 2,9 milliards de personnes (16 % de plus qu’en 1996), dont :

22 % dans l’industrie contre 21,5 % en 1996.

38 % dans l’agriculture contre 43 % en 1996.

40 % dans les services contre 35 % en 1996.

Cela ne ressemble guère à une « société post-industrielle ». Si entre 2000 et 2010 le nombre d’emplois manufacturiers dans les pays de l’OCDE a chu de 62 à 45 millions, en deux siècles, la proportion de la population mondiale employée dans ce secteur (5 %) est restée à peu près stable.

Sans oublier que le « secteur informel » échappe souvent aux statistiques, et qu’agriculture et tertiaire incluent beaucoup de travail qualifiable d’industriel.

L’organisation productive reposant sur une entreprise sans usines et des usines sans travailleurs relève de la science-fiction. Simplement, les filatures, les fabriques d’automobiles, les aciéries et les mines ne sont plus sous nos yeux. Autrefois, on voyait les usines géantes aux portes de Londres, Paris, Berlin, New York ou Turin, et les quartiers bourgeois se sentaient menacés par ce qu’on a appelé « la pince noire de l’industrie ». Fin XXe siècle, l’usine est devenue lointaine, outre-mer ou « invisible », pourtant elle existe, et les lieux de production ne correspondent pas à l’idée (ou l’idéal) du Small Is Beautiful.

L’industriel Walther Rathenau écrivait en 1909 que trois cents hommes dirigeaient l’économie européenne. Un siècle plus tard, dix armateurs contrôlent 60 % du transport maritime conteneurisé, et les AMAP ne font pas le poids face aux fermes à 850 000 poulets. Il y a toujours des usines géantes, tant s’impose une concentration accrue du capital, malgré la dispersion des « sites » et la sous-traitance.

Le capitalisme ne vit pas hors sol et ses structures n’ont rien de léger. Il construit de nouvelles usines, parfois au bord de friches industrielles, et une dématérialisation sans cesse grandissante, de la caisse de supermarché au guichet de banque en passant par le journal quotidien, exige un énorme appareil productif fait de centrales électriques, de mines, d’usines, de réseaux routiers, de ports et d’aéroports. Si à la façon de l’INSEE on définit les ouvriers comme les « travailleurs manuels d’exécution », 25 % des actifs français sont ouvriers, et non seulement l’industrie manufacturière, l’énergie, les transports, etc., en occupent beaucoup plus qu’on le dit, mais ces hommes et femmes ont une force de blocage – et potentiellement de bouleversement historique – aussi forte que ceux et celles d’autrefois. 14 C’est la soudeuse de Dacca et le camionneur sur l’autoroute A1 qui font tourner le monde, pas le geek d’Akihabara ou la consultante de la City. La bourgeoisie voudrait un travail mobile, malléable, fluide, aussi liquide que le semble l’argent : elle butte sur la matérialité du travail, c’est-à-dire sur le prolétaire.

Erreur n° 3 : « La « société salariale » est révolue »

Voisine des précédentes auxquelles elle emprunte beaucoup, cette troisième erreur a cependant sa spécificité : selon elle, certes, le capitalisme domine plus encore le monde qu’au temps de Marx ou Rosa Luxemburg, et il n’annule pas le travail, mais celui-ci s’exercerait de moins en moins dans le cadre du travail salarié. Nous vivrions sous un capitalisme omniprésent avec très peu de salariat.

Conséquence politique, si le salariat devenait caduc, la lutte pour son abolition le serait aussi, puisque le capitalisme, loin de le généraliser comme le croyait Marx, se chargerait lui-même de lui enlever sa réalité. La révolution prolétarienne étant périmée, l’émancipation de l’humanité passerait par le développement et l’extension de pratiques solidaires et coopératives que justement la faillite du salariat fait émerger un peu partout, à Detroit comme à Bogota, du potager communautaire au logiciel libre en passant par l’école autogérée.

Les tenants de cette thèse font valoir un certain nombre de faits : dans les pays et régions dites développées, la montée du chômage de masse, parfois quasi « héréditaire »; dans ces mêmes zones, la diffusion de l’individualisation et de l’auto-emploi et, malgré le déclin du Welfare State, la proportion croissante de personnes dépendant d’aides publiques ou d’œuvres caritatives; dans l’ex-tiers monde, des masses humaines dont les cultures vivrières ont été détruites, forcées de migrer vers des villes sans autre espoir qu’un emploi rare et de courte durée. Ces évolutions convergeraient vers une dissociation du revenu et du salariat. Une seule chose est pire qu’être exploité, écrit Michael Denning au début de La vie sans salaire, c’est de ne pas l’être. Si le capitalisme a longtemps coïncidé avec une salarisation de plus en plus étendue, il tendrait désormais vers un monde où une très faible proportion de l’humanité vivrait d’un salaire. 15

Il est vrai qu’une réalité dramatique pour le travail, mais aussi une contradiction pour le capital, c’est d’avancer aujourd’hui vers un point-limite où le salaire ne suffirait plus à reproduire la force de travail et avec elle l’ensemble de l’équilibre social. La même société qui repose sur le travail et soumet le temps hors-travail aux normes productives de l’entreprise, s’avère d’incapable de salarier plus qu’une minorité de la population mondiale. Qualifier les chômeurs d’armée de réserve industrielle signifiait qu’ils étaient en réserve avant une nouvelle embauche aux conditions relativement similaires à leur ancien emploi. Ce n’est plus le cas. Aussi le capitalisme organise-t-il des palliatifs. A la différence des secours et aides d’autrefois, le RMI (devenu RSA) français, imité dans divers pays, instaure un système permanent. Il ne complète pas le revenu en attendant un possible retour au travail : il assure un revenu quand travailler est de fait impossible. Comme par ailleurs le travail déborde l’espace-temps qui était traditionnellement le sien, et que parallèlement se développe l’auto-entreprenariat, l’addition de ces phénomènes entretient l’illusion qu’au XXIe siècle le travail ne prend plus la forme du salariat.

Mais qu’est-ce que le capitalisme ? l’achat par une entreprise de la force de travail de personnes forcées pour vivre de la lui vendre, et que l’entreprise emploie de façon la plus productive possible face à la concurrence d’autres entreprises. Là est la base du rapport capital/travail salarié, qui a pris et continue de prendre les formes historiques les plus diverses, l’embauche directe d’un salarié sous un contrat individuel garantissant sa paie n’en étant qu’une variante, la plus connue (et pas toujours majoritaire) des zones dites développées et riches. Au XIXe siècle, dans le tâcheronnage, pour une tâche spécifique, l’entreprise payait un ouvrier qualifié (après marchandage et enchères décroissantes, le patron choisissant le tâcheron le moins cher) qui embauchait lui-même une équipe de manœuvres qu’à son tour il payait le moins possible. Dans des mines d’étain de Cornouailles, c’était un chef de famille qui recevait une somme globale pour son travail ainsi que celui de sa femme et de ses enfants sur une veine particulière. Une sorte de sous-traitance s’exerçait ici, non entre deux entreprises, mais entre un patron et un travailleur (individu ou famille) chargé d’exécuter un travail, et tout autant soumis au patron que s’il en était directement salarié. Le salaire lui-même a été à la pièce, à la tâche, au rendement, au temps, et en ce dernier cas payé soit à la journée, à la semaine ou au mois (en 1969, seuls 10,6 % des ouvriers français étaient mensualisés 16 ).

Depuis deux siècles, sinon davantage, le renouvellement incessant des procédés techniques va de pair avec un bouleversement des modes de subordination et de rémunération des travailleurs.

Par exemple, si le télé-travail, signe supplémentaire de colonisation de nos vies par le travail, franchit les limites du lieu et des horaires de l’entreprise, il ne cesse pas pour autant d’être du travail… salarié, et d’ailleurs n’est pas près de se généraliser : l’atelier ou le bureau demeure le meilleur lieu où contrôler l’immense majorité des salariés et mesurer leur rendement, surveillance encore aggravée par l’informatique. Le cadre (mot largement disparu du vocabulaire, sans doute parce que trop « hiérarchique ») qui traite des dossiers dans le TGV ou le soir dans son salon le fait généralement pour un patron. A moins de baptiser consultant tout donneur de conseils, cette profession indépendante très à la mode ne rassemblerait tout compte fait qu’un million de personnes dans le monde. 17

Laissons le « créatif » qui invente un slogan publicitaire sous sa douche à 7 h et le vend à une entreprise à midi lors d’un déjeuner : son cas est ultra-minoritaire.

On voit aussi mal en quoi l’économie dite sociale et solidaire témoignerait d’une sortie de la société salariale, puisque son personnel (évalué à 1,8 million en France et 11 millions en Europe) se compose de salariés, et que les bénévoles n’apportent leur contribution gratuite que grâce à l’activité le plus souvent salariée qu’ils exercent ailleurs.

Quant aux auto-entrepreneurs, on en compte un million en France, et un quart de la population active étasunienne (plus d’un tiers des personnes nées entre 1980 et 2000) serait self-employed, avec 28 millions de small businesses, dont 20 millions n’emploient que l’auto-entrepreneur lui-même, le plus souvent à son domicile. Déjà presque tous blogeurs, tous troqueurs et acheteurs/vendeurs au Bon Coin, nous serions bientôt tous à la fois salarié et patron. Pourtant, pour la plupart, l’activité « en freelance » complète un autre job, et s’exerce presque toujours à temps très partiel.

Surtout, ces travailleurs prétendus indépendants le sont devenus sous la contrainte, forcés d’adopter un statut de « prestataire de services » qui permet à une entreprise d’externaliser le salariat. En France, seulement 60 % d’entre eux ont un chiffre d’affaires positif, c’est-à-dire « gagnent leur vie », dans des secteurs allant des médias et l’informatique à la restauration et au transport routier, tandis que les autres vivotent avec un revenu inférieur au SMIG. Pendant ce temps, l’entreprise au sens classique, grande, PME ou TPE, mène ses affaires. Uber réinvente le travail à la tâche : sans être juridiquement salarié, l’employé est soumis au patron d’une entreprise, et entre dans le rapport capital/salariat. Si changement il y a, c’est la tendance à l’effacement de la différence entre sous-prolétaire et prolétaire, entre « galère » et emploi relativement garanti. Même là où des conditions particulières avaient permis au travail de se protéger, à EDF par exemple, le capital réagit en multipliant les personnels hors statut et en recourant toujours plus à la sous-traitance (dont les salariés assurent 80 % des travaux en centrale nucléaire, notoirement dangereux).

C’est l’échange marchand entre du travail et une entreprise qui fait la spécificité de l’exploitation capitaliste, différente par exemple du fermage ou du métayage. De nos jours, le paysan forcé de vendre ses fraises au bas prix imposé par Carrefour est lui aussi sous la coupe du capital, mais sa dépendance passe par le produit de son travail : le chauffeur ubérisé est soumis à l’entreprise par son travail, et payé comme un salarié à la tâche.

Et c’est justement parce que nous vivons dans une société du travail et non du revenu que la somme accordée au bénéficiaire du RSA se doit de rester faible et très inférieure au salaire minimum. 18

Erreur n° 4 : « Le travail va éclater de l’intérieur » 

Aucune théorie sociale sérieuse ne nie le fossé entre détenteurs des moyens de production et ceux qui en sont dépossédés. Cette contradiction, le réformisme d’antan voulait la résoudre en associant le travail au capital : par des représentants du travail élus au parlement et présents au gouvernement (solution social-démocrate) ou par un capitalisme d’État (solution léniniste). Mais une troisième voie, inapplicable et très peu tentée en pratique, proposait de réaliser par en bas une « vraie » démocratie économique. Début XXe siècle, en Angleterre, un socialisme des guildes prônait une économie industrielle sous contrôle des travailleurs, et un État réduit à une structure fédérale émanant des guildes ouvrières, des associations de consommateurs et des collectivités locales.

Longtemps passé de mode, ce socialisme renaît sous une autre forme avec l’idée d’un capitalisme évoluant de lui-même de l’intérieur : lecture négriste des Grundrisse, « communs », éco-socialisme, économie collaborative… toutes ces théories partagent la vision d’une activité aujourd’hui encore capitaliste mais qui échapperait de plus en plus à la logique du capital, et d’un salariat en voie de caducité qui n’aurait qu’à faire exploser le travail (quoique imploser serait plus exact). Parallèlement, patrons individuels et dynasties bourgeoises ayant disparu (ce qui est faux), remplacés par des fonds de pension gérant l’épargne de millions de retraités, il suffirait d’une vaste mobilisation populaire pour transformer ces organismes en propriété collective investissant au service de tous.

En résumé, cette mutation du travail aujourd’hui génératrice de misère, il nous appartiendrait de faire en sorte qu’elle soit heureuse.

L’enveloppe qu’est le travail craquerait sous l’effet non pas de l’action des travailleurs, mais de la technique moderne qui entraînerait une tout autre façon de produire et de vivre, résumable en un mot : une e-autonomie, caractéristique de « l’économie de la connaissance » qui serait désormais la nôtre. Mais de quoi parle-t-on ? Et de qui ? La graphiste qui passe l’après-midi à détourer des photos afin d’aboutir à des publicités de biftecks pour Auchan n’a guère d’autonomie, et l’employé chargé de corriger des anomalies sur des numéros de Sécurité Sociale, qui saisit un numéro sur un écran, le grise puis le copie-colle 6 heures par jour, est loin d’un « travailleur de la connaissance » ou d’un « manipulateur de symboles ». 19

Paradoxalement, la fausseté de la thèse fait la force d’un programme qui présente l’avantage d’esquiver l’importun rapport de classe. Et d’oublier que le capitalisme est fondé sur la séparation bourgeois/prolétaire : il l’aménage, l’adoucit, la durcit, la contourne (les bourgeois ont changé depuis 1848, les prolétaires aussi), mais il ne peut la dépasser ou l’abolir.

L’attrait de cette thèse est de remplacer la contradiction capital/travail salarié par celle opposant au travail capitaliste contraint un autre travail aujourd’hui encore capitaliste mais supposé libérateur (celui autour des logiciels d’open source, par exemple), en délivrant le second du carcan du premier. Comme si se développait déjà au sein du capitalisme une activité non-capitaliste, voire anti-capitaliste, assez dynamique pour s’étendre et changer la société sans rupture révolutionnaire. Il existerait un communisme souterrain que nous ferions monter à la surface, tel que l’expose David Graeber, un communisme élémentaire, une sociabilité humaine fondamentale, présente en creux dans toutes les sociétés, et qui ne demanderait qu’à émerger, grâce à une multitude de pratiques solidaires de base : coopératives, boulangeries collectives, écoles et dispensaires autogérées, potagers communaux, etc., auto-activité plus forte que le capitalisme qui n’en serait que l’enveloppe. 20

On peut avoir envie d’y croire, comme d’imaginer que le Trèfle et la Pèche, respectivement monnaies locales de Périgueux et de Montreuil, associées à des milliers d’autres, auront un jour raison de la suprématie du dollar et du yuan.

Si une perspective si peu crédible séduit, et imprègne même quelques esprits radicaux, c’est qu’en l’absence actuelle de perspective révolutionnaire crédible, ces solutions donnent l’apparence d’une réalisation immédiate possible: réappropriation de la créativité, récupération du temps volé, espaces d’expérimentation à développer, tout un monde parallèle rival de la société dominante dont il est tentant de croire qu’il finirait par la remplacer grâce à une dynamique supérieure.

Une théorie subversive a pour caractéristique, écrivait Debord, d’être « parfaitement inadmissible » par son ambition de « déclarer mauvais […] le centre même du monde existant, en en ayant découvert la nature exacte. » 21

Au contraire, la critique partielle du travail obscurcit « le centre même du monde existant ». L’idée, exposée notamment par Krisis dans son Manifeste contre le travail en 1999, d’un travail devenu inessentiel, et d’un capitalisme ayant déjà entamé son propre dépassement qu’il ne s’agirait que d’achever, cette idée séduit par sa promesse de changement révolutionnaire sans révolution, et c’est ce qui la rend parfaitement admissible.

Le Manifeste contre le travail proposait comme objectif de « créer des têtes de pont » aboutissant à une « contre-société » afin d’« organiser le lien social lui-même » au sein de la société existante. 22 Curieusement, Krisis célébrait la mort du « vieux » mouvement ouvrier mais reprenait sa perspective d’ouvrir des brèches dans la forteresse patronale, puis de les consolider et de les élargir jusqu’à ce qu’éclate la domination bourgeoise. Sauf qu’aujourd’hui cette « contre-société » ne serait plus à construire dans l’entreprise, puisque l’ensemble de la société fonctionnerait comme « usine sociale ».

Il est peu étonnant que médias et universités aient fait le meilleur accueil à une critique qui s’en prend au travail mais néglige la propriété privée dans ce qu’elle a de structurant : la séparation entre ceux qui maîtrisent les moyens de production et les « sans réserves ». Car il est permis – voire encouragé – de tout critiquer, sauf le rapport travail salarié/capital, prolétaire/bourgeois.

Bourgeois… mot désuet. Alors que la bourgeoisie d’antan s’employait à se faire passer pour indispensable, celle de notre époque réussit presque à faire croire qu’elle n’existe pas, tant elle serait diluée, ayant muté en une oligarchie financière mondiale hors sol, ne résidant plus dans ses châteaux, toujours en vol vers une réunion ou un lieu de vacances. Rien n’a effacé pourtant la différence, et l’opposition, entre le groupe de ceux qui n’ont pour subsister que leur travail, et le groupe de ceux qui peuvent ou non acheter ce travail.

La contradiction fondamentale du capitalisme, c’est l’opposition prolétaires/bourgeois, non une « crise du travail » où le travail entrerait en contradiction avec lui-même ou avec sa base technique.

Erreur n° 5 : « Travailler tous pour travailler (beaucoup) moins »

Lorsqu’aux États-Unis après 1929 des usines pratiquaient la semaine de 30 heures (avec baisse des salaires correspondante), il ne s’agissait que d’un remède provisoire en attendant la fin de la crise. Les plans actuels de partage du travail visent un tout autre but : tirer la conclusion des évolutions technologiques et des gains de productivité, accentuer la tendance historique à la baisse des horaires effectués. Une semaine de 32 heures, c’est ce que proposent la CGT ou un parti réformateur comme Nouvelle Donne, mesure parfois associée à l’instauration d’un revenu universel de montant variable mais presque toujours inférieur à un mois de salaire minimum légal. 23

A supposer que de tels projets entrent un jour en pratique, ils laisseraient le travail salarié au cœur de la société. En moins oppressant, dira-ton. Pas sûr. La journée de travail, parfois de 12, voire 16 heures au XIXe siècle, souvent sur 6 jours, n’a progressivement diminué qu’au prix d’un travail densifié et intensifié.

En réalité, l’ambition d’un tel programme est qualitative : repenser la société sans la pression du travail, en reconnaissant le travail « gratuit » apporté quotidiennement par chacun de nous à la collectivité. Louable intention, mais dans ce monde, seul est vraiment considéré comme travail ce qui valorise un capital. Le reste vient après, en plus. Si « je travaille dans le jardin », c’est parce que mon travail salarié m’a permis d’acheter (ou louer) ce jardin et de me payer des outils. Le bénévolat dépend de l’argent ailleurs gagné par les bénévoles. Le monde associatif n’existerait pas sans le monde des entreprises.

Travailler tous pour travailler (beaucoup) moins, c’est déjà ce qu’envisageait Lafargue, mais, lui, de façon radicale, avec renversement de la bourgeoisie. Partant du principe que toute société doit produire, Le Droit à la paresse concluait qu’il était nécessaire et possible de répartir équitablement la charge de travail. Au lieu que l’un se tue à la tâche, que l’autre soit chômeur et le troisième oisif, travaillons tous 3 heures par jour comme le permet le machinisme. Coïncidence, le militant socialiste revendiquait en 1880 le même horaire quotidien que l’économiste bourgeois Keynes prévoyait en 1931 pour l’an 2000. 24

Deux siècles de domination capitaliste ont apporté assez de surprises pour nous préparer à de possibles nouveautés. La tendance séculaire à la diminution du temps de travail est indéniable, comme en parallèle la lutte acharnée des prolétaires pour la réduction de la journée de travail, lutte antérieure même à la Révolution industrielle fin XVIIIe siècle (Marx y consacre le chapitre X du Livre I du Capital). Mais cette réduction n’est ni linéaire, ni obligatoirement émancipatrice : en France, malgré les jours « libérés » par la RTT, peu de salariés ont vécu le passage aux 35 heures comme une grande conquête sociale, et beaucoup de patrons ont obtenu du personnel d’accomplir en 35 heures ce qu’il faisait en 39 ou 40. Qu’en serait-il avec 32 heures sur 4 jours… ?

Erreur n° 6 : « La raréfaction de l’emploi entraîne la critique du travail »

Anticipant en 1963 sur l’avènement de l’automation et de la cybernétique, James Boggs, ouvrier chez Chrysler et militant d’extrême-gauche, écrivait : « Il est clair que l’armée grandissante des chômeurs permanents signifie la crise ultime de la bourgeoisie américaine. […] L’automation remplace les hommes. Il n’y a là bien sûr rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que maintenant […] les hommes remplacés n’ont nulle part où aller. […] savoir quoi faire de ces hommes en surnombre rendus superflus par l’automation devient chaque jour une question plus critique.» 25

L’expérience historique a démenti cette prévision d’une «  crise ultime » : les masses de sans-travail mis en marge de la société n’ont pas formé la force révolutionnaire espérée par James Boggs, qui d’ailleurs n’excluait pas la possibilité d’un affrontement entre chômeurs et prolétaires avec emploi, ni d’une concurrence exacerbée pour des embauches de plus en plus rares.

Moins de dix ans après le livre de James Boggs, Simon Rubak affirmait : « La classe ouvrière est en expansion permanente », essor dont il attendait une intensification des luttes de classes favorable au prolétariat. 26

En sens inverse, quelques décennies plus tard, Michael Denning 27 n’est pas le seul à théoriser les populations en surplus, c’est-à-dire non plus les salariés mais les non-salariables, comme le sujet révolutionnaire de notre temps.

Alors, être « dans la production» ou ne pas y être ? Etre exploité ou ne même pas pouvoir l’être ?…

Faux débat.

Comme il peut, le prolétaire avec emploi réagit à l’exploitation, revendique, s’organise, lutte, mais il y a une différence entre résister au capital et le renverser : l’un ne conduit pas automatiquement à l’autre.

D’autre part, pas plus que la paupérisation généralisée, le chômage de masse ni la misère de plusieurs milliards d’êtres humains ne suffiront pas à produire la critique du travail.

S’il existe une « classe ouvrière mondiale » en formation ou déjà agissante 28 , nous serions naïfs de reporter le problème de Billancourt vers Chengdu, comme si les embauches massives là-bas compensaient les fermetures d’usines ici, comme si les OS de Foxconn allaient forcément accomplir au XXIe siècle ce que les métallos de Siemens n’ont pas fait cent ans plus tôt. La révolution n’est pas d’abord affaire de nombre, mais de capacité (et de volonté) du travail (ceux avec emploi comme ceux qui n’en ont pas) de se critiquer comme travail: elle est à la fois le prolongement de la lutte du travail contre le capital, et une rupture avec cet affrontement. L’abolition des classes passera par le terrain de la société de classes, et le dépassera. La contradiction est là. On n’y échappe pas.

Pour cette raison, il est également illusoire d’attendre maintenant un refus ou une désaffection généralisée du travail. Dans l’édition Spartacus de 1990 du Droit à la paresse, la couverture montrait des ouvriers sortant en courant de l’usine comme pour échapper à leur condition. Mais une fuite du travail socialement significative, à large échelle, ne pourrait advenir que dans une période « pré-revolutionnaire », et serait d’ailleurs un signe annonciateur très positif d’un ébranlement historique.

Erreur n°7 : « Le travail associé abolira le travail »

On peut supposer que nombre de lecteurs de ce texte partageront au moins une partie des positions que nous venons d’exposer. Notre dernier paragraphe soulèvera plus d’objections, car il va à contre-sens d’une opinion largement admise dans le milieu radical, ce qui n’est pas vraiment le cas des six « erreurs » précédentes.

Nous voulons parler de l’idée selon laquelle dépasser le travail (le travail salarié et le capital) serait mettre en œuvre une production associée communautaire. La révolution communiste devrait faire en sorte que la production serve les besoins humains, qu’elle soit décidée et menée en commun et – point essentiel – qu’elle calcule au plus juste le temps consacré à produire ce dont nous avons besoin, pour en réduire la durée au minimum possible, afin de dégager le maximum de temps libre.

Revenons au Droit à la paresse. Si un pamphlet rédigé en 1880 garde sa popularité plus d’un siècle après sa rédaction, s’il continue à trouver des lecteurs et des éditeurs aussi bien anarchistes que socio-démocrates, ex-staliniens ou communistes libertaires, c’est qu’il répond à une aspiration répandue chez des millions de prolétaires : produire en abondance par beaucoup moins de travail, grâce au machinisme (en 1950 grâce à l’automation, aujourd’hui à l’économie numérique) qui permettrait de réconcilier enfin liberté et nécessité.

Assoiffée de profit, la bourgeoisie privilégie le travail sur le temps libre. Libérés de la domination bourgeoise, les producteurs associés inverseraient la priorité.

« […] le Droit à la paresse n’est pas contre le travail, mais pour un bon équilibre entre travail et loisirs […] Lafargue n’est pas contre le travail, mais contre l’excès de travail. » 29

Au cœur de ce programme, il y a l’idée que le travail devrait et pourrait cesser d’être synonyme de coercition, de normes imposées d’en haut et de violence ouverte ou latente. Car telle est bien la vision du travail à la base de la plupart des pamphlets, tracts et affiches anti-travail jusqu’à ce jour, y compris les plus radicaux qui veulent rien moins que l’abolir, comme le classique Travailler, moi ? Jamais ! de Bob Black.30 Par conséquent, si travail signifie contrainte, nous nous en débarrasserons en créant une société de l’autonomie généralisée, individuelle et collective, où nous produirons sans patron, en organisant nous-mêmes l’activité productive.

Or, que le travail soit le contraire de la liberté, c’est certain. Pour autant, s’il implique effectivement soumission et servitude, il est aussi beaucoup plus, et cette définition du travail est tellement partielle qu’elle en devient fausse.

Le travail animé par un collectif de producteurs associés reste du travail, tant que l’activité ainsi autogérée demeure séparée de l’ensemble de la vie. Pour que cesse cette séparation, il faut s’engager vers des pratiques productives qui ne sont pas seulement productives, et qui rompent avec la comptabilité en temps, fondement de l’échange marchand et de l’argent. 31

La révolution ne s’empare de l’appareil productif (au sens large, incluant entre autres par exemple le système éducatif) que pour mettre fin à un mode de vie dominé par la production – c’est-à-dire par la productivité et la standardisation – en créant des activités non exclusivement productives. 32

Si ce point est le dernier traité dans ce texte, c’est qu’il a à voir avec ce que sera une révolution, avec ce que nous pourrons y faire : c’est donc le plus crucial.

G.D., 2017

(ce texte a pour origine la postface « Sous le travail l’activité », article du n° 4 de La Banquise en 1986, réédité par les éditions Asymétrie en 2016. Cette postface a été transformée et élargie pour englober les 7 « erreurs » ici analysées.)

NOTES :

1 Gilles Dauvé, De la Crise à la communisation, Entremonde, 2017, chap. 3, « Se défaire du travail ».

2 Nous ne reviendrons pas ici sur la mondialisation. La crise de 2008 a révélé la fragilité de ce que les bourgeois s’obstinent à présenter comme l’aube d’une ère nouvelle. Sur ce sujet :
Demain, orage. Essai sur une crise qui vient (2007),
Zone de tempête (sur la crise advenue) (2009),
Et De la Crise à la communisation (cf. note précédente), chap. 4 : « Crise de civilisation ».

3 Bruno Lautier, L’Économie informelle dans le tiers-monde, Repères, 2004.

Bruno Astarian, Les Bidonvilles forment-ils une planète à part ?, 2010.

4 Jeremy Rifkin, La Fin du travail, et Dominique Méda, Le travail. Une valeur en voie de disparition, parus l’un et l’autre en 1995. Également significative, l’évolution d’Alain Touraine, d’abord sociologue de l’usine, auteur de L’évolution du travail ouvrier aux usines Renault (1955), ensuite théoricien des « nouveaux mouvements sociaux » présentés comme typiques d’un nouveau capitalisme (cf. La société post-industrielle : naissance d’une société, 1969).

5 Carl Benedikt Frey, Michael A. Osborne, The Future of Employment : How Susceptible are Jobs to Computerization,2013.

7 Blog de Jean Gadrey sur alternatives-economiques.fr, 2015.

8 David van Reybrouck, Congo. Une histoire, Actes Sud, 2012.

9 Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Gallimard. Paru en 1995, la même année que les ouvrages de Rifkin et Méda (indiqués à la note 4), il est beaucoup plus pertinent.

11 Pierre Veltz, La Société hyperindustrielle. Le Nouveau capitalisme productif, Seuil, 2017.

12 Une idée courante veut que le vote ouvrier en faveur du PC se soit reporté vers le FN. C’est l’image récurrente de l’ouvrier inculte, borné et sans cervelle, avant-hier adorateur de l’URSS, hier « intégré » par la société de consommation, aujourd’hui xénophobe. En fait, à en croire les sondages, le « premier parti ouvrier de France » est depuis longtemps celui de l’abstention, et sur l’ensemble des ouvriers en France, un sur sept vote FN. On est loin de l’adhésion massive serinée par les médias.

13 21,8 % du PNB britannique étaient dus à l’industrie en 2012, pourcentage à comparer à celui des États-Unis : 22,1 % ; de la Chine : 46,9 % ; du Japon : 24,9 % ; de l’Inde : 26,3 % ; de l’Allemagne : 27,8 % ; de la Russie : 36,8 % ; et de la France : 18,5 %. http://www.therichest.com/rich-list/world/worlds-largest-economies/
Sur les pertes et créations d’emplois industriels aux États-Unis : https://fas.org/sgp/crs/misc/R41898.pdf

14 G.D. « Working Class Zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers américains », 2016.

15 Michael Denning, « Wageless Life », New Left Review, n° 66, November-December 2010. « La misère d’être exploité par les capitalistes n’est rien comparée à la misère de ne pas être exploité du tout », écrivait déjà en 1962 Joan Robinson pour en tirer d’autres conclusions – keynésiennes. L’article de Michael Denning expose ce qui sert de fondement aux diverses théories présentant les deux ou trois milliards de population « surnuméraires » ou « en surplus » comme l’agent du changement social à notre époque.

18 Montant du RSA en 2016 : à partir de 524 € pour une personne seule, 673 € s’il s’agit d’un parent isolé, comparé à un Smig de 1 150 € net.

19 Dans L’Économie mondialisée (1991), Robert Reich – plus tard ministre de l’Emploi sous Clinton – employait la formule plus neutre de symbol analysts, et faisait preuve d’une certaine lucidité, prévoyant que les heureux « manipulateurs de symboles » resteraient une minorité à côté des masses de « travailleurs routiniers ».
Quant à l’avènement d’une « société de l’immatériel », il est bon de savoir que chaque année, l’économie mondiale utilise autant d’acier que durant la première décennie après 1945.
Vaclav Smil, Making the Material World: Materials & Dematerialisation, 2014. Pour un condensé de ce livre : http://itemsweb.esade.edu/research/esadegeo/41MakingtheModernWorld_EN.pdf

20 Le baseline communism de Graeber est une des meilleures expressions de la théorie (parfois mise en pratique) des « communs ». Pierre Dardot et Christian Laval en font une bonne synthèse (favorable) dans un livre dont le titre donne le programme : Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, 2014.

21 Préface à la 4e édition italienne de La Société du Spectacle, 1979.

22 Manifeste contre le travail.
Pour une critique rapide des thèses fondées sur le concept de « forme valeur » : La boulangère et le théoricien. Pour une analyse détaillée de Marx et des théories autour de la valeur, Bruno Astarian, http://www.hicsalta-communisation.com/category/valeur, et L’Abolition de la valeur, Entremonde, à paraître.

23 Pierre Larrouturou, Dominique Méda, Einstein avait raison. Il faut réduire le temps de travail, Éditions Ouvrières/Éditions de l’Atelier, 2016.

25 James Boggs, « The American Revolution : Pages from a Negro Worker’s Notebook », Monthly Review Press, 1963.
Ouvrier chez Chrysler pendant plus de 25 ans, James Boggs (1919-93) a fait partie dans les années cinquante avec C.L.R. James du Correspondence Publishing Committee, un temps sur des positions voisines de Socialisme ou Barbarie, avant de militer avec l’aile radicale du mouvement pour les droits civiques.

26 Titre de son livre aux éditions Spartacus, 1972.

27 Sur Denning, voir note 15.

28 Wildcat, La Classe ouvrière mondiale, 2015 : http://wildcat-www.de/fr/fr_w98_wak.pdf

30 Travailler ? Moi, jamais !, 1985. Les tenants de la thèse assimilant le travail à une contrainte semblent douter de leur propre définition, puisque pour eux, même libérée du patron et du profit, l’activité productive devrait être toujours réduite à un minimum : c’est donc qu’elle est et restera une servitude dont l’humanité ne pourra jamais totalement se débarrasser. La différence étant que le capitalisme nous l’impose jusqu’à l’absurde, alors que les « communistes » d’un monde futur feraient tout ce qui est possible pour qu’elle n’occupe qu’une partie de plus en plus minime dans leur vie.

31 L’illusion d’un travail autogéré va d’ailleurs de pair avec celle de l’argent pouvant perdre sa réalité aliénante pour devenir un bien commun maîtrisé collectivement. L’idée que le travail cesserait d’être oppressif s’il était organisé en commun est aussi fausse que celle de croire que la monnaie changerait de nature en passant sous notre contrôle à tous, réduite ainsi à un simple instrument de mesure dont nous nous servirions comme on le fait aujourd’hui des kilogrammes ou des octets.

32 On ne développera pas ici des thèmes traités dans notre De la Crise à la communisation, chap. 5, « L’Insurrection créatrice », Entremonde, 2017. Et dans Bruno Astarian, Activité de crise et communisation, 2010.
L’idée que le communisme n’est pas institution, mais activité, a d’abord été exposée dans Un monde sans argent (OJTR, 1975-76), texte trop peu connu.

Les Contrôles de la CAF et de Pôle Emploi s’intensifient

Article repris du site “Exploités énervés” d’Alès (https://exploitesenerves.noblogs.org/). Contact : exploitesenerves(a)riseup.net.

 

Les Contrôles de la CAF et de Pôle Emploi s’intensifient

 

Depuis le début de l’année 2017, nous avons constaté une recrudescence des contrôles opérés par les services de la CAF. Ces contrôles souvent par courrier et parfois domiciliaires visent particulièrement les personnes soupçonnées d’être en couple, les parents isolés, les personnes en colocation… La CAF intensifie ainsi la chasse aux pauvres dans le but de faire des économies sur le dos de ceux-ci, de les pointer du doigt… A l’heure des paradises papers, on ne peut qu’être révolté de cet acharnement contre des personnes vivant au RSA avec moins de 500 euros par mois. Rappelons que le montant du RSA est de 480 euros pour une personne seule (et non 550 comme on le lit un peu partout. Cette somme est attribuée lorsque l’on n’a pas de domicile fixe), de 687 euros pour une personne avec un enfant et de 819 euros pour un couple avec un enfant (soit 273 par personnes pour vivre !). Que des politiciens, des responsables des administrations et des syndicats patronaux crient à la fraude est logique dans leur volonté de stigmatiser les plus pauvres et de baisser les budgets mais c’est totalement dégueulasse ! Comment parvient-on à vivre avec de telles sommes ? On se débrouille et si parfois on gratte un peu de sous et bien tant mieux, il faut bien survivre. Les attaques en règle contre les RSAstes et maintenant les chômeurs sont récurrentes. La future réforme de l’assurance chômage de Macron ira certainement aussi vers des baisses d’indemnités chômage, des contrôles accrus, des conditions plus difficiles à remplir.

Ce processus a déjà commencé puisque le service de contrôle de Pôle Emploi compte 200 agents et Macron veut multiplier ces effectifs par 5. Cela se concrétise par plus de contrôles et des obligations de plus en plus importantes. Nous avons aussi constaté une multiplication des contrôles de recherche d’emploi par le Pôle Emploi. Il faut alors justifier du nombre de coups de téléphone qu’on a donné à des entreprises, du nombre de CV et de lettres de motivation qu’on a envoyé, du nombre d’entretiens d’embauche qu’on a obtenu, des formations inutiles qu’on a fait… Comme si le problème était dans la façon et l’intensité de la recherche d’emplois dans une société en crise économique où le chômage bat des records ! Le problème, ce ne sont pas les fraudeurs ou le manque de motivation, ce sont les licenciements, les fermetures d’entreprises, les profits des capitalistes, la crise de leur système… Pôle Emploi nous dirige de plus en plus vers des formations ou des dispositifs qui lui permet de faire diminuer artificiellement les chiffres du chômage et nous impose un contrôle accru sur nos vies. Le dispositif Activ’Emploi qui est un service externe de Pôle Emploi, c’est-à-dire une entreprise privée. Ce dispositif met en place une plateforme internet qui tout en nous proposant des offres d’emplois déjà visibles sur le site de Pôle Emploi, en offrant des formations de base (rédaction de CV…), nous flique surtout en permanence sur nos ordinateurs personnels. Le temps que l’on passe sur son ordinateur, les démarches engagées auprès de potentiels employeurs… sont comptabilisés. En fonction de ce temps, des démarches faites, on « gagne » un certain nombre de points qui, comme dans un jeux vidéo, font avancer une barre de progression… jusqu’à remplir le contrat. C’est totalement ridicule mais ça nous bouffe la vie et ne sert absolument à rien. Plusieurs personnes se sont bien rendues compte de cela et ont refusé soit lors du rendez-vous de présentation soit lors d’un entretien avec son conseiller. Il semble que dans plusieurs cas, ces personnes se sont pris un contrôle de Pôle Emploi (ou même de la CAF) à la suite d’un tel refus. Y aurait-il un lien ? La direction de Pôle Emploi n’apprécierait-elle pas que l’on refuse ses dispositifs bidons. Dans tous les cas, il est tout à fait possible de refuser ces formations et dispositifs tant que nous n’avons rien signé. Si nous ne nous sommes pas engagés dans le PPAE (Plan Personnalisé d’Accès à l’Emploi) à suivre un tel dispositif, rien ne nous oblige à le faire. Pôle Emploi ne peut dès lors pas couper les indemnités chômage pour cette raison. Voir Recours-radiation : sujet sur activ’emploi.

Ainsi refusons le contrôle de nos vies par la CAF ou Pôle Emploi

Ne restons pas seul lors d’un contrôle domiciliaire

Organisons-nous contre les baisses de revenus orchestrées par l’Etat

Faites tourner l’info…

Convergences N°2, feuille d’info de l’Initiative pour la Convergence des Luttes de Caen

Vous pouvez télécharger “Convergences” N°2 ainsi que son supplément “4 pages” sur le passage des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun en cliquant sur les liens qui suivent :

CONVERGENCES N°2

Le supplément “4 pages” sur l’état d’urgence :

supplément Convergences N°2

N’hésitez pas à faire tourner dans vos réseaux.

ZAD-Cité des 3000 : la convergence des luttes en vrai

Repris du site de “Street Press” (https://www.streetpress.com/).

ZAD – Cité des 3000 :

la convergence des luttes en vrai

À Aulnay, les habitants se mobilisent pour sauver le Galion, une galerie commerciale promise à la destruction. Depuis plusieurs mois, ils peuvent compter sur le soutien d’une poignée de militants de Notre-Dame-des-Landes. Récit de ces échanges.

Cité de la Rose-des-Vents, Aulnay-sous-Bois (93) – « Dédicace à mes amis de Notre-Dame-des-Landes ! », lance de sa voix grave Hadama Traoré, au micro de la grande scène installée en bas des tours du Galion. Au pied du grand gaillard de 32 ans, une foule compacte. Plusieurs centaines de personnes ont répondu ce dimanche 28 octobre à l’appel du collectif La révolution est en marche, pour contester la destruction programmée du Galion, une galerie commerciale, cœur battant du quartier. Sur scène, personnalités et artistes montent tour à tour pour apporter leur soutien à la cause mais aussi réclamer la vérité sur la mort de Yacine, un jeune Aulnaysien décédé quelques semaines plus tôt. Dawala, le manager iconique de la Sexion d’Assaut est là. Quand Sofiane, le rappeur star du Blanc Mesnil, s’empare du micro, le public chauffé à blanc reprend en chœur le refrain de Mon ptit loup, l’un de ses succès vu près de 50 millions de fois sur Youtube.

À l’arrière du terrain vague transformé en showcase à ciel ouvert, une dizaine de zadistes emmitouflés dans leurs écharpes hochent la tête en rythme. Pour soutenir Hadama Traoré (link is external) et son combat contre la mairie, ils ont fait le déplacement depuis Notre-Dame-des-Landes. Dans les rues de ce quartier populaire d’Aulnay, depuis qu’une poignée d’habitants a mis les pieds dans le bocage le plus désobéissant de France, on commence peu à peu à savoir ce qu’est une zone à défendre (ZAD).

L’équipe au Galion. / Crédits : Facebook La révolution est en marche

FORÊT VS. CITÉ

Samedi 27 octobre, à la veille du concert, les habitants de la Rose-des-Vents déambulent autour des stands militants. Milo, comme il se fait appeler, se roule une clope tout en regardant une conférence gesticulée, sorte de théâtre politique, qui a lieu sous le préau du Galion. « On ne vient pas à Aulnay au nom de la ZAD, on a tous des raisons différentes d’être là », précise le zadiste de 23 ans au visage doux. Sourire aux lèvres, il s’amuse à imaginer les squats qu’il pourrait monter dans les logements vides aux fenêtres cassées qui l’entourent : « Moi, ça me permet de sortir de ma bulle, de voir ce qu’il se passe ailleurs. »

Un peu plus tard, on rencontre l’énergique Lisa, 44 ans, et la grande Sacha, 33 ans, dans un salon de thé où des chibanis, ces travailleurs immigrés retraités, tapent le carton. Par peur de donner le sentiment de s’approprier la lutte des habitants d’Aulnay, elles ont d’abord hésité à nous répondre. « On n’est surtout pas là pour donner des leçons, c’est avant tout une amitié qui s’est créée », prévient la plus jeune, originaire d’une banlieue au nord de Paris et vivant « sur zone » depuis cinq ans.

À Aulnay, les zadistes multiplient les rencontres grâce à Hadama qui les accueille à bras ouverts. Il les invite à casser la graine chez ses parents mais aussi chez la famille du jeune Yacine, décédé mi-septembre. Son corps a été retrouvé dans une cave, le pantalon baissé. Ses proches contestent la version officielle : un décès par overdose. Une enquête est en cours. Autant de rencontres qui permettent à ces habitants de zones rurales de découvrir des problématiques qu’ils ne connaissent pas tous. « Ça me permet aussi de dire à mes potes : “Regarde la gueule des bâtiments, regarde comment ils leurs parlent, comment ils les traitent. Tu comprends pourquoi on est énervés ?” », explique Sacha, qui a monté un collectif de racisés sur la ZAD.

Sa voisine, Lisa, raconte sa première venue dans la ville de Seine-Saint-Denis, le 25 mai, à l’occasion de la fête des voisins. « Il y avait plein d’enfants, un peu comme aujourd’hui, et on était les seuls blancs. Et puis il y a une espèce de porte-manteau en costard qui s’est pointé. » Il s’agit du député socialiste Daniel Goldberg, en campagne pour les législatives. Lisa, poursuit : « Hadama m’a dit “Tu vois pourquoi on veut la mairie ? Parce que ces mecs-là ne nous représentent absolument pas.” À Notre-Dame-des-Landes, on est en dehors des institutions, pourtant ici j’ai compris pourquoi certains pouvaient avoir envie de les prendre. Contrairement à eux, nous, on n’a pas besoin de dire qu’on est français. »

Le fondateur de La révolution est en marche (link is external), garde un souvenir amusé de cette fête des voisins. « Il y avait aussi les bailleurs sociaux qui sont passés faire du zèle. Je leur ai montré nos potes zadistes et je leur ai dit “Vous savez ce que c’est leur spécialité à eux ? Les ouvertures de squats” », se marre l’ancien gérant d’une antenne jeunesse.

Pour lui, aucun doute, les points en commun sont plus importants que les différences. « Alors, ouais, eux ils vivent dans leur forêt et nous dans notre cité mais ils ne votent pas, on ne vote pas non plus. Ils voient la politique comme de la merde, on voit la politique comme de la merde. Ils n’aiment pas les keufs, on n’aime pas les keufs. » Même son de cloche chez Lisa, pour qui les petites divergences ne sont pas un obstacle. « J’ai fait une petite remarque à Hadama quand j’ai vu tout le bleu, blanc, rouge sur le site de La Révolution en marche, parce que c’est vraiment pas notre culture. Mais je sais qu’on est sur des réalités très différentes », admet celle qui vient à Aulnay pour la quatrième fois.

DEUX MECS FEST NOZ

Retour plusieurs mois en arrière. Début avril, Hadama Traoré qui, avec son collectif, mène depuis deux ans de nombreux combats pour les habitants des quartiers populaires, est contacté sur Facebook par un occupant de la ZAD qui souhaite soutenir son combat. Le natif de la cité des 3000 à la carrure de sportif est au départ un brin déconcerté : « Dans ce quartier, on ne connaissait pas la ZAD ou alors on me disait “Qu’est-ce que tu vas faire avec ces gens qui prennent des champignons et qui ne se lavent pas?”»

Le militant écologiste lui envoie le lien du documentaire La bataille de Notre-Dame-des-Landes (link is external). « J’ai regardé et j’ai kiffé », rembobine Hadama. La vidéo, filmée en 2012, montre les affrontements entre les forces de l’ordre venues détruire les cabanes et les opposants au projet d’aéroport : « C’est la première fois que je voyais une émeute citoyenne, toutes les générations qui se mettent face aux policiers et qui essaient de discuter avec eux. C’est ça qu’on doit faire pour Yacine ! »

Le 28 avril, Hadama et le cofondateur du collectif La Révolution est en marche, Omar N’Diaye, répondent à l’invitation de leur contact zadiste. Ils prennent un train direction Notre-Dame-des-Landes pour célébrer un fest-noz, une fête traditionnelle organisée dans la zone humide. Les militants anti-aéroport prêtent aux deux mecs des 3000 un petit chalet construit au cœur de la ZAD. Pendant trois jours, c’est repas végétarien, visite des installations et danse bretonne. Quand on demande à ces potes d’enfance ce qu’ils ont retenu de leur week-end, ils n’ont qu’un seul mot à la bouche : « Magnifique ! ».

Omar, gardien d’immeuble et pur produit d’Aulnay, avait quelques a prioris. Il est revenu emballé : « Tout est bien organisé, bien construit. Ils produisent eux-mêmes leurs fruits et légumes, des buffets à prix libre, une bibliothèque en plein milieu d’une forêt… On a même croisé des migrants qui se sentaient mieux que dans les centres d’accueil car ils pouvaient cultiver la terre, un peu comme au bled. »

Un autre détail retient son attention… L’absence de policiers : « Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas de flics dans les quartiers, mais c’est beau de voir qu’ils règlent leurs problèmes eux-mêmes. En gros, ce sont des personnes libres. »

Les militants d’Aulnay à la zad. / Crédits : Facebook La révolution est en marche

« Les zadistes ont changé notre vie », renchérit Hadama, qui dit désormais s’inspirer de l’organisation horizontale découverte là-bas pour organiser ses réunions au Galion. « On est tous égaux, pas de chef ».

C’est d’ailleurs pendant ce séjour à la fraîche qu’ils prennent la décision de se battre pour ce large ensemble de logements traversé par une galerie marchande, que la mairie a prévu de détruire en 2018 pour y construire des appartements flambant neufs : « Les zadistes ont réussi à prendre 1.500 hectares à l’État et ils protègent ces terres. Ça nous a motivés de fou ! »

Second week-end de juillet, une petite délégation retourne à la ZAD. Hadama accompagné de deux autres Aulnaysiens et d’un élu de Tremblay participent à des conférences sur les violences policières et le racisme d’État en présence de plusieurs milliers de participants. « C’était encore mieux que la première fois », assure Hadama.

ÉCHANGE DE BONS PROCÉDÉS

Depuis cette première rencontre, les zadistes de NDDL et le militant d’Aulnay vivent leur idylle au grand jour. Le 22 mai, à la sortie d’un show de l’humoriste Zgary à Aulnay, Hadama se prend des tirs de flashball (link is external) dans la salle et se retrouve en garde à vue après avoir voulu porter plainte. « Tout le monde s’est mis à courir, les flics ont tiré un truc qui explose. J’ai dit aux habitants : “On n’a rien fait, arrêtez de courir !” On a voulu discuter et puis d’autres flics sont arrivés par derrière et nous ont chassés comme jamais. Moi j’ai pris trois balles [de flashball] dont une dans le dos », bouillonne le meneur de troupe. « Ça fait six mois qu’on fait un travail d’apaisement que personne ne fait en France et ils font ça. » Il met rapidement ses potes de la ZAD au courant. Ces derniers confectionnent une banderole « De la ZAD à Aulnay-sous-Bois, Solidarité-Révolution » et postent un message de soutien sur leur site (link is external).

« On a des forces de frappes différentes, complémentaires. On a besoin d’être ensemble si on veut vraiment faire bouger les lignes. Nous, ça fait dix ans qu’on se bat donc forcément on a accumulé des connaissances aussi bien en termes d’organisation qu’au niveau juridique. Autant les transmettre », complète Lisa. Les zadistes ont ouvert aux militants d’Aulnay, leur petit carnet de contacts dans les médias et ont filé le numéro de l’avocat de la ZAD de Bure, un spécialiste en droit de l’environnement et de l’urbanisme. Maître Etienne Ambroselli voit ces liens d’un très bon œil. « Ça fait longtemps qu’on parle de convergence des luttes, mais on a du mal à voir sa mise en oeuvre », commente l’homme de droit joint par Streetpress : « En soi, les deux luttes n’ont pas grand-chose à voir. À Notre-Dame-des-Landes et à Bure, il y a un rapport à la nature qui est spécial. Historiquement, la forêt n’est pas complètement asservie aux règles du droit. Mais ce sont aussi des endroits où les gens essaient de créer autre chose, et c’est également le cas à Aulnay ».

De la zad à Aulnay ! / Crédits : Facebook La révolution est en marche

OBJECTIF GALION VERT

L’avocat écolo fourbit ses armes : il a prévu d’attaquer la mairie d’Aulnay dès qu’elle obtient son permis de démolir. De leur côté, les membres de La Révolution en marche ont un nouveau projet, directement inspiré de la ZAD. Ils ont décidé de construire une ferme pédagogique sur le terrain de moto-cross abandonné de la Rose-des-Vents. Une manière de sensibiliser les jeunes au respect de l’environnement. Et pourquoi pas, à terme, un potager collaboratif qui permettrait aux habitants de cultiver leurs propres légumes. « L’écologie, c’est la base », affirme Hadama : « On ne veut plus de constructions en béton ici. À la place, il faudrait faire des réquisitions des nombreux logements vides. »

En attendant le Galion vert, le porte-voix de la contestation aulnaysienne prévoit de retourner à Notre-Dame-des-Landes dans les semaines à venir. « On va être cinq ou six cette fois. Forcément, plus on en parle, plus les gens ont envie de connaître », détaille le jeune père qui envisage d’y emmener sa femme et ses trois petites filles. « Une bonne idée pour les prochaines vacances en famille », complète son associé :« Bientôt ce sera un truc : les mecs des quartiers populaires iront à la ZAD. Ça va juste être normal. »

Toutes photos DR, utilisées avec l’aimable autorisation d’Hadama Traoré.

L’extrême droite cible les soutiens des migrants

Repris du site « Rapports de force (https://rapportsdeforce.fr/).

L’extrême droite cible les soutiens des migrants

Deux procédures judiciaires pilotées par l’extrême droite et visant des soutiens aux migrants ont atterri devant le tribunal de Nice. L’association, où milite Cédric Herrou, mais aussi Yannis Youlountas, le réalisateur du film Je lutte donc je suis, sont poursuivis en justice.

La citation à la barre plutôt que le maniement de la barre de fer. C’est, semble-t-il, la stratégie prise par une partie de l’extrême droite pour réduire au silence ou à l’inaction les soutiens aux réfugiés.

L’association Roya Citoyenne, qui vient en aide aux migrants dans cette vallée proche de la frontière franco-italienne, a été assignée en référé au mois de juin. Olivier Bettati, élu régional Front national, et Défendre la Roya, une association créée le 10 juin 2017, ont joint leurs efforts pour réclamer la dissolution de l’association de Cédric Herrou. Le 13 octobre, jour de l’audience à Nice, des membres de Défendre la Roya, accompagnés de militants du Front national et des Identitaires, ont déployé une banderole signée du nom de l’association sur fond bleu-blanc-rouge.

« Il y a eu des associations dissoutes par le passé, mais jamais à l’initiative d’un tiers », indique Me Mireille Damanio. « Les dissolutions sont le fait du ministère de l’Intérieur », explique l’avocate de la Roya Citoyenne, qui voit dans cette opération ayant peu de chance de réussir, l’envie de faire un buzz médiatique. « La Roya Citoyenne et Cédric Herrou sont déjà dans l’œil du parquet, s’il y avait eu matière à dissoudre, le procureur l’aurait fait », poursuit l’avocate qui a reçu des menaces de mort par courrier depuis qu’elle défend le dossier.

« Defend Europe » : des déboires au prétoire

Toujours à Nice, le cinéaste Yannis Yolountas et Jean-Jacques Rue, un journaliste satirique écrivant pour Siné Mensuel, sont convoqués le 18 décembre devant le tribunal correctionnel. Ils doivent répondre d’une plainte pour injures publiques et diffamation déposée par plusieurs militants identitaires de l’opération Defend Europe.

Pendant l’été, des groupes identitaires allemands, italiens et français avaient affrété un bateau en Méditerranée pour entraver le travail des ONG prêtant secours aux réfugiés. Leur navire, le C-Star, bloqué à Malte et Chypre, indésirable dans les ports tunisiens et en Sicile, est même tombé en panne au milieu de la mer. Durant tout l’été, Yannis Youlountas a relaté quotidiennement sur son blog les déboires des apprentis marins. Membre visible du réseau antiraciste et antifasciste Defend Méditerranéa créé à l’occasion pour faire capoter l’expédition du C-Star, il subit aujourd’hui les foudres des militants identitaires. Les plaignants réclament plusieurs dizaines de milliers d’euros de dommages et intérêts selon le comité de soutien de Yannis Youlountas et Jean-Jacques Rue.

La plainte, déposée à Nice comme pour la demande de dissolution de l’association Roya citoyenne, met en lumière le poids des identitaires dans les Alpes-Maritimes. Mais aussi leur influence au sein du Front national dans la région. Olivier Bettati a été débauché de l’UMP par Marion Maréchal-Le Pen. Celle-ci, partisane d’une union des droites, a accueilli parallèlement nombre de militants identitaires, dont Philippe Vardon, ancien cadre du Bloc Identitaire et étoile montante au sein du parti frontiste. Peut-être une des raisons d’une stratégie similaire de poursuite des soutiens aux migrants devant les tribunaux.

 

Pour complément d’info. Repris du site « La Horde » (http://lahorde.samizdat.net/).

Defend Europe contre-attaque en Justice

Désormais les « petits chefs » identitaires allemands, français et italiens de Defend Europe, humiliés et revanchards, poursuivent Yannis Youlountas, seul membre visible de notre réseau Defend Mediterranea, pour « diffamation » et « injures publiques », ainsi que Jean-Jacques Rue, journaliste satirique et ami de Yannis, pour avoir partagé et commenté l’une des publications de ce dernier.

Ils demandent des sommes colossales (plusieurs dizaines de milliers d’euros) non seulement dans le but d’engranger encore beaucoup d’argent, mais aussi de mettre en grandes difficultés ces deux militants aux revenus modestes. 
Le procès aura lieu le lundi 18 décembre 2017 à 13h30 au Tribunal correctionnel de Nice.

Une cagnotte de solidarité en ligne a été mise en place pour soutenir le financement des frais d’avocats, déplacements et saisine des témoignages par les huissiers : https://www.lepotcommun.fr/pot/hvfshv5n

Pour ceux qui ne peuvent pas utiliser ce procédé, vous pouvez éventuellement :

– soit envoyer un chèque à l’ordre du Cercle des poètes tarnais (ne rien ajouter sur l’ordre) à l’adresse suivante : ANEPOS, « Solidarité avec Yannis et Jean-Jacques », BP 10, 81540 SORÈZE

– soit faire un virement au Cercle des poètes tarnais en mentionnant « Solidarité avec Yannis et Jean-Jacques » dans le libellé.
IBAN : FR48 2004 1010 1606 9098 3K03 727
BIC : PSSTFRPPTOU

La lutte contre les identitaires de Defend Europe n’est pas terminée.

Soutenons nos camarades attaqués en justice et faisons de ce procès celui de cette opération lamentable, racoleuse et inhumaine.

Soutenons l’ensemble des réactions et luttes menées aujourd’hui contre ces idéologies racistes, ces politiques migratoires, et contre les frontières ! Qu’elles soient menées par les habitant-e-s et familles des migrant-e-s tué-e-s dans leur parcours (comme les manifestations férocement réprimées récemment en Tunisie), les réseaux de solidarité aux migrant-e-s, et les migrant-e-s elles et eux mêmes qui se révoltent et résistent continuellement au quotidien, ainsi que dans les camps, centres de rétentions, en Europe et dans les pays autour, au prix de condamnations ou de leur vie.

Un appel a été lancé pour riposter contre la manifestation « Défendons l’Europe » de Génération Identitaire, le 25 novembre, 15 h dans les rues de Paris. Nous en serons.

Non au fascisme, ni en Méditerranée ni ailleurs !

DEFEND MEDITERRANEA, 23 OCTOBRE 2017

Ordonnances contre le Code du Travail : Pour nous, sans-papiers, il est déjà démoli.

Repris du site « Paris Lutte Infos » (https://paris-luttes.info/).

Ordonnance contre le Code du Travail :

Pour nous, sans-papiers,

il est déjà démoli

Appel du Collectif des Travailleurs Sans-Papiers de Vitry à une manifestation devant le vendredi 17 novembre 2017 à 16h30 à la sortie du métro Créteil Préfecture, en direction de la préfecture.

Nous sommes 400 000 Sans-Papiers

Nous sommes des dizaines de milliers de travailleurs « Sans-Papiers ». Nous travaillons dans le Nettoyage, la Restauration, le Bâtiment, la Voirie. Sans droits, nous sommes obligés d’accepter n’importe quel travail, à n’importe quel salaire et congédiés n’importe quand. Nous servons de variable d’ajustement. Nous sommes bloqués dans cette situation. Nous sommes les plus précaires des précaires.

L’entreprise type qui nous emploie opère dans le bâtiment. Elle existe depuis moins d’un an et finira bientôt en liquidation judiciaire. Elle déclare zéro salarié. Elle nous paye en espèces et avec retard. Un retard qui augmente progressivement. Nous n’avons aucune adresse du patron et au bout d’un moment, son téléphone ne répond plus.

La politique du nouveau président ? Plus de dureté, la future loi passera le temps de rétention administrative, aujourd’hui de 45 jours, à 90 jours. C’est argumenté par la lutte contre le terrorisme, mais c’est nous que l’État terrorise pour qu’on accepte sans rien dire les conditions catastrophiques de travail et qu’on reste invisibles.
Mais il n’y a pas que nous qui avons des conditions qui se dégradent.

« Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants»

dixit Emmanuel MACRON.

Avant, le Contrat à Durée Déterminée (CDD) était encadré par le Code du Travail. Avec le CDI de chantier l’employeur est désormais maître d’employer aux conditions qu’il veut et libre de décréter la fin quand il veux. Les ordonnances de Macron s’étendent à toutes les professions. C’est désormais un CDI de « projet ». Un « projet » aussi vague que le voudra l’employeur qui pourra virer le ou la salarié(e) quand il le voudra. C’est en cela que le CD »I » devient « Indéterminé ».
Mais les « jobs existants » ne resteront pas pour autant inchangés. Les ordonnances prévoient que si un patron veut augmenter sa compétitivité, il peut changer les termes du contrat avec un syndicat conciliant et virer les personnes qui n’accepteront pas les conditions dégradées qu’il aura décidé. La motivation « Je vous vire parce que je veux gagner plus » rentre dans le code du Travail comme une cause réelle et sérieuse de licenciement. Et que ce soit sur le temps de travail ou les salaires, tout sera décidé (on n’ose pas dire « négocié ») au niveau de l’entreprise.

Demain tous entrepreneurs ?
Pour payer en dessous du SMIC horaire, il suffit de transformer le salarié en auto-entrepreneur. C’est ce qu’a fait DELIVEROO. La chaîne de livraison de pizza à domicile. Les livreurs ne sont plus des salariés, mais des « partenaires ». Leur paiement à l’heure a été changé en en paiement à la livraison. C’est cette mesure qui a occasionné la lutte des livreurs DELIVEROO de cet été.

Macron tient à ses 400 000 Sans-Papiers
Nous voulons dire qu’il tient absolument à ce que nous restions sans titre de séjour. En cela, il est dans la continuité des gouvernements précédents. En continuité en particulier avec la loi Cazeneuve applicable depuis le 1er novembre 2016 qui a durcie les conditions de régularisation. C’est d’ailleurs à cette époque que la préfecture a cessé de nous recevoir, en même temps que se réduisaient les possibilités de régularisation. Nous sommes maintenant confinés dans le travail illégal. Obligés de travailler avec l’amiante et le plomb. Appelés à 1h00 du matin pour travailler à 4h00, courant après nos salaires impayés.
Macron (et avant lui Sarkozy et Hollande) se sert de nous pour faire accepter l’inacceptable. Comme il se sert de la sous-traitance. Comme il se sert d’Uber, de l’intérim et du chômage.

La société qu’ils nous fabriquent pour demain, c’est 10 millions de chômeurs misérables en concurrence avec 10 millions de travailleurs au SMIC ou en-dessous et à 70h00 par semaine… Aux conditions qui sont les nôtres aujourd’hui… aux conditions des Sans-Papiers.
Et le mépris en plus. Tous le monde connaît les déclarations de Macron sur les « fainéants » ou ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du boulot à 150 km de là.

Alors battons-nous tous ensemble pour :
Régularisation de tous les sans-papiers, non aux ordonnances contre le code du travail !

Manifestation vendredi 17 novembre 2017 à 16h30 à la sortie du métro Créteil Préfecture, en direction de la préfecture

Collectif des Travailleurs Sans-Papiers de Vitry
e-mail : ctspv-94@gmail.com twitter : @ctspv94

Caen : procès et rassemblement de soutien à un camarade le 13 novembre

Info transmise par le collectif “Contre la Répression-Organisation Collective” (CROC) de Caen (contact : caenantirep@riseup.net).

Répression des luttes sociales : Solidarité avec un camarade inculpé à Caen.

RASSEMBLEMENT DE SOUTIEN :

Lundi 13 novembre 2017 à 13h

A la cour d’Appel de Caen, Place Gambetta

Dans ce climat de frénésie sécuritaire qui semble sans fin, tandis que l’état d’urgence passe dans le droit commun et alors que l’Etat français xénophobe continue d’expulser les migrant-e-s des squats et du territoire, et établit une mise en concurrence des précarités, leur justice s’attaque encore une fois aux personnes solidaires des luttes sociales.

Petit rappel des événements : Jeudi 19 mai 2016, lors du mouvement contre la « loi travail » et son monde, la manifestation arrivant à l’université se poursuit et le cortège remonte le campus, en direction du boulevard périphérique que 200 personnes parviennent à occuper temporairement jusqu’aux charges et gazages en règle de la Brigade d’Intervention de la police nationale et de la Brigade Anti-Criminalité. Voilà pour le contexte… En parallèle de cette manifestation, un membre de l’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions, qui n’était même pas présent sur les lieux, s’est fait interpeller en marge de l’Assemblée Générale Interluttes qui s’en est suivie. Après plus de 24h de garde-à-vue, cette personne a été convoquée en audience correctionnelle le jeudi 7 juillet 2016 et condamnée à une peine de trois mois de prison ferme pour organisation d’une « manifestation non autorisée » sur le seul témoignage d’un agent des Renseignements Territoriaux (ex-RG).

Acharnement judiciaire et policier ? Bien sûr que non… A tel point que cette même personne se fait interpeller le jeudi 9 février 2017 suite à l’expulsion du squat Drouet sur la Presqu’île et placée en garde-à-vue. Il est par la suite convoqué en procès pour « violences et outrages sur une personne chargée de mission du service public » sur la directrice du Centre d’Accueil et d’Orientation (C.A.O.). Il est alors condamné à une nouvelle peine de trois mois de prison ferme et une amende de 3 000€… alors même que leur vidéo-surveillance et des témoignages démontrent le contraire.

Caen, 25-29 octobre : semaine de solidarité avec/à “La Pétroleuse”

Caen : du 25 au 29 octobre, semaine de solidarité avec La Pétroleuse

 

Sur cette semaine, plusieurs activité auront lieu ( débats, concerts, causeries, spectacles, bouffes communes, dj sets, etc). L’idée de la semaine de solidarité c’est à la fois de rendre visible sur un moment commun différentes activités qui se déroulent à la pétroleuse, de récolter un peu d’argent pour faire vivre ce lieu, et également d’en refiler aux compagnons et compagnonnes qui subissent dans différentes villes les foudres de la répression. La moitié des bénéfices de cette semaine permettra de continuer les travaux, le reste ira à la lutte antirépression.

Depuis 8 mois, la Pétroleuse est ouverte et héberge des initiatives dans une perspective autogestionnaire. Pour cela, les travaux ont été considérables et sont presque finis : création de la salle de répètes/concerts, isolation, peinture, installation de la bibliothèque, etc.
Pour mémoire, la pétroleuse est un espace de lutte pour l’autonomie hébergeant des activités (concerts, causeries, projections, expositions, débats, cantines, spectacles, ateliers… ), des collectifs ( réunions, assemblée de luttes, infokiosks, bibliothèques…).

Pour nous soutenir et pour passer de chouettes moments, vous êtes les bienvenu.es à ces 5 jours d’activités : concerts, discussions, projections, cantines, ateliers.

Vous pouvez télécharger le programme de cette semaine spéciale d’activités en cliquant sur le lien qui suit : prog pétroleuse

Ils/elles ont un site :https://lapetroleusecaen.com/

9 libertaires en procès le 17 novembre à Poitiers pour occupation de voies ferrées… en 2016

Repris du site “Indymedia Nantes” (https://nantes.indymedia.org).

 

LOI TRAVAIL de 2016 : LA RÉPRESSION CONTINUE À POITIERS !

En 2016 s’est déroulée une importante mobilisation contre la loi travail dans toute la France : pendant plus de quatre mois, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue et ont fait grève contre le projet gouvernemental de casser le code du travail. La liberté de manifester a été mise à mal par une très forte répression – comme l’a reconnu lui-même le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, dans un communiqué du 19 juin 2016 où il faisait état de 1 800 personnes interpellées à cette date (dont une centaine déjà jugées et condamnées en comparution immédiate en trois mois). Et comme l’a constaté un rapport d’Amnesty International, qui a recensé 155 manifestations interdites en dix-huit mois et a rappelé que « manifester est un droit, pas une menace ».

A Poitiers, l’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires-CNT-UNEF-SGL avait appelé le 19 mai à une manifestation jusqu’à la gare, et décidé de mener alors une action d’occupation des voies ferrées en soutien aux cheminots en grève au plan national. Cette action a été réalisée avec succès par 400 à 600 personnes pendant près de deux heures, et elle s’est déroulée jusqu’à la fin dans le calme et sans aucune dégradation, selon les modalités décidées par l’intersyndicale 86. Puis la manifestation a repris son cours jusqu’au parvis de la gare, où elle s’est dispersée.

Or onze personnes désignées comme appartenant aux milieux anticapitalistes et/ou libertaires – milieux stigmatisés par les pouvoirs publics poitevins depuis les bris de vitrines et graffitis réalisés pendant une manifestation anticarcérale, le 10 octobre 2009 au centre-ville de Poitiers – ont ensuite été convoquées au commissariat de police le 28 juin, dans le cadre d’une enquête sur « des faits d’entrave à la mise en marche ou circulation d’un véhicule de chemin de fer et autres » après une plainte de la SNCF.

Nous, les onze personnes convoquées, dénonçons le ciblage politique qui a été opéré là. La police a en effet pointé dans la presse, quelques jours après la manifestation du 19 mai, la présence de « militants de l’ultragauche » dans ses rangs, et déclaré craindre leur violence ainsi que celle de « groupuscules radicaux extérieurs » – sans pouvoir bien sûr apporter la moindre preuve de ses dires, notamment concernant la violence… et pour cause : Poitiers n’en a connu aucune lors du mouvement contre la loi travail. De plus, l’appartenance de deux d’entre nous à l’union syndicale Solidaires 86 montre que les pouvoirs publics veulent faire un exemple en s’attaquant à des militants syndicalistes très actifs dans les luttes actuelles et passées.

C’est pourquoi nous avons déclaré à l’officier de police judiciaire et à la presse : « Que nous nous rendions ou non à la convocation au commissariat de Poitiers le 28 juin, nous ne répondrons à aucune des questions posées par la police et resterons déterminés, unis et mobilisés contre cette loi ! » Un rassemblement de 150 personnes – soulignant qu’elles aussi elles y étaient, sur les voies le 19 mai – a eu lieu le 28 juin devant le commissariat en soutien aux onze convoqués, dont les trois d’entre nous qui se sont présentés à la convocation. Mais l’« affaire » n’en est pas restée là : les huit autres personnes ont de nouveau été convoquées au cours des mois suivants, à tour de rôle interpellées à leur domicile ou à leur travail puis placées en garde à vue. Et maintenant, alors que la loi travail 2 de Macron va accélérer cette politique ultralibérale, il y a ce procès qu’un huissier est venu nous signifier, à neuf d’entre nous à ce jour, pour le 17 novembre au tribunal correctionnel de Poitiers, sous les inculpations d’avoir « pénétré, circulé, ou stationné, sans autorisation, dans les parties de la gare SNCF non affectées à la circulation publique » et d’avoir « refusé de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques, notamment de prise d’empreintes digitales et photographies nécessaires à l’alimentation et à la consultation des fichiers de police ».

Nous sommes opposé-e-s aujourd’hui à la loi travail 2 et à l’Etat d’urgence permanent comme nous nous sommes opposé-e-s hier à la loi travail et à l’Etat d’urgence.

Nous nous insurgeons contre la « sélection » opérée par la police pour exercer une vengeance contre certains milieux anticapitalistes et/ou libertaires poitevins en continuant de les harceler par des convocations au commissariat et des gardes à vue, jusqu’à ce grotesque procès.

Plus largement, nous ne sommes pas dupes de la manœuvre des gouvernants, qui cherchent toujours à distinguer partout, en France comme ailleurs, les bons et les mauvais manifestants et manifestantes, et nous luttons contre toute pénalisation des mouvements sociaux, toute tentative d’intimidation faite à l’encontre de personnes mobilisées contre la politique antisociale du gouvernement, et le fichage généralisé qu’il recherche.

HALTE À LA CRIMINALISATION DES MOUVEMENTS SOCIAUX ET À LA RÉPRESSION À POITIERS COMME AILLEURS !

Pour tout contact : soutien-poursuivies-poitiers(at)protonmail.com

Ouverture d’un squat pour les soudanais à Caen, chasse aux migrants à Ouistreham et liste des besoins matériels

Infos compilées et reprises du site de l’AG Contre Toutes Les Expulsions de Caen (https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/).

 

UNE CENTAINE DE MIGRANTS SOUDANAIS À LA RUE : ouverture d’un nouveau squat pour les accueillir

Suite à l’incendie, dans la soirée du 23 septembre, d’un de leur squat situé sur la presqu’île de Caen, une centaine de soudanais (dont près de 50 mineurs isolés), se sont retrouvés sans aucun abri. L’AG Contre Toutes les Expulsions de Caen s’est mobilisée et a organisé la circulation de l’information et appelé à la solidarité morale et matérielle envers les migrants. Une assemblée s’est tenue avec les soudanais le lendemain, juste à coté du squat incendié. Sous prétexte d’un risque d’effondrement du premier squat, la police a empêché les soudanais d’aller s’installer dans le deuxième squat situé juste derrière le premier, alors qu’un accès sécurisé était possible. Ce 2ème squat, un hangar désaffecté depuis des années,  a été ouvert il y a un mois et demi environ. Il accueillait déjà plus de 25 soudanais et offrait suffisamment de place pour mettre les autres à l’abri. Depuis sa porte en fer a été soudée par les autorités.

Voyant l’AG avec près de 80 personnes et plein de véhicules chargés de matelas et de couvertures et pressentant une probable installation de campement sauvage en pleine ville, la préfecture a lâché du lest et trouvé une solution provisoire d’hébergement pour 3 jours dans une salle municipale de Mondeville. Au bout des 3 jours, elle a proposé aux mineurs un hébergement de 15 jours à Houlgate (pendant lesquels la préfecture comptait enquêter sur leur identité et leur âge) et… le retour à la rue pour les majeurs. Les mineurs ont tous refusé d’aller à Houlgate, craignant d’être fichés et expulsés. Leur but est uniquement d’essayer de passer clandestinement en Angleterre. La plupart des soudanais se sont alors rendus à Ouistreham où police municipale et gendarmerie les harcèlent sans arrêt. Dès le lendemain, dans la nuit du 28 au 29 septembre, des dizaines de gendarmes leur donnaient la chasse, appuyés par un hélicoptère équipé d’un projecteur, dans un petit bois où ils essayaient de dormir. Jusqu’à quand et où ils furent pourchassés, nous l’ignorons. Le lendemain, épuisés, une trentaine de mineurs acceptaient le « séjour » à Houlgate.

Le dimanche 1er octobre, l’AG officialisait un nouveau squat pour accueillir au moins une partie des soudanais, malgré la présence de la police, dépitée de ne trouver aucune trace d’effraction et de ne pas pouvoir entrer dans le bâtiment.

Le squat est un petit immeuble situé aux 81-83-85 rue Calmette à Mondeville.

Les dons matériels (nourriture, couvertures, tentes, vêtements chauds et chaussures pour hommes) peuvent être remis à l’AG après contact (ag-contre-expulsions@laposte.net).

Pour les dons financiers, chèques à l’ordre de « Solidarité Migrant Calvados », à envoyer au même nom, au 16 Allée de l’Angle, 14200 Hérouville St Clair.

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Liste actualisée des besoins matériels pour les migrants soudanais

Bonjour,

Suite à l’incendie du squat des soudanais sur la presqu’île de Caen, Une chouette vague de solidarité a eu lieu, mais certains besoins plus précis restent pressants.

Ces besoins sont d’autant plus pressants que la situation sur Ouistreham où se relaient ces migrants est affolante. Le harcèlement par la police municipale et la gendarmerie est permanent. Il s’agit de les forcer à bouger sans arrêt pour les épuiser,

La mairie, sa police municipale, la gendarmerie font courir la rumeur qu’il est illégal de leur donner de la nourriture ou des vêtements.

Dans un bosquet où ils ont pris l’habitude de dormir, ils sont réveillés par les forces de l’ordre tous les matins à 4H, à coups de pieds et toutes les couvertures, bâches, duvets leur sont systématiquement confisqués en toute illégalité. C’est la politique du « Zéro abri », « Zéro nourriture », « zéro couverture » qui s’applique à Ouistreham comme à Calais ou à Dunkerque.

L’idée est double : essayer d’épuiser les migrants pour les chasser de là tout en épuisant les associations qui les aident en contraignant ces dernières à chercher sans arrêt des choses qui sont sans cesse confisquées par les forces de l’ordre (et ce alors que l’hiver approche désormais) !

Soyons clairs : La police municipale de Ouistreham et la Gendarmerie n’agissent pas ainsi de leur propre initiative. Elles obéissent à des consignes données respectivement par la municipalité et par la préfecture.

Une nouvelle encourageante toutefois dans ce sombre tableau : un Collectif d’Aide aux Migrants à Ouistreham (CAMO) a vu le jour. Ils et elles se lancent et ont besoin de participation, de coups de mains, de dons de nourriture, vêtements et couvertures, bâches etc… Nous invitons toutes les personnes solidaires vivant à Ouistreham ou dans les communes avoisinantes à ce mettre en relation avec eux et elles. Leur contact mail : collectifamo@gmail.com

LISTE DES BESOINS ACTUELS :

PRÉCISIONS IMPORTANTES :

Nous ne collectons que ce qui est sur la liste. Lisez la attentivement. Ne nous ramenez rien d’autre, cela ne ferait qu’encombrer nos maigres espaces de stockage et nous faire perdre du temps et de l’énergie en tri, voyages à la déchetterie ou transports des choses inutiles pour nous vers d’autres associations… Merci de votre compréhension.

Deuxième précision : les migrants soudanais ne souhaitent pas, pour la plupart, rester en France mais réussir à passer en Angleterre. Ils ne demandent donc pas l’asile ici.

Cela signifie qu’ils ne touchent aucune allocation et n’ont pas les attestations écrites des services sociaux qui permettent l’accès aux distributions alimentaires et vestimentaires effectuées par des associations humanitaires dans leurs locaux. Ils sont sans papiers, complètement hors cases administratives y compris pour les associations humanitaires. C’est pourquoi la situation de ces migrants est si tendue depuis l’incendie de leur squat et pourquoi l’AG collecte pour eux. Nous, on n’a pas d’existence légale, on ouvre des squats et les cases administratives, on s’en fout. Quelques rares associations de terrain passent cependant régulièrement filer de la nourriture. On profite de l’occasion pour les saluer.

Nous collectons en priorité :

Couvertures, plaids, duvets (même si la fermeture ne marche plus), couvertures de survie, bâches à œillets, ponchos imperméables

Mousses de camping

Grands sacs poubelles type 100 litres minimum (qui servent de protection de fortune contre la pluie)

Petits sacs à dos type rando ou scolaire : il en faut beaucoup car nous espérons que peut être, peut être, sans illusions, cela freinera la police municipale et la gendarmerie dans la confiscation illégale des affaires à Ouistreham si les migrants peuvent les mettre dans des sacs qu’ils serrent contre eux……..
Si ce n’est pas le cas une mobilisation plus politique et publique devra être mise en place !

Petites tentes type igloo, « 2 secondes » légères

Chaussures sans trous, uniquement des chaussures de sport, baskets, randonnées légères. Tailles entre le 40 et le 44.

AUCUNE chaussures de ville, mocassins, souliers etc…

VÊTEMENTS UNIQUEMENT POUR HOMMES :

Blousons d’hiver type parka, anorak, doudoune, veste en jean fourrée, bombers et K-ways

Chaussettes

Caleçon et slips neufs

Gants

Bonnets et casquettes

SVP, PAS de chemises, costumes, pantalons en velours, gilets en laine, affaires de femmes ou de bébés…

NOURRITURE :

Patates, oignons, pâtes, sauce tomate, thon, sardines, maquereaux en boites, riz, lentilles sèches ou en boites, fruits en sirop, confitures, sucre, sel, huile de cuisson, farine, haricots rouges, blancs et verts secs ou en boites, flageolets, petits pois et carottes en boites, fruits secs, pâtes à tartiner, café, thé, chocolats, biscuits, barres bretonnes, compotes, lait, œufs, pain de mie.

Privilégiez SVP la quantité à la qualité (eh oui…).

Produits d’hygiène corporelle :

brosse à dents, rasoirs, mousse à raser, shampoing et gel douche, savons en blocs ou liquide, dentifrice, cotons tiges, coupe-ongles, peignes, petits miroirs de voyage, brosses à linge, papier hygiénique, serviettes de toilettes

Produit de nettoyage :

balais, balais brosse, pelles à ordure, seaux propres, serpillères, eau de javel, éponges, sacs poubelles, crèmes à récurer, produits vaisselle, sopalin

ARGENT :

Cela permet les dépannages d’urgences et de combler les manques par rapport à ce qui est collecté directement en nature. Chèques à l’ordre de « Solidarité Migrants Calvados » à envoyer au même nom au 16 Allèe de l’angle, 14200 Hérouville St Clair.

NOUS COLLECTONS AUSSI DE MANIÈRE NON PRIORITAIRE:

Petites plaques de cuisson électriques

Bouilloires électriques

Bougies

Bassines propres

De quoi constituer des petits kits pour les petites blessures : pansements, compresses, désinfectants, sparadrap, pommades à l’arnica, pommades pour les petites brûlures, paracétamol, petits ciseaux, épingles à nourrice, pinces à épiler

Chaises et trétaux

Petits meubles de rangement, petites étagères

Lampes de chevet

Gamelles DE COLLECTIVITÉ de grande contenance

VOUS POUVEZ DÉPOSER VOS DONS  TOUS LES VENDREDI DE 16H30 À 18H AU 16 RUE DU CLOS DES ROSES À CAEN.
SOIT, si ça n’est pas possible pour vous le vendredi, en contactant l’AG (ag-contre-expulsions@laposte.net). Merci de faire tourner ces informations dans vos réseaux.

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Si nous laissons le pouvoir traiter les migrant-e-s comme du bétail, faut pas s’étonner qu’il finisse par nous traiter de la même manière.
Défendre la liberté et la dignité des migrant-e-s, c’est toujours aussi, en même temps, défendre la nôtre.
La solidarité est une force. Merci à tous-tes les donateurs-rices.

Caen, le 02 octobre 2017.

“Convergences” N°1, feuille d’info de l’Initiative pour la Convergence des Luttes de Caen

Repris du site de l’Initiative pour la Convergence des Luttes (ICL) de Caen (http://convergencedesluttescaen.neowordpress.fr/).

Le premier N° de “Convergences”, leur feuille d’info locale.

A télécharger au format PDF en cliquant sur le lien suivantConvergences N°1

Et pour télécharger le supplément pratique glissé dans la feuille, c’est là : Supplément convergences N°1

Un aperçu de ce qui vous attend…

2016 n’aura pas lieu

Trouvé sur “Paris Luttes Info” (https://paris-luttes.info/)

 

2016 n’aura pas lieu

 

Une brève analyse de la situation actuelle du “mouvement” parisien en vue d’aboutir à une perception commune.

 

Le printemps 2016 est à la fois un souvenir puissant, source de motivation et d’inspiration et une impasse aujourd’hui. Nous ne cessons de l’invoquer dans nos actions et dans les textes qui y appellent. Il est souvent question d’agir dans « l’esprit » du mouvement contre la loi travail, de retrouver les intensités indiscutables qui s’y partageaient alors. C’est son ombre qui plane au dessus de nos dernières interventions, et qui par contraste ne crée plus que des frustrations. Il nous faut accepter que 2017 est bien en train d’avoir lieu.

Tout au long du dernier été, nous parlions avec impatience du mouvement social de cette rentrée. Cela allait de soi qu’une loi travail 2 ne pouvait qu’entraîner la suite de ce qui avait commencé l’année précédente. Après les difficultés que nous avions éprouvé à construire des mouvements sans les syndicats, que ce soit après le viol de Théo ou contre les élections présidentielles, et malgré les appels répétés à « imposer notre propre temporalité », nous espérions le retour de quelque chose de massif, de pluriel, à la façon de ce fameux printemps. Force est de constater au bout d’un mois de mouvement qu’il n’y a pas de mouvement. Si les syndicats endossent leur rôle de pseudo-négation de l’ordre en organisant des défilés à répétition, personne ne croit sincèrement à une quelconque victoire. Dans les facultés, les trotskystes les plus véhéments tentent de nous faire croire à une énième parodie de mouvement en créant des comités de mobilisation dans lesquels personne ne croit, pas même eux. Au milieu de ça, le cortège de tête patauge dans une pâle imitation de lui même, tourne en rond dans des pratiques qui, si elles ont pu montrer leur efficacité en leur temps, relèvent aujourd’hui d’un manque d’imagination et de considération stratégique. On est vraiment en train de forcer. Nos pratiques deviennent hors-sol, déconnectées, et nous empêchent d’avancer sur une perception commune de la situation qui nous permettrait d’entamer un réel travail de composition, de ré-imagination de nos pratiques. Prenons l’exemple de Nantes , ou occupant-es de la ZAD, jeunes déters habitué-es du cortège de tête et syndicalistes sincères se tiennent ensemble et tentent de réinventer leurs pratiques à chaque manif : création d’un mur, de véritables bâtiments, mettant un geste performatif au simple slogan vide que l’on scande habituellement pour s’auto-persuader « Et la rue elle est à qui ? Elle est à nous ». A Paris, les « Siamo tutti antifascisti » qui se répètent en chaîne déprimeraient une boîte de prozac. La critique légitime du cortège merguez-saucisse-ballon pourrait se transformer en critique du cortège kway-fumi-lacrimo, tout aussi déprimant et répétitif.

Une des raisons de cette inertie est la nouvelle stratégie de la préfecture qui consiste à tenir à distance la police, nous empêchant d’affronter la matérialisation de notre ennemi. En s’invisibilisant ainsi, le pouvoir nous laisse face à nous même, nous mettant au défi d’exister autrement que comme sa négation. Il réalise l’exploit de nous contrôler sans même avoir à s’adresser à nous. Lors de ces dernières manifestations, les rues nous appartenaient. Les macdos, banques et autres symboles du capital auraient pu être réduit en miettes, mais le sentiment de danger que produit cette répression diffuse a quasiment réussi à elle seule à nous en empêcher. Quand nous sommes passés devant, les locaux du « Monde » ont été à peine effleurés, alors qu’il est clair que ce torchon a joué un rôle considérable dans l’élection de Macron, et qu’il était une cible symbolique évidente. Voilà une piste qui pourrait peut être être exploitée : étudier les parcours de manifestations en amont pour attaquer des cibles précises nous permettrait au moins de parler de quelque chose en particulier, de véhiculer du sens, au lieu de chercher sans cesse la police, de stagner dans l’émeute pour l’émeute. Les années 70 italiennes ont connu ce genre pratiques : on attaquait tel local d’entreprise qui avait viré des copain-e-s, on explosait les vitres de tel siège syndical qui avait balancé des militant-e-s aux autorités.Toutes ces pratiques se réalisaient hors des parcours bien tracés et soumis aux dispositifs de nos manifestations. Remettre ces dernières au goût du jour serait aussi ne plus se centrer sur la manifestation syndicale, mais au contraire accroître notre puissance autonome, tout en donnant vie au slogan “grève, blocage, sabotage/manif sauvage. On pourrait d’ailleurs faire un parallèle avec ces fameuses « années de plomb » : les ami-e-s italien-ne-s disent combien il est difficile pour elleux aujourd’hui de dépasser ces années 70 qui furent si riches en intensités. Illes y reviennent sans arrêt, et ont du mal à développer quelque chose qui les dépassent. Même si le printemps 2016 est en comparaison une pure anecdote, il y a quelque chose du même ordre qui se joue en ce moment ici. Une autre raison est que beaucoup d’énergie est dépensée dans l’antirep, chaque action se soldant de plusieurs arrestations. Il faut reconnaître que les peines prononcées contre les inculpé-e-s du quai de Valmy sont dissuasives. On remarque également que le mouvement ne « recrute » plus grand monde, et même perd de ses composantes en raison entre autres de problèmes de sexisme, de virilisme. Si nous apparaissions comme un espace désirable pendant le mouvement, ce n’est plus tellement le cas aujourd’hui. Il y a bien des syndicalistes qui nous rejoignent pendant les manifs parce que leurs cortèges morbides les asphyxient (sauf solidaires, plein de bisous les copain-e-s), mais cette tendance est en baisse. L’occupation cette semaine de l’institut de géographie illustre bien ce constat d’impuissance. Ce n’est pas tant, comme on a pu l’entendre, un manque d’organisation et de préparation qui en a causé l’échec, mais plutôt un manque de sens, d’évidence commune que l’action était porteuse de quelque chose. Beaucoup d’entre nous ne se sont jamais vu y dormir, ne se sont pas senti investi de cette initiative. Cela tient en parti à cette impression de déjà vu, de déjà raté.

Ceci n’est pas un appel à laisser tomber les pratiques que nous héritons du printemps 2016, mais à ne pas se morfondre dans la nostalgie de son souvenir. Tout était plus ou moins facile alors, et la lecture de la situation assez claire pour qu’elle soit commune à quasi tout le mouvement. Aujourd’hui, il faut accepter que les paramètres ne sont plus les mêmes. Les inimitiés latentes entre les composantes du milieu, vieilles parfois de plusieurs années, rongent toutes les initiatives et les interventions. Il nous faut nous y confronter et sortir de nos fréquentes attitudes de poseurs, bloqués dans des identités politiques hermétiques et en concurrence. Il ne s’agit pas d’uniformisation mais de composition. Pour augmenter nos forces, il nous faut reprendre des actions quotidiennes de terrain : cantines, infokiosques, rencontres et situations en tous genre que nous savons parfois créer.

Soutenir, multiplier et approfondir les brèches creusées dans l’ordre établi qui se sont établies depuis le mouvement (squats ; lieux légaux ; salles occupées dans les universités, cycles de conférences et séminaires révolutionnaires, etc)Il nous faut nous inscrire dans des stratégies de moyen-long terme, et sortir de cette prison de l’urgence, de la réaction permanente à l’actualité. Prendre des lieux pour prendre le temps, loin de l’adrénaline et de l’excitation sans fin du printemps. Sinon, ce mouvement ne mènera que vers une décomposition de nos forces, un épuisement certain, une lassitude déjà commune à beaucoup d’entre nous.

Ceci n’est pas un programme, mais un énième pavé jeté dans les marécages du mouvement.

4013 poursuites ou condamnations politiques en France en 19 mois…

Trouvé sur le site “Front Social Uni” (https://www.frontsocialuni.fr/).

Au moins 4013 poursuites ou condamnations politiques en France en 19 mois…

Liste NON COMPLETE des procès, condamnations, poursuites, discriminations et sanctions sur les 19 derniers mois à l’encontre de 4013 militant-e-s, manifestant-e-s, grévistes et syndicalistes…

  1. 26.02.Mulhouse. J. Moreau, CGT PSA retraité ; 750 euros d’amende, outrages loi travail.
  2. 3.03. Clermont-Ferrand. G. Chanut CGT FAPT Cantal. 3 mois mise à pied
  3. 4.03 Saran Amazon. Menace de licenciement, militant FO
  4. 6.03. inspection du travail refuse licenciement militante CGT/ Emirates
  5. 9.03. Beaucaire. S. Polinière, CGT, 300 euros : FN “parti raciste et xénophobe”10.03 Rennes 9 mois ferme zadiste lanceur de patates
  6. 10.03. Montpellier. Procès10 militants Las Rebes protection zone verte
  7. 12.03 Lyon. 2 condamnations manif 9.03 loi travail, 6 mois ferme, 6 avec sursis
  8. 12.03. Mulhouse ; 12 BDS condamnés
  9. 17.03. Metz. 5 interpellés, 2 CGT 500 euros. Appel, relaxe ; 26 mai, appel parquet.
  10. 22.03 Paris 15. Poste. S. Barroux Sud. 6 mois mise à pied requis
  11. 22.03 Anglet Poste. Licenciement B. Boisseaux CGT
  12. 23.03 Valence Convoqué/distribution tract anti nucléaire
  13. 24.03 Besançon. Syndicaliste étudiant « intrusion au lycée » manif. 17 mars.
  14. 24.03 Guyane. Révocation délégué péniteniaire FO, suspension 2 militants
  15. 31.03 Dijon, 2 et 3 mois ferme
  16. 31.03 Amiens : 2 militants CGT « violences avec arme » : œufs en manif .
  17. 31 ma, Le Havre, Manifestation 4 du Havre
  18. Avril. Levallois-Perret. 22 conseils disciplines, lycée L. de Vinci loi travail
  19. 3 av. Rennes.1 syndicaliste frappé à terre par policiers.
  20. 4 av Nantes, 1 mois ferme, montre ses fesses à manif loi travail
  21. Avril Lille soutien aux Roms de Loos : inculpé violence avec arme… son vélo
  22. 6.04 Lille. 13 militants CGT CHRU Lille convoqués commissariat pour syndicalisme
  23. 6.04 Aubervilliers. OPH. Mise à pied militante CGT CHSCT
  24. 7.04 Bonneville : condamné pour hébergé famille de Kosovars déboutés de l’asile
  25. 10.04 Paris. Poursuite d’un lycéen pour dégradation volontaire
  26. 11.04 Nantes, 2 lycéens prison avec sursis et TIG
  27. 12.04 Rennes Procès 12 manifestants. 9 prison avec sursis
  28. 14.04 Montpellier condamnation d’un lycéen jet de pierre TIG
  29. 15.04 4 mois sursis manif non organisée anti-corrida à Rodilhan
  30. 17.04 ERDF poursuit commune de Macaire opposée au compteur Linky
  31. 19 Av. Bordeaux. P. Poutou et 3 syndicalistes dégradations au Salon de l’auto
  32. 20.04 Guyane Mesure disciplinaire Henriette inspectice travail CGT
  33. 22 av Rennes 9 condamnations prison sursis, bannissement et 2 mois ferme
  34. 22 av Nantes 2 Comparution immédiate violences, outrage, rébellion
  35. 22 av. Lille. 2 CNT contrôle judiciaire violences manif loi travail
  36. 22 av, Lot. licenciement 2 militants CGT Lot Aide à Domicile activité syndicale
  37. 27 av Rennes : CGT PSA Rennes, 2 mois ferme « rébellion » manif loi travail.
  38. 28 av Transdev, Nancy, licencié pour grève contre loi El Khomri.
  39. 28 Av. Paris Dirigeant CGT RATP arrêté
  40. 28 av. Clermont-Ferrand. CGT refus signer procès verbal CHSCT
  41. 29 av Clermont-Ferrand: Antoine, CGT occupation Conseil Municipal
  42. 29 av Bobigny : Procès, 2 syndicalistes, blocage port de Gennevilliers loi travail
  43. 29 av. Nantes 10 comparutions immédiates, 1 et 2 mois ferme
  44. 29 av Rennes 6 et 8 mois ferme
  45. 30 av Paris 6 et 10 mois ferme pour violences lors de manifestation
  46. Mai. Tricastin, Centrale nucléaire, militants CGT pneus brulés
  47. Mai Chapelle d’Arblay, Filpac, Interrogatoire RG ; CGT “veut” sequestrer
  48. 05. Meaux. Poursuite 2 militants associatifs mise à l’abri deux réfugiés
  49. 2.05. Marseille. 5 et 6 mois ferme, jets d’objets en manif
  50. 3.05 Paris Jamel 10 mois sursis Loi travail
  51. 3.05 Paris Baffé 15 jours sursis 4 mois d’interdiction de manif Paris
  52. 4.05 Paris. Marc Lycéen en comparution immédiate
  53. 6.05 Nantes. 3 comparutions pour violences, outrages.
  54. 11.05 Montluçon, procès L. Indusiak, secrétaire CGT Allier, diffamation
  55. 12.05 Caen. 4 poursuites pour avoir occupé la CAF
  56. 12.05 Nantes, 7 comparutions pour violences, outrage, rebellion…
  57. 12.05 Marseille Militant cheminot radié de la SNCF pour son activité
  58. 13.05 Bordeaux, 3 condammnations pour manif, 1 mois prison avec sursis
  59. 13.05. Nantes 5 comparutions pour violences, outrages
  60. 14.05 Nantes. lycéen pour tentative d’homicide d’un policier.
  61. 17.05 Lille, Antoine 3 semaines fermes de préventive. 10 mois avec sursis
  62. 17.05 Rennes, 10 mois ferme pour jets de projectiles
  63. 17.05 Lille, 10 mois de prison dont 5 fermes pour violences
  64. 17.05 Nantes 1 mois ferme, 2 mois sursis et TIG
  65. 18.05 Paris 6 inculpés manif contre celle des policiers d’Alliance
  66. 18.05 Nantes Jugement de 2 manifestants
  67. 18.05 Rennes 2 mois de prison avec sursis jet de mottes de terre
  68. 19.05 Lille Prison ferme pour CGT refus de comparution immédiate
  69. 19.05 Nantes Jugement d’un manifestant visite Cazeneuve
  70. 20.05 Nantes Jugement de 2 manifestants visite Cazeneuve
  71. 19.05 Bordeaux, condamné à une journée de sensibilisation en octobre
  72. 20.05 Bordeaux 3 prison avec sursis
  73. 21.05 Paris 21 Poste A. AUBRY (CGT) E. POISSON (SUD) 6 mois mise à pied requis
  74. 23.05Amiens; 5 ans ferme occupation mairie d’amiens
  75. 23.05 Corréze action contre 12 entreprises discriminant les militants
  76. 25.05 Bourgogne 2 syndicalistes en examen contre l’amiante
  77. 26.05. Lille 6 mois de prison avec sursis pour la manif. Loi travail
  78. 26.05 Rennes prison avec sursis pour 10 manifestants
  79. 26.05 Rennes Affaire du Bagelstein. Prison pour les 4 interpellés
  80. 26.05 Vichy, 3 mois sursis 1 mois ferme pour violence
  81. 26.05. Clermont 1 mois ferme, 3 sursis violences manif loi travail
  82. 30.05 Toulouse. 6 mois ferme et 6 mois sursis
  83. 30.05 Amiens 1 mois ferme
  84. 30.05 Nantes 4 comparutions pour violences, outrages…
  85. 30. 05 Paris Poursuite Info Com CGT outrages affiche sur la police
  86. 31.05 Rennes, Procès manifestant ne s’est pas “dispersé”
  87. 31.05 Paris-Louvre Poste 3 militants Sud. 3 mois de mise à pied
  88. 31.05. Nantes, 8 mois ferme violences lors de manif loi travail
  89. 31.05 : syndiqué CGT filiale RENAULT licencié pour grève.
  90. 31.05. Toulouse. Jugé retire des affiches Decaux
  91. 31.05. Tarbes. M. Palisse conseiller pénitentiaire révocation pour article l’Humanité
  92. Mai. Loire Atlantique 2 militants CNT arrêtés
  93. Juin. Versailles. SAP France condamné pour discrimination syndicale contre délégué CGT
  94. 1.06 Le Havre, militant CGT prison sursis dégradation du local du PS.
  95. 1.06. Loir et Cher Syndicaliste condamné, dénonciation souffrance au travail en Ehpad
  96. 1.06. Rivesaltes. Conseil discipline POUR A. Pignon. CGT Poste
  97. 2.06 Nantes 6 comparutions immédiates, violences outrages
  98. 3.06 Montluçon. Secrétaire UD CGT Allier autocollants.
  99. 6.06 2 syndicalistes pompiers, 2 000 euros entrave à la circulation en manif
  100. 9.06 Paris : L. Canitrot, Compagnie Jolie Môme, occupation du Medef.
  101. 9.06.Valenciennes. 2 militants 10 mois, 6 mois sursis , 2 ans interdiction de manif
  102. 10.06 St Denis. Licenciement 3militant grève EHPAD Laurier Noble.
  103. 10 juin. Amiens. 5 ans ferme requis violence en manif
  104. 10.06 Nantes, prison ferme
  105. 10.06 Lille, 8 mois sursis pour violences manif loi travail
  106. 14.06. Clermont Ferrand 6 mois sursis, militant antifasciste, outrage
  107. 17.06 Paris, Révocation d’un militant CGT de l’ASE Paris
  108. 18.06 Paris, 18 comparutions pour violences contre agents
  109. 18.06 Paris prison avec sursis
  110. 20.06 Paris Thibaud M Loi travail
  111. 20.06. Lille. 8 syndicalistes poursuivis, occupation bureau président du CR
  112. 27.06 Fos sur Mer. Ministère travail autorise licenciement pour grève à Sodexo
  113. 29.06. Saint Martin de Crau. Délégué CGT Transgourmet licenciement.
  114. 29.06 Paris. Procès Outrage. 150 euros d’amende + amende avec sursis
  115. 30.06 Toulouse. Procès boycott BDS.
  116. 307 Abbeville. Plusieurs militants auditionnés péage gratuit
  117. 3.07 Versailles, Renault Guyancourt licencié diffusion film “Merci patron”
  118. 6.07 Ajaccio. Sanctions 2 agents EDF accident de travail
  119. 6.07. La Mède Total discrimination contre un militant CGT
  120. 7.07 Caen 10 agriculteurs, prison sursis pour manif
  121. 91 Poste Théo Militant Sud conseil de discipline
  122. 12.07 Grenoble contre la répression 2 syndicalistes à la Poste. Manif
  123. 12 ju. Longwy. 5 syndicalistes blocage d’une route
  124. 12.07. Grenoble Chambéry 5 syndicalistes Poste.
  125. 13.07 St Étienne. 4 interpellés manif 12 mai loi El Khomry
  126. 14.07 Paris. 1 militant du SO CGT port d’armes. Manif
  127. 19.07: décès d’A. Traoré, suite à son arrestation par la gendarmerie de Persan .
  128. 19.07. Paris.tribunal administratif refuse licenciement déléguée CGT Les Petites/
  129. 21.07. Tours. 9 graffeurs contre loi travail. 5 400 euros. Manif
  130. 21 ju, Rennes, 2 agriculteurs jet de pommes de terre
  131. 22.07 Lyon. Arrestation 50 militants, T-shirt : “boycott des produits israéliens”
  132. 27.07. Paris. 2 manifestants CGT violences envers policiers. Manif
  133. 29.07 Bordeaux 9 mois sursis pour un zadiste
  134. 31.07-5.10 : Paris 19 rafles de Migrants 90 réfugiés CTA, 100 Obligations Quitter Territoire.
  135. 2.08 Béziers, Audition militant BDS T-Shirt : boycot des produits israéliens
  136. 6 ao. Procès de 2 militants, autocollants contre arme nucléaire sur vitrines LR
  137. 8 Ao. Paris. Validation licenciement délégué CGT Air France Chemise
  138. 9 ao. Cergy 3 conseils discipline militants Eragny.Poste, 2 licenciements
  139. 21.08 Nice Le parquet ne poursuit pas un militant qui a aidé des migrants
  140. 23 ao Avignon, Outrage à député
  141. 25 ao, Tulle, secrétaire Energie CGT Corrèze coupures d’électricité loi travail
  142. 30 ao. Nantes. Trois mois ferme manif pour Rémi Fraisse.
  143. 30 Ao. Paris. Jamel. CGT Cyclocity licencié, a dénoncé les conditions de travail
  144. 31 Ao. Lille. 6 manifestants du 28.06 dégradations. Manif
  145. 31 Ao. Arrestation 2 militants CGT du Havre manif du 14.06. Grève
  146. 31 ao. Toulouse. Procès 2 syndicalistes dégradation
  147. Aout 2016, Menton, chauffeurs de cars; sanctions refus réquisition de refoulement migrants
  148. Ao, Montreuill, Mise à pied trois territoriaux CGT manque de respect au maire
  149. Septembre. Montpellier, CFA, Interrogatoires syndicalistes accusés du suicide directeur
  150. 1 se. Toulouse 2 syndicalistes poursuivis dégradations manif du 14 juin.
  151. 1 se . Toulouse 2700 euros pour un feu de palettes. Manif
  152. 2 se. Toulouse. 2 syndicalistes poursuivis pour des pneus brûlés
  153. 3.09. Grand Quevilly. Deux enseignants poursuivis pour diffamation.
  154. 5.09. Montmélian 4 syndicalistes Sud Poste conseil discipline, plateforme bloquée.
  155. 5.09 Rennes Procès du Bagelstein. 3 mois fermes.
  156. 6.09 Procès de Burak Strasbourg, 1 mois sursis + amende
  157. 6 se : Bar le Duc. Procès 2 opposants au projet “Bure” pour fichage ADN –
  158. 6 se: Procès pour banderole à un bureau du PS
  159. 6 se Lille. 7 inculpés manif du 28 juin
  160. 6 se St Etienne, procès en appel de 4 inculpés pour leur action contre la loi travail
  161. 6 se St Etienne. 8 mois sursis, secrétaire JC Loire, violence contre police
  162. 6.09 Montmélian Conseil discipline syndicaliste Sud Poste
  163. 6 se, Armentières Rassemblement au tribunal pour David CGT
  164. 6 se Paris Licenciement d’un délégué FO pour son activité à la banque Chaabi.
  165. 7 se Paris, JM Rouillan, 7 mois ferme pour apologie du terrorisme
  166. 8 se à Rennes. Procès Solidaires. 46 000 euros occupation Maison du peuple.
  167. 8 se Tulle. sec de l’UD CGT Coupure d’électricité manif contre la loi travail
  168. 8 se. Hazebrouck. Poursuivi pour la manif contre loi travail 28.06
  169. 8 se La Courneuve. Menace licenciement CGT Ascendéo Rassemblement
  170. 8 se, Saint Calais gendarmerie empêche distribution tracts hôpital de Saint Calais
  171. 10 se. Guingamp. 2 mois sursis rébellion manif
  172. 12 sep Bar le Duc : Procès militant anti cigéo autour de Bure 6 mois sursis
  173. 13 se. Corronsac, Vého Constructions, CGT convoqué pour licenciement. Grève
  174. 13 se. Gonfreville l’Orcher Licenciement militant CGT Conforama activité syndicale
  175. 13 se : licenciement d’un syndicaliste chez Clemessy à Rouen.
  176. 13 se. Militant licencié pour avoir soutenu un jeune malien
  177. 14 se. Chambéry. Affaire Tefal .
  178. 14 se. Paris. 68 réclamations contre les violences policières
  179. 14 se. Sanctions militant SUD de la Poste lanceur d’alerte sur l’AVC de sa collègue
  180. 15 se. Militant syndical Toyota licencié, a été aux toilettes pendant discours du PDG.
  181. 15 se. Manifestation Saverglass au Havre contre la discrimination syndicale
  182. 15 se : commission licenciement militant SNCF Sud Mulhouse manif du 14 juin.
  183. 15 se Bordeaux. Procès de Nicolas Merle entrave à la circulation lors d’une manif
  184. 15 se: Strasbourg, procès contre une manifestante anti loi travail .
  185. 15 se: Laurent SUD Santé éborgné manif contre la loi travail tir de la police.
  186. 16 se : Manif CRA Palaiseau, fermeture des Centres de Rétention et Hotspots !
  187. 16 se Paris 3 comparutions immédiates manif du 15.09 violences et rébellion
  188. 16 se : 2 comparutions en “plaider-coupable” après la manif du 15.09 à Paris.
  189. 16 se Meuse Licenciement syndicalistes pour création d’un syndicat chez Delanchy.
  190. 17 se. Martigues. Mobilisation Coordination infirmière contre peur des sanctions
  191. 19 se Montreuil, menace de mise à pied CGT pour avoir tutoyé son supérieur
  192. 19 se, licenciement d’une déléguée CGT de Hérelec à Paulhan. Manif.
  193. 19 se. Paris, Procès de deux militants indépendantistes basques
  194. 20 se : procès des “4 du 28 avril” (SNCF) Marseille, tribunal, 14h
  195. 20 se : Lille. procès de manifestants anti-loi “Travaille”
  196. 20 se. Paris. 8 manifestants 15.09. Condamnation 6 mois ferme, 5 procès repoussés.
  197. 20 se. Lyon. Procès de S. Perrin de l’université Lyon 2
  198. 20.09 Dax Incarcération d’E. Petetin Chute du sursis
  199. 20 se : Procès des “4 du 28 avril” (SNCF) Marseille, tribunal, 14h.
  200. 20 se.Procès des 12 “gens du voyage” pour les émeutes de Moirans
  201. 21 se : Paris, procès des 4 inculpés du 4 juillet, 2 à 4 mois sursis
  202. 21 se. Béziers. interpellé par BAC. gaz lacrymo, menotté. meurt sur le trottoir.
  203. 21 se. Saint Lo. Jugement d’agriculteurs manif paysannes.
  204. 21 se. Carpentras Délégués CGT grévistes Raynal et Roquelaure dégradations
  205. 21 se. Vitrolles, UL CGT Vitrolles au commissariat .Plainte de la Poste
  206. 21 se. Paris, Alexis relaxé faute de charges, arrêtés le 5 juillet contre le 49.3 à Paris.
  207. 22 se : lycée Voltaire, lycéens menacés par un Lanceur de Balles de Défense
  208. 22 se Toulouse : procès 4 BDS « entrave à l’exercice normal d’une activité économique ».
  209. 22 se : Paris. procès des 5 manifestants arrêtés le 5 juillet devant l’Assemblée
  210. 22 se. Rassemblement licenciement d’un militant CGT Publicis Consultants
  211. 22 se Normandie, F. Mérouze, CGT Caen entendu, a dénoncé violence policière
  212. 22 se. Manif à Loos contre la répression à l’encontre colleur d’affiches du PC
  213. 22 se. Paris Valentin et Gildo. Procès reporté en janvier. arrêtés le 5.07
  214. 22 se. Paris à 10 heures pour Michel, arrêté le 5.07 quatre mois sursis.
  215. 22 se. Paris Max, 4 mois sursis requis pour “rebellion” . Mobilisation
  216. 22 se. Saint Denis, contrôle d’identité filmé par prof Sorbonne, violences policières
  217. 23 se. Paris, Bastien rejugé pour l’affaire du 49.3. Innocenté
  218. 23 se. Manif à Caen contre la répression secrétaire UL CGT outrage loi travail
  219. 23 se Procès BDS à Toulouse. Manif 200 personnes
  220. 23 se, Rouen procès LDH pour attestations de logement à migrants.
  221. 23 se Paris, Mobilisation à Paris contre l’expulsion d’un étudiant
  222. 24 se Caen Poursuites pour délit de solidarité
  223. 24 se. Fete de soutien aux 5 d’Amiens
  224. 24 se Manif. en Corse le 24.09 amnistie des prisonniers politiques
  225. 26 se Gironde, 2 militants Solidaires santé sociaux en attente de procès
  226. 26 se. Pont Scorf Lorient, mobilisation pour un faucheur volontaire
  227. 27 se: Amiens procès de 5 militants anti-loi Travaille !
  228. 27 se. Grenoble Procès militant CGT, manif non déclarée. 150 personnes
  229. 27 se. Grenoble défense d’un militant CGT poursuivi pour tract
  230. 27 et 28 se : Air France Chemise arrachée Bobigny,
  231. 27 se. Montauban Rassemblement pour les Air France et pour Marina
  232. 27.09 Rodez contre sanctions contre syndicaliste Poste
  233. 28.09. Paris. Garde à vue pour une militante CGT COSEM
  234. 28.09 Montmélian Conseil discipline pour syndicaliste Poste
  235. 28.09 : Villejuif, cinq policiers en civil arrêtent menottent un militant
  236. 28.09 Rennes1 an de prison ferme, 6 mois sursis pour violence NDDL.
  237. 29 se : Paris, Fred, interpellé le 5 juillet Paris devant l’Assemblée Nationale.
  238. 29 se. Paris Frederic pour journée du 5 juillet contre le 49.3
  239. 29 se. Douai. F. DAUZAT(MCA) licencié en mai grève contre loi travail.
  240. 30 se Gallargues Sec UD CGT Alès S. Gévaudan tracts aux péages
  241. 30 se. Lyon. Phonak licenciement militant cgt refusé par inspection travail
  242. 30 se Hénin Beaumont Garde à vue du sec CGT territorriaux : plainte FN page FB
  243. 30 se, Privas, Procès 2 faucheurs volontaires
  244. Sept. Audience sans date voiture brûlée quai de Valmy
  245. Octobre. Haute Loire. Elue CGT aux Etablissements Cheynet, attaquée
  246. 1er oct. Calais. Manif de soutien aux migrantes a Calais interdite et réprimée
  247. 1er o. Clermont Ferrand, Grève de la faim d’un CGT pour assignation à résidence
  248. 1er o : Paris concert de soutien aux camarades licenciés par l’ESA
  249. 3 o. Paris, procès par Emmaüs contre des personnes allées à un appel de migrants .
  250. 4 o : Lille, pneus brûlés loi travail. Prison sursis. 30 000 euros d’amende
  251. 4 o. Militants FO poursuivis pour leur activité loi travail, Doubs et Bas Rhin
  252. 4 o, Montauban, Marina, page FB contre directeur clinique des Ponts de Chaume
  253. 4 o. Paris, Procès contre le délit au Faciès
  254. 4 o. St Etienne CGT IKEA Entretien préalable au licenciement
  255. 4 o, Rodilhan. Relaxe pour le militant accusé de rébellion
  256. 4 o. Carbonne, Sec sud CT 31 convoqué.
  257. 5 oc Lille prison avec sursis pour 6 militants bloqué une route manif loi travail
  258. 6 oc Valence Poursuites pour des autocollants sur le local du PS
  259. 6 o. Paris, convocation pour licenciement militant de sud rail
  260. 6 o. Bobigny, convocation Nicolas J. Ferc Cgt, Nicolas Sud Rail Saint-Denis 28 avril.
  261. 6 o notification a Emilie Martin, d’Herira, d’un mandat d’arrêt européen
  262. 6 o. Nemours Procédure d’expulsion de la CGT de ses locaux
  263. 6 o. meeting répression policière, racisme Tolbiac, M. Wamen, R. Altman, A. Traoré
  264. 7 o. SNCF 400 procédures disciplinaires
  265. 7o.Strasbourg : SNCF, radiation 2 syndicalistes SUD Mulhouse manif loi travail.
  266. 7.10 Alès. Procès de 2 pour “violences” loi travail. 3 mois de prison avec sursis.
  267. 7.10 Sanction à la SNCF pour Alain Leclercq militant syndical
  268. 8.10 La Réunion; sodegis, discrimination syndicale
  269. 8. 0 Paris, Tribunal administratif. Expulsion d’Abdoulaye, étudiant Paris 1.
  270. 8.10 Paris. Procès de 3 nationalistes corses. 8, 6 et 5 ans de prison ferme.
  271. 8.10 Besançon. garde à vue de deux militants en vue d’expulsion de sans papiers
  272. 10.10. Douai. Menace licenciement de militant CGT chez Pro o Pro . Rassemblement
  273. 10.10. Nantes, un militant cheminot passe en jugement pour manif contre loi travail
  274. 10.10. Montpellier. 2 arrestations pour tags anti-police et sur local PS
  275. 11.10 Paris, Procès des 7″Déboulonneurs” qui graffent les panneaux publicitaires
  276. 11.10 Foix, poursuivie pour sa participation à manif contre loi travail.
  277. 12.10 Lyon, répression syndicale à la Samsic Lyon Part dieu
  278. 12.10 Rennes, 50 personnes interdites de manifestation au centre ville
  279. 12.10 19 militants poursuivis pour une opération escargot.
  280. 12.10 Rodez. Procès de la res. CGT d’Onet discriminée
  281. 12.10 Bordeaux 2 mois de prison pour E. Petetin
  282. 13.10 Gare St-Lazare, Edouard, Sud Rail : conseil discipline harcèlement direction.
  283. 13 o. Rennes. 6 militants anti Eco-taxe condamnés à 520 000 euros d’amendes
  284. oct. Paris. X. Renou “Désobéissants” dénonciation complaisance Hollande Erdogan
  285. 12 o. Paris. 2 cheminots, un Systra en examen pour déraillement TGV Eckwersheim
  286. 13 o, Paris, collectif anti-répression, manifestation
  287. 13 o. Le Havre; procès 2 militants Poste, Sud et CGT pour activité pendant la grève
  288. 13 o. Dieppe, convocation camarades, distribution de tract suite plainte chauffard
  289. 13 o. Carbonne. Convocation sec SUD Collectivités territoriales 31 accusée de faux
  290. 14 o. Mulhouse : Procès d’un militant manif du 26 mai. Reporté
  291. 14 o. Paris, Procès de L. Citation pour avoir fait remarquer une arrestation arbitraire
  292. 15 o. Paris Manif. contre la répression et la violence policière
  293. 15.10 Kara Wild, artiste trans incarcérée depuis le 26.05 vitre brisée voiture police.
  294. 16.10 Cabaret d’Urgence par Jolie Môme, réprimés occupation Medef
  295. 17.10 Corse, Manifestation pour le soutien à des prisonniers politiques
  296. 17.10 Albi. Procès 4 militants CAAT, hébergement migrants, locaux innocupés ERDF
  297. 17.10 Condom. Procès d’une lanceuse d’alerte contre dysfonctionnements d’un IME.
  298. 17.10 Rennes, Arrestation d’un Kurde pour liens supposés avec le PKK
  299. 17.10 Tours, syndicaliste étudiant pour activité contre la loi travail
  300. 17.10 Rennes, 6 manifestants anti loi travail, dégradations, violences. Interdit manif.
  301. 17.10 Lyon. Procès Roselyne, collectif étudiants étrangers/assignation résidence expulsion.
  302. 18.10 Rennes, 4 jeunes anti-racistes. Prison avec sursis
  303. 18.10 Verrerie de Graville. Licenciement de 2 délégués CGT activité syndicale
  304. 18.10 Boulogne-sur-Mer, procès d’une militante résistance à la BAC.
  305. 19.10 Marseille Licenciements de 4 CGT du nettoyage lycée militaire d’Aix
  306. 19.10 Anglet. Répression syndicale à la Poste. Tentative de suicide
  307. 19.10 Le Mans. Rassemblement répression Yoplait sec CGT du CE
  308. 19.10. Lyon Part Dieu, Samsic déléguée CNT licencié
  309. 19 o. Expulsion de l’UL CGT du local de Nemours
  310. 19 et 20 o : procès en appel des Goodyear Amiens, 10 000 manifestants. 24 mois sursis .
  311. 20 O. PSA Poissy. 2 militants CGT convoqués menacés pour licenciement,
  312. 21 O. PSA Poissy, 4 CGT convoqués pour sanction.
  313. 21 o, Agen, 2 mois de prison ferme pour jet d’eau sur le maire d’Agen.
  314. 21 o. Tulle. Sec UL CGT Tulle convoqué, dégradations manif loi travail.
  315. 21 o. RATP. Conseil discipline Cémil CGT RATP Croix-Nivert pour syndicat
  316. 22 o : Lannemezan pour I. Abdallah, prisonnier politique, 33ème année de prison.
  317. 22 o. Nice. Procès de Cédric pour avoir aidé des migrants.
  318. 24 o : procès de l’Attiéké à Saint-Denis.
  319. 24 o. Licenciement de Bakary CGT à Aquaboulvard pour activité syndicale
  320. 25 o. Grève dans les TER en Alsace en soutien aux 2 cheminots révoqués
  321. 25 o Lyon. 2 animateurs Radio Canut, “provocation au terrorisme” pour une blague.
  322. 26 o. Boulogne; 2 délégués cgt de Continental nutrition licenciés
  323. 26.10 Amiens Procès de 3 occupants d’un logement abandonné
  324. 26 o 2 militants CGT PSA Valenciennes menace licenciement
  325. 27 o, 5 militants condamnés interdits de Calais, 4 jeunes reconduit frontière
  326. 28 o. Free. 3 militants Sud PTT licenciement détournement d’infos
  327. 28 o. Sotteville les Rouen, Résidence St Joseph. Denise CGT licenciement
  328. 29 o. Saint Malo, Licenciement délégué CGT de Condor Ferries
  329. 29 o. G. Glanz de Taranis News sous contrôle judiciaire
  330. 31 o. Paris procès JP. Gille pour occupationde l’hôtel Lutetia en 2013
  331. Nov WestaFrance Xème demande de licenciemeent J Cardon Militant CGT
  332. No. Wafa Dahman France Télé Procès prud’homes discrimination
  333. 2 no Lille, DS CGT Samy de Citeo pour sanctions pour son activité syndicale
  334. 2 no. Paris, présidente d’Act Up a déclaré “homophobe” la Manif pour Tous
  335. 2 no. Marseille. 4 mois de prison ferme, outrage manif contre loi travail.
  336. 3.11 Sophia-Antipolis. Relaxe d’un militant d’Astek poursuivi depuis 3 ans
  337. 3 no. Montpellier. Procès de Cassandre pour jet de la peinture sur CCI
  338. 3 no Bobigny, N. Jounin, Paris 8. 6 moisursis violences manif loi travail
  339. 3 No. Paris Décision contre X. Renou (Désobéissants), pour action pour la Paix .
  340. 3 no Montpellier. Outrage à représentant de l’ordre public
  341. 4 no. Paris Procès de P. Risman secrétaire CGT du Bois et batiment jet de confettis
  342. 4 no. Aix en Provence. Claire, 72 ans, procès, acceuil de 2 réfugiés
  343. 4 no Maubeuge. Poursuites contre P. Dumon CGT pour l’emploi à Sambre et Meuse
  344. 4 no Toulouse, 4 à 1 000 euros de militants BDS pour entrave économique
  345. 4 no. Privas, 2 000 euros avec sursis pour 2 faucheurs volontaires
  346. 5.11 Conflans Jarnisy Répression syndicale CGT au Leclerc
  347. 7.11 Paris Procès de 2 militants collage autocollants antinucléaires sur vitrine LR
  348. 7.11 Toulouse. Convocation de Romain militant NPA occupation siège député PS
  349. 7.11 Bagnolet. Procès Youssef dénoncé assimilation écoles coraniques au fascisme
  350. 7.11 Boulogne sur Mer. Procès d’un militant pour soutien à des migrants à Calais
  351. 8.11 Colmar, discrimination syndicale à l’encontre de Abdelhabib CGT
  352. 8.11 Niort. Procès Nestror dégradation portail Medef et graffiti
  353. 8.11 Paris, procès suite à l’action devant l’hotel Lutétia en 2014
  354. 8.11 Paris, 19ème. 8 intermittents garde à vue occupation du Medef.
  355. 9.11 Strasbourg, Poursuite de 6 syndicalistes pour manif loi travail Hagenau
  356. 9.11 Paris. L. Pora d’Act Up : la “manif pour tous ” est homophobe
  357. 9.11 Pointe à Pitre. Procès de Marvyn lycéen terroriste pour phrase malheureuse
  358. 9.11 Soissons. Sec. CGT hôpital Soissons, menaces contre activité syndicale
  359. 9.11 Metz, procès 2 militants 1 CGT PSA Tremery manif loi travail
  360. 9.11 Paris. Comparution H. de La Chapelle Debout, A. Collectif de soutien exilés
  361. 9.11 Paris condamnation des 7 déboulonneurs amendes de 100/300 euros
  362. 9 no Montpellier. Contre 1 militant pour violences contre police le 31 mars
  363. 9 no. Dunkerque, Sanctions contres des éboueurs grévistes
  364. 9 no. Béthune, Comparution de R. Gobert CGT Territoriaux, propos sur FB.
  365. 10 no, Sevrey, Amazon, Yves délégué CGT et 2 autres préalable licenciement
  366. 10 no Melun. Procès du Dal pour critique dirigeant d’hôpital
  367. 10 no. Strasbourg, militante CGT 1 mois sursis pour loi travail
  368. 10 no, Avignon Procès outrage aux forces de police
  369. 12 no, Le Havre, 3 mineurs en garde à vue pour des tags
  370. 13.11 Saône et Loire. Baffy. Répression contre Fabien militant Sud
  371. 14.11 Toulouse condamnation à 1 000 euros 4 militants BDS entrave économique
  372. 14.11appel des condamnés du centre de rétention de Vincennes (2008)
  373. 14. 11Tarbes, IME J. Forgues Anras, Iza CGT menacée sanction activité syndicale
  374. 14.11 Strasbourg, 2 mois de prison ferme contre loi travail, refus fichage ADN
  375. 14.11 Caen, S. DUFOUR sec CGT à Caen La Mer, pour défense employé.
  376. 15.11 2 militants CGT de l’hôpital Mondor, sanctions pour grève
  377. 15.11 Paris. Jugement d’un élève de l’ENS pour violences
  378. 15.11 Procès I. Thenot CGT IME J. Forgues Tarbes
  379. 15.11 Tours. Procès Solidaires camion sono sur les rails du tram manif loi travail
  380. 15.11 Ariège. Procès de 2 syndicalistes de la Conf. Paysanne diffamation
  381. 16.11 Mulhouse. Meeting répression syndicale SNCF licenciement 2 syndicalistes Sud.
  382. 16.11 Sevrey, Amazon, Entretien préalable à licenciement pour Gaby militant CGT
  383. 16.11 Seine Maritime. Manif contre répression syndicale au Conseil Départemental
  384. 17.11 Amiens convocation de 4 intermittents pour l’occupation du Medef
  385. 17.11 Angers. Bluelink condamnée pour discrimination syndicale
  386. 17.11 Paris; J. Panetier, condamné prison pour loi travail et interdit de manifestation
  387. 17.11 Agen. Procés 2 syndicalistes agricoles, dégradations en juin 2014
  388. 17.11 Guingamp. Procès de Nuit debout ; a bravé l’interdiction de rassemblement
  389. 17.11 Lorient. Procès de 3 faucheurs volontaires d’OGM
  390. 17.11 Montpellier. 1 mois de prison avec sursis ; jet de ballon de peinture
  391. 18.11 Nancy, SNCF Mobilisation répression syndicale J. Merlier, N. Guillaume
  392. 18.11 PariS Mégabus Opération escargot. Pousuites pénales
  393. 18.11 Prud’hommes. Xavier Mathieu et 2 délégués Continental refus payer .
  394. 18.11 6 mois de prison ferme, consultation d’un site d’étude des Jihadistes
  395. 18.11 Lille Roubaix Tourcoing. SNCF conseil de discipline pour 7 cheminots.
  396. 19.11 Mesnil-Amelot Un français placé en CRA par erreur
  397. 19.11 Bayonne. Manif pour la libération d’I. Fernandez, prisonnier politique Basque
  398. 20.11 Paris. 15 interpellations de pro-kurdes dans une manif anti Erdogan
  399. 22.11 Grenoble. 500 euros avec sursis pour distribution de tract
  400. 22.11 Marseille. Procès docker de Fos sur Mer manif contre la loi travail.Grève
  401. 23.11 Beaumont. détention 2 frères A. Traoré jusqu’au 14.12 outrage et rébellion
  402. 23.11 Corse. Levée assignation résidence, libération conditionnelle 4 nationalistes
  403. 23.11 Nice. Poursuite d’un agriculteur de Breil sur Roya pour aide à des réfugiés
  404. 23.11 5 militants anti NDDL interdits de séjour à NDDL
  405. 23.11 Jugement du sec.UL CGT Caen pour outrage lors de manif contre loi travail
  406. 23.11 Vitrolles J. Jacques CGT, M. Pinci Filpac CGT, entretien préalable Ricobono
  407. 23.11 Licenciement F. Zannier militant CGT à Epic Eau de Paris
  408. 24.11 Guyancourt. salarié Renault meurt après entretien pour sanction disciplinaire
  409. 24.11 Aulnay sous Bois, 5 habitants arrêtés pour affiches contre l’homophobie
  410. 24.11 Nice 6 mois de prison avec sursis requis pour avoir aidé des migrants
  411. 25.11 Mesnil-Amelot, 2ème français placé en CRA par erreur
  412. 25.11 Rennes. Appel et relaxe de 18 automobilistes escargot anti NDDL
  413. 25.11 Toulouse, 2 féministes poursuivies pour violences en manif.
  414. 25.11 Paris, 2 Dockers CGT du Havre violences le 14 juin. Grève et manif
  415. 25.11 Paris, Procès d’un militant suite à un mouvement de migrants le 12 août.
  416. 25.11 Quimperlé, 3 faucheurs volontaires en gendarmerie
  417. 25.11 Mise en cause de 25 bourses du travail CGT
  418. 26.11 Vincennes; Manif pour S. Dame enfermé depuis 3 semaines avant expulsion
  419. 28.11 Nantes Procès d’un militant CNT Loi Travail Relaxé
  420. 29.11 Cahors 2 syndicalistes CGT convoqués pour dégradation
  421. 30.11 Bobigny. Délibéré pour les 16 d’Air France
  422. 30.11 Marseille. G. Benhamou. sec. CGT EDF pour manif loi travail
  423. 30.11 Mamoudzou Mayotte. Sec. Snuipp convoqué violences
  424. Decembre ? Setin Normandie. Licenciement de militants CGT
  425. 1.12 Nice. Pocès de Ben Photographe pour photos en faveur de migrants
  426. 1.12. Varennes le Grand. Sanction syndicaliste de l’administration pénitentiaire.
  427. 2.12 Toulouse, 28 pompiers sanctionnés pour manif.
  428. 2.12 Aix en Provence confirmation en appel pour aide à 2 migrants à Antibes
  429. 3.12 Procès de Amil postier pour manifestation contre la loi travail
  430. 5.12 Pontoise, Commission d’expulsion de A. Yildiz militant anti erdogan
  431. 5.12 Figeac. Licenciement de Bueno de Ratier par M. El Khomri
  432. 6.12 Laval. 250 euros d’amende pour “casse toi pov con” à E. Macron
  433. 6. 12 Montpellier 3 étudiants pour manif du 15.09.
  434. 6.12 Montpellier Procès en appel de Saadia et Hussein
  435. 6.12 Paris. Licenciement de F. Zannier, CGT Eau de Paris
  436. 6.12 Macon; licenciement de 6 militants syndicaux chez Florette
  437. 6.12 Versailles, Procès de G. Guirante sud poste 92 séquestration en 2010
  438. 6.12 Laval. Outrage à Macron. “Casse toi pov con”
  439. 6.12 Toulouse, 3 mois prison avec sursis pour manif loi travail
  440. 6.12 Toulouse. 2 pompiers gardés à vue violences en manif
  441. 7.12 Biarritz Dassault 1 million d’Euros pour discrimination envers 17 militants
  442. 7.12 Bondy. Interpellation d’un jeune dans son lycée pour enquête sur le PKK
  443. 7.12 Arrestation Bretagne militant loi travail. Prison préventive. Procès le 19.01
  444. 8.12 Procès suite à l’occupation du Medef en juin 2016
  445. 8.12 Paris, Procès de Loïc de Jolie Môme, envahissement du Medef juin
  446. 8.12 Condamnation du sec de la CGT Mayotte pour fait de grève
  447. 8.12 Marseille. Licenciement de 2 CGT à l’EHPAD les parents
  448. 9.12 Paris procès en appel de Hugo loi travail
  449. 9.12 Rennes. Jugement de 5 interdictions de manifester
  450. 10.12 Tarbes, 17 assignation contre les grévistes de la clinique de l’Ormeau
  451. 10.12 Marseille. Licenciemetnmilitatn CGT Travaux. com
  452. 10.12 Marseille Licenciement de militant CGT FDC
  453. 12.12 Procès de 3 lanceurs d’alerte Luxleaks au Luxembourg
  454. 12.12 Manif libération d’Antonin, Kara, Nicolas en prison depuis 6 mois loi travail
  455. 12.12 Issy les Moulineaux Manif mise à pied militant CGT Monoprix Gambetta
  456. 13.12 Rennes, Procès Anthony CNT Thalès. Risque prison et licenciement
  457. 13.12 Paris Procès d’Adil (Postier du 92) pour manif loi travail.
  458. 13.12 Cahors. Procès de 2 militants pour dégradation contre locauxPS
  459. 13.12 Vendôme 80 cas de répression syndicale CGT en Loir et Cher
  460. 13.12 Clermont-ferrand Procès de 3 inculpés pour dégradations loi travail
  461. 13.12 Montpellier. Ninon, Loick, Soline, 6, 12 mois de prison avec sursis. Loi travail
  462. 13.12 Conseil de discipline pour Mylène CGT administration pénitentiaire
  463. 14.12 Bordeaux. 300 euros d’amende à un zadiste pour avoir envahi un golf
  464. 14.12 Mulhouse. Licenciement de militante CGT HTCR. Rassemblement
  465. 14.12 Mobilisation pour les frères Traoré. Prison ferme
  466. 15.12. Lot. Relaxe pour un militant CGT et un Nuit Debout
  467. 16.12 Paprec la Courneuve. Répression contre un militant CGT
  468. 16.12 Cherbourg. Saisie du matériel informatique d’un militant Greenpeace
  469. 16.12 Cahors. Prud’hommes répression syndicale 3 délégués à Lisi
  470. 17.12 Thiais. Manif contre répression syndicale à Ikea
  471. 17.12 Le Havre. Commémoration de la mort d’A. Camara
  472. 17.12. Lillebonne entreprise B3, licenciement d’un militant CGT
  473. 17.12 5 militants basques arrêtés par le RAID
  474. 19.12. Vienne. scientifiques contre l’assignation à résidence de H. Achleur
  475. 19.12 St Nazaire. Sides. Licenciement d’un militant CGT pour avoir parlé à la presse
  476. 20.12 Nantes. Procès contre militants loi travail
  477. 20.12 Sevrey, 40 membres de la CGT Amazon ont eu un avertissement pour grève
  478. 22.12 Chalons en Champagne, Procès pour avoir ralenti les travaux d’un skate Park
  479. 21.12 Cherbourg Saisie de l’informatique d’un militant antinucléaire par la DGSI
  480. 21.12 Grenoble Matraquage de manifestants par la police
  481. 22.12 Alès Licenciement militant CGT Cora pour défense collègue
  482. 22.12 Air Austral. Licenciement militant syndical lanceur d’alerte refusé
  483. 23.12 licenciement d’un militant CFDT Cora Essey les Nancy
  484. 26.12 procès de Tylab évacué de Calais : s’est soustrait à mesure d’éloignement
  485. 27.12 Nantes. Procès contre militants loi travail
  486. 29.12 Alès Rassemblement contre licenciement militant CGT Cora
  487. 29.12 La réunion. Clinique St Jospeh. Sanction contre 3 grévistes
  488. 2.01 St Rome de Tarn. Ehpad Licenciement de deux militants CGT
  489. 4.01 Nice procès de C. Herrou pour accueil de migrants. Roya
  490. 4.01 Nice, procès J. Nicollet.?? Accueil de migrants.?? Vallée de la Roya ??
  491. 5.01 Bobigny Procès Nicolas P. Cheminot loi travail.
  492. 5.01. Agen 4 mois de prison avec sursis pour 2 manifestants agriculteurs
  493. 5 .01 Paris, Procès de Valentin, manif anti 49.3, Ernest et Sylvio (CNT)
  494. 5.01 La Réunion 5 salariés sanction pour grève Clinique St Joseph
  495. 5.01 Montluçon. Entendu par les gendarmes. coupé l’électricité au Medef. Loi travail
  496. 5.01 Nantes. Procès 2 militants CGT Fonderie Bouhier Insultes. Reporté
  497. 6.01 Colomiers Licenciement d’un militant CGT Actia
  498. 6.01 Paris. Procès Laurent CGT Villejuif SO CGT 94 pour violences Loi travail
  499. 6.01 Nice Procès PA. Manonni pour accueil de migrants.
  500. 6.01 Nice Arrestation de 4 militants aidant les migrants. Vallée de la Roya.
  501. 6.01 Loire Atlantique Entreprises à répression syndicale : Maison de retraite protestante Accoord Chu Stélia UL Sud-Loire UL St Nazaire Edf
  502. 9.01 Procès à Dax “voleur” de chaises contre l’évasion fiscale
  503. 9.01 Mont de Marsan Procès Pétot faucheur de chaises
  504. 10.01 Paris New Look procédure de licenciement pour Moussa, Solidaires
  505. 10.01 Paris Cassation. Les 8 de Tarnac ne seront pas jugés pour terrorisme
  506. 10.01 Nantes Soutien manifestants agressés par employeur/automobiliste Loi Travail.
  507. 11.01 Grenoble, Expulsion de Ted et M. Gaelle présents en France depuis 12 et 5 ans
  508. 11.01 St Nazaire. Sides, licenciement d’un militant CGT
  509. 10.01 Vernouillet Leroy Merlin Discrimination syndicale mise à pied
  510. 11.01Amiens. Goodyear 5 condamnés à 12 mois avec sursis, 2 à 2 mois, 1 relaxé
  511. 11.01 Luzennes Militant CGT en procédure de licenciement à Leroy Merlin
  512. 12.01. Montbeliard. Procès D. Henry Syndicaliste paysan refuse fichage génétique
  513. 12.01 Chateauroux. Menace d’expulsion des syndicats de leurs locaux
  514. 12.01 Armentières. Mairie, répression syndicale
  515. 12.01 Paris. militante Femen 600 euros d’amende dégradation statue Poutine
  516. 13.01 Auch. Procès C. Mousseron, lanceuse d’alerte pour IME Reporté
  517. 13.01 Paris. Licenciement d’un militant CGT Marks et Spencers en pleine grève
  518. 13.01 Outreau. Manif soutien à un étudiant condémné loi travail
  519. 13.01 Albi Procès d’Enedis contre CAAT pour accueil des réfugiés dans ses locaux
  520. 13.01 Auch Procès C. Boussié lanceuse d’alerte à l’IME Moussaron
  521. 14.01 Boulogne/mer Concert soutien amende 1400 euros, 2 étudiants oeufs et farine sur banque 2 mois sursis
  522. 16.01 Mayotte. Un syndicaliste de Longoni amendes a dénoncé la corruption
  523. 16.01 Coueron Convocation 2 personnes don à des personnes condamnées amende
  524. 17.01 Caen. Sec. Ul CGT a dénoncé la violence policière
  525. 17.01 Strasbourg. Nouveau procès des 6 de Hagenau. Prison sursis requis
  526. 17.01 Casteljaloux, Seico 2 militants licenciés
  527. 17.01 Paris. 2ème procès pour H. El Assimi La Chapelle Debout Rafle migrants
  528. 17.01 Marseille. 4 aides soignantes Ehpad les parents sanctionnées, 2 licenciées
  529. 17.01 Marseille. Virginie convoquée au commissariat critique de l’Ehpad
  530. 17.01 Paris. 2 salariés de la Maison Kangourou licenciés pour avoir fait grève
  531. 17.01 Boulogne. Procès pour avoir observé une manif migrants. Violences
  532. 17.01 Sap France condamné pour discrimination syndicale
  533. 18.01 Mulhouse. Procès Jeremy. Doigt d’honneur à la police manif loi travail.
  534. 18.01 Paris Procès Alexys
  535. 18.01 N. Rick intermittent 4 mois de prison avec sursis solidarité avec intérimaires
  536. 18.01 Nantes. Airbus Discrimination CGT Airbus
  537. 18.01 Nice. C. Herrou et dexu amis en garde à vue
  538. 18.01 Nice L. Giachino en reportage auprès de C. Herrou en garde à vue
  539. 18.01 Toulouse manif soutien à Vage Petoyan risqque d’expulsion
  540. 19.01 Paris. Procès de Gildo et 4, manif 5.07, le 49.3. 4 relaxés, Gildo reporté 8 juin
  541. 19.01. Paris. Procés Damien refus comparution immédiate. Détention préventive
  542. 19.01 Boulogne sur mer. Procès violences à Calais
  543. 19.01 Nice Procès Alex Cicciu Accueil migrants
  544. 19.01 Montbéliard. D. Henry militante paysanne 750 euros refus prélèvement ADN
  545. 19.01 Ajaccio. Manif pour amnistie des 20 prisonniers politiques corses
  546. 19.01 Valenciennes PSA, licencié pour joint usagé dans une benne. Report en juin
  547. 20.01 Lens Louvre-Lens discrimination syndicale contre 2 militants
  548. 20.01 Nice Pétition Libérez C. Herrou, Morgan et Lucile
  549. 20.21.22. Paris 3 jours de soutien à A. Traoré
  550. 21.01 Deux Sèvres Département discrimination syndicale
  551. 21.01 LeroyMerlin Luzennes Licenciement d’un militant CGT
  552. 22.01 Lyon Manif pour A. Traoré
  553. 24.01 Versailles. Procès Gael SUD Poste 92, répression syndicale
  554. 24.01 Metz Procès de Teva contre un militant BDS
  555. 26.01 St Denis de La Réunion. Procès de B. Grondin leader LPLP refus d’être juré
  556. 26.01 Villefranche de Rouergue Mac DO. Handicapé discriminé parce que CGT
  557. 26.01 Procès de C. Agon. Militant CGT IBM discriminé
  558. 26.01 Athis Mons Mobilisation de lycéens contre une expulsion
  559. 26.01 Paris N4 Mobilités, 17 grévistes et 4 syndicalistes poursuivis
  560. 27.01 Nantes Concert de soutien à deux manifestants poursuivis loi travail
  561. 28.01 Paris Manif contre la répression
  562. 28.01 Coueron Convocation pour don à des personnes condmnées à amende
  563. 30.01 Bar le Duc, 2 anti “Bure” pour refus de fichage ADN
  564. 30.01 Paris. Garde à vue pour un graffeur sur le siège du PS
  565. 30.01 Dijon Procès 7 manifestants Loi travail Relaxés
  566. 30.01 Chalons en Champagne. Licenciement droit d’alerte pour jeunes en danger
  567. 30.01 Hauts de Seine Hôpital Rives de Seine Licenciement N.Mordi CGT
  568. 31.01 Limoges. Procés 5 personnes tags loi travail + 1pour tags Vinci 17 000 euros
  569. 01. Marseille, 15 comparutions pour entrave du 28 avril
  570. 1.02 M. Palisse militante CGT Disciplinaire sanction pour expression dans la presse
  571. 2.02 Paris. Procès pour avoir outragé le prefet de police de région. Aide aux exilés
  572. 2.02 Paris Mobilisation pour Adama Traoré
  573. 2.02 Quevilly Mobilisation contre un militant CGT licencié à ASTPI
  574. 2.02 Nantes. Procès contre militants loi travail
  575. 2.02 Douai Procès Antoine et François. Manif
  576. 3.02 Quimper Manif antifa 1 GAV manifestait cagoulée
  577. 3.02 Nantes manif anti fa 4 GAV
  578. 3.02 Marseille 12 jeunes poursuivis par la SNCF Loi travail. Fortes amendes. Appel
  579. 4.02 Rosny Manif contre le harcèlement policier du foyer J. Alemane
  580. 5.02 Melun Prof musique licencié pour son activité CNT
  581. 5.02 Paris Fred condamné à 4 mois de prison ferme pour avoir filmé les violences
  582. 5.02 Marseille Procès 12 jeunes/SNCF 5000 eu. amende + 12 000 dommages. Appel
  583. 6.02 Paris, Procès Emmaüs 4 militants 4 mois prison avec sursis amende solidarité
  584. 6.02 Roissy Mise à pied d’un militant CGT Rent a Car à CD
  585. 6.02 Nantes. Procès contre militants loi travail
  586. 7.02 Paris Procès 7 militants occupation Medef
  587. 7.02 Paris Procès Fréd filme les violences policières. Manif A. Nationale 5.07
  588. 7.02 Orly Discrimination syndicale à l’encontre d’élus CGT à l’APF
  589. 7.02 Versailles Procès inspectrice travail Sepur pour réintégration CGT licencié
  590. 7.02 Foix Procès des 2 porte Paroles de la Confédération Paysanne
  591. 7.02 Montpellier Procès 2 militants BDS. Relaxés
  592. 8.02 Lille Procès JL. Munro Aide aux Roms. Violence avec son vélo
  593. 593. 8.02 Nice Procès photographe migrants passant la frontière. Outrage
  594. 8.02 Le Havre Procès deux manifestants loi travail
  595. 8.02 Bobigny Procès 11 jeunes mineurs Manif soutien Théo Aulnay sous Bois
  596. 8.02 Bobigny Comparution immédiate 6 jeunes manif soutien Théo. Aulnay sous Bois 2 condamnés à 6 mois prison ferme
  597. 9.02 Bobigny Comparution immédiate 2 du 93 Villepinte. 105 H TIG prison sursis
  598. 9.02Bobigny Comparution immédiate 1 inculpé 93 Aulnay Contrôle judiciaire
  599. 9.02 Bobigny Comparution immédiate Inculpés du 93. St Denis. 3 mois avec sursis
  600. 8.02 Bar le Duc Procés de S. Lindström. Occupation forêt Bure
  601. 9.02 Paris Procès de Lluc 12 mois de prison avec sursis requis Loi travail
  602. 9.02 Paris Manif contre délit de solidarité
  603. 9.02 Lille Procès d’un élu. Il aurait heurté avec vélo un policier Manif pour les Roms
  604. 9.02 Agen Eric Petetin carafe d’eau sur la tête du député mair d’Agen
  605. 9.02 Dijon Manif contre criminalisation de la solidarité et 12 procès
  606. 9.02 Nantes Manif pour Théo 20 GAV
  607. 10.02 Nice Procés Cédric Hérou Aide aux migrants. Manif aussi àLyon
  608. 10.02. Paris, procès de Cyril et 6 militants pour dégradations au Medef
  609. 12.02 Nancy 3 agriculteurs condamnés à plusieurs mois de prison pour manif de juin
  610. 13.02 Bobigny Comparution immédiate 2 du 93 Théo Blanc Mesnil. Reporté à Sept.
  611. 13.02 Bobigny Comparution immédiate 2 du 93 Gagny. Amendes avec sursis
  612. 13.02 Bobigny Comparution immédiate 3 du 93. 6 mois de prison avec sursis
  613. 13.02 Bobigny Comparution immédiate 1 du 93. Relaxe
  614. 14.02 Bobigny Comparution immédiate 5 du 93. 220 heures TIG, prison avec sursis
  615. 14.02 Solidarité Théo : 236 GAV, 55 poursuites, 14 incarcérés, 1 an de prison ferme
  616. 14. 02 Paris Procès rappeutr Jo le Phéno incitation à la haine contre la police
  617. 14.02 Martinique grève répression syndicale SOEM 4 grévistes
  618. 14.02 Besançon Garde à vue pour 19 étudiants occupant fac de Besançon
  619. 15.02 Paris Procédure licenciement militant CGT CarrefourMarket
  620. 15.02 Rouen Comparution immédiate Manif Solidarité Théo
  621. 18.02 Melun Prof musique licencié pour son activité CNT
  622. 20.02 Montpellier. Licenciement E. Lacoste militant CGT Hémodyalise
  623. 20.02 Paris. TA. Etudiant sans papiers. Menace d’expulsion
  624. 20.02 Paris Procès pour manif pour Théo à Ménilmontant. Repoussé au 4.04
  625. 21.02 Chenove Faucheurs Volontaires destruction de bien vol herbicide BASF
  626. 21.02 Paris 13 interdictions de manifester lycéens considérés membres du Mili
  627. 21.02. Paris. Renvoi du procès de L. Citation pour rébellion
  628. 22.02 Rouen manifestant de 14 ans en examen Dégradation en réunion pour Théo
  629. 22.02 Rouen. Perquisitions chez Lycéens quartier St Julien. Manif soutien Théo
  630. 23.02 Nantes manif soutien Théo 4 GAV
  631. 24.02 Tourcoing Brasserie des 3 brasseurs; Serge CGT entretien préalable à sanction
  632. 24.02 Montpellier Manif Soutien à Théo Michael 6 mois de prison ferme
  633. 27.02 Paris, 16 lycéens en garde à vue lors des manifs de soutien à Théo
  634. 28.02 Montpellier Procès du Royal occupé, vitrine de la lutte contre la loi travail
  635. 28.02 Caen Franck Merouze CGT . Relaxe
  636. 2.03 Paris Stephanie. Loi travail. Outrage et violence alors qu’elle a été insultée
  637. 2.03 Lille. Interpellation? Lycéen pour pour entrave à la circulation et rébellion
  638. 2.03 Boulogne sur Mer Procès de Gaspard Glantz fondateur Taranis News
  639. 2.03 Tarbes clinique de l’Ormeau. Procédure licenciement gréviste
  640. Mars. Nantes. En examen pour avoir porté une croix rouge manif Date ?
  641. 6.03 Amiens Procès en appel des 5 inculpés d’Amiens Loi travail
  642. 6.03 Paris Mobilisation pour réintégration de Marie à Novasol
  643. 6.03 Rouen 2 manifestants soutien à Théo poursuivis
  644. 6.03 Paris Rassemblement contre licenciement militant CGT Courteille-Garanka
  645. 6.03 Paris Procès Dal et Jeudi Noir par un promoteur dégats lors d’occupation
  646. 6.03 Blagnac Prud’hommes CGT Hippopotamus Blagnac
  647. 6.03Verdun St Mihiel Hôpital discrimination syndicale CGT
  648. 6.03 Borgu arrestation d’un june corse pour jet coktail molotov
  649. 7.03 Paris Verdict Procès Fred filme les violences policières 8 mois fermes requis
  650. 7.03 Paris Prud’hommes, 2 correcteurs de Wolters Kluwer menacés
  651. 7.03 Cherbourg responsable CGT convoqué au commissariat
  652. 7.03 Rouen. Procès violences jeunes/Théo 6 mois (ferme/sursis ?)
  653. 7.03 Seine St Denis 55 GAV lycéens 44 mineurs manif soutien Théo
  654. 8.03 Metz. Procès Yann (PSA) et Denis, Loi Travail
  655. 8.03 Le Vertout Débrayage chez BN militant CGT licencié
  656. 9.03 St Denis 6 lycéens mis en examen pour manif soutien à Théo
  657. 9.03 Montpellier Procès de l’Utopia 03
  658. 10.03 Lycée Suger 8 lycéens condamnés comparution immédiate violences
  659. 10.03 Paris. Procès une personne aide exilés, outrage coups et blessures
  660. 13.03 Guadeloupe Pole emploi Mobilisation pour une réintégration militante
  661. 13.03 Marseille Procédure licenciement CGT McDonald’s
  662. 15.03 Kremlin Bicêtre Lycée D. Milhaud 6 jeunes en GAV solidarité Théo
  663. 15.03 Bastia procés P. Salort indépendantiste corse
  664. 15.03 Marseille licenciement 4 militantes CGT Ehpad Korian. Rassemblement
  665. 15.03 Rouen Procès pour occupation ferme des Bouillons. 7 mois fermes requis
  666. 15.03 Paris Banque Chaabi licenciement d’un militant FO Rassemblement
  667. 15.03 Yacouba Traoré 18 mois ferme Doum’s 15 mois fermes
  668. 15.03 Chevilly la Rue 8 interpellations lycéens. Solidarité avec Théo
  669. 16.03 Rouen Tribunal Administratif. Rassemblement. Expulsion soudanais 17 ans
  670. 16.03 Lyon Pole Funéraire grève contre licenciement ex délégué CGT
  671. 16.03 Le Havre Enième convocation de R. Kubecki CGT Le Havre à la Gendarmerie
  672. 16.03 Montpellier Procès J. Panetier déjà en prison cet été, menace de prison ferme
  673. 16.03 Mulhouse Suicide Fred CGT SNCF harcelé par la direction
  674. 17.03 Dreux Sodehxo licenciement militant CGT Grève
  675. 17.03 Chambery N. Pradelle SNCF procèdure de révocation
  676. 17.03 Bordeaux S. Nouzared Insulte envers cex chef de la gendarmerie de Gironde
  677. 17.03 Cachan 11 interpellations lycées. Solidarité avec Théo
  678. 17.03 St Quentin Ondulys, harcèlement, poursuites judiciaires militant CGT
  679. 20.03 Paris Menace expulsion Louise étudiante Paris 7
  680. 21.03 Paris. Procès : 1100 euros pour rebéllion sans motif d’interpellation loi travail
  681. 21.03 Paris Loic Citation condamné à 1 000 euros Appel
  682. 21.03 Calais 20 militants anti Fillon condméns à amende pour concert de casseroles
  683. 23.03 Bordeaux Relaxe de 4 militants DAL aide à sans logis
  684. 23.03 Paris Procès 4 militants Greenpeace pour avoir tagué le siège EDF
  685. 23.03 Nantes. Prud’hommes, S., licenciée pour changement de sexe. Report en juin
  686. 24.03 Le Havre Nouvelle convocation du secrétaire de l’UL CGT
  687. 24.03 Paris Emirates Procès Licenciement M. Modjaverian militant CGT
  688. 25.03 Niort Conforama Militatne CGT séquestrée
  689. 25.03 Quimper Procès 3 militants antifascistes contre manif FN
  690. 28.03 Versailles Nème poursuite contre Gael Guirante Sud poste. Rassemblement
  691. 28.03 Paris Meurtre de Liushaoyo par la BAC Manif 9 gardes à vue
  692. 29.03 Lille. Expulsion Mohamed Bonnet Rouge Manif
  693. 29.03 Paris SNCF Rassemblement anti-répression 2 militants FO St Lazare
  694. 30.03 Paris Rassemblement soutien Liushaoyo tué par la police
  695. 30.03 Rouen Rappel à la loi. Participation attroupement après sommation dispersion
  696. 31.03 Périgueux Jugement de 6 agriculteurs pour dégradations
  697. 31.03 Ales. 2 militants CGT Cora licenciés divulgation secret commercial
  698. 31.03 Paprec rassemblement contre refus réintégration militant CGT Mamadou
  699. 2.04 Pas de Calais 15 personnes ont amende pour concert de casserole corruption
  700. 2.04 Bordeaux Tir de flashball en pleine tête lors manif anti Le Pen et 7 GAV
  701. 3.04 W avrechain sous Denain Manif contre discrimination syndicale
  702. 4.04 Quimper 35 H de TIG pour protection d’un pasteur de 83 ans Charge de police
  703. 4.04 Le Havre délégué CGT Seita le Havre menacé licenciement. Rassemblement
  704. 4.04 Nice Proces Francesca Aide à des immigrés
  705. 4.04 Aulnay sous Bois 1 militant association locataires en GAV avant manif
  706. 4.04 Béziers 3 militants anti-éoliennes en GAV
  707. 4.04 Paris. Proces Faty CGT Pullmann. Discriminée
  708. 5.04 Hénin Beaumont. Révocation de R. Gobert CGT territoriaux
  709. 5.04 Bar Sur Aube. Grève de la faim contre répression syndicale 2 cgt à Aube Beding
  710. 5.04 Tremblay Discrimination CGT Rent a Car
  711. 5.05 Nephrocare licenciement militant CGT Lacoste
  712. 6.04 Osny Manif basque pour trois prisonniers
  713. 6.04 Strasbourg F. Fillon enfariné 2 en GAV
  714. 6.04 Chinon C. Nucléaire médecin du travail condamné Lien entre travail et santé
  715. 6.04 Aubervilliers OP HLM Licenciement CGT Kamara
  716. 6.04 Palaiseau. Centre détention administra. 9 grèves de la faim. Détention arbitraire
  717. 7.04 Paris Ehpad Korian manif militants CGT licenciés Fatima Paris, Waïba Lyon, Dominique Clermont-Ferrand, Clara Castera, Hella, Isma, Catherine à Marseille
  718. 7.04 Tourcoing Licenciement 2 CGT Bar la Duc d’Havré
  719. 7.04 Douai Licenciement d’une militante CHSCT Crèche Rigolo.
  720. 8.04. 92. Redouane sud poste 92 sanctiosn disciplinaires
  721. 10.04 Hayange; Mairie commisssion disciplinaire pour militant CGT suite grève
  722. 11.04 Le Havre procés 2 militants loi travail de Rouen
  723. 11.04 Bar le Duc Procès d’un faucheur de chaise
  724. 11.04 Rennes. Procès G. Glantz Taranis News. Insultes policiers. Loi travail
  725. 12.04 Gennevilliers Snecma 9 militants CGT poursuivis depuis 10 ans
  726. 13.04 Rouen Procès pour attroupement après sommation de se disperser
  727. 13.04 Lamentin Martinique Poursuites de 4 militants CGT SOEM
  728. 12.04 Pau. Procès du maire de Tarnos pour banderolle dénonçant le vol sur budget
  729. 13.04 92 Xavier SUD Poste 92 entretien préalable licenciement
  730. 13.04 Nord Nordine CGT discrimination syndicale
  731. 13.04 Hayange Mairie Discrimination syndicale CGT
  732. 18.04 Caen Licenciement militant CGT NXP
  733. 19.04 Quimper Convoqué ? Militant cooridnation défense des services publics
  734. 20.04 Guyane Inspectrice du travail victime du racisme discriminée
  735. 20.04 Lens 2 militants CGT EDF convoqués pour les mardis de la colère
  736. 23.04 Paris Ménilmontant 29 GAV Manif anti fascistes
  737. 23.04 Strasbourg 1 GAV manif antifa
  738. 23.04 Nantes Manif anti Marine et Macron 1 GAV
  739. 23.04 Bordeaux manif anti Marine et macron 2 GAV
  740. 23.04 Paris 10 comparutions immédiates suite au 23.04 Refus prélèvement ADN
  741. 23.04 Hénin Beaumont GAV journaliste J. Krist pour “rebellion”
  742. 23.04 Strasbourg manif antifa 1 mineur en GAV
  743. 24.04 Paris 4 mois de prison ferme pour manif antifa du 23.04
  744. 24.04 Blois Militant licencié pour avoir déclaré une manif. de soutien aux Roms
  745. 24.04 Nice Procès Marie-Rose et Eric. Aide entrée d’étrangers en situation irrégulière
  746. 24.04 Paris C. Lietchi CGT Energie Paris convoqué commissariat pour 4 bouteilles
  747. 25.04 Versailles Procès en appel de Bagui Traoré
  748. 25.04 Paris 2 comparutions immédiates pour manif du 23.04
  749. 27.04 Dôle Fromageries Arnaud Procès appel Discrimination syndicale
  750. 27.04 Rennes Manif ni Le pen Ni Macron 2 GAV, 10 manifestants commissariat
  751. 27.04 Lille 7 GAV manif anitfa. 1 procès en juillet
  752. 27.04 Nantes. Manif antif 1 GAV
  753. 27.04 Aix en Provence Procés expulsion menacé de mort au Soudan. Délibéré 22.06
  754. 27.04 Paris Procès lycéen levallois manif Théo manif 5.04
  755. 28.04 Paris Licenciement militant CGT CMM Logic Immo
  756. 1.05 Paris manifestation 5 arrestations
  757. 1.05 Martinique Manifestation 5 arrestations
  758. 2.05 Bar Le Duc Procès 2 militants anti Bure
  759. 2.05 Aulnay sous Bois Rappeur Fianso et 2 autres GAV clip = manif illégale
  760. 3.05 Paris 5 mois prison avec sursis pour violences manifs 1er mai
  761. 3.05 Seine et Marne 3 lycéens en examen pour avoir fabriqué 17 cocktails molotov
  762. 3.05 Nice 5 pompiers en GAV pour manif sur autoroute 22.02
  763. 3.05 Aulnay sous Bois Procès rappeur Fianso relaxé vice de forme
  764. 3.05 Nancy G. Theis CGT EDF convoqué commissariat
  765. 4.05 Rennes Appel procureur contre relaxe G. Glanz Taranis News
  766. 4.05 Ancenis 2 syndicalistes CGT Fonderies Bouhyer condamnés pour injures
  767. 5.05 Le Mans Setram grève répression syndicale FO
  768. 5.05 L’Hôpital Rassemblement devant la mairie contre les discriminations syndicales
  769. 5.05 Thouars Pétition Contre licenciement syndicaliste Super U
  770. 6.05 Massy Mort de Curtis poursuivi par la police rassemblement
  771. 7.05 Paris Manifs anti-Macron Ménilmontant 9 GAV. Nantes 5 GAV
  772. 7.05 Guingamp Procès 4 manifestants. Blocage train loi travail
  773. 7.05 Béthune 7 femen en GAV Perturbent le vote deM. Le Pen Procès septembre
  774. 7.05 Nantes manif anti macron 8 GAV
  775. 7.05 Besançon manif anti-macron 2 GAV
  776. 8.05 Paris 69 assignations à résidence
  777. 9.05 Paris 2 Comparutions immédiates des 9 des Ménilmontant. 2000 euros d’amende, appel procureur, report
  778. 9.05 Dijon, Procès faucheur volontaire refus de prélèvement ADN
  779. 9.05 Rodez. Violences policiers, manif transforamteur électrique. Reporté 10.10
  780. 9.05 Cergy Rassemblement contre révocation de Yann sud poste 91
  781. 10.05 Nice Procès de 4 citoyens aidant les migrants
  782. 10.05 Paris Comparution immédiate de certains des 9 de Ménilmontant
  783. 10.05 Evry. TGI 2 comparutions immédiates pour rassemblement pour Curtis du 6.05
  784. 11.05 Nimes Procés Aurélien Loi travail Relaxe
  785. 12.05 Lille Rassemblement pour dénoncer l’assassinat militant antifa par fascistes
  786. 12.05 Corse 12 GAV 7 militants nationalistes en examen : Coktail Molotov en 2016
  787. 12.05 Guingamp Procès 4 militants blocage de gare. Relaxés
  788. 14.05 Evry Rassemblement pour la vérité sur Curtis
  789. 15.05 Le Havre Nouvelle convocation R. Kubecki CGT au commissariat
  790. 15.05 Montpellier Jules convoqué commissariat Royal occupé
  791. 16.05 Niort Procès Nestor loi travail
  792. 16.05 Nice Procès 4 aides aux migrants. Délibéré le 24 juin
  793. 16.05 JM Rouillan 18 mois de prison. Apologie terrorisme. Peine aménageable
  794. 17.05 Nantes Procés 6 jeunes NDDL Opération escargot Relaxés
  795. 17.05 Caen Procès 1 personne expulsion d’un squat
  796. 17.05 Strasbourg rassemblement contre révocation Mathieu Sud Rail Mulhouse
  797. 18.05 Reuil Malmaison Mairie multiples discriminations CGT Rassemblement
  798. 18.05 Lille Sec CGT Lille convoqué commissariat plainte pour injures
  799. 18.05 Douai Convocation au commisariat de SEC. CGT Mines Energie Douai
  800. 19.05 Montpellier Jules à nouveau convoqué commissariat Royal occupé
  801. 19.05 Houdain. Mairie Conseil discipline Guillaume CGT
  802. 19.05 Nice rendu procès Francesca, aide aux migrants. 1000 euros d’amende. Appel
  803. 20.05 Aulnay sous Bois. La Rose des vents, suite Théo 3 GAV
  804. 21.05 Aulnay sous Bois Hadama Traoré GAV suite de la veille
  805. 21.05 Vaulx en Velin. Mobilisation pour relancer l’enquete sur la mort de Mehdi
  806. 22.05 Nesle MGI Coutier licenciement militant CGT, pause café trop longue
  807. 23.05 Isle sur Sorgue Ehpad Clos des lavandes. Réintégration CGT. Rassemblement
  808. 23.05 St Etienne 3 jeunes de la lutte loi travail pour refus prélèvement ADN
  809. 23.05 Mamoudzou. Procès de 10 grévistes de Colas : violences lors de la de grève
  810. 27.05 Valenciennes PSA poursuit 19 grévistes
  811. 28.05 Paris 18eme. Jet d’eau sur El Khomry. Gav et proces “violences”
  812. 29.05 Lille. Pierrick CGT licencié Transfert Press. Rassemblement
  813. 30.05 Rennes 7 interpllations manif agressions 2 motards police
  814. 31.05 Procès E. Domota UGTG pour violence.
  815. 31.05 Cergy Foued arreté et incarcéré depuis cette date
  816. 31.05 Guyane Constant Romain syndicaliste UTG pour violence
  817. 31.05 Besançon Procès 3 étudiants pour actions militantes
  818. 2.06 Rennes Procès 3 manifestants. Manif 28.04 Refus comparution immédiate
  819. 2.06 Tourcoing Westa France mesures disciplinaires militant CGT
  820. 6.06 Lyon Procès militant anti squatt Gud
  821. 6.06 Guyane a 5 des 500 frèfres pour blocage impots
  822. 7.06 Boulogne Procès Gaspard Glanz Taranis news
  823. 7.06 Rennes Procès “agressions” contre policier/sorti son arme. 6 mois prison sursis
  824. 7.06 Paris Mise en GAV de Amal Bentounsi A photographié des policiers violents
  825. 8.06 Gildo procès manif 49.3. 1500 euros d’amende. Délibéré 6.07
  826. 8.06 Paris Mise en examen de 2 personnes pour avoir témoigné contre la police
  827. 8.06 Nimes 5 viticulteurs entendus par la police
  828. 8.06 Rennes Violence contre policier. 2 arrestations lors du procès
  829. 8.06 Montpellier 4 viticulteurs entendus par la police
  830. 8.06 Mulhouse Soutien à Abdelhamid CGT
  831. 9.06 Paris Procès appel Sadok soutien aux migrants. 6 mois de prison ferme
  832. 11.06 St Pierre Réunion procés 5 planteurs
  833. 11.06 St Denis Réunion Procès 6 planteurs
  834. 12.06 Versailles, Procès 2 Militants L214 pour une caméra dans un abattoir
  835. 12.06 Caen 2 étudiants staps conseil discipline pour grève
  836. 12.06 Cherbourg CGT Energie convoquée au commissariat
  837. 14.06 Rouen Procès en appel de Laurent CGT 76. Rendu 10.07
  838. 15.06 Corse Pole emploi grève contre la répression de 5 militants STC
  839. 15.06Paris Xxème. Wahid. 90 jours ITT. Violences policières
  840. 15.06 Strasbourg Discrimination CGT Mas OberkirchAPF. Rassemblement
  841. 15.06 Montpellier. Procès R. Abauzit. A dit du mal d’un patron
  842. 16.06 Foix, Procès 10 Faucheurs volontaires destruction pesticide, Renvoyé au 17.08
  843. 19.06 Aix en Provence Procès Herrou aide aux migrants
  844. 21.06 Rennes. Policier braquant son arme, 4 manifestants à la prison ferme.
  845. 21.06 Nice C. Herrou en GAV pour aide aux migrants
  846. 21.06 C. Euro. Droits de l’homme. Procès JM. Eycaguer. Conf. Paysan. Refus ADN. Etat français condamné.
  847. 21.06 Le Havre Procès Mika Territorial, pour “enfumage” de la mairie, lors de grève
  848. 21.06 Nantes. Prud’hommes Menace licenciement militant CGT Airbus loi travail
  849. 22.06 Toulouse. Procès TA. 2 syndicalistes Nutribio licenciés pour blocage en grève
  850. 22.06 Besançon. Procès du menuisier anti RSI pour dégradations
  851. 22.06. Asnières. Violences policières contre des enfants pour une bouche d’incendie
  852. 22.06 Pé St Gervais rassemblement pour Akram entre vie et mort/violences policières
  853. 23.06 Paris Procès violences 1er mai
  854. 23.06 Paris Procès 4 personnes soutien aux révoltes des centres de rétension
  855. 23.06 Versailles Procès Farid PSA Poissy. Rassemblement.13 militants mise à pied. 5 procédure licenciement. 48 mises à pied en qq mois
  856. 24.06 Trappes. Violences policières. Mère de famille blessée par la police
  857. 25.06 Cergy. Rassemblement justice pour Foued Pontoise
  858. 26.06 Aix en Provence procès Manonni aide aux migrans
  859. 26.06 Caen. Procès appel 10 manifestants paysans
  860. 26.06 Bordeaux 4 syndicalistes CGT ford Blanquefort dont P Poutou condamnés
  861. 27.06 Douai José CGT Bombardier Appel. Licencié pour grève loi travail
  862. 27.06 Boulogne sur Mer. Procès Laurent aide à l’entrée situation irrégulière
  863. 27.06 Belfort Rachid CGT Super U Beaucourt licenciement
  864. 27.06 Paris Garde à vue Simon du Dal
  865. 28.06 Toulouse 5 militants CGT CHU sanctionnés
  866. 28.06 Grenoble UD et CGT chs St Egrève poursuivis : dégradation de biens publics
  867. 28.06 Aix en Provence Procès Julien CGT Licenciement logic immo
  868. 28.06 Sevrey Amazon mobilisation contre discrimination syndicale
  869. 29.06 Nème procès Gael sud poste 92, licenciement
  870. 29.06 Ales Refus licencimeent CGT Cora
  871. 29.06 Trèbes Procès 15 militants Conf Paysanne. Occupation voies. Relaxe
  872. 29.06 Rennes procès refus empreintes et adn Relaxe
  873. 2.07 Albi Adolescent tabassé par la police. Etat grave
  874. 4.07 Nice Onet militant CGT licencié pour avoir mangé un bout de fromage
  875. 5.07 Caen 2 étudiants Staps conseil discipline pour grève
  876. 6.07 Toulouse CD 31, 2 militants CGT menacés de sanctions
  877. 6.07 Versailles Procès M. Kearney syndicaliste Areva 6 mois prison sursis. Calomnie
  878. 6.07 Pointe à Pitre Procès Elie Domota
  879. 6.07 Paris Relaxe Gildo Territoriaux CGT
  880. 6.07 Toulouse Natacha CGT et Fred Sud CD 31 relaxés
  881. 6.07 St Denis La réunion. Sogedis condamnée pour discrimination syndicale
  882. 6.07 Paris Alain Poste CGT poursuites disciplinaires
  883. 6.07 Paris Cassation 4 militants CGT Castmetal licenciés pour activité syndicale
  884. 6.07 Choiosy. GAV pour avoir uriné sur le commissariat
  885. 7.07 Paris, Maria Poste CGT poursuites disciplinaires et S. Le Goff Paris 14
  886. 7.07 Paris. Procès Nicolas. Film des violences policières. Les aurait traité de fascistes
  887. 7.07 Montauban Nutribio militant CGT licencié
  888. 8.07 St Pierre d’Irube grève de la faim pour la libérationdes prisonniers basques
  889. 8.07 Paris Manif PSA Farid CGT 6 mois de prison avec sursis
  890. 8.07 Hambourg Un parisien en prison préventive pour les manifs du G20
  891. 9.07 Paris Procès Nico A subi les violences policières et est poursuivi
  892. 11.07 Le Lamentin Sanction 4 CGT SOEM. Mobilisation et relaxe
  893. 13.07 Lille procès Ilham suites affaire Théo
  894. 13.07 Pau Procès 8 gens du voyage, manif 2.06, 7 condamnés
  895. 14.07 Essonne émeutes jeunes 7 GAV
  896. 16.07 Miramas Rassemblement contre sanction Logistic
  897. 17.07 Martinique Conseil discipline CACM CGT
  898. 17.07 Paris Audience renouvellement détention voiture police brûlée. 3 en prison ferme depuis des mois
  899. 18.07 Le Havre procès Micka territoriaux CGT. 9 mois sursis.15000 eur. Amende
  900. 20.07 Macon Rassemblement pour Jérome, Cong Paysanne, tué par la gendarmerie
  901. 22.07 Mayotte. 6 grévistes Colas licenciés, 4 militants CGT poursuivis
  902. 22.07 Beaumont sur Oise. Commémoration mort d’A. Traoré
  903. 26.07 Massy Procès Ryan/mort de Curtis 70 jours TIG, 10 mois fermes
  904. 26.07 Lille Procès Christopher antifa
  905. 27.07 Wallis et Futuna Procès 5 chefs coutumiers/blocage aéroport
  906. 28.07 Paris 19° Romain Mas St Jean de Malte, licenciement CGT
  907. 31.07 Paris 1 mois de prison ferme CGT pour une gifle à une députée
  908. 1.08 Lille Franck CGT Licenciement
  909. 2.08 Versailles Procès de Warren. Bac d’Elancourt
  910. 16.08. Lyon. Procès 100 migrants poursuivis par Lyon Métropole
  911. 18.08 Foix Procès de 21 faucheurs volontaires. Ont détruit herbicide
  912. 22.08 La Courneuve Mobilisation M. Kanté CGT Paprec Licencié
  913. 1.09 Dieppe, Procès deux militants pour distribution de tracts
  914. 09 ? Procès du rappeur Jo le Phéno pour incitation à la haine contre la police
  915. 09 ? Béthune procès 7 Fémen. Ont perturbé le vote M. Le Pen le 7.05
  916. 4.09 Versailles Procès 2 militants de la cause animale
  917. 10.09 Nersac. Délégué FO Arts Energy menacé de licenciement poru son activité
  918. 11.09 Paris Procès de Loïc de Jolie Môme. Repoussé en novembre
  919. 12.09 Paris. Procès de J. Revest pour avoir écrit un livre contre Areva
  920. 12.09 Lyon. Manif loi travail. 8 gardes à vue
  921. 12.09 Nantes Manif loi travail. 2 comparutions immédiates 1 prison ferme requise
  922. 13.09 8 militants de la Conf paysanne mis en examen pour avoir dénoncé Vinadeis
  923. 14.09 St Denis de la Réunion garde à vue pour blocage de route
  924. 19.09 Toulouse Procés Céline Boussié lanceuse d’alerte
  925. 19.20.21.09 Paris Procès pour l’affaire de la voiture de police brûlée. 8 réquisitions de 4 a 8 ans fermes
  926. 20.09 Bordeaux Procès en appel de Nicolas Merle-
  927. 20.09 Béthune procès 6 féministes de Femen pour exhibitionnisme
  928. 20.09 Bure 3 interpellations anti-nucléaires et poursuites
  929. 20.09 Sucrerie Ste Emilie discriminations syndicales Grève
  930. 20.09 Guéret cinéaste L. Kowalaslki filme GM&S en garde à vue
  931. 21.09 Nantes Manif loi travail 1 militant CGT en garde à vue
  932. 21.09 Versailles Procès appel Marcus menacé 6 mois prison ferme
  933. 21.09 Rouen Poursuivi (interpellé ?) pour un doigt d’honneur à la police
  934. 21.09 Nantes 10 gardes à vue 2 comparutions immédiates. Manif loi travail
  935. 23.09 Calais 2 manifestants pour la paix en garde à vue
  936. 25.09 La Roya Nice 3 militants proche C. Herrou en garde à Vue
  937. 26.09 Montreuil, 2 Manifestants contre une usine polluante en garde à vue
  938. 28.09 Paris. Procès Houssam la chapelle debout aide au xmigrants. Rébellion
  939. 29.09 Morlaix Parent d’élève en garde à vue pour manif contre fermeture de classe
  940. 4.10 Le Mans Procès 6 cheminots pour fait de grève
  941. 4.10 Gennevilliers Procédure de licenciement délégué CGT Geodis Calberson
  942. 4.10 Port de bouc Trabil Sanction disciplinaire contre militant CHT
  943. 4.10 Dijon Longvic 4 militants d’aide aux migrants en garde à vue pour squatt
  944. 5.10 Corte Militant nationaliste en garde à vue
  945. 5.10 Paris. Militant pour le droit d’être nu en garde à vue
  946. 6.10 Paris procès d’un déboulonneur. Refus prélèvement ADN
  947. 6.10 Paris Procès appel de Sadok 6 mois emprisonnement soutien migrants. Relaxe
  948. 9.10 Lyon procès en appel de Martin, JC et CGT, pour activité contre loi travail
  949. 9.10 Coulommiers, 3 lycéens en garde à vue, blocage de lycée
  950. 10.10 Paris 4 collégiens et lycéens blocage Bergson en garde à vue. Poursuivis
  951. 10.10 Paris 4 manifestants du 10.10 en comparution immédiate
  952. 11.10 Paris Georges militant CGT Restauration en garde à vue
  953. 11.10 Paris Procés 9 du quai de Valmy. Condamnations prison ferme, 7 ans, 3 ans…
  954. 12.10 Pré Catelan Chasse aux DRH. 41 interpellations 5 gardes à vue
  955. 12.10 Paris 2 lycéens Blocage Bergson du 10.10 devant juge pour enfants
  956. 12.10 Cattenom 8 militants Greenpeace en Garde à vue
  957. 13.10 Paris 4 manifestants du 10.10 au TGI
  958. 14.10 Paris 4 comparutions immédiates affaire de la chasse aux DRH
  959. 19.10 Guyancourt Poste menace de licenciement de Vincent militant CGT
  960. 20.10 Paris procès de Frédéric pour avoir filmé les violences policières
  961. 10.11 Paris Procés 2 de la chasse au DRH
  962. 21.11 Paris Procès de 2 de al chasse aux DRH
  963. 24.11 Paris procès de deux d ela chasse aux DRH
  964. 17.11 Poitiers Procès de 9 manifestants de loi travail 2016. Ont été sur les rails !
  965. 16.11 Paris, 9 militants PSA Pooissy en correctionnelle tentative de “séquestration”
  966. 9.12 Rémi Filliau Procès en appel autocollants antinucléaires sur local EM
  967. mars 2018 Procès en appel Air France chemise arrachée
  968. 18.04.2018 Procès 3 paysans et 1 bonnet rouge, incendie des impôts de Morlaix
  969. Rouen sans date; mineure convoquée devant le juge des enfant/Théo
  970. Rouen convocation composition pénale/THéo
  971. Rouen convocation pour rappel à la loi par OPJ pour port d’arme/Théo
  972. Procès 3 militants festival d’Aurillac sans date
  973. Appel pour Bagui Traoré et Youssnon fié
  974. Recours licenciement CGT Sodex, grève, non fixé
  975. Gironde : 2 militants Sud Santé Sociaux arrêtés en mai loi travail; Non fixé
  976. Procès, licenciement CGT Conforama loi travail, non fixé
  977. Poursuite S. GEVAUDAN Sec. UD CGT du Gard et E. Daunis, Gard.
  978. 639 interdictions de manifester pour 12 mois.

Soit 4013 personnes… au moins.

Guide pratique pour l’ouverture de squats

Pour s’initier à l’art et la manière d’ouvrir des squats. Trouvé sur le site « Squat.net » (https://fr.squat.net/).

Comment ouvrir un squat en 5 étapes ?

Ton propriétaire te fait chier ? Le Crous te séquestre dans une chambre universitaire de 11 m2 ? T’en as marre d’être dépendant de tes parents ? T’as jamais une thune à cause du loyer, des charges, et de cette putain de taxe d’habitation ? Ouvre un squat ! Ce n’est pas si compliqué, c’est plutôt excitant et si c’est fait dans les règles de l’art, tu risques quasiment rien. Le Poing s’inspire des brochures de squatteurs, notamment « Le Squat de A à Z » (lecture hautement recommandée !!!), pour vous donner des conseils pour ouvrir un squat et ne pas se faire expulser trop vite.

Squatter, ça veut dire vivre dans un bâtiment abandonné sans avoir demandé d’autorisation à personne. C’est refuser de payer un loyer à un propriétaire qui possède plus d’un logement quand d’autres n’en possèdent aucun. Certains squats se revendiquent militants et/ou culturels, d’autres sont juste des lieux d’habitation. De fait, tout squat est « politique » dans la mesure où c’est une contestation en acte de la propriété privée. Si tu te lances dans cette lutte, tu vas donc rejoindre le camp de ceux que l’État et la police considèrent comme « indésirables ». Toi aussi, rejoins le côté obscur de la force !

1) Repère ta maison

Commence par te trouver une bande de potes motivés pour faire du repérage de bâtiments vides. Pas besoin d’être dix mille sur l’affaire, une poignée de copains et de copines sérieux suffit largement. Avoir des bricoleurs dans la bande n’est pas inutile. Le repérage se fait le plus discrètement possible, de préférence la nuit. La cible, ce sont tous les bâtiments vides. Plusieurs indices peuvent vous aider à en reconnaitre un : volets fermés, boîte aux lettres pleine de vieilles pubs, tas de feuilles mortes devant la porte, jardin en friche, etc. Plus ça a l’air abandonné depuis longtemps, mieux c’est. Une fois le bâtiment choisi, il faut s’assurer qu’il n’y a plus de passage dedans. Pour cela, placez un bout de papier dans l’embrasure de chaque porte et portail et vérifiez régulièrement s’ils sont toujours là. Ca marche aussi en mettant un petit bout de bois dans les serrures.

Pensez, lors de ces repérages, à bien observer les entrées possibles pour la première visite (porte, lucarne, garage, velux, soupirail, volet et autre fenêtre mal fermée…) et imaginez de quel matériel vous aurez besoin. Vous pouvez prendre des photos du lieu, ça permet de pouvoir observer le bâtiment de chez vous et ça permet de vous faire passer pour un photographe amateur au cas où un voisin s’étonnerait de vous voir roder dans le quartier. En complément des repérages sur place, pensez à utiliser la vue du ciel de Google Maps pour avoir une autre vision du bâtiment et repérer des détails qui vous auraient échappé.

2) Rentre dans le bâtiment et barricade-toi

Une fois que vous vous êtes mis d’accord sur le bâtiment à occuper, réunissez vos potes avec qui vous souhaitez investir le lieu et faites-vous un récapitulatif collectif, histoire d’être sûr que tout le monde a les mêmes informations. Mettez des outils de côté: marteaux, tournevis plats et cruciformes, pied de biche, vis, serrures, clous, perceuse sans fil, ciseau à bois, mètre, chaine, cadenas… Prévoyez aussi de quoi tenir quelques jours: vêtements chauds, couvertures, eau, bouffe, bougies, allumettes, jeux de cartes, etc. Regroupez vous par binômes et répartissez vous des rôles pour l’ouverture : les guetteurs planqués dans la rue, ceux qui checkent le rez-de-chaussée, ceux qui montent au premier étage, ceux qui trimballent le matos, etc. Pour minimiser les risques de se faire griller, mieux vaut rentrer la nuit. Sonnez avant d’entrer à la sauvage, avec une excuse bidon au cas où vous tombiez sur des habitants. Ne flippez pas en rentrant et ne faites pas les fous. Ne courez pas partout, ne gueulez pas et faites attention à ne pas éclairer les fenêtres. Le mieux, c’est d’avoir des lampes frontales à lumière rouge pour vous guider.

Si vous vous rendez compte que vous êtes dans un logement meublé: cassez-vous ! On pourrait vous reprocher une violation de domicile avec dégradation volontaire et vol. Si les toits, les murs et les planchers sont trop délabrés, cassez-vous aussi. Une fois ces vérifications faites, ne perdez pas de temps. La priorité c’est de verrouiller toutes les entrées et de se barricader ! Pendant qu’un binôme pose des verrous, un autre peut chercher s’il n’y a pas une boite planquée quelque part avec les clés des portes. Acharnez-vous à barricader chaque entrée du bâtiment avec tout ce que vous trouvez sur place, mais réparez le plus vite possible tout dommage matériel causé aux portes et fenêtres pour amoindrir les risques d’une procédure de flagrant délit pour effraction. Une fois le barricadage effectuée, envoyez le binôme de guetteurs vérifier qu’il n’est effectivement pas possible de rentrer. Si c’est le cas, vous avez alors accès au niveau 3 : le sous-marin.

3) Attends le passage des flics et des huissiers

Ce qu’il faut avoir en tête en commençant la période de sous-marin, c’est qu’après 48h de squat, la police ne peut légalement plus vous expulser. Théoriquement, seule une décision de justice peut alors vous faire déguerpir, sauf si un juge considère que vous êtes rentré par effraction. Mettez un nom (vrai ou faux) sur la boite aux lettres et faites-vous envoyer une enveloppe timbrée et datée pour prouver que vous êtes là depuis plus de 48 heures et éviter une procédure de l’huissier par requête anonyme. Vous pouvez même obtenir des courriers antérieurs à votre arrivée en écrivant une adresse au crayon de papier que vous modifierez au stylo après réception. Mais gardez en tête que seul le passage de la police ou d’un huissier enclenche à coup sûr l’ultimatum des 48h. Si les flics et les huissiers ne passent pas le même jour, considérez que l’ultimatum commence à partir du deuxième passage. Un choix possible, dès 48h ou dès que vous êtes bien barricadés, c’est d’appeler vous-mêmes la police, par exemple en se faisant passer pour un voisin ayant constaté l’occupation. Cela permet de choisir quand les flics arrivent et de ne pas vivre dans l’attente de leur passage pendant plusieurs jours. D’autres préfèrent rester discrets le plus longtemps possible, c’est à vous de voir. Quoiqu’en dise la loi, la réaction des flics reste dure à prévoir et vous n’êtes jamais à l’abri d’une opération ninja d’une équipe de la BAC en manque d’action, surtout dans le cadre de l’état d’urgence. La barricade est donc votre seule amie.

La règle absolue en cas de passage d’un huissier, de la police ou du propriétaire, c’est de ne pas leur ouvrir ! Parlez-leur depuis une ouverture en hauteur ou envoyez quelqu’un de l’extérieur leur parler sur le trottoir. Précisez, même si c’est faux, que la maison était ouverte et que vous êtes là depuis plus de 48h, ce qui, en faisant du bâtiment votre domicile principal, évite un flagrant délit qui pourrait amener les flics à se considérer en droit de faire une expulsion immédiate. Le bluff est de mise: dites que vous avez un avocat, qu’il s’agit d’une opération d’ouverture de squats dans le cadre d’une campagne nationale contre le mal-logement, que les journalistes sont en train d’arriver et que visiblement, tout le monde était au courant sauf eux. Divulguez le moins d’informations possible, y compris aux voisins curieux. Trois ou quatre jours après le passage des flics et/ou des huissiers, vous pouvez considérer qu’aux yeux de la loi, vous êtes chez vous !

Ecrivez alors ce message et collez le à la porte:

Ce lieu est notre domicile ainsi que notre résidence principale. En tant que résident-e-s de l’immeuble, nous sommes protégé-e-s par la loi. Agir hors du cadre procédural, c’est heurter un des principes du droit français, l’inviolabilité du domicile. Selon l’article 432-8 du Code pénal, « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, agissant dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, de s’introduire ou de tenter de s’introduire dans le domicile d’autrui contre le gré de celui-ci hors les cas prévus par la loi est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. » D’après l’article 226-4-2 du Code pénal, « le fait de forcer un tiers à quitter le lieu qu’il habite sans avoir obtenu le concours de l’Etat dans les conditions prévues à l’article L153-1 du code des procédures civiles d’exécution, à l’aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. » Il ne peut y avoir d’expulsion sans décision exécutoire du tribunal. Squat : 1 – Propriété privée : 0.

4) Remets l’eau et l’électricité

Pour l’électricité, il faut commencer par repérer les endroits où c’est mal foutu en vérifiant l’état des prises, des interrupteurs et des câbles. Quand les installations n’ont pas l’air trop craignos, vous pouvez tenter de remettre en route le disjoncteur différentiel, si possible en ayant baissé avant tous les fusibles. Si vous ne le sentez pas, mieux vaut appeler un pote qui s’y connaît plutôt que de s’électrocuter ou de provoquer le départ d’un incendie. Si vous voulez payer l’électricité, contactez EDF et donnez-leur le nom de l’ancien abonné (facultatif), le numéro du compteur et les chiffres de la consommation précédente. En cas de refus, mettez-leur la pression et rappelez-leur que le rôle d’EDF n’est pas de se substituer à la justice mais de fournir un besoin vital.

Pour l’eau, regardez dans la maison, souvent dans la cave, s’il y a une vanne et un compteur (ou une plaque au sol, rectangulaire et en fonte, souvent amovible). Ouvrez la vanne et faites des tests avec les robinets. Si rien ne se passe, c’est probablement que l’eau est coupée depuis la rue. Cherchez alors des petites plaques en fonte à l’extérieur, généralement de 15cm de diamètre, ouvrez-les et tournez le robinet à l’intérieur. Parfois le robinet est enfoui à plusieurs mètres et il faut alors se dégotter une clé de fontainier pour pouvoir y accéder. Là encore, n’hésitez pas à faire recours à des potes qui s’y connaissent.

5) Prépare ta défense

Maintenant que vous êtes installés, reste à savoir ce que vous allez faire du lieu ! Combien de personnes peuvent être logées ? Est-ce juste un squat d’habitation ou souhaitez-vous aussi accueillir des réunions, des ateliers, des projections, des concerts… ? Quelles relations nouer avec les voisins et les commerçants ? Quels sont les travaux à réaliser ? Comment s’organiser en interne pour prendre des décisions collectives et les faire appliquer ? Faut-il parler ou non aux journalistes ? Tolérez-vous la présence de glandeurs, d’alcooliques, de petits chefs ou de sexistes parmi vous ? Quelle stratégie adopter face à la justice ? Etc. La plupart des problèmes soulevés par ces questions se résolvent au fil du temps, par l’action. Il ne sert donc à rien de tout vouloir régler à l’avance, mais il est toujours utile de savoir ce qui se fait déjà dans d’autres squats pour éviter de réinventer la poudre tous les quatre matins.

En matière d’organisation, se fixer une assemblée générale interne par semaine n’est pas de trop et si vous avez vocation à ne pas être qu’un squat d’habitation, il est pertinent de prévoir des assemblées générales ouvertes à d’autres gens pour faire respirer un peu le lieu. Concernant le voisinage, il paraît logique d’entretenir des bonnes relations avec le quartier. Vous pouvez mettre des tracts dans les boites aux lettres, faire du porte-à-porte et organiser un petit apéro pour rencontrer les voisin-e-s et expliquer votre action. Vous n’êtes pas non plus là pour garantir la paix sociale et si un commerçant ou un voisin se montre trop menaçant, mieux vaut poser clairement ses limites. Quant aux journalistes, il y aura toujours des torchons locaux pour vous cracher à la gueule et il n’y a rien à faire avec eux, mais il faut reconnaître qu’avoir un reportage ou un article favorable d’un «grand» média peut être utile pour construire un rapport de force face à la «justice».

La question judiciaire est plus complexe. Une procédure peut être lancée contre vous entre quelques heures, quelques mois et quelques années après votre arrivée officielle. Libre à vous d’ignorer la procédure et d’écrire des faux noms sur la boite aux lettres, mais sachez qu’assurer une défense devant un tribunal présente plusieurs avantages. Le principal, c’est que jusqu’à la décision du juge, vous êtes théoriquement à l’abri d’une expulsion. Se faire représenter permet aussi de tenter d’obtenir que la demande d’expulsion soit déboutée, ou de manière plus réaliste, d’obtenir les délais prévus par la loi, ce qui vous permet d’organiser sereinement votre départ. Dans le pire des cas, vous risquez peu car jusqu’à maintenant, les procédures pour squats dépendant de la juridiction civile, c’est-à-dire un conflit entre deux parties où il n’y a pas de risque de prison. Ce qui peut éventuellement être considéré comme un délit et vous faire passer du coté pénal de la justice, c’est d’être pris en flagrant délit lorsque vous vous introduisez par effraction. Si vous faites le choix d’une défense juridique, veillez tout de même à faire représenter devant la justice des personnes qui ne sont pas solvables. Préférez un avocat connu des milieux militants mais ne lui déléguez pas le travail: c’est à vous et à vous seuls de bâtir votre stratégie de défense. Côté pognon, une aide juridictionnelle est prévue par la loi pour tous ceux qui gagnent moins que le SMIC. Dans tous les cas, ce n’est pas parce que l’on se défend au tribunal qu’il faut négliger d’autres axes de résistance: pressions publiques, actions directes, manifs, harcèlement des proprios, communication sur le quartier. Vous pouvez aussi essayer de faire la Révolution, mais là ça devient le bordel.

Infos complémentaires à aller chercher sur internet :

Le squat de A à Z

Référence absolue pour les apprentis squatteurs (l’article précédent s’inspire largement de cette brochure). Mis à jour plusieurs fois depuis sa première parution en 1999, «Le squat de A à Z» est un petit guide pratique et juridique qui donne quelques conseils pour ouvrir un squat et faire en sorte de ne pas se faire expulser trop vite. La dernière version a été rédigée en 2014 par des gens d’un peu partout, et notamment de Toulouse, de Lyon et de la banlieue parisienne.

Liste des cessions immobilières de l’État

Ce site gouvernemental recense par région et département tous les bâtiments publics abandonnés que l’État cherche à vendre.

Petit manuel d’électricité DIY

Un guide pratique qui s’adresse surtout à celles et ceux qui occupent des maisons vides, souvent restées à l’abandon depuis des années et avec des installations électriques vieilles et dangereuses, et plus largement à toute personne qui veut installer elle-même l’électricité dans sa maison.

Petit cours/introduction sur les alarmes

Ce texte a pour but de se familiariser aux systèmes d’alarmes domestiques et d’apprendre quelques techniques permettant de les contourner. Un maximum de pistes y sont avancées, sans la prétention de l’exhaustivité. Il y a actuellement quatre voies pour s’attaquer à une alarme: la centrale, le câblage, les détecteurs, et, enfin, les avertisseurs.

Les secrets du crochetage

Ce manuel parle de la théorie du crochetage compris comme l’art d’exploiter les défauts mécaniques des serrures. Les premiers chapitres présentent le vocabulaire et les informations de base concernant certaines serrures et leur crochetage. Côté pratique, un chapitre est consacré à un ensemble d’exercices choisis avec soin pour vous aider à acquérir les tours de main et l’habileté nécessaire au tâtage et au crochetage. Le premier appendice décrit comment fabriquer soi-même ses outils de crochetage. Le second appendice quant à lui présente l’aspect légal en France.